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Pavé de viles intentions

Illustration de Pierre Auclerc - © 2012

Taper l’incruste, non.

Je passe.

J’avance à zéro kilomètre à l’heure par tous temps.

Tout le temps

Au paradis.

*

L’Icyp a un an

Tout rond. Là.

E la nave va…

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La belle famille

À un moment donné, il faut savoir s’arrêter : le tirage de cette photographie est dans un état si pitoyable que sa restauration pourrait prendre des mois, encore. J’ai fait ça tranquillement, à l’atelier, pendant les temps morts : ceux que prennent les ordinateurs en réparation à effectuer des tâches rébarbatives et interminables : récupération du contenu des disques durs moribonds, par exemple. C’est une des spécialités de la maison : aller ranimer les faibles échos magnétiques des fichiers disparus, effacés par erreur ou volontairement et les restituer au client moyennant finances. Méticuleux et méditatif : taf ingrat et gratifiant à la fois. 

Derrières les froids octets des mémoires informatiques défaillantes ou des grains de nitrate d’argent d’une photographie amochée, il y a la vie, increvable. Un jour une cliente britannique était arrivée en pleurs avec son portable sous le bras : son salaud de mec avait bousillé toutes ses images : étant un peu de la partie, il s’était acharné à détruire méthodiquement la photothèque de sa compagne suite à une scène : tout flanqué à la poubelle et puis vidé icelle et enfin piétiné le tout en formatant le disque lentement. Mais il en faut bien plus pour anéantir le ferromagnétisme de ces engins. J’étais parvenu à lui sauver les trois-quarts de ses 3000 clichés ; mieux que rien. Avec son sourire retrouvé et son chèque encaissé, la satisfaction était bien réciproque. Il y a des jours où le métier n’est pas que grincements de dents jusqu’à pas d’heure dans les cliquetis obstinés de ces mécaniques délicates et si revêches. 

À un moment donné il faut savoir s’arrêter : j’aurais pu pousser le vice jusqu’à lisser la moindre pétouille, et raccommoder le tout au pixel près sur le Gimp, mais le plus gros est fait : il a fallu tout d’abord nettoyer une crasse de soixante ans sur le papier : chiures de mouches, gras de mille doigts et d’huile de friture, et puis ce maudit ruban adhésif jauni et incrusté dans la fibre, qui la barrait sur toute la largeur : y aller au tampon imbibé d’une petite sauce maison[1] : le vieux scotch est la terreur du restaurateur. Mais je l’ai eue, l’image. Et la voilà restituée, visible et montrable : ses déchirures, balafres et manques ont été comblés, et les dix-neuf visages sont là et bien là comme au bon vieux temps. Pousser plus à neuf aurait été vain. 

À un moment donné il faut savoir s’arrêter : pour Madeleine ce fut à quarante-huit ans, après avoir enfanté vingt-cinq fois de suite[2] ; la belle famille. Décorée par le Président Auriol et inscrite au Livre des records : le petit paradis de la notoriété pour une vie d’enfer. Le vieux n’était pas des plus faciles à ce qu’il se dit dans ma belle famille. Et entretenir une telle brochette, c’est oxydant à la longue. 

À un moment donné il faut savoir s’arrêter : pour moi ce fut à quatorze ans, en larguant ma pas belle famille pour me lancer dans le monde seul : le paradis, c’est les autres. 

Ce billet est dédié à la mémoire de mon beau-père Roger − mai 1929 – décembre 2011− qui épousa la jeune fille à lunettes debout de la photo en 1952.[3]  . 

E la nave va…

  1. Une part d’alcool isopropylique pour une part d’eau… et selon les supports et les circonstances, quelques gouttes d’adjuvants divers dont j’ai le secret. []
  2. Elle n’a pas eu de jumeaux. []
  3. La bise à ma belle-mère ;-) []
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DAME NATURE

 

Chez la femme, l’insatisfaction n’est même pas une nature : elle précède l’Être…

(bon on va arrêter on risque de passer pour des phallocrates, et c’est pas vrai du tout)

Homère sur le fil de discussion précédent.

***

 E la nave va…

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KI KI SO SO LHA GYALO !

 

Trop tard : c’est pas d’heure. Avant l’heure : il n’y a pas d’heure. 

Il y a le chemin tracé et celui qui reste à parcourir, quelle que soit la voie empruntée. Souvent je compare l’Icyp à un petit navire fendant les flots de l’océan Octétique en solitaire, loin de la flotte amirale et des flottilles. Mais je ne suis un terrien et c’est sur mes deux pinces que dans une vie précédente je fendais les vagues rocheuses des montagnes de l’Himalaya.

Remonter la vallée, franchir le col et redescendre la suivante jusqu’au prochain pertuis ; s’exposer au danger car si les monstres abyssaux n’existent pas que dans l’esprit des marins, les démons de la tempête ne sont pas chimériques dans la tête du montagnard : ils prélèvent leur quota de vivants et les envoient bouffer les pissenlits par la racine régulièrement. 

C’est pourquoi il convient de ne pas fanfaronner face aux éléments naturels : ils sont considérablement plus puissants que nous autres, misérables voyageurs. 

Il aura fallu cinq ans pour remonter cette vallée sinistre peuplée d’aborigènes hostiles et odieux : demain j’ignore ce qui m’attend sur l’autre versant. En attendant je profite de mon petit bonheur : passé le dernier raidillon dans les éboulis noirs, le replat herbu est agréable à la semelle de mes croquenots et le sac paraît soudain plus léger, comme l’air ténu dans lequel baigne le torrent déboulant. 

Comme à chaque sommet de col, je pousse la beuglante joyeuse : KI KI SO SO LHA GYALO ![1]

Demain ce sera le premier alpage, et le premier lait de la première dzomo[2] et puis après la première pause : en route.

E la nave va…

  1. En Tibétain : « Les dieux ont vaincu ! » []
  2. Hybride yak-vache, cf Wikipédia []
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Rouziquer tranquillou

 

Le bout de gras, ça se discute. Comme tout le reste au demeurant. Jusqu’à éplucher l’os de carcasse ou de côtelette selon la bête, de la pointe du couteau et rouziquer[1] artistement à prestes petits coups de quenottes, le grillé croustillant agrémenté d’une pointe de fleur de sel. De la vie. 

Croûter de la barbaque en bonne compagnie, c’est gagner sa vie bien mieux qu’en s’emmerdant à la foire d’empoigne au dehors où résonne le fracas et retentit la fureur ; c’est une activité antique et increvable, qui comble d’aise autant panse que pensée, les innervant de sucs qui ne sont pas de bile. 

Assemblés comme des pithécanthropes décortiquant le bestiau, dépiauté tout d’abord parce qu’on n’est pas des sauvages et que la société s’épile, se plume et se pèle comme le canard gras ou un chevreuil des grands bois, avant d’être disséquée par notre bonne petite société d’amis avides d’en tirer de doctes conclusions et d’en faire bombance. 

Une fois passée la couenne, on entre dans le vif du sujet : en société. Mieux que lire le journal, et nettement plus roboratif. Entre nous, point  de lutte d’influence, ni désir de puissance, ni jalousie, ni toutes ces conneries qui nous pourrissent la vie… rien que le bruit des mandibules et des os rompus pour en sucer la moelle. Rompus comme les bâtons de nos discussions et conciliabules sur l’Icyp et autour d’une table en bois d’arbre. 

En partant d’une idée gracieusement offerte par l’ami Sambucus ici : CLIC

E la nave va… 

  1. Ronger comme le font les souris (sud-ouest). []
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