Archives par tag : Marina

Étoiles et toiles

Illustration © Pierre Auclerc 2010

 

Le nom brille tout là-haut et un peu plus bas, ça s’admire le nombril en faisant le beau : basses flatteries et branlette à tous les étages : c’est l’internet des blogs, à peu d’exceptions près. Stars et paillettes. Des petits cocons gluants dans une galaxie de toiles poussiéreuses accrochées aux murs lézardés du vieux monde. Avec des liens ténus et improbables sur lesquels je me déplace comme Tarzan dans la jungle, de liane en liane. 

Conclusion : le web des blogs est mort de chez mort. Et dans les blogs, j’inclus les magazines en ligne : ces fameux pure players qui ont remplacé les feuilles de choux d’autrefois, lesquelles avaient au moins le mérite de pouvoir accueillir les épluchures de nos petits légumes avant de finir à la poubelle. Un blog c’est le courrier des lecteurs en dessous de l’article, dans tous les cas. L’Icyp n’échappe que de peu à cette règle inflexible héritée d’un modèle antique et périmé qu’il convient d’achever, je le crois fermement. 

Et si l’Icyp est parvenu à être un peu à part, c’est qu’il n’est relié par aucun fil à aucune autre toile. Et que la plupart du temps, ses billets sont rédigés en partant de commentaires laissés sous le fil précédent. Ainsi celui-ci est basé sur un mot de Marina ici : clic. Le nombril, qui abrite une faune et une flore bien planquées dans un endroit un tantinet secret qu’on ne se gratte pas bien souvent et qu’on omet de récurer, et qui est à notre origine. À laquelle il est bon de revenir en la touchant du doigt, chose facile. 

Notre origine et ce qui nous tient ensemble, liés d’amitié, c’est la déconnologie. Qui n’est pas ce que ses détracteurs en disent et pensent à notre place : relire ce billet de l’Ici-Blog pour se rafraîchir la mémoire : clic

Autre chose : la déconnologie ne tisse pas de toile. Elle se balade sur celles des autres, saltimbanque et gitane. Elle n’attend rien de quiconque. Elle est partout où le vent la pousse.

E la nave va !

 

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La rage dedans

Illustration © EulChe - tritouillage : Cyp Luraghi 2012

Saloperies de bacilles : en terrain favorable ils prospèrent à ses dépens, en suçant tous les nutriments. Ils s’installent en terre conquise et si le propriétaire ne les en déloge pas promptement, ils vont jusqu’à lui pomper la moelle, le laissant sur le flanc. Il est dit qu’il faut prendre le mal à la racine sauf que là, c’est la racine qui est mal et enrage. Celle de la dent. Ma dent. Des animalcules y squattent indûment, boulottant à s’en faire éclater la sous-ventrière, tout leur saoul et se reproduisant pis que lapins, envahissant tout et laissant traîner leurs déchets derrière dans la pestilence. 

Saloperie de journée qu’ils m’ont fait passer, les staphylos dorés. La tête comme une pastèque, la chique et tous les désagréments y afférents. 

J’ai quand même eu un instant de remords, avant de gober la gélule d’antibiote : après tout nous ne somme qu’un amas de souches bactériennes acoquinées. J’ai lu ça dans les livres. J’aurais peut-être pas dû : maintenant le scrupule m’étreint. En les zigouillant, je porte atteinte à mon espèce. Ouais mais là ils exagèrent : pas possible d’accueillir toute la misère du monde. Le Blairostan aux Blairostanais

Un quota… en voilà une bonne idée : là je vote pour sans hésiter. Les bactéries utiles : oui. Celles qui font le bon fromage : bienvenue. Mais celles de la pulpite : go home ! Le vibrion putride assisté : no pasaran ! Nous exigeons du germe de souche !

Je n’ai pas hésité bien longtemps : juste le temps de trouver une justification valable au massacre en vue. C’est bien les antibiotes. Super efficace. Radical. J’ai eu bien fait de ne pas écouter mon Jiminy Cricket intérieur et d’endosser sans plus d’états d’âme, la tunique rêche du bactéricide. On s’y fait très vite, vous verrez… car en chacun de nous un génocidaire sommeille et il ne faut qu’un faible déclic pour nous rendre totalement amoks

En partant d’une idée de Marina sur le fil précédent : CLIC

E la nave va…

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De l’autre côté de la blouse

 

Réa 1, 22h30, fin des transmissions équipe de jour / équipe de nuit, chaque malade a été retourné, massé, cocoonné par les mains efficaces et bienveillantes des soignants, les premières rondes de surveillance ont eu lieu.

Lumière tamisée, la nuit de la réa est traversée des milles bruits des machines d’aspiration, du chant polyphonique des alarmes, du tintement cristallin d’une « machine qui fait ping », des lueurs de l’affichage du monitoring.

Parfois s’élève le hululement d’un malheureux décompensant une crise d’angoisse, ou le tip-tap trotte-menu d’une infirmière pressée de répondre à un appel, et puis retombe la sérénité bercée par le bruit des machines.

Étalée sur le lit, méduse échouée dans l’entrelac tentaculaire des sondes, drains et cathéters, sentir monter en soi une énorme rage, colère contre cet alien né de soi dont Jojo-les-doigts-de-fée a extirpé la masse principale, mais dont il faudra combattre l’hydre métastasique jusqu’à la dernière tête. Mais aussi révolte contre cette énorme faiblesse qui vous submerge, cette maladie qui bouscule le grand jeu de rôle de la vie en vous faisant passer brutalement du statut de soignant à celui, beaucoup plus universel, de patient.

Est patient qui subit l’état de malade, mais aussi qui accepte de donner du temps au temps, de ne pas bousculer les règles du jeu, mais de s’appuyer sur le réel pour récupérer progressivement et se battre plus efficacement.

Chasser la mélancolie et la rancoeur, accepter avec reconnaissance l’aide technique des professionnels mais aussi l’affection de ceux qui vous aiment, se laisser porter par la tendresse.

Fermer les yeux en attendant l’aube d’un nouveau jour, d’une nouvelle espérance.

(en hommage à Marina qui a si bien su comprendre mon état d’esprit)

[Note de Cyp au lecteur inconnu : pour comprendre de quoi il en retourne dans ce billet de Dodu, lisez ceci : CLIC]

E la nave va…

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Tu seras notaire

Sans Titre - © François Deloncle 2010Hop, c’est parti en quatrième sur le chemin de la vie. Souvent pour aboutir dans des lieux très communs, abreuver des sillons pour en fin de parcours sucrer les fraises.

Seul on ne peut, pas à pas, arpenter que l’ornière, guidé de main de maître. Au roulé-boulé s’ensuit l’arthrose, déambulant.

Souvent, mais pas tout le temps et pas tout le monde.

Heureusement.

Ce n’est pas une mince affaire que celle-là.

Jouer des coudes et se les serrer tout à la fois, et sans tenir compte de rien hors le ciel au dessus, prendre la tangente et se carapater vite fait hors de ce fichu guêpier gris.

Aller à la chasse aux papillons et tout le reste sans filet. Parce que notaire : non. Même avec de gras émoluments.

Aide comptable du Spectacle encore moins ; très peu pour moi : je laisse ce soin aux chroniqueurs à langue et fumet de cocotte vus à la télévision ou rédigeant les manchettes des magazines demi-mondains balisant l’internet, héritiers des colonnes Morris.

Ployés aux écritures comme sous le joug et lustrés comme les robes des bœufs de concours, ils égratignent d’un fin soc la glèbe en tirant la langue : heureux d’eux-mêmes et souriant à la badine, léchotant gentiment la pierre à sel du lot commun, ils alignent les mots comme les pinces à linges sur un fil que nul vent n’agite.

Les tâcherons de la futilité se pensent maîtres du champ.

Je le leur laisse libre et passe mon chemin, non sans avoir bousillé leurs sillons maigrelets en roulant-boulant.

 

Avec des vrais petits morceaux d’Homère (Pas-glop) dedans, ce billet express n’est pas dédié à Hugues Serraf, mais à la mémé dans sa maison de retraite, qui veut jeter Sarko à la poubelle et dont Marina nous a causé dernièrement.

 

 

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La belle Destinée

Paulo sur son banc avec les copines © Cyp Luraghi 2003Notre Paulo s’en est allé vers sa belle destinée il y un lustre exactement et ses copines du banc de la place au bas du coustalou l’y ont rejoint une à une en catimini sans se presser.

Ça s’est trouvé comme ça, qu’ils se soient rencontrés sur ce banc − son banc, vide depuis − sur le tard, n’ayant plus bézef à aller devant soi. Regarder passer les voitures, commenter les piétons et s’esbaudir en brochette. Se bourrer de petits coups de coudes les côtelettes en s’esclaffant aux bons mots de l’une et l’un en se foutant de la poire de la pimbêche en calèche se curant le nez avec application à son volant, au feu rouge. Et de ce hobereau péteux bien calamistré, gros vigneron avide et fat qui passe à pinces.

La vie qu’on aurait toujours dû avoir et qu’on a tant attendu ; et puis enfin voir ceux qui se sont tant croisés debout sans se voir, s’asseoir ensemble et babiller jusqu’à plus soif  ; le bonheur à la bonne heure ;  puisque sans ça il n’est nul intérêt de persister à se  remplir un poumon de plus ; autant s’arrêter net et ne pas être.

Vieux, Paulo n’était plus le paria d’antan ; seule l’épicière lepéniste lui refusait toujours l’entrée de son magasin. Elle voulait arracher les couilles de tous les pédophiles et les leur faire bouffer crues et comme mon Paulo était le pédophile officiel de Puycity, mauvais pour sa gueule. Paulo était pédé, mais allez expliquer la différence à des gens qui n’aiment pas les pédés. Tous dans le même sac et le sac dans le fleuve. Surtout que ça se disait pas, dans le temps. Surtout pas. Un petit sourire de connivence entre piliers de comptoir et le rictus des commères, rien de plus.

Les mémés, là, elles ne lui auraient jamais parlé avant le banc de la place au pied du coustalou avant les varices. Sûr que non. Elles seraient passées devant Paulo en trottinant sans lui jeter un regard ou au mieux une œillade de mépris. Mais avec ces maudites guibolles lourdes, lourdes, lourdes… on n’a vraiment pas d’autre choix que d’atterrir avec son popotin sur le banc de Paulo et de s’y frotter le lard, et d’échanger des banalités sur le dernier loto des pompiers ou le bal des aveugles, et puis d’embrayer gravement dans la déconnique de combat.

Le banc, c’est important : il nous mène droit à notre belle destinée, il suffit de s’y asseoir à côté du vieux pédé qui fait tant de blagues qui font si bien rigoler qu’on ne voit plus le temps passer.

Et puis on se fait des bibises et on ourdit des plans-banzaïs et on se trace des plans sur la comète.

Paulo © Alain Auzanneau 2004

 

Ce billet est dédié à la belle Destinée en général, à celle de lamorille qui l’a inspiré et aux joyeux ectoplasmes du banc de notre ami Paulo, grand seigneur déconnologue.

Idée preum’s de Marina.

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