Archives par tag : Hiver

Nin-nin Président

Illustration © Cyprien Luraghi 2016 - ICYP

*

Doux doudou vainc l’hiver,
éradique froidure
balaye tous frimas
sitôt l’on s’y colle
frimousse.

Doux doudou lapin
tantinet crado,
suinte

ointe

sainte
peluche sébum,
petit cœur boum boum.

Nordet en vue les aminches !
Au chaud, au chaud !

*

…e la nave va…

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Au delà du nihil

© Pierre Auclerc 2010 -ICYP - 2016Dix heures quarante-quatre : solstice d’hiver. Lui, il n’y a pas à l’attendre[1] : il tombe à date et heure fixes, lui. Car la mécanique céleste ne souffre que de peu de dérives. Elle est inéluctable et c’est tant mieux. En attendant va falloir se farcir le froid pénible, l’humidité pénétrante et la pré-campagne des présidentielles avec son défilé de tronches de cakes encore plus tartes que celles des miss France. Justement : je me disais que tant qu’à ne plus participer à ce dîner de cons, autant officialiser mon apostasie républicaine comme je l’avais fait il y a trente-neuf ans pour le catholicisme. À l’époque c’était pas banal de faire ça : l’employé de l’évêché avec sa tronche de rat, en blouse grise derrière son comptoir en bois lustré était légèrement interloqué que je puisse lui demander une chose pareille. De nos jours c’est plus facile : il existe un formulaire idoine. Un timbre-poste et le tour est joué. Ça n’étonne plus personne.

J’avais donc décidé de commencer par me faire rayer des listes électorales pour apostasier ma républicanitude française. Manque de bol, après une rapide recherche sur le Net, bing : c’est pas possible. Quand tu es décrété citoyen, tu le restes jusqu’à ce que tu claques sauf si tu fais des très grosses conneries. La république française en a décidé ainsi. Ouais bon. Le problème est que la république, j’en ai vraiment rien à foutre. J’ai pas choisi d’y être ni d’en être. Elle ne m’intéresse pas le moins du monde. J’aime pas ce régime à la con. J’aime pas ceux qui l’ont pensée et créée, cette république de chiottard. J’aime pas les Lumières. Voltaire, Rousseau et compagnie je les déteste tous. La notion de nation me soulève le cœur, les rituels républicains me répugnent tant ils sont ridicules et laids. Je ne me sens aucunement citoyen et français et n’ai aucune raison pour me sentir tel. La devise nationale me scandalise comme toutes les publicités mensongères et autres escroqueries de charlatans.

Il n’y a pas de formulaire de désinscription. Comme c’est dommage.

…E la nave va !

  1. Lire le billet précédent. []
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Froid gras de canard

Népal 1982 - photo et tritouillage © Cyprien Luraghi 2015Le canard fait coin coin coin quand ça caille à mort auprès de la mare. Celui de la salle de bains fait bzzz bzzz bzzz, bien au chaud. Et moi je me les gèle en caleçons longs molletonnés en attendant des jours meilleurs.

Les douches c’est pas mon truc. Mais les bains, oui. C’est en marinant façon hippopotame dans la baignoire en fonte, les narines affleurant et en apesanteur, que la muse daigne seulement radiner sa fraise pour me susurrer toutes les conneries que je raconte ensuite aux gens avec les doigts, après avoir extirpé le corps plongé dans le liquide et ébroué icelui.

Ce coup-ci la mumuse m’a dit que le monde allait de traviole et je la crois sur parole. Ça va de guingois et tout craque aux entournures. Chacun pour soi va clopin-clopant, se planter la gueule dans le réverbère à l’aveuglette. La froide solitude anesthésie. Pour s’échauffer l’âme alors tout un chacun se rejoint sur le réseau où ça grouille de chaleur humaine. Et ça s’y échange des fluides et des grandes émotions, toutes choses impossibles à réaliser chez soi, seul comme un con. Le monde s’inonde donc sous les douches communes, dans ces thermes contemporains où le flux du réseau circule dans d’épais tuyaux transocéaniques. Et ça s’y monte le bourrichon : un coup tout le monde est ci et un autre ça.

Tous ensemble, tous ensemble à penser pareillement selon la mode et le sens du vent : je reste dans mon bain à faire mumuse avec la muse, et des bulles, et chanter faux à décoller le carrelage. Loin de tout ça. À tapoter dans l’eau du bout des doigts ce que j’écris, là…

…e la nave va…

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C’est dans la boîte

 

D’abord il y a les grues cendrées : elles sont passées hier. Et ensuite le vent du Nord, le mazout, les bûches de chêne et les chaussettes en laine. Et les conserves en bocaux et le congélo ras le couvercle, le macérat de calendula dans le bahut à la cambuse, les gros rideaux et le repli au cœur de la tente de pierre à tuiles canal, et au dessus dans le ciel de zinc les trompettes à plumes qui s’éloignent rive sud.

Et les factures, les nouvelles gabelles, le contrôle technique de la bagnole, la bise et le glagla au dehors. Et nous comme dans un chausson, parés, fins prêts pour la grande traversée. Buffet garni d’épicerie, direction le printemps à petite vapeur.

C’est nul l’hiver surtout après en avoir perdu l’habitude à vivre tropicalisé. Nul et dur et rudasse, et long et froid et très mouillé. Les Népalais ont un mot pour ça qui fait défaut à notre langue : chisô.[1] Les mois des os tout froids, chapkas et paréos molletonnés, gros habits en gros tissus.

L’hiver non. L’hibernation oui. Une fois compris ça tout va mieux. Des fois il faut vingt ans : c’est mon cas. C’est tout naturel en réalité ; mais une hibernation tout éveillée parce qu’on n’est pas des pipistrelles immobiles à sang d’antigel.

***

La moitié du temps les vivants du septentrion se la couleraient douce à grignoter les fruits de l’été le dos collé au poêle, à s’oindre de doux liniments et se taper la cloche. De temps en temps pour se dégourdir les papattes, les uns iraient se coller les pieds sous la table des les autres et c’est tout et ce serait très bien comme ça.

L’économie serait heureuse comme jamais, de profiter enfin des congés payés après s’être tant décarcassée à emmerder le monde. On n’entendrait plus claironner le Président : quel bonheur. L’apaisement général réduirait considérablement le taux de maladie et l’ulcère de la Sécu se refermerait, laissant apparaître une légère cicatrice rose jolie : signe indubitable de sa guérison.

Les méchants cons feraient toujours leurs sempiternelles merderies, mais au ralenti, presque imperceptiblement… juste de quoi se préserver jusqu’à leur éruption printanière après avoir mûri tout l’hiver. Et là nous les percerons comme des boutons de fièvre[2] et… et… et… [stridulations de réveille-matin made in China]

E la nave va ;-)

  1. Se prononce « tchisso ». []
  2. © Liger []
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