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Terrasser l’ennemi

© Shanti Devi et Cyprien Luraghi 2009

Pendant ce temps-là, ça s’entredéchire au loin. Pas très loin : à quelques pas à peine de la terrasse, des grands enfants traitent leur petite sœur de grosse truie. Plus loin à peine, ça gueule entre homme et femme dans un logis.

Les chiens se parlent, la nuit. Les terres émergées sont couvertes par les émetteurs de Radio Clébard. Je pensais souvent ça sous la toile, dans les hautes vallées himalayennes, percevant les échos du concert nocturne des cabots dans l’air ténu.

Ainsi les conflits se propagent : par la voie des airs. L’homme frappant sa femme entend celui qui entend celui qui, celui qui… loin loin loin ; au Kivu, tiens : mutile à la machette une jeune fille.

Faudrait pouvoir tourner le bouton. Il y a des zones blanches heureusement. Sur la terrasse et posée sur le guéridon,[1] c’est la paix. Elle se déguste lentement, précieuse comme du thé vert long aux fleurs.

Elle est si délicieuse, aux fruits rouges confits. Tentante au point d’en tomber en amour. Et puis gracieux ornement de chevelure. Sans elle à goûter, quel plaisir ?

Pourtant le monde se bat, au coin. C’est bien, de se battre, il paraît. Des fois je me bats ; je me suis battu ; je me battrai encore. Mais pas là ; c’est bien, là. Je me pose, là. Un de plus, un de moins : les guerriers n’y verront que du feu ; je passe inaperçu. Je fais chier personne.

On boucle la gueule à un chien, pas à l’esprit canin planétaire qui aboie nonobstant.

 

« Je suis un chien ? perhaps ! »

Léo Ferré – Il n’y a plus rien

 

  1. forgé avec amour par Tamsin. []
Publié dans Binosophie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , , | 609 commentaires
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