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Un truc simple et vite torché

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2016Année de foin, année de rien, comme disaient les petits paysans morts et enterrés depuis belle lurette. Ce printemps de merde qu’on vient de se manger, mes amis, quelle horreur. Mais bon : ça nous a fait pousser des tas de girolles car comme les morts le disaient si justement : à quelque chose malheur est bon. Délicieux, même. Rien de tel qu’une bonne fricassée de malheur.

Les morts ont leurs trompettes à la fin de l’automne dans les sous-bois et les vivants ont des girolles au printemps, surtout s’il est pourri. Ce qui fait démentir la première phrase de ce billet. Car nous vivons dans un monde absolument absurde et je vous dis pas comment c’est dur de s’en inspirer pour pondre des billets pas absurdes. Alors autant y aller franco : le plus important dans la vie c’est de faire un preum’s dans les commentaires icy, pour commencer. Du moins c’est notre Tigerbill qui le pense, lui qui ne preumse jamais malgré (ou à cause) de son âge canonique. Chacun son idéal. Celui de Caporal Pancho est nettement plus corsé : du sexe, du sang, de l’épopée, de la geste héroïque, des larmes, et à la fin, du réconfort. Voire un verre de cognac et un bon stikodon. Et il voudrait que j’écrive un billet avec tout ça dedans, notre Caporal. Il rêve tout éveillé, le pépère. Trop fatiguant à écrire, tout ça. Notre lamorille national souhaite que je parle de chaleur − humaine aussi tant qu’à faire − : le problème c’est qu’on ne la voit pas venir, la chaleur. Les chats du quartier ont beau être en chaleur dans les venelles, le thermomètre ne décolle pas. Donc ce sera pour une autre fois. Notre prophète bien aimé Numérosix aimerait que je parle de Poutine, des juifs, des antisémites, de Charles de Gaulle et du réchauffement climatique. Bien. Bien bien. Et c’est qui qui va se manger des régiments de tarés masqués surgis des culs de basse-fosse de l’internet en pleine gueule si je fais ça ? Hein ? Ma pomme, comme d’hab’. Non merci, j’ai déjà donné. Au suivant. C’est Hulk, qui souhaite un sujet sur le beau temps qui revient toujours après la pluie.

Alors mon Hulk je vais te dire. Un jour mon regretté ami Victor, héros de Coup de rouge, avait trouvé un taf de chef saucier super bien payé en Angleterre, dans le restau chic d’un club de golf pour gros rupins rosbifs. Deux fois mieux payé qu’en France. On était contents pour lui parce que cuistot en France, c’est payé des misères. Victor avait rendu son tablier et était revenu chez nous après quarante-et-un jours de crachin non-stop. Donc bon… je voudrais pas dire mais les bons vieux proverbes à la noix…

…E la nave va !

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C’était mieux avant ?

Crâne à la fleur - Illustration © Pierre Auclerc 2013

Minot j’étais plutôt rêveur et solitaire. Je passais une bonne partie de mon temps à inventer des mondes dans lesquels je retrouvais mes instincts de chasseur-cueilleur-constructeur de cabane. Puis vint l’étrange lucarne, qui trônait là en fait depuis quelques mois et à laquelle je n’attachais pas d’importance. J’y avais droit au départ le samedi après-midi. Ce fut le choc quand je découvris The Twilight Zone (La quatrième dimension) ou The outer limits (Au-delà du réel). Mes jeux allaient évoluer en conséquence des rêveries et des fantasmes que suscitaient ces deux séries magiques à mes yeux. Ma forêt devenait amazonienne, ma mission plus périlleuse à chaque fois, j’étais le chasseur de Predator avant l’heure.

Ce fut ensuite la couleur, et là, avec un élargissement des possibilités, c’est-à-dire l’accès à quelques films, je pouvais désormais parfaire mon amour du cinéma fantastique. Ce furent les années Jason et les Argonautes, King Kong et d’autres toiles plus obscures. Mais franchement, qu’est-ce qui pouvait me plaire dans ces films ? King Kong est considéré comme un chef d’œuvre, certes, mais beaucoup de ces films sont plutôt « ratés »parce que le budget effets spéciaux bouffait tout ou, au contraire, était indigent. Le point commun, que je décelais plus tard, deux hommes, Willis O’Brien et Ray Harryhausen. Le second d’ailleurs fut élève du premier. Leurs monstres, leurs créations, même d’apparence désuète aujourd’hui, dégagent une forme de poésie dans sa maladresse. Le plus souvent, c’est en artisans qu’ils concevaient leurs bestioles ou leurs monstres.

J’en suis encore sous le charme, ça m’aide aussi à garder un peu de mon âme d’enfant que la vie parfois lacère. Souvent, l’usage de la pâte à modeler ou d’autres produits proches induit, pour les films en couleurs, un effet « jouet géant » devant lequel, le héros souvent peu inspiré, s’escrime à donner l’impression qu’il combat, l’héroïne légèrement vêtue criant à outrance, évoquant une poursuite improbable. Il faut dire que les effets spéciaux numériques n’en étaient qu’à leurs balbutiements et étaient réservés à de grosses productions. Ray Harryhausen achèvera sa carrière avec le Choc des Titans en 1981, curieusement au moment même où les effets numériques, Star Wars oblige, prennent le dessus sur le travail « à l’ancienne ». Le film, par ailleurs très réussi pour l’époque, mélange tous les types de trucages. Est-ce le chant du cygne ?

L’héritage perdure, même si les techniques se sont améliorées, à la marge, grâce aux films d’horreur, particulièrement aux films de zombies, le maître incontesté étant Tom Savini, dont on voit la frimousse dans les films de Romero et dans bien d’autres. Ses zombies sont classieux et bien pourris. Le gosse qu’il est s’amuse comme un fou à leur exploser la tête (peut-être aurez-vous reconnu mon avatar sur Ubu), à les démembrer, mais aussi à leur faire bouffer de la chair humaine. Cependant, la généralisation des technologies et le numérique ont pris le dessus. Même à très bas coût, on peut en réaliser. Une boîte de production comme Asylum, de nos jours, produit les pires nanars qui soient en mettant tout le budget sur les FX, avec un reliquat pour payer un has been disparu des plateaux.

Désormais on peut tout montrer, on peut tout imaginer, les possibilités sont merveilleusement démultipliées. Je dois l’admettre, je vais tout voir, du dessin animé avec mon mioche au blockbuster inutile. Les effets numériques sont devenus indispensables, ils sont présents partout, pour le bien parfois, pour cacher l’inanité du projet aussi. C’est le temps des monstres géants, comme dans Pacific Rim, qui se coltinent à des robots géants. Le film de Gillermo Del Toro (Le labyrinthe de Pan, Hellboy) est techniquement parfaitement maîtrisé. Mais il manque d’âme et de chair. C’est curieux de la part d’un cinéaste qui, justement, mâtinait sa SF de poésie. Les films de super héros se multiplient : ils volent, courent, se transforment à volonté. Mais pour la plupart, il leur manque encore cet esprit qu’on trouve dans les comics.

Des réalisateurs reconnus comme Peter Jackson (Bad Taste, Brain Dead) ou Sam Raimi (Evil dead) ont succombé au flouze hollywoodien et ont cru être libres dans leurs choix avec Le seigneur des anneaux pour l’un et Spider-Man pour l’autre. Ce sont des réussites techniques, des films qui rapportent un max de pognon, mais qui, pour moi, restent de simples divertissements. Les années passant, je n’y prête plus guère attention, jusqu’au jour où j’apprends la mort de Ray Harryhausen, en cette année 2013. Une nostalgie lointaine me plonge dans ce cinéma où Jack le tueur de géants, avec ses effets spéciaux tout nazes est devenu Jack le chasseur de géants – remarquez la subtilité du changement de titre en cette époque biomormonne – où Le jour où la Terre prit feu a pour réplique 2012.

Alors, c’était mieux avant ? Ben oui, j’étais plus jeune, plus beau et c’était la fin des Trente Glorieuses. Mais non aussi, je prends toujours le temps de me divertir pendant que d’autres travaillent à la chaîne pour des clopinettes. Et puis, la claque, la grosse baffe cinématographique, que j’ai rarement ressentie, n’en déplaise à notre prophète1 : Gravity, 1 heure 30 de suspense dans l’espace avec des effets spéciaux et une 3D magiques. Cela me convainc qu’il est vain de nostalgiser et que, malgré une dépression lancinante, je vis toujours. N’en déplaise aux fâcheux.

 

E la nave va…

  1. Numerosix est le prophète bien aimé des déconnologues de l’Icy ; lire le billet Prophète de bonheur. []
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Eighties

Olympe de Gouges dans La Fée electronique - © Nam June Paik 1989 - tritouillé par Cyp.

 

Je sais pas si vous avez remarqué, mais depuis que la société du spectacle de masse s’est imposée au monde occidental, il est des périodes régressives durant lesquelles on se plaît à faire un tour en arrière, de 20 ou 30 ans; enfin les tenants des rênes de la com’. La nostalgie, ça paye avec des générations vieillissantes et bankables. En ce moment, c’est les années 80 qui ont le vent en poupe comme pour le premier film que je vais évoquer. Je me garderais d’aller voir le navet français Stars 80, la bande annonce suffisant.

Affiche de Stars 80

 

Ted a été un immense succès outre-atlantique, un tabac inattendu. Comme en Plouquie l’offre cinématographique étant particulièrement pauvre cet automne et que j’avais vaguement entendu parler de cette comédie régressive – adjectif qui automatiquement a sur moi des effets attractifs – je profite d’un mercredi triste pour aller tester. Première surprise, je suis seul dans la salle obscure, visiblement le succès n’aurait pas traversé l’océan. Curieuse sensation que d’être l’unique spectateur…

L’histoire. John a 8 ans dans les 80’s, il n’ a pas de copain, seulement un ours en peluche, Ted, auquel il se confie et qui, par le miracle d’un voeu exaucé après le passage d’une étoile filante, va s’animer et devenir vivant. Ted et John se jurent fidélité. Saut dans le temps, de nos jours. John a 35 piges et fument des bangs avec Ted sur son canapé. Lori, sa chérie, en a assez de cette vie qui n’a pas des sens, à savoir sans le mariage et ce qui va avec. Pour John, c’est le dilemme…mais bon, il choisit la meuf et se sépare de Ted, enfin pas vraiment ; dès lors les séquences comiques, enfin propres à la comédie américaine s’enchaînent : affrontement de milieux sociaux différents, scènes conjugales et rabibochages, bagarre dans une chambre d’hôtel où tout doit être cassé, fête entre jeunes….

Bon, quand on parle de comédie régressive, on s’attend à du lourd, du pas très fin, du prout, du pipi-caca, du potache quoi. Ici, à part quelques dialogues arrachant un vague sourire et deux-trois situations gagesques, le film hésite constamment entre comédie romantique, comédie trash, étude de moeurs, hommage appuyé à une décade, voire même au film d’action et… à force d’hésiter n’aboutit à rien. Sinon à l’enfilage de scènes hyper référencés 80’s : Flash Gordon en vrai et en vieux, musique ringarde, expressions surannées, danses disconisantes et défonce à donf.

Pire, seul l’ours joue convenablement son rôle. Mark Wahlberg a un charisme de crustacé, toutes les filles sont des abruties ou des nunuches arriviste; le récit débute et finit comme un conte Disney niaiseux. Les quelques écarts de langage et de situations, genre une fille a chié sur le parquet, comme ça, gratuitement, ne sauvent pas cette bande bien terne au pseudo-second degré même pas assumé.

Affiche de Ted

 

Les années 80, c’est cinématographiquement Maniac. Le film de William Lustig est un condensé du slasher urbain nauséeux et délétère. Son slogan : « Je vous avais dit de ne pas sortir ce soir ». L’histoire. Elle est vachement chiadée, un tueur en série hante New York la nuit et tue à l’arme blanche plutôt des filles, mais pas que. Il les scalpe et place méticuleusement les chevelures sur des mannequins qui hantent son taudis. Psychanalyse de bazar – ah ces mères autoritaires ! -, solitude urbaine, moiteur suintant des pores de Joe Spinell – inquiétant – et des murs sales d’une ville sans âme, absence de suspense quant au dénouement.

Affiche de Maniac

 

C’est hésitant, mal filmé, surjoué, plein d’erreurs et de faux raccords ; la perche du preneur de son se repère à quelques reprises, ce qui relativise la dramaturgie du moment, par exemple. Pourtant, la liberté de ton, le côté bouts de ficelle, l’agressivité et le péssimisme ambiant sont symptomatiques de ce genre à cette époque, qui donnera un chef d’oeuvre – Henry, portrait of a serial killer – ; pas d’humour noir, ni de références amusantes, du brut, du direct, du sang, des couteaux.

Affiche de Henry, portrait d'un serial killer

Mes 80’s vous paraîtrons peut-être bizarres. Ce que je sais, c’est qu’elles sont passées bien vite et que j’en retiens une sorte d’hymne funèbre : CLIC

 

E la nave va…

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Les héros sont fatigués

Le masque de la faim - Musée de Freiburg im Breisgau

 

Été 1982.

La gauche est passée depuis un an, la censure cinématographique a presque trépassé. Dans l’un des trois cinoches de Rochefort, on sort enfin Massacre à la tronçonneuse et Zombie, interdits au moins de 18 ans, soi-disant. Du haut de mes quinze printemps, je profite d’un après-midi libre de contraintes familiales et moite de chaleur charentaise pour m’offrir ces deux masterpieces dont je ne connais que la réputation sulfureuse, on se les raconte à l’école, avant, on avait fait le même plan buzz avec L’exorciste. Les papys font la queue pour le porno, sagement. Quant à moi, j’entre dans cette salle un peu crade. L’image va apparaître, imparfaite ; le son grésillera ; peut-être même y aura-t-il une coupure.

C’est le choc ! Comment ? Il existe un cinéma différent ? Un qui rentre dedans, qui mord, qui crie, qui transpire sous les masques de chair, qui fait gicler sang et sanie…. Malgré la violence assumée et le climat délétère qui émanent de ces deux films, je savais au fond de moi qu’ils m’accompagneraient encore un bail. 

Été 2012.

La « gauche » est passée depuis 3 mois, plus de censure, tout est visible, tout est nu, tout est transparent. À Rochefort, plus qu’un seul cinéma, de toute façon, je m’en cogne, j’y vis plus. J’ai changé de ville, la taille est équivalente, comme l’ennui qui sourd des volets entrouverts. Un seul cinéma donc, mais à 100 mètres de chez moi : climatisé, numérisé, 3déisé. Il n’y a pas grand chose à faire ici. Hop, la décision est vite prise, en plus il fait trop chaud pour travailler.

J’enquille les dessins animés avec le fiston : L’âge de glace 4, malgré les « conseils » de Liger, Le Lorax, Rebelle un Disney, Madagascar 3. Ça se laisse voir, le discours vaguement écolo et égalitariste sert de prétexte à des séquences d’action plus ou moins gagesques et à un humour très référencé en direction des parents. Pas de quoi fouetter un chat. Techniquement, les progrès, depuis Toy Story, sont indéniables, mais le propos est lénifiant, voire niaiseux, pour la plupart d’entre ces films.

Seul, j’ai envie de Blockbusters bien bourrins qui vident la tête à la vitesse d’une mitrailleuse lourde ; ça tombe bien, il y a de l’offre cet été : The Dark Knight rises, The Expendables 2, Total Recall, Abraham Lincoln chasseur de vampires. 4 films en 4 jours.

Le déclin de l’empire hollywoodien. 

Quelque chose ne tourne plus rond dans l’usine à rêves. Pourtant, à première vue, tout a l’air bien huilé, la chaîne de montage est nickel, le SAV assuré par les médias complaisants et le discours toujours aussi enjoleur. Et puis, encore, les gentils et les méchants. Mais bordel, on sent qu’il y a un truc qui coince : scénarios indignes et indigents, héros fatigués, omniprésence du 11 septembre, c’est une sorte de désarroi glaçant auquel on a droit, me semble-t-il, cachant la grimace d’antan.

La grimace a toujours existé au cinéma, qui n’est qu’un avatar du cirque et du théâtre ; elle peut être comique, mais elle cache aussi une forme de désespérance : il suffit d’évoquer le Joker et le Pingouin des deux Batman de Tim Burton. Plus que des méchants, ils sont La grimace face à un Batman emprunt de doutes et de noirs secrets. Des clowns dans une farce. 

Fini de rire.

The dark night rises

Si je fais référence à Tim Burton, et à ses deux adaptations de Batman, c’est pour souligner le caractère antagoniste qu’elles entretiennent avec la trilogie de Christopher Nolan. On y retrouve le Batman sombre, en proie à ses sempiternels démons (orphelin, riche, masqué…), mais la grimace a disparu, le méchant porte un masque sur la bouche ! Ce masque, on l’aura compris, est l’inverse de celui de Batman, mais fini de ricaner, une respiration hachée et des sortes de borborygmes sont dans la place – forte. Gotham City devient le décor d’une véritable guerre, où se pratique le terrorisme de masse. Plus d’espoir, aucun. C’est de loin le meilleur des quatre films évoqués, même si une fin assez sotte gâche le plaisir. 

Des navets d’été.

Total Recall

Les navets de l’été, c’est bien, me dis-je, lors d’un intense moment de réflexion. Donc, allons voir le remake du film de Paul Verhoeven, Total Recall – mémoires programmées [sous-titre ajouté, des fois qu’on n’aurait pas compris]. Là encore, omniprésence du terrorisme, déjà abordé dans le premier, mais sous un angle moins émancipateur − le débat terrorisme/lutte armée libératrice toussa − et un pessimisme revendiqué. Seuls les décors sont travaillés : les acteurs sont nuls, la baston déjà mille fois vue. La gaieté et l’optimisme du premier  − souvenez-vous de la fin et du terra-forming de Mars − ont disparu derrière des murs lépreux et suintant de toutes les turpitudes des hommes.

 The Expendables 2

The Expendables 2 est le nanar par excellence, suffit de voir le trailer; toutes les anciennes gloires du film de baston des années 80 et 90, seul manque Steven Seagal, qui lui, doit plus trop pouvoir faire le coup de poing. Le méchant, campé par Van Damme, s’appelle Vilain (!) et a volé du plutonium à des fins mercantiles. Stallone et sa bande vont lui faire la peau, en compagnie de Chuck Norris et Schwarzenegger, entre autres ; ça canarde pendant un heure trente, ça se veut vaguement humoristique et décalé par moments. Le cahier des charges est rempli : un jeune collègue est lâchement assassiné, tout le monde est vachement ému, mais ne chiale pas – on n’est pas des tarlouzes quand même – personne ne versera une larmiche sur les centaines d’ennemis déssoudés par tous les moyens. Pas de psychologie, de la baston ! Mais ces héros sont des has been, ils sont vieux, ils font leur baroud d’honneur. À la fin, Schwarzy, regardant le zinc pourrave de Stallone, dit, finement, « nous aussi notre place est au musée. » C’est le crépuscule des GRRRRR.

Abraham Lincoln,chasseur de vampires

L’improbable Abraham Lincoln chasseur de vampires bat les deux autres à plate couture quant à son scénario tout zarbi : Lincoln jeune va chercher à venger sa mère tuée par un suceur de sang en suivant les préceptes d’un chasseur de vampires, lui-même vampire − façon Kung Fu sous trip − et deviendra président après avoir été petit scarabée et avoir occis de méchants vampires sudistes et esclavagistes. Alors que la guerre de Sécession fait rage, celle-ci profite aux Confédérés, alliés des vampires. Gettysburg est sur le point de tomber. Lincoln, 50 ans, reprend du service avec sa hache en argent. C’est n’importe quoi, les situations s’enchaînent de façon ubuesque, la 3d est laide, la photographie immonde, les acteurs piteux. 

Alors pourquoi ?

Oui, pourquoi évoquer cette forme de cinéma ? Par son aspect désabusé, voire moribond, on dirait le chant du cygne du cinéma américain de masse, hors animation. Des techniciens et des commerciaux ont pris le pouvoir définitivement, et ce n’est pas le pseudo-cinéma indépendant qui peut prendre la relève, tout juste retarder l’échéance. La vision du monde a changé elle aussi : elle est fondamentalement pessimiste ce qui n’est pas forcément nouveau, mais on n’appelle pas à la révolte, voire au soulèvement, sauf pour Total Recall, mais là c’est un homme seul qui vient à bout des méchants, pas une armée. Accepter son sort, forcément décadent, semble être devenu la règle. Frank Capra est bien mort. 

Le héros américain se banalise, et même s’il réalise des exploits – seul ou en petit nombre – il devient un quidam autant victime qu’acteur de son destin. Il apparaît souvent résigné sur son sort, mais à la différence du héros classique à la John Ford ou à la King Vidor, il geint et ne part pas seul vers son destin. Il fait comme Chuck Norris à la fin d’Expendables 2: « Moi le loup solitaire, je rejoins la meute ». Protection aléatoire du drapeau, de la communauté, de la civilisation qui vacille.

 

Enfin, peut-être ai-je écrit des âneries, en effet, à la fin des années 60, on déclarait le cinéma hollywoodien cliniquement mort.

E la nave va…

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Le Havre est un conte

 

Encore sous le charme du film d’Aki Kaurismäki, les yeux scintillant de bleu et de rouge, je vous ponds, sur injonction1 kondukatoriale un billet ciné. C’est sans recul, donc périlleux, mais tellement bon.

Marcel Marx [sic] est cireur de chaussures au Havre, activité fort peu lucrative, mais qui l’amène à vivre des situations où le quotidien côtoie l’invraisemblable. Il vit dans une masure avec son épouse et sa chienne [le chien est un des éléments essentiels de l’oeuvre kaurismäkienne – putain je l’ai placée :)]. Il est pauvre, mais entouré de gens bien intentionnés : un collègue vietnamien, une bistrotière désabusée, une boulangère secrètement amoureuse, bref de personnages truculents. Il va fortuitement [enfin, pas tant que ça] croiser le chemin d’un jeune africain, Idrissa, migrant ayant fui la police à la sortie d’un conteneur.

Sa femme, malade, est hospitalisée. Diagnostic : elle va clamser. Elle décide de le cacher à Marcel qui se lance dans une aventure insensée. Il recueille l’ado et va faire en sorte qu’il rejoigne sa mère qui vit en Angleterre. Comment ? Alors que la flicaille cherche le kid et qu’il n’a pas une thune ? C’est tout bête : il organise un concert de bienfaisance avec Little Bob, gloire rock locale, perdue depuis que sa compagne s’est caltée. Bon, je tiens surtout pas à déflorer le film, donc je m’arrête là pour l’histoire.

Aki Kaurismäki est un curieux cinéaste, un vrai punk et un vrai tendre. Là, c’est sa filmo : CLIC

 

C’est un homme qui prend son temps. Le temps de filmer ses personnages avec empathie, tout prés des corps et des visages, laissant poindre les félures et les espoirs. Il montre les rides, les imperfections, les bides, les yeux fatigués, les corps quoi.

C’est aussi un putain d’esthète. Les couleurs sous sa caméra deviennent éléments de l’histoire. Certains lui reprochent un certain maniérisme, voire de la naïveté, moi, j’y vois un poète du quotidien, magnifiant une ville à priori sordide par un jeu de lumières dans lequel le rouge et le bleu s’affrontent, puis se marient. En outre, il sait raconter une histoire, avec un vrai suspense.

Les personnages. Ils sont bons, ils s’entraident, à l’occasion se disputent sur d’anodines questions [un passage savoureux sur la rivalité entre Bretons et Normands en témoigne]. De nombreux non professionnels, bien dirigés, donnent la réplique à des figures du cinéma de Kaurismäki : André Wilms, magnifique, Kati Outinen, Arletty pas gouailleuse, Darroussin, cabotin en flic sympa, Pierre Etaix en médecin profondément humain, Jean-Pierre Léaud en voisin délateur [le seul salopard même pas antipathique]… Et des seconds rôles bien campés, des gueules quoi.

Les dialogues sont savoureux. Ils sont simples, parfois naïfs, mais relèvent d’une poésie surtout pas outrecuidante. Un exemple : à Calais, au centre de rétention pour migrants, Marcel assène au directeur qu’il est l’albinos de la famille Salé [le nom du jeune Idrissa] et ça passe comme une lettre à la poste. Les répliques ne fusent pas, elles viennent à nous naturellement, on a presque envie des les dire tellement elles sont sincères.

Avec Kaurismäki, on est au Havre et partout à la fois, mais aussi hors du temps. On fume dans les troquets, les taxis sont des R30 ou des 403, le commissaire roule en R16 et les téléphones sont à cadran, les rues ont des ornières et ça picole sévère. Seules concessions à la modernité, le téléphone portable dont use JP Léaud pour dénoncer Idrissa à la police, ainsi que les flics zélés. Cela peut paraître appuyé, et alors ?

Voilà. Dans un monde de zombies, j’ai retrouvé une sacrée part d’humanité. Le Havre est un conte, j’ai failli écrire un dulconte2 ;-)

E la nave va…

  1. Lire ce commentaire comminatoire sur le fil de discussion précédent : CLIC []
  2. Philippe, dit Dul, ou Dulconte vu qu’il est conteur. []
Publié dans Cinoche | Mots-clefs : | 1172 commentaires
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