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Petit commerce

Gujarat - Inde - 1993 - Image et animation © Cyprien LuraghiCes deux-là, je les ai rencontrés à Girnar, près de Junagâdh, tout à l’ouest de l’Inde… un grand pèlerinage jaïn[1] où les hindouistes se rendent en masse aussi, car tout est bon à prendre dès lors qu’il s’agit de s’approcher du divin qui remédie à tous les maux possibles dont nous sommes affligés : bandaison molle, scrofules, découvert bancaire béant, fuite de conjoint…

Ces deux-là ne s’en cachaient pas : c’est avec beaucoup d’humour qu’ils faisaient leur petit numéro de maître à la Panoramix et de disciple soumis ; ça marche à tous les coups : le pèlerin remplit ainsi leur escarcelle car il n’attend de ce duo que l’immuable rituel réglé comme du papier à musique depuis la nuit des temps : je jette ma piécette et l’intercesseur des puissances occultes me gratifie d’une bénédiction.

***

N’allez pas croire que c’est plus stupide que dans les démocraties modernes et laïques : le schéma y est strictement identique.

La seule différence, c’est qu’au lieu de jeter sa roupie aux anachorètes maigrichons, on fourre des petites enveloppes dans la fente des troncs républicains, lors des grands pèlerinages électoraux.

E la nave va…

 

  1. se prononce « djahine ». []
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Cynarchie

© Pierre Auclerc 2009 - tritouillé par Cyp LuraghiUn : nous sommes des chiens, il faut partir de là : d’un côté les maîtres et puis nous. Eux devant et en haut ; nous en retrait au ras du pré, la truffe collée à leurs orifices.

Deux : tout au fond de nous, le loup. Mais alors au tréfonds, très bien enfoui. Si tu fais le loup alors que tu es chien : direction la prison ; ou pire.

Entre chien et loup, c’est total-délice dans la déliquescence. Je fais le beau juste ce qu’il faut, et puis soudain je mords la main qui m’a nourri. Ou pas, c’est selon.

Je rapporte le bâton et n’en pense pas moins : je serre les mâchoires et ronge mon frein. Et bouffe mes croquettes en frétillant de gratitude concon ; à intervalle régulier je vote : je suis un bon clébard bien citoyen. Ou non : je ne joue plus le jeu, ayant passé l’âge d’agiter la caudale pour un rien.

La Cynocratie, qu’ils disaient… quelle arnaque quand j’y repense… « Le pouvoir aux peuple Chien ! » …sauf que, sauf que… sauf que La Gamelle. On ne la choisit pas, la Gamelle : elle tombe toute cuite au pied de nos papattes. Sainte Gamelle, tombez pour nous…

Quand même… en y réfléchissant bien, on se fait entuber. La table des maîtres est bien mieux servie. C’est l’entourloupe… Enfin, je me dis ça mais je suis pas tout seul : y a des aboiements qui ne trompent pas, se frayant une voie dans l’épais tintamarre des cabots du point de l’aube jusqu’à mes tympans.

***

La meute, voilà ; soudain la corde vibre en nous les loups : irrésistible. C’est tellement mieux, la meute ; mille fois plus que le troupeau. Dans le troupeau, quand le maître te dit « au pied ! », tu fais. Il dit, tu fais. Tu sais pourquoi tu fais : la Gamelle.

La meute a sa propre Sainte Gamelle : un petit mollet de maître sacrifié sur son autel de temps à autre suffit à son ravissement.

 

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