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cri coi

© Cyprien Luraghi 2008 - Bonnet d'âne by Nono

Je suis de bois et gueule bée planté comme un poteau, planté.
Devant l’horreur du monde qui n’en peut mais d’être accablé encore,
après des cents mille ans
par tyranneaux et grands sauriens.

Je prends bien mon appui
dressé je crie coiffé de mon bonnet de lettré impérial
mais misérable bûche
rien de plus vain.

J’entends au loin parfois l’écho fluet
percer d’au delà de la ligne bleue
c’est tout.
Notre congrégation des félins ruffians à grandes oreilles est très éparse
et compte peu de membres.

Nous crions à heure fixe, rituels de phares bien calés.

Nous savons exister en rugissant debout, discrètement.
Mais perçons les hurleries des hyènes gouvernant
en tout déchiquetant,
gnou mou
mouton.

Il faut qu’on nous croie cancre ou cancrelat
jusqu’à ce que nos cris ténus tissés
fassent unisson s’enflant en feulement,
bourdon
frelon.

Il faut qu’on nous voie ridicules,
bouffons, charlots
car nous sommes combustibles
et débitables à la hachette
aussi.

***

En octobre 2008, je me suis déguisé en écureuil de la Caisse d’Épargne pour aller pousser le cri coi entre copains. Comme ça je me faufile entre les actualités, ni vu ni connu. Ça aussi, il vaut mieux.

Il vaut mieux rien, actuellement. Si je crie mon indignation, il ne se passera rien ; des millions de gens le font et rien. Si je dis simplement que je ne peux rien dire sur le sujet, je vais en prison comme Jean-Marc Rouillan, alors pas si con, hé. Réfléchir un peu, déjà.

Compter les poteaux plantés, déjà. Combien on est déjà, comme ça, appelant et donnant de la voix ?

Pas abattus, pas girouettes, jamais.

Et fanfarons quand il le faut, pour le joli plaisir, chouette et pirouette.

Après le cri, je rentre dans le trou.

De la Sécurité Sociale,

un tout petit de rien du tout.

Publié dans Binosophie, Déconnologie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , | 14 commentaires
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