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Ci et Ça

 

L’acte de chair. Il n’y a plus tellement autre chose que cette chose. Purement matérielle. Congrès d’organes reproducteurs. Bon plaisir à la clé. Fétiches et fantasmes déclencheurs : mécanique huilée. Lubrifiée au gel à l’eau, de nos jours. À cause du caoutchouc intermédiaire empêchant toute osmose. 

Émetteurs, récepteurs : les corps. Mais pas sur le modèle électronique. Pour nous autres, créatures charnelles, c’est mystère et boule de gomme et les débats feront rage longtemps, entre ceux qui pensent que la matière nous constituant est le support de la pensée, et ceux qui entrevoient un dessein planqué derrière cette usine à gaz, et la manipulant. 

Ne sachant pas, je me contente d’admirer cet aimable méli-mélo, jouissant de son plus merveilleux produit : le bel amour. Pas celui pour son soi : aucun intérêt. Celui pour qui n’est pas ce soi. Justement. Celui qui fait que soudain, le nouveau monde. Avec tout plein de galaxies au loin, scintillantes. 

Le reste alors devient de peu d’importance tant c’est pénétrant, et alors tellement doux. Que peu importe ce que disent les gens qui n’en ont pas, en se foutant la peignée sur les forums de l’internet parlant d’amour. Et alors les guerres de tranchées sur la couleur de la layette et l’efficacité du dernier sextoy, si vous saviez comment on s’en bat l’œil, mon amour et ma pomme… 

E la nave va… pour tous les amoureux du monde.

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littératessiture

 

Écrire, c’est parler avec les doigts. Et chantonner, pousser la beuglante, siffloter, faire entrer les anches en vibration. Relis tes ratures et relie-les bien, une fois débiffées : tu obtiendras un billet bluette ou un article assassin, ça sera selon. Le monde en diapason. 

Douze ans tout rond que j’écris en ligne : tout un trip. Faut ôter des mots tout le temps et ne conserver que l’ossature, sur l’internet. Qui n’est pas le support de grands romans mais où minuscules romances et grands drames s’inscrivent le mieux ; se jouent et se nouent du bout des doigts dans le cliquetis des touches et les soupirs pulmonaires, sur un coin de table à pas d’heure ; clope au bec et café froid. 

Sur une petite scène avec tout un tas de saynètes, je m’éclate au clavier. 

E la nave va…

Publié dans Humain, Spectacle, Tout court | Autres mots-clefs : , , , | 1185 commentaires

Le but du Je

Celle-là, elle ne rigole que quand les chiens se battent. Expression poitevine. Souvent je l’utilise en commentant les fils de discussion des grands forums. Oh putain que c’est sérieux, tout ça. C’est moi qu’ai raison et j’en démordrai pas, et t’as tort, et je te ferais ramper plus bas que terre et me lécher les pompes ; les commissures abaissées, les yeux fixes, enfourchant la hampe de son drapeau, tel ou tel. Déployant la bannière, fier, campé sur ses positions, planté sur ses ergots, l’air le plus sérieux et farouche du monde, tout jabot, déployé en grand ; à la parade et la joute. 

Ça fait maintenant seize ans que j’ai découvert l’internet et douze que j’écris en ligne − et à l’œil − sur mes sites et quelques autres : je connais la musique : elle n’a pas varié d’un iota depuis le tout début. L’internet est le royaume des gens sérieux. Mais alors super sérieux, et d’un bout à l’autre. Un monde de vieux garçons pointilleux et de vieilles filles revêches, pète-sec, qui savent tout mieux que vous forcément. 

Très majoritairement c’est comme ça et pas autrement. Plantés sur leurs manches à balais, c’est le grand bal masqué des trous du culs. Faut faire le poirier pour les voir sourire, ces tristes cohortes légionnaires. Ces missionnaires de leur cause, polis chinois polichinelles resuçant tout Wikipédia plus vite que l’éclair pour mieux vous aplatir de leurs arguments copicollés. Ils savent, eux. Et nous autres en face non. Ça ne rigole pas : le monde est en crise et c’est pas marrant du tout. Il paraît. 

Aller discuter le bout de gras sur un grand forum tel que celui de Rue89, c’est se projeter dans une arène au milieu des fauves et des gladiateurs comme une vierge chrétienne à demi nue. C’est se retrouver largué dans une fête chiante comme Hrundi V. Bakshi dans The party[1] : les convives ont des us et coutumes pénibles et incompréhensibles pour le joyeux péquin de base. Faut avoir fait Polytechnique pour causer sur Ubu89[2] ou au moins être ingénieur en informatique avec un QI de 250.[3] 

Justement : c’est pour ça que plus que jamais, faire le mariole sur les forums est une tâche nécessaire ; c’est bien le but du jeu. Parce que la vie est un roman et qu’arracher un sourire à un malheureux en se foutant de la triste poire des précieuses ridicules tartinant leur confiote d’ego sur les forums, c’est œuvrer utilement au bonheur de l’humanité… qui en a bien besoin par les temps qui courent. 

 

E la nave va…

  1. Disponible dans la Cambuse uniquement pour les icypien(ne)s ici : clic. []
  2. Ou Libération, le Monde, etc. []
  3. Fine allusion à « Jexiste« , à qui ses admirateurs attribuent un QI hors-normes. []
Publié dans Déconnologie, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , | 1695 commentaires

Fucking class hero

 

Il n’y a pas que le cul dans la vie. Mais un peu pas mal tout de même. Sans sexe, que serions-nous sinon des espèces de tristes myxomycètes ? Sans sexe, pas de déconnologie : au grand dam des biomormons − ces saloperies de puritains des temps modernes − les grosses blagues de cul nous font rire grassement. Le cul est un des ciments liant ces êtres si différents les uns des autres que nous sommes. Et il est aussi à l’origine des toutes premières discussions de joyeux drilles partant en vrille qui nous caractérisent et que le monde entier nous envie − nous jalouse : je le dis tout net. 

Or donc tout a démarré en 82 quand les DNA avaient lancé l’expérience Grétel : l’ancêtre du Minitel. C’était gratuit et réservé à quelques dizaines d’utilisateurs, dont une vieille copine − pseudonyme : Gnominette − qu’était en manque de mec. Ce réseau expérimental n’avait pas été conçu pour la discussion, mais un bidouilleur ingénieux eut vite fait de trouver le moyen d’arranger ça : le premier forum de discussion venait de naître. Et dans la foulée le premier pseudonyme olé-olé apparut : « Peggy la cochonne ». Le succès des messageries roses a culminé avec le célèbre 3615 ULLA à partir de 1988 : une usine à pognon. 

Aux USA, les premiers groupes de discussion de Usenet balbutiaient, à la même époque. Mais le concept était autrement plus affriolant que celui du Minitel : gratuit, totalement décentralisé et sans modérateurs. Les premières années les forums étaient purement techniques : échanges entre profs de facs et informaticiens principalement. Et puis des étudiants ont commencé à y accéder[1] et là tout a basculé. 

Au commencement Dieu créa les étudiants en rut et les ordinateurs, et Il les connecta entre eux…

Il y eut trois groupes de discussion débridées initiaux : alt.sex, alt.sex.stories et enfin : alt.sex.bondage. C’est sur ce dernier que les premiers déconnologues distingués − nos vénérables ancêtres − ont commencé à sévir et à TOUT inventer. Le hors-sujet d’abord, sans lequel nous ne serions pas : en effet ce groupe était dédié au BDSM[2] sujet maintenant facile à aborder, mais qui ne l’était pas du tout à l’époque. Donc tomber la cravache cravate et causer de frichti était aussi salutaire que quand nous autres sur l’Icyp, passons de débats philosophico-politiques à la recette du poulet aux asperges.

Et puis le plaisir d’écrire en ligne, de bien tourner ses phrases, de faire des bons mots ou des calembours débiles, de publier des histoires réelles ou inventées : plusieurs grandes plumes s’y sont affûtées, dont celles d’Elf Sternberg [3] et Mary Anne Mohanraj[4] : l’internet, c’est l’écriture comme je dis souvent. Et quelques autres tout aussi douées, restant anonymes… dont les fameuses Saltgirl et STella. Saltgirl a été la première à parler ouvertement sur le réseau, de sa sexualité très particulière en termes directs et crus, en s’affichant souvent avec son vrai nom, prenant des risques considérables dans une Amérique puritaine. Et STella a tout simplement inventé le raout déconnologue : ça s’appelait un burger munch, néologisme plus tard abrégé en munch [5] : une réunion de joyeux convives autour d’une tablée de hamburgers mitonnés, au resto du coin. Dans ces raouts ça ne causait pas spécialement de cul, bien au contraire : c’était une manière de prolonger les papotages du forum et de se claquer la bise pour de la vraie. 

Pour qu’un forum pulse, il faut tout ça et encore et surtout : que les gens y soient les plus divers possibles. Ce qui était le cas de celui dont je cause : il y avait des intellectuels, des midinettes, des gros ploucs, des dandys, des scientifiques, des patrons de grosses boîtes, des petits employés, des chômeurs, des super branchés sadomasos californiens et des infirmières collet monté de l’Indiana. Des vieux, des jeunes, des fauchés et des rupins. Des républicains, des démocrates et des gauchistes dépenaillés. Pas de fachos : ces gens-là n’étant pas des bons vivants. Et un mécano : le leur s’appelait Michael et arrangeait le coup quand le serveur déconnait, ou que quelqu’un galérait pour publier un texte un peu trop long. Plus c’est mélangé, mieux ça marche : règle numéro un. 

Les trolls n’existaient pas encore, et personne ne cherchait alors à péter plus haut que son cul comme ça se fait de nos jours sur tous les grands forums : il n’y avait que 2300 commentaires par jour, publiés sur la planète entière en 1989, émanant de quelques centaines de personnes. C’était bon enfant et pourtant les sujets abordés étaient profonds et graves, bien souvent… entre les parties de rigolade salvatrices. 

23 ans plus tard je suis assez fier que l’Icyp soit ce qu’il est : un des bons fruits de cette bonne graine. J’y suis pour pas grand-chose, n’ayant fait que respecter mon credo personnel d’électron libre en mettant mes petites idées à l’œuvre sur le terrain, comme toujours. Alors bien sûr c’est différent : tout le monde ne fout pas les pieds sur l’Icyp, c’est clair. Je bloque le portillon d’entrée comme bon me semble. On n’est plus au siècle dernier : il suffit de voir ce que sont devenus ces antiques forums de Usenet que je cite dans ce billet, pour se rendre à l’évidence : c’est pourri de spam et c’est la foire aux trolls depuis au moins quinze ans. Ici n’entrent que des gens bienveillants et bons vivants, ne cherchant pas noise à leur prochain, lui fut-il opposé en tout ou quasi : c’est le seul et unique critère. Une fois dans la salle : « fays ce que vouldras »… et pour celles et ceux qui penseraient connement que ça voudrait dire que l’Icyp est un forum libre et sans borne, qu’ils se détrompent vite en lisant lentement comme on déguste un grand cru, les chapitres dans lesquels Rabelais parle de l’abbaye de Thélème. N’entre pas qui veut. 

***

Et il y eut l’Infirmière Jones − Nurse Jones − et plus rien ne fut comme avant. Elle a été la première à réaliser ce qui allait se passer… enfin : elle s’est légèrement gourée tout de même, l’internet en gésine n’allait pas devenir que l’instrument de la thérapie planétaire dont elle rêvait, hélas. J’ai passé pas mal d’heures la nuit dernière à retrouver ce commentaire… culte :

26 octobre 1991
Sujet : N’est-ce pas curieux

De l’Infirmière Jones :

Jadis, avant d’avoir lu Saltgirl, je pensais être une perverse solitaire isolée. Puis j’ai lu ASB[6] et découvert qu’en fin de compte je n’étais pas si malsaine que ça. En fait j’ai même été choquée et (si j’ose) : débectée par certains commentaires.

N’est-ce pas curieux que désormais je sois devenue désireuse de tolérer − voire de comprendre − les perversions des autres, de manière à trouver un foyer pour mes propres perversions. Pensez-vous qu’il soit possible que l’idée sous-tendant les discussions du type de celles d’ASB ou genre, soient les prémisses de quelque chose de gigantesque ? D’une thérapie de la tolérance pour le monde entier ? Si une pedzouille prude/perverse du Midwest telle que moi est devenue capable d’apprendre la tolérance, alors peut-être qu’un jour des milliers d’autres personnes, apprendront à leur tour qu’elles ont leur place dans le monde en parlant − sous anonymat pour certaines − au reste du vaste monde, ainsi.
Quelqu’un devrait se soucier de sauvegarder tout ce qui se dit ici. 

Imaginez : vous pourriez avoir été ici alors que Freud, Darwin ou Einstein étaient en train de faire des expériences et d’être à l’origine d’une IDÉE GÉNIALE. Le concept de thérapie planétaire est fabuleux. Si ça devait arriver un jour, quelqu’un écrirait un bouquin sur comment tout ça avait démarré, à tous les coups…

Désolé, c’est vendredi soir et il est bien tard, et comme toutes les fins de semaine j’ai tendance à faire de la philosophie à trois balles.

L’Infirmière (C’est qui c’te dame toute vêtue de blanc/Libère mon peuple[7] ) Jones

Tout y est dit, je trouve ;-)

Et dans la foulée, je remets en ligne son récit autobiographique − le plus ancien jamais publié sur ce support flambant neuf − : La Liste. Je l’avais traduit il y a douze ans. C’est… chaud chaud chaud… et très marrant, vous verrez : il faut faire un réel effort pour se plonger dedans mais vous ne regretterez pas  :  CLIC !

Sur des idées de Marina, Mon-Al et Paul Durand, dans les commentaires du précédent billet : CLIC

E la nave va !
  1. Depuis leurs facs : les ordinateurs coûtaient une fortune. []
  2. Acronyme inventé sur alt.sex.bondage en 1991. []
  3. Auteur de SF et de romans érotiques. []
  4. Une des auteures de romans et nouvelles érotiques les plus célèbres mondialement. []
  5. Se prononce « meunnche » : onomatopée reproduisant le bruit de la mastication d’un hamburger. []
  6. Le newsgroup alt.sex.bondage []
  7. Parodie du gospel song « let my people go ». []
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Plantigrade droit devant

C’est cool : après trois semaines de marche à croquer des nouilles crues[1] et à se péter les quenottes sur les cailloux dans les brisures de riz de ce pays de famine qu’est le grand ouest népalais, on a vu notre premier poulet et moyennant quelques poignées de roupies, le volatile a achevé sa course au fond de nos estomacs. Et en plus la patronne avait distillé du raxi[2] de millet la veille : quand j’ai pris sa photo le lendemain matin, Karma était encore tout guilleret. 

C’était il y a plus de vingt ans et avec un copain népalais on avait décidé de traverser l’Himalaya à pinces d’ouest en est parce que c’est bien de vivre ses rêves, et puis ça ne fait de mal à personne. Comme on avait des gros sacs à dos super lourds, de temps à autre on embauchait un gars costaud pour nous en porter une partie et nous montrer le chemin. C’est comme ça qu’on a marché quarante jours en compagnie de Karma. Un mec super, ce Karma : rustique et plouc à souhait et joyeux drille : tout comme nous. Je ne suis pas un intellectuel : j’avance en regardant mes pieds et en gardant le cap. Pas de détours inutiles : juste se fixer un but et y aller sans se poser la moindre question, et surtout pas existentielle. 

Karma, il vient d’un patelin vraiment paumé : la haute vallée de Mugu, aux confins du Tibet. Jamais il n’avait vu de route avant. C’est des ours, tout là-haut. Il y fait très froid presque tout le temps et pour y survivre il faut être bien constitué sinon la mort te croque les orteils. Il avance clope au bec avec ses vingt kilos en se dodelinant sur les chemins. Il avance. Trois semaines dans nos pattes et trois autres à marteler encore le grand chemin pour rejoindre la capitale aux temples de bois.[3]

***

Sur l’internet j’avance tout pareil : lourdement chargé, les pieds planté dans les octets : droit dans le rêve, sans dévier jamais. 

Hier soir les premiers vols de grues cendrées sont passées au dessus de Puycity. Le Barbu a vu la première hirondelle. 

E la nave va…

  1. C’est tellement misérable qu’il est parfois difficile de trouver du combustible, dans ces contrées perdues. []
  2. Alcool de céréales diverses. []
  3. Katmandou signifie « Temple de bois ». []
Publié dans Himal, Humain, Népal, Spectacle | Autres mots-clefs : , , , , , | 1492 commentaires
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