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Les yeux du vaste monde

Illustration originale © Pierre Auclerc - 2011

Trente degrés à l’ombre hier à Puycity… les premiers lézards qui pointent le bout du museau sous les mousses et vlan : la griffe du matou se plante droit dedans. Et le lézard se tortille et le matou fait mumuse avec, et la rombière de passage verse sa larmichette en chouinant sur la cruauté du félin.

Et le matou s’en fout, du rombier autant que de la gazière.

Et le grand esprit des lézard s’en tape idem : des hordes de lézardounets nouveaux pointent déjà le bout de leur museau de derrière les mousses, sur la terrasse ; prêts à se lancer dans la vie ou dans la gueule du chat comme si de rien n’était. D’ailleurs rien n’est, c’est un fait. Tout ça, c’est du spectacle. Ça va, ça vient, ça brasse.

Et moi ? je lézarde et rêvasse à la cuisine. Tranquille, peinard. Pétunia[1] qui miaoule rauque et atrocement faux, vautré à mes pieds en réclamant ses croquettes, parce que les lézards c’est bien joli mais pas bien comestible. Pas plus mangeables que le Godzilla du billet précédent de l’ami lamorille.

Pas plus digeste que le plutonium en liberté et l’injustice du vaste monde, le lézard. Le vaste monde qui se lézarde au lieu de se la couler douce ; comme c’est dommage. Enfin le vaste monde fait comme il veut ; étant à côté de la plaque, nulle secousse tectonique ne peut agiter mes orteils vu que je suis à côté de mes pompes aussi.

Il y a le monde vu par le rombier et la gazière, et celui du matou et du lézard : entre les deux mon choix a été vite plié : ni rombière, ni gazier ! L’anthropomorphisme n’est pas mon truc. Même sur les êtres humains je ne projette rien : ils sont tels quels et font ce qu’ils ont à faire à leur manière, comme n’importe quels lézards, greffiers de gouttières ou mouches à merde.

Ça fait ça à des gens qui ont beaucoup roulé leur bosse, il paraît. Je confirme : ça me fait bien cet effet. Et ça fait tout pareil à ceux qui écrivent des histoires et comme j’en suis, alors va pour voir le vaste monde avec les yeux d’un animal, reptile ou mammifère, velu ou écailleux, bipède ou propulsé de n’importe quelle autre manière, façon lombric ou mille-pattes.

Et cet enfoiré de matou qui mendigote pour que je lui ouvre la porte : à cette heure il va emmerder les pipistrelles, à tous les coups. Ou courir la fumelle : c’est de saison.

[crépitements de coques d’œufs de lézards se lézardant derrière les mousses de la terrasse et batailles de matous dans la venelle en fond sonore]

E la nave va…

 

  1. Lire les billets liés « Cachalot et Pétunia et « Hors Chatte ». []
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De prime abord

© Cyprien Luraghi 2007

 

Il faut pousser.Il y en a qui disent qu’il ne faut pas, et moi je dis que si. Comme ça, c’est le printemps. Poussez tout juste le bouchon, l’ivresse est à votre portée… Je l’écrivais hier parce qu’il faisait nuit, et si froid au dehors, et que dans ces cas-là il faut un peu d’espoir en rêvant à des bananiers géants, des éléphants, des plantes qui poussent dru alors que les feuilles tombent.

***

C’est un bébé lézard qui a poussé sur le plancher de notre chambre ce matin, alors que je m’apprêtais à descendre à la cuisine revêtu de ma tenue de Calbuteman.[1]

Je l’ai descendu à la cuisine et puis bu mon café pendant que la bestiole n’exprimait aucun sentiment visible dans sa boîte, sur la table. J’y ai tiré le portrait et puis je l’ai posé dans les joubarbes, sur le muret de la terrasse. Vu de près, c’est un peu un varan. Vaut mieux pas être une mouche. Sauf que là, mon saurien, tu risques bien de la trouver mauvaise : elles sont toutes clapotées. Et après le redoux, t’auras droit au redur. Il s’en fout, le pépère… Il doit même pas savoir ce que c’est que mourir ; ou bien il tournera au ralenti à l’antigel, planqué le sang glacé dans une fente de muraille.

***

Je me recolle vite fait au chaud, avec un autre grand café ; à la radio ils parlent de notre souverain, l’Inique Holà, l’assassin des enfants de Mandrin ; et c’est alors que l’image me revient pour se superposer à celle de la race des prédateurs qui nous gouvernent comme des merdes.

Sous Caligula, au moins, c’était fun. 

  1. Tricot de peau et caleçon en Flanellex™ ; si vous criez très fort je vous envoie la photo dédicacée sur le blog. []
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