Archives par tag : Joie

Je les déteste tous

Illustration © Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Tous mais pas tous, en fait. Ça dépend lesquels. D’à quelle catégorie ils appartiennent. Les gens des catégories détestables le sont sans exception. Les militants par exemple : putain qu’est-ce qu’ils sont haïssables, tous. Pas un pour racheter l’autre. Pas que les militants politiques : tous ceux de toutes sortes s’entichant de fantasmes puérils à pas d’âge. Les ultravégétaliens fous, par exemple, tout comme les carnivoraces azimutés. Il en va de même pour les masculâtres et les féminulistes : que le berk les submerge, ces pnutres ! Et je pourrais tartiner les listes interminables de ces catégories d’odieux minables. Heureusement pour vous aussi lecteurs, j’ai trop la flemme de faire chose aussi fastidieuse. Évoquons tout de même le tanguy libertarien antitaxes qui attend l’héritage en bon bernard-l’hermite, chez papamaman. Et puis le petit nazi aussi, qui a le vent en poupe ces derniers temps. Le bren au fion, en fait. Face à lui, le néogarde rouge s’énerve très fort quand le quidam a l’outrecuidance de dire du mal de son mentor cramoisi qu’il appelle Jean-Luc comme si c’était son copain. J’arrête là car un billet de blog c’est court et puis c’est dimanche, d’abord. 

Exécrer les répugnaces c’est bien joli, mais épuisant au possible. Tout comme conspuer le gnière et morigéner la gniasse. Le mieux c’est d’en rire, de ces tristes cires aussi mortellement repoussantes qu’à Grévin. Ça ne les déridera pas, mais peu importe. La seule chose qui compte c’est que leur sinistrose soit l’aliment de nos bonnes humeurs comme la soupe au potiron l’est à nos estomacs avides.

…e la nave va… 

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La philosophie dans le pondoir

Illustration © Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Autrefois, la république s’arrêtait à la porte des boîtes. Maintenant la république est une boîte comme les autres. Avec des petits cadres nolifes psychorétrécis. Le XXIème siècle sera petit comptable ou ne sera pas. Les technorats sont au pouvoir, rutilants comme des savonnettes, canines vampires scintillant sous les leds. Cœur creux comme callebasses et blabla lénifiant. Ça plaît un temps comme tout objet jetable. Attendons donc la date de péremption de ces yaourts à masques de cire : ça ne saurait trop tarder, je le vois dans ma poule de cristal.[1] 

Sinon il paraît que des tas de gens gobent n’importe quoi, de nos jours. Des flopées d’études américaines et de sondages commerciaux le disent, et la presse catapulte la nouvelle en haut de page. Comme s’il n’y avait jamais eu des masses considérables de décervelés pour croire à toutes sortes de bobards, de tous temps. Car la fameuse nature humaine est une mixture d’animalité réflexe, de réflexion bordélique et d’intuitions souvent foireuses. C’est ce qui fait aussi le charme de notre espèce désespérante : les robots sont encore bien plus cons que nous, qui ne font que brasser de l’octet en fonction de la situation afin de réagir en conséquence. Le coté positif de nos lupanars intérieurs leur interdit de devenir des poètes, des artistes fabuleux de toutes sortes et ils sont condamnés à ne devenir au mieux que des présidents géniaux à QI hypertrophiés comme il s’en trouve actuellement des deux côtés de l’Atlantique. Dans des genres assez différents il faut dire. Mais au fond, en y réfléchissant bien, c’est kif kif bourricot. 

Le génie à gros QI est à portée de clic et de tout un chacun : il suffit de se proclamer tel sur le réseau et grâce à la crédulité et au mimétisme animal, des gogos vont le croire. Tenez, moi qui ne suis qu’un modeste génie à QI médiocre, je n’ai que fort peu de crédit auprès du troupeau. Jamais je ne serai un berger populaire. C’est terrible. Et de réaliser ça à la veille de mon entrée dans la liquide sénescence,[2] ça me fout le bourdon. Partout où se pose mon regard, je ne vois que des djinns malintentionnés et autres monstrounets œuvrant à ma minabilisation, et ce jusqu’à dans mon assiette. 

Mais qui dit djinns, dit scirocco et vent d’autan : ça sent déjà l’printemps, les aminches ;-)

…e la nave va… !

  1. Seul le kondukator cosmoplanétaire de l’Icyp est fourni avec une poule de cristal, dans laquelle il voit des choses improbables mais d’un hyperréalisme confondant. []
  2. © Léo Ferré dans « Il n’y a plus rien ». []
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Chauds les cœurs

Photographie : Pierre Auclerc-Galland 2010 - tritouillage : Cyprien Luraghi 2017 © ICYP

Bientôt le printemps, chic. Les patates ont commencé à germer, on tient le bon bout. Derniers virages avant la ligne droite et au bout les fleurs, les boutons, araignons et autres champignons, et les jolis chatons aussi − tant animaux que végétaux. On va enfin pouvoir tomber les caleçons longs, les chaussons et entendre à nouveau la chevêche ululer, c’est chouette. Il fait bon chaud enfin, comme au bain, comme au vin chaud. Tomber les épaisseurs, les pelisses, les marcels, écarter les orteils en éventail, aller se prélasser en compagnie des lézards. En faisant gaffe au greffier en chasse dans la venelle. Et tout bientôt aussi le grand retour de la souris du soir croquée par la Moutche[1] sous la chaise à la cuisine. Et les troupeaux de puces qui vont avec. Puis ces saloperies de mouches zonzonnant au bout du nez, agaçant les oreilles. Car rien n’est jamais parfait dans ce bas monde de merde. 

*

Trois jours que je n’ai pas vu la mouche d’hiver. Je ne sais pas chez vous, mais sous notre toit il est de tradition de ne pas aplatir à la tapette l’ultime mouche d’automne : celle narguant le sort la vouant à une mort certaine aux frimas venus. Celle exigeant un second printemps. Tous les ans il y en a une et ce depuis des lustres. Déjà à Paris au siècle passé, puis dans mes cagnas lotoises d’autrefois, au fin fond des grands bois du Périgord. Et maintenant à Pucity aussi. Notre mouche d’hiver de l’année s’appelait Mireille.[2] S’appelait parce que là je crois que c’est cuit pour sa couenne. Comme c’est dommage de louper le printemps soudain qui vient de nous tomber dessus de manière inopinée. Personne ne s’y attendait. La bonne blague. Météo France avait tout faux. Comme quoi le bordel climatique c’est du pipeau. Monsieur Donald a bien raison de négater le bordel climatique. 

*

Profitant du printemps subit, le majordome du grand gouvernail de la France s’est rendu en délégation dans notre bon département du Lot il y a quelques jours. La révolution est en marche : tout va changer et changer pour le mieux. Réjouissons-nous. Hauts les cœurs. Olé. Joie républicaine. Liesse rituelle. Petits fours. Salle, sièges, écran, blabla. Applaudissements nourris. De ce conclave départemental a surgi une idée géniale : afin de vibromasser l’Économie, il apparaît que la prolifération des virages sur nos routelettes est trop onéreuse, puisqu’elle impose la pose de kyrielles de panneaux attention, virages dangereux qu’il faut renouveler à grands frais tous les tant et tant à cause de l’inéluctable usure des ans ; or donc l’invention du panneau achtung, ligne droite puis sa pose à l’entrée de l’unique ligne droite réellement digne de ce nom dans le département[3]  s’impose. Comme c’est mon dessin pour ce panneau qui a été retenu, je vous le présente en avant-première exclusive : bientôt il fera la fierté du plat de spaghettis géant tenant lieu de réseau routier dans la contrée. Il est librement inspiré du design de notre célèbre Poteau 62[4] :

© Cyprien Luragi 2017 - ICYP 

Restons au frais, loin du cagnard au dehors et ménageons nos méninges, les aminches… E la nave va !

  1. Notre minette de compète. []
  2. Comme la mouche de la chanson de Dick Annegarn. []
  3. Je ne la dévoilerai pas, craignant d’engendrer des accidents mortels. []
  4. Un totem constitué d’un poteau EDF en bois de 1962, bien rugueux, avec lequel nous surenculons les tristos et les biomormons []
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Feu de tout bois

Illustration © Cyprien Luraghi 1990 - 2017 - ICYP

Depuis tout petit j’ai détesté Johnny. Quant à l’inévitable Ormesson j’en parle même pas : dès qu’il radinait sa fraise à la radio, je coupais le son. Le vieux poste à transistor à côté du lit a maintes fois échappé à l’écrasement contre le mur et ce matin encore en l’ouvrant : y avait l’insupportable Augustin Trapenard qui parlait de Johnny. Au réveil c’est brutal alors je me suis dit chouette, enfin je tiens le sujet du nouveau billet. Ça faisait quatre jours que l’illustration était amoureusement tritouillée et calée sur le marbre et rien, néant, page blanche. Et soudain, le jour de la Saint Nicolas, deux macchabées tout frais d’un coup d’un seul. Que demande le peuple ?

Les idoles ne sont pas mes idoles. L’esprit humain est ainsi fait qu’en bon animal, il a besoin de se projeter sur des idoles en plâtre, en bois ou en chair et en os pour trouver un sens à sa vie. L’esprit humain a le don d’animer l’inanimé. On appelle ça l’animisme. Ou la religion, c’est selon. Je ne dois pas avoir l’esprit humain et finalement c’est pas plus mal quand je vois toutes les saloperies dont le genre humain est capable. 

Détruire les icônes est une perte de temps : le temps se charge de faire le job inéluctablement, rongeant le bois dont sont faits les idoles, usant la pierre, effaçant les pigments, anéantissant la mémoire à coup sûr. Irrémédiablement. Ou diablement pour ceux qui croient à ces conneries. Ce qui n’est pas mon cas. Car je crois à rien en bon anihiliste. Il y a juste le fil du temps à dérouler et à suivre comme un fil d’Ariane dans un labyrinthe obscur, avec quelques loupiotes croisées en chemin de temps à autre : les amis, la petite famille, les biens veillants, les bons vivants. Et c’est tout. Rien de plus. E la nave va.

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Vive le vent divers

Illustration © Pas Tripette - ICYP - 2017

Vous ai-je déjà parlé de mon père?

Né dans le sud de l’Italie, à une période trouble, dans une famille très complexe. Là-bas et à l’époque, ce n’était pas fête tous les jours, et les possibilités de développement personnel n’étaient pas légion. Comme ce fut le cas pour beaucoup, mon père a fait juste assez d’années d’école pour apprendre à lire, à écrire et à calculer. Pour le reste, c’était « débrouille-toi et apprends un métier ».

Il avait un demi-frère, de 23 ans son aîné, qui exerçait le noble métier de forgeron. Le Cétautomatix du village, en quelque sorte. En moins musclé, en moins sanguin, et certainement en plus talentueux. C’est chez lui que mon père apprenait cet art, dans un petit atelier à la sortie du village.

Un matin, il arrive devant l’atelier, en compagnie de son ami Panunzio, également apprenti. La porte est close, le frère devant certainement déjà traîner au bar. Il faut savoir que parfois, quand il y avait un travail urgent et délicat, on allait le rechercher au bar, fin soûl, et il réalisait des chefs-d’oeuvre pendant que deux ouvriers le soutenaient pour l’empêcher de tomber.

Drôle de famille, je sais. Mais une famille très attachante…

L’endroit, il faut le dire, est assez féerique. À l’ouest, on aperçoit les sommets enneigés des Apennins. À l’est, c’est l’Adriatique. Entre les deux, des pâtures, des moutons, des oliviers, des figuiers, des champs de blé. À perte de vue.

Devant ce spectacle, les deux ados patientent.

Avisant un prunier (ou un cerisier, je ne sais plus), ils ne font ni une ni deux, ils y grimpent et commencent à s’empiffrer. Les fruits sont encore frais de la nuit, humides de la rosée du matin, savoureux à souhait. Mais à la longue, le système digestif finit par sortir de sa torpeur pour un petit rappel à la modération…

Pas loin de là, un petit fossé servait aux paysans du cru pour évacuer leur trop-plein de modération. Les deux gamins s’y précipitent. Mon père arrive le premier, baisse son pantalon et s’accroupit. Panunzio arrive juste après. Plus grand, plus fort, il repousse mon père et s’accroupit à son tour, car certaines choses ne souffrent pas l’attente. Sous le coup de la frustration, et poussé par l’esprit malicieux qui l’a toujours caractérisé, mon père veut lui mettre un vent. Au sens propre.

Comme je l’ai dit plus haut, les deux gars s’étaient empiffrés de fruits frais à s’en rendre malades. Alors, ce ne fut pas un vent. Et certainement pas au sens propre…

Comprenant à quel point il venait de lui faire perdre la face, au propre comme au figuré, et les risques qu’il encourait, mon père détala comme un lapin et se réfugia auprès de son frère qu’il ne lâcha plus d’une semelle de toute la journée. Pendant ce temps, Panunzio hésitait entre le disloquer, l’écarteler, l’écorcher, l’empaler, ou simplement l’initier aux joies du lingchi.

Mais comme souvent, le temps finit par jeter un voile apaisant sur les pires colères, et ces deux-là restèrent encore longtemps amis.

Chaque fois que mon père nous racontait cette histoire, on craignait pour sa vie tellement il rigolait. Comme un gamin. De ce rire profond qui vide les poumons et rend cramoisi. De ce rire communicatif qui résonne encore dans les oreilles longtemps après.

Il me manque, le vieux. Ça fait une vingtaine d’années qu’il est parti bouffer des pommes au jardin des Hespérides.

Je plains les anges…

*

…e la nave va…

Publié dans Déconnologie, Humain | Autres mots-clefs : , , , , | 5664 commentaires
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