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Troubles mentors

Illustration © Pierre Auclerc 2013 - ICYPHou putain c’est sinistre ! C’est le FLIP. On est espionnés par tous les trous. Le moindre de nos octets est capté à la volée. On nous sonorise jusque dans les chiottes. Des agents douteux nous suivent à la trace. On a beau se claquemurer, le moindre frémissement de nos vibrisses est analysé par des ondes dont le commun des mortels n’a pas idée, et que la Science peine à découvrir.

*

Enfin c’est le flip pour ceux qui pensent comme dans le premier paragraphe, ou des qui s’imaginent vivre dans l’illustration de ce billet, tritouillée par l’ami Pierrot avec sa petite souris. Vu que nous autres icy ça va plutôt pas mal, je le dis tout net. Quand on chasse le spleen, il ne revient pas au galop : on se l’est bouffé tout cru en cours de route, avec une petite salade du jardin conquise de haute lutte sur les limaces gluantes.

*

Quelques nouvelles de notre petit navire, donc. Dans la salle des machines, notre bonne fée mécano − Lady − nous a tricoté un moteur de recherche entièrement autonome basé sur Elasticsearch qu’il lui a fallu adapter à l’usage particulier de l’Icyp, à savoir que tout y est orienté sur le système de commentaires : ça n’a pas été une mince affaire et elle s’en est dépatouillé avec brio. C’était indispensable : l’Icyp ne dépend que de lui-même et n’est relié à aucun réseau. Comme tous les fils de discussion − y compris les plus anciens − restent ouverts en permanence, ça nous permet de retrouver n’importe quel sujet en quelques secondes et de le remettre sur la grande table en bois d’arbre ou d’aller papoter sous d’antiques billets. Bref : ça fait circuler le sang de l’Icyp et jamais je ne saurais remercier assez notre Lady de nous avoir offert ce cadeau impérial.

Du côté de l’équipage aussi, tout baigne dans l’huile : y a des petits nouveaux et des petites nouvelles. La moyenne d’âge a méchamment baissé et le cosmopolitisme s’est encore enrichi : le bugdet s’est pris une claque, le cirage à bites blanc étant hors de prix et le bizuteur en chef un gros sagouin qui en fout partout. Sans compter qu’à la cantine à part notre catholique pratiquante de service[1] embauchée pour respecter les quotas imposés par le Bureau, chacun chacune a ses tabous alimentaires pénibles bien que ces estomacs crient famine comme ceux des gens normaux.

Le bilan carbone de l’Icyp est toujours des plus lamentables : les déconnologues sillonnent la planète en tous sens dans des gros avions et leurs véhicules terrestres sont des poubelles à roulettes hors d’âge crachant le noir par le pot d’échappement ; et quand notre prophète bien aimé Numérosix traverse Paris sur son scooter, la ministre de la santé interdit les scooters dans les lieux publics par décret à effet immédiat.

Suite au crash du disque dur de notre serveur en décembre dernier, plusieurs parties internes de l’Icyp ont eu chaud, mais tout a été impeccablement récupéré et la réinstallation du système s’est faite sans problème en trois petits jours. La Cambuse est en cours de transfert dans les nuages, où ces données seront bien mieux abritées que sur un seul disque dur, cette pièce étant connue pour sa fâcheuse tendance à claquer dès qu’on la regarde un peu trop fort. Tout devrait être aux petits oignons dans les deux, trois semaines à venir.

Notre plan d’éradication mondiale des tristos et de leurs sinistres mentors peut donc continuer de plus belle : en avant, tchatche !

e la nave va…

  1. Hé oui : nous avons ça en stock aussi. []
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Machine à écrire

Illustration © Pierre Auclerc - ICYP - 2014Humecter le bout du pouce et de l’index, choper une feuille dans la ramette, la glisser dans la mécanique et en avant : tac tac tac. En avant toute : droit devant jusqu’à épuisement de la ramette.

J’ai fait comme ça pendant des lustres et puis un jour un nouveau modèle de machine à écrire est arrivé. Une machine sans papier ni ruban encreur. Une machine à écrire en direct, une espèce de presse d’imprimerie instantanée. Celle avec laquelle j’écris en ce moment. Et qui, grâce à l’intercession de Lady de Nantes auprès de Sainte Soluce, me permet enfin de briser le carcan imposant la rédaction de textes courts sur le substitut du bon vieux papier A4 qu’est la pâte à octets de l’internet.

Or donc à compter de maintenant, l’Icyp est doté d’un dispositif exclusif tout tricoté à la main par notre bonne fée mécano, qui découpe le texte en pages de manière automatique. Ça va y aller gaiement : au kilomètre. Pour l’heure il n’est pas encore possible d’inclure des images dans le texte, mais ça ne saurait tarder. Inauguration et essuyage de plâtres.

Pour ce premier billet d’essai avec le nouveau bidule, on va faire simple : je vais retranscrire l’ambiance du fil de discussion ici-même, au fur et à mesure. Comme ça, au pif, au débotté. Comme ça me passera par la tête. Clavier au poing. Et ce qui me passera sous les yeux et par les oreilles. L’ambiance du temps. Avec le cliquetis des granulés de bois tombant dans le creuset du poêle, à trois pas de mon dos, à la cambuse de la maison de l’Horreur de Puycity, bien au chaud, clafoutis et petit IBM posé sur la table en bois d’arbre.

Bien confortable alors que 814 millions d’Indiens s’apprêtent à aller voter, que les grues cendrées ont croisé les hirondelles en chemin, les matous feulent dans la venelle, suivis par des troupeaux de puces friandes de mes mollets et que le monde gronde comme bourrasque d’autan passé l’hiver.

Ça craque aux entournures pas mal ces derniers temps je trouve : les gens se révèlent tels qu’eux-mêmes, après avoir longtemps repassé des couches de vernis sur leur épiderme, au poil de martre pour mieux lisser la pâte à maquillage. L’imposture n’est plus de mise : maintenant tout un chacun se relâche du boyau sereinement, sûr et certain d’être mêmement approuvé en retour par un concerto flatulent d’affranchis de la tripe. Ça sent la poudre à canon : soufre et charbon, délicieuse et familière pestilence attisant le rut des va-t-en guerre ou en révolution de notre temps. Troublé dans têtes pensantes tout autant que dans celles des poulets de girouettes à carte d’électeur du même carton que les bonnets phrygiens qu’on aperçoit dans les rallyes mégalopolitiques.

Clopin-clopant, bouffons ébouriffés, étourneaux étourdis bouffant du croupion à la rafale, en plein grain. De dinguerie : tout stridulant, vitupérant au cœur de leur tempête au dedans, dans la brume orageuse ; fureur fracture et fracas ; aveugles dans leur cyclone à l’œil crevé et happés comme en trou noir : avides d’eux, centripètes brassant d’obsessionnelles paranos sans la moindre cesse, jamais.

Sans ce calme partout à l’entour, sans ce sans tout doux, sans ces petits riens gentiment follets. Au régime sec comme coup de trique ils sont soumis, névrosés déambulant patibulaires, comme pris d’amok. Tout ravageant sans répit, tout en crocs derrière les grilles dont ils se sont entourés jusqu’à se claquemurer dans leur idéal étriqué s’étrécissant encore, une fois bien barricadés dans leur monde capitonné de certitudes absolues. Imperméables aux plaisirs fusant au grand dehors.

Tout se mélange. Pas bien allègrement. Pour ne pas dire que ça vire à l’aigre. Ça va pas bien bien. Ça a peur. Parce que Dieu n’existe pas encore, sans doute. Homère a échafaudé une théorie palpitante la nuit passée : j’ai rien compris mais l’idée d’un Dieu pas encore existant me séduit bien. Il disait ça précisément :

Je ne plaisante pas hein, mes méditations m’ont conduit à la révélation suivante qui ouvre des perspectives immenses : Dieu n’existe pas encore.
Voilà.
Je répète, je suis sérieux, là.

(et plus loin)

C’est une lecture mathématique de l’histoire de l’univers, depuis les milli-secondes d’avant le mur de Planck, après que la lumière s’échappe de la matière 300 000 ans plus tard, et ainsi de suite, les milliards d’années encore plus tard quand la vie apparaît, puis la conscience, etc…

Sachant ça ne fût-ce qu’inconsciemment fait que ça a peur. Le monde flippe depuis l’aube des temps, craignant le pire en permanence. Et le plus beau est que ce pire survient parfois de manière erratique et imprévisible : guerres et catastrophes naturelles. Et pas encore de dieu pour arranger le coup. Largués, livrés aux éléments, terrible sort qui leur est échu. Un créateur à retardement pour une création éjaculatoire, spastique, incontrôlée. La charrue avant les dieux. Et de découvrir ça par le biais de la science acquise au cours des millénaires, qui a étouffé la pensée magique, désaxé les citoyens girouettes et projetés sur le fumier de la terreur viscérale. Bref : ils voient des agresseurs partout et imaginent des tas de complots ourdis contre eux. Alors qu’un simple dieu remédierait à tout ça en les rassérénant. Mais puisque selon le théorème d’Homère, Dieu est une grosse feignasse, ça flippe à mort un peu partout sur la planète et surtout en France, ces derniers temps. Heureusement que la cuvette de Grenoble a verdi, ce dimanche. Mon-Al, notre bourrelle bien aimée, a sauté de joie en apprenant la bonne nouvelle. Car comme le disait si justement Homère à l’instant :

Je ne vois qu’une bonne dictature mondiale écolo (comme à Grenoble) pour nous tirer d’affaire…
S’il est encore temps.

Donc pour résumer : nous vivons des temps fabuleux dans lesquels, nous autres créatures en gestation ayant grillé Dieu à la course, avons appris à nous admirer le nombril dans des termitières en béton ultra-sophistiquées nous protégeant du contact hostile et menaçant du dehors. Enfin ça c’est pour la plus que moitié d’humanité qui crèche dans les mégapoles. À Puycity et pour toutes celles et ceux vivant en Plouquie profonde, ça ne joue pas. On vit toujours comme avant ou quasi. Tenez : bien que relié de maintes manières au reste du monde, je sais à peine ce qui s’y passe. Deux ou trois fois par jour on écoute le début du journal à la radio et on passe très vite à autre chose. Voir pousser le lierre dans le jardin d’Edith est bien plus intéressant.

Annie Luraghi - Icyp - © 2006Les élections en France ou ailleurs : il y a comme une espèce de brouhaha mais pas suffisant pour couvrir le gazouillis des piafs et le ronronnement de la Moutche. Il se passe des tas de choses…

le monde s’apprête
à être pondu
ceux qui disent
qu’il est trop vieux
et que
tout vermoulu
il court au naufrage
ont tout faux
le monde est en œuf
et
même pas encore
tout neuf…

L’important c’est le jardin d’Edith. Huit ans après la photo prise par Annie, le voici aujourd’hui :

© Cyprien Luraghi - ICYP - 2014

Il paraît qu’on a changé de gouvernement. Au loin la guerre bat son plein. Un peu moins loin aussi. Un client passe à l’atelier de dépannage au rez-de-chaussée, la porte est grande ouverte et on taille la bavette un bon bout de temps et ça sent bon le bourgeon. Je remonte à la cuisine pour me préparer un caoua : petit plongeon dans le jardin d’Edith. C’est que passant le plus clair de mon temps devant des écrans, le vert est nécessaire et vital en levant le nez, entre deux coups de bourre. Le reste importe peu : du vaste monde un minuscule filet me parvient à peine et c’est bien suffisant. Ne pas se couler dans le flux, éviter de s’y noyer.

Et bosser. Éradiquer des virus et d’autres saletés, faire chauffer le tournevis pour changer un composant mort, récupérer autant de données que possible d’un disque dur agonisant, optimiser et mettre à jour, remplacer un écran brisé, un clavier moribond, ajouter des barrettes de mémoire, installer du Linux sur la bécane d’un papy, expliquer le Windows à la mémé paumée, changer l’alim’ grillée d’un vieux PC empoussiéré, assembler une bête de guerre avec une carte graphique de la taille d’une entrecôte et coûtant un bras, achetée avec les premiers salaires d’un jeune gars passionné de jeux vidéos ; ramoner le conduit, vidange, graissage…

© Cyprien Luraghi - ICYP - 2014

Note : à la demande générale d’Évelyne, ce qu’on voit sur l’image est ma petite trousse à toutils. Dedans on trouve un assortiment de clés USB contenant des flopées d’outils logiciels, deux pinceaux pour nettoyer les composants, plusieurs tournevis de précision, une lampe frontale, deux vieilles cartes de crédit pour dépiauter les portables, une clé wifi USB, un adaptateur réseau Ethernet-USB, des cure-dents, des cotons-tiges et quelques autres babioles. Avec ça je fais à peu près tout sur à peu près n’importe quelle machine. Rien que du bien je leur fais. Elles entrent foutues, elles ressortent pimpantes. Et quand elles sont vraiment kaput, j’extirpe les précieuses données du client des entrailles de la bête. Pour les lui restituer, intactes ou quasi, sur un support ad hoc.

C’est très mystérieux pour la plupart des gens, ces machines. Aucun dieu n’a procédé à leur création spontanée, résultat d’un processus naturel de complexification des objets manufacturés.

***

Là il est presque une heure de la nuit, le 6 avril. Je suis à l’atelier en train de bricoler des machines complexes. En rêvassant gentiment. C’est calme. Ça gamberge doucement dans la calebasse. De chouettes idées se pressent au portillon. Cette liseuse offerte par notre fée mécano est vraiment excellente. Ce petit billet brouillon de neuf petites pages m’a donné le sujet du prochain billet. La mécanique informatique permet ça comme elle permet au cuisinier de laisser venir à lui les pensées oniriques passé le coup de feu, quand ça mijote sur un coin du piano.

[billet en cours d’écriture : la suite suit…]

… e la nave va !

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Les requins et les marteaux

Illustration © Pierre Auclerc - ICYP - 2014

[…] Je repense à ce que tu m’avais écrit dans ton premier mail : « je crois beaucoup en l’écriture en ligne ». Plus j’y pense et plus j’y crois moi aussi. Et même, je finis par me demander si à long terme, elle ne va pas dépasser l’écriture sur livres. Eh oui… c’est à portée de tout le monde, le piston et le fric n’entrent pas en jeu (du moins ils ne sont pas nécessaires), la satisfaction est plus rapide, mais la réussite est aussi longue, voire plus… je me dis que ce ne serait pas un mal en tous cas. A l’extrême, plus d’éditeurs, plus de maisons, plus rien : juste des pauvres gens comme toi et moi, qui ne gagnent pas un rond, mais dont le but justement n’est pas de gagner de l’argent mais de se faire plaisir. Ça ne me déplairait pas, personnellement. Je ne sais pas ce que tu en penses. Tu parles des éditeurs sur ton site en des termes pas vraiment élogieux…  

Bisous

Aglaia

C’était le 13 février 2002. Je lui avais répondu directement sur mon premier site :

Se faire plaisir… et faire plaisir aux autres, je rajoute, même s’ils ne méritent pas, bien souvent. Même. Je sais pas, moi…  Je ne sais même pas si j’ai plaisir à écrire. C’est une obligation que j’ai. Je ne sais rien faire d’autre et même si mes phrases sont bancales,  elles ne peuvent s’empêcher de couler. Même si parfois je m’arrête deux ou trois mois. Même si la douleur d’avoir à tout reprendre, à me réastiquer la cervelle et les doigts, me fige d’épouvante. Même si c’est rouillé, comme aujourd’hui. J’aimerai ne faire qu’écrire, et puis c’est illusoire… Faut manger. Et écrire. Les deux. Ce n’est pas qu’il faut souhaiter la mort des éditeurs sur papier. C’est tout bêtement la suite de l’histoire, cinq siècles plus tard… C’est le papier chiffon qui a permis a Rabelais d’imprimer ses insanités sublimes à vil prix, et de les diffuser auprès du petit peuple par le truchement d’une armée de colporteurs puants du boyau culier et refoulant du goulot … et de se faire ce blé dont il avait tant besoin. Sur beau vélin, tonton François n’aurait jamais été connu. Idem pour le second François, je veux dire le Villon. C’est déjà fait, Aglaia : le web a pris le relais. Ni dieu, ni maître, ni fric, ni éditeur… Quand tu penses à l’armada d’écrivains de mes couilles qui ne font que rêver à décrocher la quine au loto, t’as de quoi te marrer. Aujourd’hui, on n’écrit plus que pour l’artiche. Le pire, c’est qu’il n’y a pas un rond en caisse.

***

On est onze ans plus tard, là… et le web est devenu un chiotte pestilentiel à ciel ouvert. On s’était planté, Aglaia et moi. Souvent, je me plante. Pas grave. Tout le monde s’était planté, à l’époque. On croyait encore aux monts et aux merveilles, nous autres pionniers de la chose. Pionniers : quel mot à la con. Pionniers de quoi, d’abord ? En tout cas pas de cette saloperie. Les vrais pionniers, eux, ils sont devenus les requins du web. Ils avaient flairé la bonne affaire, comme ç’avait été le cas à l’époque des radios pirates, aux alentours de 1980. Ces stations FM qui avaient fleuri dans l’illégalité avant l’élection de Mitterrand. Et dont les requins de la finance ont pompé la moelle, pour hisser les mâts de leurs antennes géantes et ensuquer le populo aussi bien que la télépoubelle. 

En 1984 une radio purement commerciale faisait descendre une foule compacte de ses auditeurs dans les rues de Paris : NRJ. Les auditeurs se sont faits mettre en beauté par ces requins aux dents immaculées. Trente ans plus tard NRJ est encore plus une radiopoubelle.

Extrait de « Diversité et indépendance des médias » (éd. Les Presses de l’Université de Montréal – 2006) :

Derrière les projets sociaux, associatifs, culturels ou politiques, des ambitions d’entrepreneurs et des appétits commerciaux se manifestent et se découvrent. Les transgressions du cadre administratif se multiplient. Les autorités sont placées sous les feux d’une campagne d’opinion qui les accuse de restreindre la liberté d’expression, quand ce n’est pas d’entraver la naissance de la nouvelle société, émergente mais déjà triomphante, de la communication. En décembre 1984, une manifestation parisienne en faveur de la station NRJ catalyse et consacre un discours aux accents libertaires qui, en fait, ouvre la porte à des choix politiques nettement libéraux.

(pour en lire plus long : CLIC, puis sur Wikipédia : CLIC et une vidéo d’époque contenant un requin dedans CLIC.)

On est trente ans plus tard, là… et sur l’internet, les requins du réseaupoubelle se sont assuré le soutien massif des internautes croyant connement que ces prédateurs sont leurs amis. Les manifs sont devenues des concert de clics et des pétitions en ligne. La liberté d’expression est celle des propagandistes de la haine et des pompeurs de séries américaines, et celle des corbeaux.

Ces requins sont des publicitaires, comme toujours depuis que la publicité existe : ces gens-là sont des manipulateurs pervers de l’opinion : c’est leur sale métier qui veut ça. De nos jours les gourous commerciaux des NRJ de l’internet sèment leur propagande décervelante sur les réseaux sociaux : il suffit de les suivre sur Twitter et compagnie pour se rendre à l’évidence : ils sont potes avec tout le marigot :  journalistes collabos, pionniers de l’internet, patrons de la presse numérique spécialisée maquée avec les marques, militants des associations de défense de cette vieille pute vérolés nommée à tort Liberté d’Expression… Tout ce petit monde suant la consanguinité bosse à l’œil pour les plateformes géantes d’hébergement de l’internet, qui se sont adjugées le monopole en imposant leurs propres lois, qui n’ont rien de libertaires, mais tout du libéralisme le plus sauvage. Quand ils claquent dans les doigts, leurs toutous serviles à look gaucho rebelle leur lèchent la raie en frétillant de la queue.

Faut voir les choses en face : nous autres, ultimes vieux machins qui croyions aux vertus du web libre, indépendant et créatif et qui pensions que ce support remplacerait avantageusement le bon vieux papier, sommes comme ces antiques radios libres ayant survécu au massacre organisé sciemment par les requins des stations commerciales dans les années 80.

Nous émettons dans la joie sans se soucier du gloubiboulga général.

…e la nave va !

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C’est pas encore fini…

Illustration © Pierre Auclerc 2013 - ICYP

 

Pendant deux jours il y a eu grève à la rédaction dans la rue du père Ubu.[1] Et les journalistes ont repris le boulot. Après avoir partiellement obtenu satisfaction concernant leurs revendications, comme on dit d’ordinaire dans les journaux en pareil cas. Les riverains[2] se sentent à nouveau chez eux. Dans la rue. 

Nous, icy, on ne fait jamais grève. On est toujours sur la brèche à discuter le bout de gras ou le nez collé sous le capot dans la salle des machines, bien au chaud. Personne n’est dans la rue chez nous, à se surgeler les replis. Il n’y a pas de riverains, tout un chacun est chez soi pour de bon, les pieds collés sous la table en bois d’arbre. 

Dans la rue du père Ubu les riverains ne sont pas des riverains, mais des passants précaires : ainsi s’entame l’arnaque, avec cette torsion perverse du mot ; suffit d’ouvrir le dico et les yeux directs sur la fumisterie, là : CLIC

Dans la rue du père Ubu, les sujets badent et baguenaudent, plus monarchistes que le roi, tortillant du fion, faisant le beau à laisse et à lèche, la langue bien muselée, mendigotant la niche et l’os. Ça n’en finit plus de ne jamais finir, dans la rue du père Ubu.

***

Bon : un paquet d’entre nous icy fréquente la rue du père Ubu depuis le tout début. On y a nos petites habitudes, nos copains, nos amis, nos ennemis, nos trolls gluants, nos gniasses paranos, nos modérateurs lunatiques qui charclent nos déconneries à la machette rouillée quand ça leur chante vu que la rigolade et eux, ça fait deux.

Y en a qui nous disent : mais pourquoi donc vous persistez à y aller, dans cette rue où vous êtes traités comme des clebs ? Simple : c’est parce qu’il y a les copains et, les copains d’abord. Et puis même si ça peut sembler futile, je sais aussi qu’on en fait rigoler plus d’un. Foutre la bonne humeur : noble tâche ;-)

***

Sinon tout va bien à bord de notre petit navire : demain ça fera un an tout rond que le système de commentaires de l’Icy n’est plus accessible qu’aux déconnologues et ça fonctionne impeccablement depuis. Autre chose : Lady de Nantes, notre bonne fée mécano, fait plus que me seconder dans la salle des machines : c’est la première fois depuis le début de la grande traversée en 2001, que je ne suis plus seul à tout me taper, de A à Z. Un vrai bonheur. Du coup, j’ai le bout des doigts qui me démange à nouveau : des sujets de billets, j’en ai à foison. Chic !

E la nave va…

  1. Rue89 []
  2. Terme par lequel la rédaction de Rue89 désigne les commentateurs. []
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Octet papelard

Illustration de Laurel Neisse pour le site d'Aglaia - 2003

Ben85 m’avait suggéré de pondre un billet-express racontant ma première fois sur l’internet. Billet-express : il est marrant, Ben[1]

Ma première fois c’était nul : un site américain de peinture pour ailes en tissus de petit coucou à hélice pour un passionné de la chose qui avait sauté de joie en passant sa commande : introuvable en France, sa peintouille favorite. C’est seulement l’année suivante, en 97, que j’ai découvert les premiers sites personnels et les forums de Usenet[2] . Ces deux mondes ne s’étaient pas encore rejoints dans ce qu’on appelle maintenant les blogs.

On lisait le site, on allait signer le livre d’or et quand ça nous bottait vraiment on envoyait un mail à l’auteur, qui répondait rarement. Sur mon tout premier site je répondais comme un dingue à mes lecteurs… dont certains lisent toujours l’Ici-Blog… même que l’un d’eux y a laissé quelques posts l’autre jour − salut René et l’amitié !

Et sur les sites persos pratiquement personne ne racontait encore sa vie… sauf ma pomme et trois autres pelés.  Du moins en France : aux USA le premier récit autobiographique en temps réel paraissait dès 91 sur Usenet.[3]

Et puis y a eu le journal d’Aglaia et c’est de là que tout est parti à fond les manettes en France. En 2002. Premier journal de bord d’une petite nana de 16/17 ans à la fois propre sur elle et délurée juste comme il faut… et surtout : sachant aligner ses phrases impeccablement. Et qui répondait à tous ses nombreux mails − jusqu’à des centaines par jour elle recevait − ; j’en ai encore cinq au fond de ma première boîte aux lettres.

Il n’avait de révolutionnaire, le journal d’Aglaia : nunuche à souhait et très fleur bleue, mais il avait un petit quelque chose de particulier : il était techniquement très en avance sur les vieux sites moches, facile à lire et bien foutu. Et la présence constante de la minette, en prise directe avec son public était unique. Tout le monde a marché dans son truc et moi aussi… jusqu’au jour où elle a tout arrêté net après avoir écrit ça :

Moi, Aglaia, je pourrais par exemple tenir un faux journal intime sur le web. Et j’aurais des dizaines de lecteurs, puis des centaines, puis des milliers. Et un jour, par exemple au bout de dix ou onze mois, je révélerais la vérité. Je recevrais une quantité industrielle de mails. Les plus intelligents me diraient que ça ne change rien. D’autres se comporteraient comme les enfants à qui l’on apprend que le Père Noël n’existe pas : « Quoi ? Mais non c’est pas vrai ! Dis moi que tout ce que tu as écrit était vrai ! » Et d’autres encore : « Je t’ai viré de mes favoris, je ne te lirai plus jamais ». M’insultant au passage, oubliant que c’est tout de même moi qui ai écrit ces textes qui les ont fait rire et pleurer au fil des mois…

Ben oui : c’était bidon. Aglaia n’était pas Aglaia. Personne n’a jamais su qui c’était. C’est ça aussi le Net : un bal masqué. Enfin : ça n’a rien de nouveau ; les fausses biographies ont été nombreuses à être imprimées sur papier. La différence, c’est l’instantanéité et le fait que l’auteur entretient sa duperie en écrivant lui-même à ses lecteurs, nourrissant ainsi le mensonge, laissant planer le doute.

Nombre de blogs actuels sont des héritiers directs de journal d’Aglaia : rien qu’en France des myriades de blogs et de pages personnelles sur les réseaux sociaux sont bidons… et masquent des vies sans aucun intérêt. Combien de fois, nous autres déconnologues, avons-nous croisé et  arraché le masque de carnaval de mystificateurs  planqués derrière leur anonymat sur les forums ? à tel point que c’est devenu un de nos sports favoris que de leur péter au nez dans la joie.

Je n’en veux pas à Aglaia : son petit journal m’a donné plein de belles et bonnes idées et elle n’a fait de mal à personne. Laurel − l’illustratrice de son journal − y a publié ses premiers dessins et a par la suite bossé dans Spirou et compagnie ; elle aussi y avait cru jusqu’au bout.

Et maintenant, en exclusivité sur l’Ici-Blog, je remets en ligne le fameux Journal d’Aglaia… que j’avais mis plus d’une journée à télécharger avec ma connexion pourrie de l’époque. C’est la seconde mouture, avec les dessins de Laurel, et dans laquelle elle précise sur la page d’accueil qu’il s’agit d’une fiction… quelques jours avant sa disparition du Réseau.

Shazam  ! ! !

− LE JOURNAL D’AGLAIA

Peu de temps après, Aglaia présentait ses excuses à son public dans une déclaration publique conservée ici : CLIC

***

Quant à moi, comme quelques autres, j’écris depuis neuf ans révolus sans fard, sans masque, sans maquillage ni maquignonnage : je ne me colle pas de piment dans le cul[4] pour avoir l’air fringuant et remuer de la queue au marché aux bestiaux. Y en a qui comprennent ça et d’autres pas.

E la nave va…

[NVDF (Note Venue Du Futur | 1 juin 2013) : une suite de commentaires avec Dzana, connaissant Aglaia et lectrice du Sitacyp à l’époque, se trouve sur ce fil à partir d’ici : CLIC.]

[NVDF du 29 décembre 2013 : Aglaia a toqué à la porte de l’Icyp cet été : elle est désormais notre bonne Fée Mécano.]

  1. Chercher dans les vieilles archives stockées sur des disques durs hors-d’âge à pas d’heure, puis les trier, les relire, les adapter pour une lecture correcte sur l’Ici-Blog, les copier sur le serveur, etc. []
  2. Un réseau parallèle mais consultable via Internet et beaucoup plus ancien − 1979 − où on trouve encore les ancêtres des forums actuels, en texte pur []
  3. La Liste de Nurse Jones, que j’ai traduite en français  en 2000, et est est à l’origine de mon abandon du papier pour l’octet. Lire le billet lié « Fucking class hero ». []
  4. Ça se faisait vraiment. []
Publié dans Pilotique, Spectacle, Tout Venant | Autres mots-clefs : , , , , , , , | 650 commentaires
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