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Zone blanche

Rupshu (Tibet indien) © Cyprien Luraghi 1989 - ICYP 2017

Tout petit, la conquête spatiale me faisait rêver comme tous les garçonnets de mon âge.

Tout petit je voulais dévorer le monde et l’arpenter. Aller à la découverte des zones blanches de la mappemonde. Plus tard, j’ai fait. Les zones blanches. Pas la conquête spatiale, bien sûr. Pour elle, il fallait tout d’abord devenir pilote d’essai. Cette vocation s’était arrêtée net en apprenant que pour les crapauds à lunettes de mon espèce, piloter un avion était impensable. Alors je me suis vengé en arpentant tant que j’ai pu pendant des décennies. Loin de ce pays pas choisi où je suis revenu finalement, comme quand on enfile un vieux pull élimé, inconfortable mais familier.

Tout grand, la conquête spatiale ne me fait plus rêver. Elle ne fera pas le monde meilleur, bien qu’elle lui rende de précieux services − les satellites météo par exemple. Mais aller arpenter la surface de Mars avec des pieds, quelle connerie. Aucun intérêt. Sautiller sur la Lune en 69 dégageait encore des horizons.

Tout grand et le poil gris, en numérisant des pellicules du temps où j’arpentais les zones blanches de sel tibétain, je me dis que Mars existe déjà ici-même. Et qu’avec le climat global qui se barre en couille, les zones blanches n’ont pas dit leur dernier mot.

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Là où je faisais planter les tentes de mes trekkeurs il y a trente ans et des, dans la région de l’Everest, il y a des lacs. Pas des flaques. Tout à l’autre bout de la chaîne himalayenne, où les mules des caravanes paissaient au soir après leur journée de coltinage, plus un brin d’herbe. Les sources villageoises se sont tues. Les glaciers : épuisés. Alors les élections, la conquête martienne. Ou martiale. Comme on voudra, ou les deux. Alors tout ce spectacle. Ce néant agité. N’a que nulle importance. Tout petits nous sommes, je suis, face à ça. Comme face à la montagne l’est l’arpenteur, minuscule.

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…e la nave va..

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Machine à lover

Illustration © Cyprien Luraghi - 1990 - 2016 - ICYPY a quoi là derrière ? Oui, il y a quoi donc. Après, il va se passer quoi, dis voir. Qu’est-ce qui nous attend de l’autre côté. Est-ce qu’on va y laisser la peau au passage. Ou bien rien que les oripeaux. Les faux semblants, le vieux monde. Et là soudain dans la descente le sens de l’irrémédiable : pas de retour possible. Trop d’efforts déjà pour se hisser là-haut, si loin. Dis voir, dis voir

Et personne ne répond jamais. Le monde n’a pas été livré avec un organe vocal. L’avenir non plus. Alors on reste dans l’expectative et comme on n’y coupe pas, il n’y a pas trente-six solutions : soit tu flippes comme un rat imaginant le naufrage du navire en plein océan, soit tu t’en tapes complètement et tailles le bout de route gentiment en sifflotant. C’est ce que je fais, à l’instar des grues cendrées que l’ami Sambucus vient de voir passer sur la rive sud du Lot. Quoi qu’il arrive, en avant toute. Cap vers l’inconnu ; ce truc qui se planque derrière. Qui sera ce qu’il voudra : amas de haines, éclats de schrapnels, sang sur les murs, conflits planétaires, irradiation générale. Ou peut-être l’amour, oui c’est ça : l’amour qui propulse nos pattes plus sûrement que la faim au creux de nos estomacs à la vue d’un tendre saint-nectaire et nous fait profiter sans cesse de l’instant présent. Non parce que les guerres, merde. Et que la haine ça va bien cinq minutes : au delà c’est épuisant. Et con à pleurer.

Il n’y a pas de col à franchir et rien derrière, pas même le grand méchant Tout,1 il n’y a que la lune à décrocher au bout du voyage, du bout des yeux, du fond du cœur… E la nave va, un, deux, trois…

  1. © Lady []
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Rituel nataliste

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2015

L’astre rutile cendré par dessus les puys et les jours rallongent d’un poil. Le temps est mûr et les conjonctions idéales. Ce 25 décembre, nous autres déconnologues distingués, sacrifions un saint-nectaire du bon faiseur afin d’alimenter notre glande poilante1 en quintessence de bonne vie : substance indispensable aux pratiquants de la gymnastique zigomatique.

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Bref, tout va bien à bord de la nef des francs-limaçons de l’Icyp. Dehors c’est pas terrible par contre : la malédiction du pétrole engendre son lot de guerres et de bouleversements planétaires de toutes sortes, plus que jamais. Et à un bien plus petit niveau, celles et ceux qui se sont trouvés des atomes crochus sur le forum de Rue89 ont appris que ce magazine allait se faire bouffer par les magnats de la presse. Cet article des Inrocks explique ça pas trop mal : CLIC. C’était tout cuit d’avance : ce canard n’a fait que sombrer lentement depuis son lancement dans l’océan Océtique en 2007. Ni fleurs ni couronnes : après tout ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes et si de nombreux vieux commentateurs les ont soutenus à chacune de leurs galères, j’ai bien l’impression que sur ce coup ils peuvent aller se brosser. Un tel gâchis humain mérite à la fois l’admiration et le mépris, hein. Mais c’est sur ce forum que beaucoup d’entre nous icy se sont connus, donc c’est triste quand même.

L’engloutissement programmé de Rue89 ne changera rien pour moi : l’Icyp a 14 ans bien sonnés et les belles et bonnes amitiés qui s’y sont créées sont faites pour défier le temps. Il ne reste plus beaucoup de petits estaminets accueillants sur le Net de nos jours : de nombreux tauliers ont jeté l’éponge en cours de route : ce n’est pas un métier de tout repos d’écrire à visage découvert, livré tout nu et tout cru aux masques des malfaisants hantant ce réseau qui semble avoit été conçu rien que pour eux dès l’origine. J’ai tenu bon et je ne regrette rien : l’esprit de l’Icyp est intact et indestructible. Ce n’est pas moi, cet esprit : c’est vous. Moi je ne fais que frapper le diapason en rédigeant un petit billet rêvasseur de temps à autre. La belle musique, c’est vous qui la jouez dans le système de commentaires.

L’amitié, bande de bande ! Bon Noël aux chrétiens qui y croient et doux solstice à Touti et Couanti. Et envoyez des sous, ceux qui peuvent et ceux qui veulent : faut renouveler la location du serveur dans trois semaines ;-)

…E la nave va !

  1. Lire le billet précédent []
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Dandy Dandin

Vidéos : CC Archives NASA  - Illustration © Pierre Auclerc 2010

clic dans l’image pour lire la vidéo

Apollo 17… pas foule devant les petits écrans, à l’époque. Tout le monde ou presque s’en foutait, de cette dernière mission lunaire. Et moi, le museau collé au hublot de la grosse télévision avec Léon Zitrone dedans, comme un crapaud sous la lune à attendre interminablement le bon moment : celui du gros pataud se dandinant pingouin dans le rutile et engoncé, coiffé d’or et de verre, tout empoté dans l’éther ; l’infini noir vif au dessus et foulant la cendrée gauchement.

Le crapaud a l’air de s’en foutre, ne battant pas paupière : roide et coi les yeux au ciel pendant que dans ce temps les sélénites entament la gigue une seconde lumière plus haut sous les étoiles.

Ce que nul ne voit, c’est que dès lors qu’on a le dos tourné, le crapaud file au grand sabbat des anoures énamourés du bel avril draguer la crapoussine en guibolant dégingandé, esquisser le moonwalk du grand rut printanier et sur son aire de dansement, s’envoyer au firmament tout gambillant.

 

I was strolling on the moon one day…

Vidéo CC NASA

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Sur une idée de Lemmy & Cie dans les commentaires du billet précédent.

E la nave va…  

 

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