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La liberté d’expression c’est la haine

Illustration © Cyprien Luraghi 2015 - ICYPAlors que le monde est mené à sa perte par un copilote paranoïaque, l’Icyp fend le fluide peinardement, piloté de patte sûre par un kondukator de service à l’équanimité proverbiale,[1] visant le cap Nirvana aux confins de l’océan Octétique. La haine déferle librement tout autour de sa petite coque ballotée, mais dont le bois de table encaisse sans broncher la furie des éléments extérieurs.

Autrefois, les fous naviguaient dans une nef. De nos jours c’est l’océan qui est devenu fou. Les monstres marins sont de sortie : leur liberté d’expression est absolue et d’aucuns − la foule compacte des décervelés − s’en réjouissent. Pas moi. Pas eux ainsi que de plus en plus de gens sensés. Mais je ne me fais aucune illusion : à lire les avis de hordes de connards de tous bords sur ce délicat sujet, je sais que c’est pas gagné d’avance et que la raison, la sensibilité, le sens humain, ne sont plus de mise dans ce monde de cinglés livrés aux mafieux faisant régner leurs lois sur le réseau. La loi du fric, la loi du plus fort, la loi de la haine. Cette haine qui est la liberté d’expression des ordures. Masquées, bien entendu.

À l’abusion opposons la désabusion !

(et merci à Spleenlancien pour ses liens si souvent pertinents)

e la nave va !

  1. lol []
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QUI EST EN CAGE ?

© Olivier Tichané 2007

 

On s’était hissés jusqu’à Swayambhunath, deux cent mètres au dessus du fond de la Vallée, après avoir traversé la zone des faubourgs de Katmandou, Olive et moi. Et nous crevions de faim, de soif ; alors on s’est posés dans un petit troquet, pour avaler un bol de nouilles, des raviolis à la vapeur, et siroter des nescafés…

D’un coup vinrent les singes, et comme par gros temps sur un navire, tout alla vite et bien huilé, avec un souffle de panique adrénaline ; celle qui fouette l’équipage à bien boucler les écoutilles en quatrième. Les deux loufiats filèrent droit aux portes grillagées, qu’ils claquèrent de concert. Les clients hérissés des poils des avants-bras et de la nuque, planquèrent leur progéniture en fourrant rapidou les gâteaux secs qui vont avec dans leurs besaces sous la table.

Olive ne fit rien, sinon écarquiller les yeux qu’il a déjà bien agrandis par ses carreaux d’hypermétrope. Le macaque rhésus lui était resté totalement inconnu jusqu’à ce jour de fin d’avril…

— Planque l’appareil-photo, bordel !
— Oung ?

Il était tout bonnement tétanisé par le plus large des sourires qu’un corps entier pût exprimer. Une des plus radieuses irradiations qu’il m’ait été donné d’observer de visu le fut à ce moment précis, et ce jour-là. Vous auriez dû voir ça. Olivier venait d’entrer en vibration diapasonique avec son totem animal, et c’était beau à voir.

J’ai une passion particulière pour les singes, que je considère simplement comme mes frères ; ce ne sont pas des animaux mais des humains tout court ; il n’y a pas de différence entre eux et nous ; ce sont nos grand-parents et nous leur devons tout. Nombre de peuples asiatiques l’ont bien compris, qui vivent avec eux et leur vouent un culte ; ils ont raison, même si ces antiques frérots sont impossibles à fréquenter, tant au logis qu’au quotidien.

Une dizaine d’entre eux a désescaladé la véranda, sans se presser, en nous dévisageant, l’œil gris brillant, le nez froncé, petites mains tendues pour chiper à travers les grilles, la tête dans le vide, les pieds au ciel. Un peu plus bas dans la clairière du bois sacré ils ont mangé des épluchures en nous montrant leurs culs ; on aurait dit une bande de keupons heureux en rut, pouilleux et lumineux, libres comme l’air.

C’est au moment de payer l’addition, que nous avons soudain réalisé qu’on était bien coincés, et qu’il faudrait attendre pour sortir au grand air le bon vouloir de cette troupe de créatures, chromosomiquement liées à l’espèce que nous clamons être l’humaine, mais qui ne l’est que peu ou prou.

Mais macache ou macaque, des nèfles et puis des cacahuètes. Et puis des grilles. 

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