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Les temps qui courent

Illustration © Cyp 2011 (à partir d'une vieille pub et d'un fond gracieusement offert par Valérie)Ça roule et tout baigne dans l’huile. Tout va bien à bord et y a pas de souci. La droite est bien ancrée à droite et la gauche tout pareil. Et nous allons de l’avant chacun pour soi et tous ensemble, bien centrés ; correctement axés et concentrés sur la seule chose valable en ce monde : les masses. Monétaires avant tout, les masses : de liasses. 

Parce que les autres masses, rien à foutre. Du moment qu’on trouve notre équilibre en avançant sans relâche jamais, le monde peut bien s’écrouler sur les masses populaires : qu’il en reste suffisamment pour nous remplir la panse et assurer le ménage et ça ira bien. 

Et il en restera toujours quoique nous fassions. Avec la surpopulation de l’élevage, la crise du petit personnel n’est pas pour demain. Parfois il se rebiffe, regimbe et s’indigne mais ça n’entravera pas la course vers l’inexorable bonheur de nos individus.

***

Quelque part dans l’Himalaya, il y a longtemps…

J’avance. La tête flottant au dessus d’une masse vaguement caoutchouteuse qui est mon corps. La grimpette est interminable, apparemment. Mais je ne tiens pas compte des apparences : à quoi bon ? Tout là-haut il y a le col, c’est irréfragable. La montagne est ainsi faite. Je sais où je vais, me frayant chemin entre les deux masses rocheuses : rejoindre mes prochains au bourg, sur l’autre versant. Bien calé contre eux, au chaud je serais ce soir, loin de ces solitudes congelées où c’est bien joli mais où on a vite fait de s’emmerder à se causer tout seul. 

***

Et là, présentement…

Je progresse. Mot après mot le livre prend forme dans l’isolement, toutes écoutilles bouclées. Je sais où je vais [frétillement de neurones et crépitements d’ongles sur le clavier]…

Le grand et beau monde par contre, je me demande s’il sait. Mais il y va, c’est indubitable. Les masses aussi, avec les dents, les poings et en rangs : serrés. 

Sur une idée de Mon-Al et Tjeri.

E la nave va…

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Pom ! Pom !

Images CC Wikimedia Commons - Tritouillage © Cyp 2010

Tout nous y mène tout droit : en fixant le soleil levant on y est rendus en moins de dix mille bornes. La Sibérie nous tend les bras, camarades !

Vous êtes virés d’un forum sinistre par un fruste Community Manager pour avoir osé péter de joie au nez des fâcheux fachos et des chiennes de garde dégoulinants de fiel ? En Sibérie !

Or la Sibérie de l’internet, c’est Ici et pas ailleurs. C’est toujours Ici qu’on atterrit pour entretenir le feu sacré de la Papote, notre sainte patronne. Ici l’Icibérie : le Pitcairn de l’internet ; son Verkhoïansk.

Au début de l’année prochaine, notre missus dominicus Tjeri partira la traverser à pinces : du Poitou à Vladivostok avec ses bottes et sa bouillotte en caoutchouc made in China. Tjeri, c’est notre cosmonaute à nous : il va au pays des yakoutes et des mammouthesses agralantes[1] , des poteaux électro-soviétiques sauvages. Sa trajectoire frôlera Verkhoïansk[2] et il captera pour nous les ondes bénéfiques de ce lieu marqué par la Déconnologie depuis bien avant la congélation massive des mammouths.

Si nous insistons beaucoup, il nous ramènera peut-être un poil de mammouthesse : je vous invite donc à me rejoindre dans ma bande de pom-pom boys and girls à demi-vahinés et à entonner des marches vigoureusement cadencées tous ensemble pour le porter jusqu’à son but, qui est désormais le nôtre aussi. Avouez qu’un poil de mammouthesse de Verkhoïansk ça ferait classe, Ici. Nous l’enchâsserions dans le métal précieux en grande pompe, marmonnant des formules abstruses. On ferait tourner l’encens et les verres de pinard.

La Sibérie c’est l’avenir : y a plus que là qu’on est peinards : moins cinquante-cinq au dehors et plus vingt-cinq dans la bicoque en bois brut posée sur le permafrost. Et personne pour faire chier à des centaines de verstes à la ronde

Or donc : je décrète et édite qu’à partir de désormais, l’Ici-Blog est jumelé avec Verkhoïansk et que Tjeri y est notre ambassadeur. Il s’y rendra à la force de ses mollets ; c’est comme ça et pas autrement !

E la nave va…

 

  1. Mot poitevin qu’on ne trouve qu’Ici et qui ne nécessite pas de traduction, tant son sens est clair. []
  2. Tjeri sera à 675 bornes au sud : une paille vu la taille de la contrée. []
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Phare charbon

Illustration © Pierre Auclerc 2009

Ha ! Ha ! Les pieds froids mouillés malgré le cuir bien huilé, j’avance.

En dodelinant j’avale le raidillon dans la bouillasse, soulevant plaques et mottes de mes semelles.

Loin loin, le point du jour… la verse dégouttant sur mes lunettes et la veste fumante sous le couvert des bois de châtaigniers, j’avance.

Gourd et sourd, sensible seulement à la scansion des muscles et des os martelant la sente, j’avance ; le dos ployé sous le sac.

Et ça s’écarte en grand soudainement tout au terme précis du crépuscule. Ha !

***

Pas vu un seul vivant aujourd’hui. Rien et personne ; le Périgord pour moi tout seul. On ne met rien dehors par ces temps-là. Il fait un froid…

Allez : je pose là. C’est bien : pas vraiment plat au bout du pré, mais en calant le sac de fringues sous les jambes, je serais bien aise sous la toile. Je ne pousse pas jusqu’au bourg : ils se méfieraient trop de ma trogne, les gens du cru. Demain matin ils me regarderont passer sous le clocher derrière les rideaux tirés, déjà… viens voir : un estranger.

Je viens de loin et je vais loin, pas à pas. Je ne m’arrête pas. 

Fin octobre 1978, quelque part en Dordogne.

 

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