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Attendus au tournant

Illustration © Pierre Auclerc 2013

Attendu qu’aux termes de l’article 62 du code de procédure banale, tout ça c’est du pipeau, de la poudre aux yeux, un décor de cinoche ;

Attendu que les vaillants citoyens peuvent aller se faire empapaouter à la grecque par les requins de la finance en vertu d’un article quelconque du code machin ;

Attendu que les requins sont les maîtres du monde, God is on their side et le menu fretin n’a qu’à numéroter ses abattis en souriant bêtement ;

Attendu qu’en vertu de l’article  0 du code sivil, le fretin est excellent grillé au barbecue après avoir été vidé et plumé jusqu’à l’os, ledit fretin n’aura pas à se plaindre étant donné que de fait il ne le pourra point ;

Attendu que God, dans Son immense mansuétude et avec le sens aiguë de la justice qu’on Lui connaît, a eu la bonne idée de coller l’accusé et ses complices dans la catégorie 4, inférieure à celle du fretin N°3 selon les Normes ;

Attendu que le fretin N°4 est livré vidé par nature et imbouffable par essence, l’article 42 stipule qu’il ne sera pas la proie des requins, lesquels se contenteront de faire mumuse avec ou de le rejeter à la flotte ;

Attendu que le fretin N°3 constituant l’écrasante Majorité, est doté d’un cerveau de poulet par God, et est élevé, nourri, dressé, employé, distrait par la télépoubelle et les réseaux sociaux de l’internet, dirigé d’une main de fer par le fretin de la classe collabo et dominante,[1] la Loi Informatique et Aliénation stipule qu’il se doit de révérer les squales qui le croqueront quand le jour de la Casserole sera venu tout en honorant God et son copain Gold et qu’il n’aura ni l’un ni l’autre au jour du Jugement ;

Attendu qu’en l’espèce les fretins (appelés parfois « citoyens ») des catégories 1, 2 et 3 l’ont dans le cul de toute façon ;

Attendu que les fretins des deux catégories supérieures sont appelés à s’entrebouffer à cause de la rude loi de la Nature sous l’œil amusé de God ;

PAR CES MOTIFS

Le tribunal statuant publiquement, en premier ressort et contradictoirement à l’égard de M. Cyprien LURAGHI, kondukator kosmoplanétaire de la Déconnologie Pilotique et mécano en chef de l’ICY, QG du fretin de classe 4 inconsommable ;

Le déclare coupable de tout et n’importe quoi en vrac, conjointement à ses complices déconnologues de la Meute ;

Le condamne à tremper son clavier dans l’acide satirique et à dresser des portraits saignants des gniasses du Spectacle jusqu’à son dernier souffle ;

Et qu’ça saute ! Attendez-nous au tournant !

E la nave va…

  1. Plus communément connu en tant que « petit requin N°2 et N°1 » []
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L’ennui du samedi

© Cyprien Luraghi 2008

Quand il n’y a plus que ça, c’est ennuyeux ; il manque quelque chose ; c’est triste, des patates-vapeur de la veille sorties du frigo, surtout que c’est la panne de gaz. Ce blanc laiteux là au milieu de la patate, gélatineux d’amidon rassis sur le dessus, c’est le pire ; rien qu’à l’imaginer sur les papilles, l’estomac se rebiffe.

Ouvrir un œil et dans le flou des myopes n’entrapercevoir que du gris morne signé Janvier par le fenestrou et se dire que chouette, c’était le rêve à la con du petit matin et que là en-bas à la cuisine il y a du gaz et tout ce qu’il faudra pour apprêter ces malheureuses patates qui s’emmerdent dans leur bol.

Ah oui : il faut achever le billet entamé la veille au soir et comme c’est samedi : café au lit et tapoti-pota wifi sur le petit ordi. Quand je songe qu’il y en a qui s’ennuient dans la vie je repense à mes trois demi-patates et me dis qu’il y a des foules de gens comme elles : fades et  n’attendant de l’existence que la lente décomposition en décomptant, flippés, le temps qui reste avant de finir au compost et de se fondre à tout jamais dans l’humus humain, en espérant qu’au prochain coup ils seront des patates à frites frétillant gaiement avec les copines dans la bassine à friture et réjouiront le palais des gourmets.

L’ennui, c’est que rien ; pas un bruit dans la maison et la gueule en carton-pâte. Rien ne vient et attendre avec une envie pressante et pas d’idée. Faudrait pas que ça dure et pourtant si ; c’est inévitable comme une petite vie de bureaucrate craignant le chefaillon et qui quarante ans durant va au turbin l’ennui au cœur et passe ses mornes journées à brasser mollement des formulaires inutiles et abscons.

Ça me fait chaud au cœur, de penser à ceux qui s’ennuient sans en tirer parti, de cette langueur flottante. Que je romps en sautant dans mon caleçon long, parce que bon sang mais c’est bien sûr : les filles sont parties à Cahors pour ruiner le ménage, vu que c’est les soldes. Tintin pour le café au lit. Oubli, quand tu me tiens.

J’appuie sur le bouton de la cafetière et c’est parti. Le petit mot gentil est sur la table et les deux matounets ronronnent ; il fait bon chaud et je laisse les patates froides aller à leur destin : quelles connes.

 

© Cyprien Luraghi 2010

 

Sur une idée de Numerosix.

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Au doigt et à l’œil

© Annie Luraghi 2009Ça coûte de bien les dresser, mais le résultat est là qui me fait glousser d’aise. Le vieux coq en moi frétille à l’idée que les Pères défunts puissent apprécier de me voir perpétuer ainsi l’antique tradition qui fit la grandeur de nos civilisations. Puisqu’elles ont toutes en commun d’être tombées d’accord sur le destin et les tâches impartis aux deux sexes.

L’une repasse, l’autre pas. Il se repose de la chasse alors qu’elle s’affaire à des vétilles requérant son instinctive minutie. Nous les laissons chasser la poussière et les moutons, en grands seigneurs.

Jamais elles ne se rebiffent contre la Domination masculine, ou alors on les déporte en Calédonie comme Louise Michel. Elles partent de l’excellent principe qu’elles sont heureuses quand nous sommes heureux et rêvent tout rose.

***

Je sais : c’est complètement con. Mais il y a bien plus con : ce qui se passe dans le siècle et qui se lit dans les journaux et fait bouillir les foules. Les sexes qui se font encore et plus que jamais la guerre au lieu de pactiser langoureusement, par exemple. Comme si ça n’avait pas déjà changé en profondeur, comme s’il ne s’était rien passé depuis cent ans au moins. Comme si Shanti allait passer sa vie à repasser à l’imitation de ses aïeules. Tu parles. Annie a fixé la scène parce qu’elle est plus exceptionnelle que l’éruption du Plomb du Cantal. La première et unique fois en dix-spet ans.

Je lis des trucs dans les journaux, parfois, qui me laissent sur le flanc : un mec qui tourne un film anti-mecs. Et cet étrange ultra féministe est menacé par des masculinistes canadiens ; il l’écrit sur son blog. Mettez-vous à ma place : j’ai beau scruter l’horizon puycitien, je ne vois nulle baston intersexes et pas la moindre burqa.

Je me dis que les fous vivent dans un autre monde, où les rouages vont à l’envers et s’entrechoquent en grinçant.

 

Ce billet est dédié à Camille de Rue69, avec un clin d’œil.

 

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Redorons nos blasons !

Blason des Lurago-Luraghi par Marco Lazzati

 

Assez de pouilleries ! 

Nous descendons d’ancêtres fabuleux ayant conquis le moindre coin de terre et sillonné les mers au mépris du danger en un million d’années. Tous autant que nous sommes de myriades.
Laissons tomber la cotte de servage et ressouvenons-nous de la noblesse innée de notre sang.
Seigneurs bataillant et vaillants, ou bien battus tel or en feuille, écus conquis plaqués sur cuir.
Regardez comme ça luit en nous depuis la nuit des temps.

Le petit bureaucrate : rejeton d’un roi ostrogoth.
Le coolie népalais : surgeon d’un khan de haute steppe.
Et le kondukator de l’Ici-Blog : bouture d’architecte impérial, de tout le temps qu’existent les empires.
Et bien avant encore baronnet ; chef de guerre chez les orangs-outangs. 

Revenons aux origines !

 

***

Arrête de gigoter comme ça… ‘a y est, j’en ai chopé un. Croc, je l’avale tout cru. Je t’aime trop ma  p’tite Sheeta : t’as les poux si dodus, si doux…

*

 

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Chaussonnier

© Shanti Devi Luraghi 2008

 

Chez les journalistes, on plante des marronniers ; c’est la rentrée par exemple. Chez le Kondukator de l’Ici-Blog, on se complaît à se planter les pieds régulièrement dans une paire de savates fourrées. L’été c’est tongs et les trois-quart du mauvais temps qui reste des chaussongs, cong.

La preuve : j’en ai déjà parlé dans un autre billet.[1]

J’écris des chaussonniers.

Pourtant, quand je vois des charentaises, je passe mon chemin. Avec elles aux pieds, parfois. Pour chercher le courrier à la boîte, ma promenade quotidienne. De toute façon, faut bien se mettre martel en tête : les pantoufles ne sont plus le symbole de l’immobilité douillette et bienveillante. Sauf à douiller bonbon, elles proviennent toutes d’usines du bout du monde. Si tu veux préserver la tradition française, faut avoir les moyens. Et ceux qui en ont n’achètent pas ou peu. C’est donc la crise.

J’ai rien à raconter alors c’est planplan aujourd’hui. Il ne se passe rien nulle part. Le roi limoge sur lettre de cachet ; la routine. Le RSA ? RAS. L’arnaque habituelle. Je suis rôdé, je réagis même plus. C’est donc ça le bonheur citoyen : un état comateux, concon, cocon, ouate et semelle molle.

Quand je pense qu’il y en a qui se gavent de benzodiazépines aux frais de la Sécu alors qu’une paire de charentaises de Taïwan suffit à ma béatitude, je bous. Doucement tout de même : je frémis, on va dire. Je ménage ma révolte car qui va piano, va sano e va lontano.

Et je suis content parce que tout le monde est content à la maison : Gaspard est tombé sur le bon prof de philo au bahut, et Shanti a un emploi du temps pépère ; Annie a fait houbi avec son célèbre tablier de cuisine avec des poules dessus. Et moi, j’ai juste pensé aux charentaises vite fait en passant devant la boîte à pompes, mais j’ai toujours mes pieds emballés dans une paire de sandales et c’est tant mieux : encore une belle journée que les boches n’auront pas.

 

  1. Lire le billet lié. []
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