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~ 666 666 ~

Illustration © Cyprien Luraghi 2017 - ICYP

Quel rapport entre le titre de ce billet et son illustration ? Aucun. Ne cherchez pas, ce serait peine perdue. Non, ce n’est pas une allusion à la double bête de l’Apocalypse à laquelle croient les doubles gogos. Et idem : il n’y a pas le moindre lien entre ce nombre et le moindre chou. Malgré le fait irréfragable qu’un lien existe bel et bien sur ce chou. Ne vous fiez pas à votre intuition : c’est une conne. Pourtant je sens bien que cette conne vous titille les neurones. C’est chose normale d’intuiter, je sais bien puisqu’il m’arrive assez souvent de le faire, même qu’à l’instant présent j’intuite plus que de raison afin de pondre ce billet post solsticial. Justement, à peine passée la canicule, bientôt les frimas avec les nuits à rallonge. Donc du chou au souper, légume roboratif s’il en est. Surtout farci et ceint de barde. Et ficelé dans les règles de l’art du shibari.

Les cent cinquante mots du paragraphe précédent n’ont qu’un but : en étant disséminés de par la planète et le truchement des moteurs de recherche de l’internet, attirer les gogos croyant dur comme fer à leur connasse d’intuition, afin qu’ils en déduisent des tas de conneries pas croyables. Car si un chouille d’intuition est signe indubitable d’humanité, ne pas boucler la gueule à cette conne en la hachant menu à l’esprit critique est signe de connerie irréductible. Or un des buts de la Déconnologie est précisément de se foutre de la poire des trous du cul de la Trouducosphère. Qui sont légions par les temps qui courent. Lire leurs étalages de conneries est un plaisir de fin gourmet.

Plutôt qu’être partie prenante dans le concert planétaire des consternés et des indignés fustigeant le raz-de-marée de nouvelles bidons, de mensonges grotesques, d’associations d’idées et de liens foireux, autant rire de ces pauvres choux. Pour ce que le rire est le propre de l’homme.

En attendant, puisqu’on est entre nous icy, je vous le dis tout net : c’est sous ce billet que sera commis le 666 666ème commentaire.

Rajouti du 2 juillet : c’est Zebao qui a commis le 666 666ème commentaire de l’Icyp :

…E la nave va… ![1]

 

  1. Framboise92 vient d’ajouter dans les commentaires : « Du chou… et la rave va. » []
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Rue89, c’est enfin fini !

Il y a six ans et des poussettes, je publiais un billet intitulé « C’est pas bientôt fini ? » avec cette même illustration, mal torchée à l’arrache en tritouillant la couverture du dernier numéro de la première série d’Actuel en 75. Je l’avais dénichée ici (page d’archive) : CLIC.

À l’époque, Rue89 − Ubu89 pour les intimes − avait le vent en poupe : des centaines de commentateurs se pressaient dans ce qu’on appelait entre nous, les soutes ou les catacombes. Ça rigolait en ribambelle, ça se foutait sur la gueule à la récré, ça se grognait au museau entre nazis et gauchistes hirsutes. Quelques cas psychiatriques tamponnés sur l’œuf ajoutaient une touche de surréalisme à l’ambiance. C’était vivant, quoi. Alors que là c’est mort de chez mort. Le 19 de ce mois, il y a eu le grand basculement : après une lente et pénible agonie phagocyteuse, tout est passé sur les serveurs du Nouvel Observateur. Et puis la mort.

Août 2009, c’est aussi le mois où ça avait commencé à dépoter sérieux icy. Depuis, c’est trois cents commentaires par jour mini sans débander. On vient de dépasser les six cent mille. Les commentaires. Par lesquels tout avait commencé. Au tout début de l’internet à la fin des années 80. Avant le règne des images puis des sites persos, de la presse en ligne, des blogs, de la vidéo, des réseaux sociaux et des applis de mes couilles. On ne disait pas encore un commentaire, mais un post. Dans une discussion. Très important, la discussion. Toute la nuance est là : à partir du moment où ces discussions se sont retrouvées accrochées au bas des articles de la presse en ligne, adieu la liberté. En haut, un ersatz de maître d’école : le chroniqueur, le blogueur ou le journaliste. En bas : les élèves bien alignés. Entre les deux : le modérateur chargé, à l’aide d’une machette rouillée, de faire régner l’ordre.

Icy, c’est la même mécanique, sauf qu’il n’y a pas d’ordre, ni au singulier ni au pluriel, ni dans aucun sens de ce terme. Il y a les billets en haut, et en bas les commentaires. Et un moteur pour propulser tout ça sur l’océan Octétique. Mais chacun y fait ce qui lui plaît et il n’y a ni modérateur, ni machette. Icy c’est libre. Comme au tout début de l’internet. N’entre pas qui veut, ceci dit. C’est ça le secret de la meilleure soupe dans la vieille marmite. Parce que ce qui fonctionnait si bien au temps où on n’était qu’une poignée de pelés sur le réseau, n’est plus possible aujourd’hui : dans la foule anonyme, des égrégores et autres créatures individues et méphitiques pullulent, farcis de mauvaises intentions de toutes sortes. Ceux-là c’est niet. Ça, je l’ai compris il y a très longtemps. Trop tard toutefois. Car il m’en a cuit. Non obstant, ma grande naïveté ne m’a pas perdu, bien au contraire. C’est en se faisant gruger, entuber, arnaquer, maltraiter aussi, qu’on finit ou non par percuter. J’ai percuté, donc. Une cervelle, ça sert à ça, fut-elle tout ce qu’il y a de plus ordinaire. C’est à se cloîtrer qu’on perd son sel. C’est à se claquemurer, à se retrancher, à se reclure, à s’emmurer. C’est à maintenir huis clos, à scruter la rue furtivement derrière ses rideaux, à guetter l’ennemi dans la crainte. Qu’on devient con au mieux et fou au pire.

Icy c’est vivant. Et Rue89 est mortellement mort. Les quatre millions huit cent mille commentaires depuis mai 2007 : morts. Engloutis. Comme s’ils n’avaient jamais existé. Comme si les commentateurs n’avaient eu aucun être. Comme si la vie elle-même ne vivait pas. Un tel aveuglement mérite la plus vive admiration. Respect, chapeau bas : une telle indifférence pour celles et ceux qui les ont soutenus pendant presque dix ans, c’est beau, c’est grand, c’est une forme d’empathie innovante. Et je ne parle pas pour moi. Parce que franchement, ça ne me fait ni chaud ni froid qu’Ubu89 soit mort comme un rat crevé, vu que le roi Ubu régnait sur une Pologne qui n’existait même pas. Pas plus que l’internet de Rue89, qui n’a jamais existé.

…E la nave va !

 

 

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Billet quantique miauleur

Illustration © Cyprien Luraghi 2016 - ICYP

10 décembre

Je n’en fais qu’à ma tête. Elle passe devant, le reste suit. Par exemple aujourd’hui j’ai envie d’écrire ce qui me passe par la tête et de continuer à le faire en direct-live jusqu’à épuisement du sujet. Pour autant que ce billet ait un sujet, le vieux matou de l’illustration n’étant sujet de personne. Une chose est sûre : ce billet durera au moins jusqu’au vendredi 16. Ce jour-là, dans l’après-midi, je saurai ce qu’il en est pour l’affaire qui nous a fait monter à Paris, que j’avais vaguement évoquée dans l’avant-dernier billet. Mais là, lecteur de passage, tu n’en sauras toujours rien : patience, patience. Il en faut à revendre, je vous assure. La vie est une salle d’attente, autant le savoir tout de suite.

Actuellement dans la salle d’attente, des candidats à la candidature poireautent. Ils veulent être calife à la place du calife. Or le calife a jeté l’éponge. Les lecteurs réguliers de l’Icyp ont peut-être remarqué que depuis l’élection de François Hollande − surnommé Goudamou par nous autres déconnologues distingués −, je n’ai publié aucun billet sur son gouvernement. Alors que pendant le pénible quinquennat précédent du gniaf, [1] ça y allait gaiement. Car quoi en dire ? Comme me le faisait très justement remarquer un membre de ma progéniture : « papa, on a voté pour lui en n’en attendant rien et on a eu droit à moins que rien ». Donc il n’y avait rien à en dire ou si peu que ça ne valait pas la peine de me flinguer le bout des doigts à marteler le clavier. Ah si, tout de même : on a eu droit à un déferlement d’hygiénistes débiles faisant fixette sur la clope et assimilés. Sacrés socialistes, tiens. Bon, en face c’est encore pire et c’est ce qui pend au bout du nez des citoyens, dont je ne suis pas fort heureusement. Car je vis dans une dimension légèrement parallèle située dans l’éther tuttiquantique. Voilà : c’est tout pour aujourd’hui, la suite demain − à moins que l’envie de clavier ne me reprenne avant minuit…

 

11 décembre

Tout commence par un grand café. Sans grand café, pas de journée valant d’être vécue. La routine de l’Icyp a grand besoin de grand café, déjà. Donc j’attaque en ouvrant les yeux et le Terminal de notre petit serveur, pour bloquer les adresses IP des vilains botnets qui cherchent en permanence à venir y déposer leurs pubs à la con dans les commentaires, pour des fausses montres de luxe et du viagra de contrefaçon. Mine de rien, ça bouffe pas mal de temps. Et puis il y a les mises à jour du moteur Linux, évidemment. Et l’entretien, le nettoyage, les sauvegardes et compagnie. Et puis ensuite aller lire tous les commentaires commis dans la nuit et à l’aube matutine. Dans la foulée c’est boulot, boulot : j’attaque la réparation du premier ordinateur du jour, en général sur un coin de table vu que de plus en plus fréquemment il s’agit d’un portable ne nécessitant pas d’installation à l’atelier du rez-de-chaussée. Même le dimanche ; d’ailleurs là je viens de finir celui d’un copain du patelin d’à côté. Mais c’est bien parce que c’est lui et qu’il le mérite.

Ce n’est pas ma seule routine quotidienne : il y a les ablutions par exemple. Et le Jeu des 1000. Et pas que. Mais de l’une de ces routines, je ne peux pas encore parler. Pas avant vendredi prochain en tout cas. Patience, patience…

 

12 décembre

Rue89 existe encore. Pourtant ça ne devrait pas. Ou plus, plutôt. Non parce qu’ils ont envoyé un mail circulaire à tous ceux qu’ils appellent des riverains − leurs commentateurs, en fait − vu que leur canard est en cours de phagocytation par le Nouvel Observateur. Et que donc j’en ai reçu huit, correspondant à mes comptes successifs depuis fin 2007. Or donc comme c’était dit dans ce mail, il était prévu que ce week-end tout le bétail soit transféré sur Le Plus, où les reliquats de la rédaction s’apprêtent eux aussi à rejoindre leur nouveau pondoir. Et il ne s’est rien passé : tout continue comme si de rien n’était. Forcément puisque rien n’a été. Pourquoi ? Je n’en sais rien. C’est comme ça et pas autrement, faut pas chercher plus loin.

Alors je sais : icy il en est quelques uns qui n’en ont rien à foutre de Rue89 − Ubu89 pour les intimes − et qui n’y ont jamais foutu les pieds. Mais le noyau dur de la Déconnologie s’y est formé et comme c’est pas juste des amitiés virtuelles, hein… et que ça dure depuis bien sept ans, et qu’il s’est passé des tas de choses, et pas qu’entre nous… eh bien j’en cause, d’Ubu89. D’un côté ça me fait tout drôle de savoir que ce vénérable navire de l’internet va être bientôt englouti, et de l’autre je m’en fous pas mal. L’Icyp existait bien avant Rue89 et existera − je l’espère − bien longtemps après le naufrage. Dont je ne me réjouis pas : des gens vont perdre leur boulot à la rédaction et chez pas mal de vieux commentateurs, le désarroi est palpable. Nous autres commentateurs de fond sommes un peu comme les rats : on aime nos vieilles caves, on y a nos petites habitudes, on connaît bien la faune.

C’est tout pour aujourd’hui : moins de cinq jours à tirer avant vendredi soir. C’est ça qu’il faut se dire en attaquant le lundi.

 

13 décembre

Toute la journée ça a été le défilé. D’abord à la maison : des amis en veux-tu, en voilà, et du client en chair et en os et au téléphone, et du voisin de gauche et celui d’en face et même un brave toutou de passage qui a fait fuire la Moutche, car cette tigresse miniature est au moins aussi courageuse que le lion du Magicien d’Oz. Ça tombait bien parce qu’il n’y avait pas de machine à réparer en urgence au boulot. Et puis que la vie sans amis n’est pas une vie. Nous autres membres du peuple singe debout, n’avons pas la mentalité erémitique. Nous exécrons la solitude. Qui est mauvaise conseillère et nous pousse à broyer du noir puis à nous faire des films à la con dans la tête. Quand quelque chose ne va pas, on le dit aux bons amis et on écoute leurs bons conseils. Si chacun restait dans son coin comme une merde sèche, l’humanité serait encore plus déprimante qu’elle ne l’est déjà. J’ai dit. Hugh !

Encore trois petits jours de rien du tout à tirer jusqu’à vendredi. Il se passera quelque chose ce soir-là, vous verrez, les amis… et les lecteurs inconnus aussi. Patience, patience…

 

14 décembre

Ça a commencé il y a 2617 jours. Sept ans, un mois et trente jours. Peut-être que dans quarante et quelques heures, ça commencera à s’arrêter. Je n’en sais rien, pour l’heure. Je n’espère pas : j’attends, simplement, sagement. Le verdict que j’attends est sans doute déjà couché noir sur blanc, quelque part au tribunal de Paris. Après-demain en fin d’après-midi je devrais enfin le connaître. Je ne suis pas le seul à l’attendre, ce verdict. Toutes celles et ceux qui subissent cela depuis 2617 jours − et même bien plus pour une autre que moi −, sont dans l’expectative. Pas anxieuse, mais légèrement fébrile tout de même. On en a tant vu et de toutes les couleurs, rien que pendant ces 2617 jours. Qu’on n’ose pas espérer. Pourtant on devrait. Mais l’espérance a ses limites et elles ont été salement dépassées, dans cette histoire de fou. De folle, plus précisément. L’espérance est un luxe bourgeois. Contentons nous de patience…

 

15 décembre

17 heures : 24 heures à tirer. Je clone des disques durs en compote en attendant Godot. Récupérer des données sur des supports pourris, c’est ma petite spécialité. C’est tout à fait méditatif et ça laisse le temps de gamberger ou de causer un brin avec les amis icy et là…

C’est un commentateur de Rue89, proche ami de notre Picholive[2] − qui m’a appris la nouvelle de sa mort toute récente par MP tout à l’heure.

Picho, il s’était chopé le crabe à l’automne dernier et un jour il n’était plus venu dans mon estaminet de l’internet, il y a quelques mois. Je me doutais bien que ça ne devait pas trop gazer pour lui − chimio, etc. −, mais je n’imaginais pas qu’il puisse casser sa pipe comme ça, d’un coup, aussi tôt.

On ne se connaissait pas en dehors du Web, mais il voulait à tout prix qu’on se fasse un raout en sa compagnie à Puycity au printemps. On le fera quand même, pour lui rendre hommage, non mais !

Illustration © Cyprien Luraghi 2016 - ICYP

Léopardo en est tout retourné (et le drapeau en fond, c’est Picho qui nous l’avait confectionné).

Picho, en matière de clin d’œil, m’avait envoyé 69 euros pour que je puisse m’offrir les services d’un avocat pour l’affaire dont le verdict tombera demain en fin d’après-midi. Comme d’autres amis l’ont fait. Déconnologie never dead, quoi qu’il en soit. À demain, donc…

 

16 décembre

 16 heures tout rond. C’est l’heure de l’énoncé du verdict à la cinquième Chambre du tribunal de Paris. Maintenant ça peut tomber n’importe quand. Je surveille ma boîte à mails. Patience, patience…

19 heures tout rond. Rien dans la boîte. Ce qui signifie que l’après-midi a probablement été chargée au tribunal et que par conséquent, le verdict n’arrivera dans ma boîte que lundi. Patience et repatience, donc. 

 

17 décembre

J’aime bien les jours où il n’y a rien à raconter. Juste à déguster des litchis tout frais arrivés par avion de la Réunion, offerts par le voisin de gauche qui a de la famille là-bas. Siroter des caouas, têter la clope à vapeur, gamberger sur le prochain billet, dépiauter l’ordinateur portable d’un client. Mollement, c’est samedi. Relire Rousseau et tomber là dessus :

Je ne sais quel aveuglement, quelle sombre humeur, inspirée dans la solitude par un mal affreux, m’a fait inventer, pour en noircir ma vie et l’honneur d’autrui, ce tissu d’horreurs, dont le soupçon, changé dans mon esprit prévenu presque en certitude, n’a pas mieux été déguisé à d’autres qu’à vous. Je sens pourtant que la source de cette folie ne fut jamais dans mon cœur. Le délire de la douleur m’a fait perdre la raison avant la vie : en faisant des actions de méchant, je n’étais qu’un insensé.

(Lettre à M. Moultou – À Montmorency, le 23 décembre 1761)

Me dire que les paranos, t’en as vu un, tu les as tous vus. Me dire que c’est cette distorsion du réel qui fait que le monde est si mal. Si tordu. Il n’y a que ça à faire ce samedi. Et rêvasser peinardement… ;-)

 

18 décembre

Je me suis fait la réflexion hier soir : ce billet-journal renouvelle le genre. Quand j’avais démarré le Sitacyp il y a quinze ans, c’était pareil. J’écrivais au fur et à mesure et au fil des jours, tout ce qui me passait dans la tête et un peu aussi ce qui se passait au dehors. Quand cette saga sera achevée − en fonction du verdict qu’on devrait enfin (peut-être) connaître demain, de temps à autre et en fonction des événements, je continuerai le journal, comme au bon vieux temps où nous n’étions qu’une douzaine à faire ça sur le Web francophone. En attendant, attendons…

 

19 décembre

Nous attendrons encore, donc. Puisque le verdict ne sera rendu que le 5 janvier. Je viens de l’apprendre. No comment, il vaut mieux. Je clos ce billet-journal et entame la gamberge pour le billet suivant.

 

…e la nave va !  

  1. Je ne prononce jamais le nom de ce putricule. []
  2. Moctezumiaou sur Rue89 []
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Parano-Suiza

Illustration tritouillée par Cyprien Luraghi © Icyp 2016Voiture de l’année : la Parano-Suiza

(huit cylindres en Vé, trente-deux soupapes minimum)


La Parano-Suiza allie tout le raffinement d’une carrosserie blindée à toute auto-critique et le confort douillet d’un habitacle étanche à toutes interventions extérieures. Tout est pensé pour le bien-être de l’utilisateur, ce qui en fait la meilleure de sa catégorie : ordinateur de bord simplifié, absence de volant et de marche arrière. Finis, les spéculations philosophiques sur l’itinéraire à suivre, les doutes intellectuels aux carrefours, les regrets existentiels au fond de l’impasse, la Parano-Suiza vous mène à destination, TOUT DROIT DEVANT, sans varier.

Faire rugir sa Parano-Suiza

(huit cylindres en Vé, quarante soupapes à négocier)

Comme tout véhicule, la Parano-Suiza nécessite un carburant, mais, comme tout modèle grand‑luxe, un carburant spécifique, le « Untelmeuharcèle ». Celui-ci, beaucoup trop ciblé, est fortement soumis aux lois du marché et n’est guère très stable. Il peut disparaître à tout moment pour diverses raisons : malfaçons qui nécessitent des tests en clinique, décision du fabricant de le remplacer par « Unautremeuharcèle », date de péremption atteinte nécessitant une mise au cimetière, etc. Préférez donc l’essence « Legroupemeuharcèle » au taux d’octane beaucoup plus élevé qui vous offre un éventail plus large de possibilités. Vous irez plus loin.

Afin d’optimiser les rendements, il est conseillé d’y adjoindre un adjuvant. Le fabricant « Faitsdivers » a longtemps eu le monopole avec ses produits-phares, « Pédophilie », « Parricide », « Pornographie » et j’en passe. Il est maintenant fortement concurrencé par un nouveau venu, « Terrorisme ». À vous de choisir. Si cela est trop difficile, vous pouvez faire votre petit cocktail personnel : le mélange « Pédopornoterrorisme » a un rendement extraordinaire. Certains préfèrent le lubrifiant « cyberterrorisme », commercialisé tout récemment, mais qui commence à avoir un certain succès.

Le moteur de la Parano-Suiza (huit cylindres en Vé, quarante soupapes, voire plus), comme tous les moteurs, a besoin d’un lubrifiant. Nous avons les huiles classiques, toujours très prisées, « Juifs », « Nègres » et « Francsmaçons ». Si la marque « Communisme » a disparu de la tête de gondole, « Illuminati » revient en force. On note l’arrivée sur le marché d’une holding au comportement commercial très agressif, « Islam », qui nous présente toute une gamme de produits allant de « Arabes » à « Islamofascisme » en passant par « Islamogauchisme », selon que votre voiture a une conduite à droite ou à gauche.

(Il existe une huile parfaitement confidentielle, connue seulement de quelques initiés, la « déconnologie ». Quelques téméraires l’ont essayé et elle pète le feu.)

Nota :

Certains font un mélange de tous les produits précités. Cela demande des connaissances et du savoir-faire ; il faut faire partie d’un club. Le membre du club est facilement reconnaissable à son uniforme protecteur (il a la peau délicate) et à son crâne rasé par souci d’hygiène. Les huiles « Juifs » et « Francsmaçons » sont très connues pour leur pouvoir irritant et de récentes études montrent que l’huile « Islam » ne vaut guère mieux.

Là nous ne parlons plus de voiture de tourisme, mais de formule un. D’ailleurs, ils appellent la Parano-Suiza ainsi « customisée », Sinzano-Suiza (S.S.).

Conseils d’entretien de la Parano-Suiza

(huit cylindres en Vé, soixante-quatre soupapes, ne lésinons pas sur les soupapes)
(Paragraphe inutile)

La carrosserie de la Parano-Suiza ne nécessite aucun entretien ! Grâce à son vernis inaltérable, toute pluie acide d’incertitudes ou orages de doutes ne laissent aucunes traces, aucuns points de rouille existentiel.
Le moteur s’auto-entretient de lui-même ! À partir du moment où on évite cette chaîne de garagistes au sigle HP qui se prétend les uniques concessionnaires de la Parano-Suiza. C’est de l’arnaque ! Ils vont tout vous démonter, vous obliger à revoir vos fusibles… Pire ! Mettre un volant (pour tourner en cas d’obstacle intellectuel) et une marche arrière (pour reculer en cas d’erreur) !

ESSAYER LA PARANO-SUIZA, C’EST L’ADOPTER !
ADOPTER LA PARANO-SUIZA, C’EST NE PLUS S’EN PASSER !

( e la nave va, as usual ;-)

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , , , , | 3644 commentaires

Les cuites sont carottes

Illustration © Cyprien Luraghi 2015 - ICYPLa Déconnologie[1] [2] a pour particularité de surgir des écrans pour se projeter dans la réalité réelle. C’est sa signature. L’écran c’est bien, mais ça ne vaut pas une bonne vieille table en bois d’arbre garnie d’une brochette de bons vivants, couverte de victuailles et de bons flacons.

Or donc depuis 2008 un paquet d’entre nous se rend visite en vrai. Et de temps à autre des raouts s’organisent chez l’un ou l’autre ou en louant un gîte pour l’occasion. Quand le raout comprend peu de déconnos, il s’agit alors d’un raoutito. Et là, justement, on vient de s’en faire un à l’occasion du passage en France d’une déconnologue distinguée dont je ne dirai rien publiquement car de nos jours les murs de l’internet ont des oreilles pleines de pus et des langues de putes. Raoutito rondement mené et pas encore plié puisque nous finissons les restes en compagnie d’un déconno restant quelques jours de plus afin d’arpenter les ruelles pentues de Puycity, le Trou de nez du Monde, siège interplanétaire de la Déconnologie[3] dans sa grosse berline allemande pavoisée aux armes de notre meute sauvage.

 

Y avait pas de vent ce jour-là pour déployer le drapeau mais ça frime à mort quand même.Le raout ou sa déclinaison le raoutito, se décompose en trois parties : le racontage de conneries, le disage de mal des pnutres[4] et le tapage de cloche. Le tout abondamment arrosé de Cahors[5] vu qu’on est en plein mitan du vignoble. Bref : tout va bien à bord et c’est toujours autant magique de voir de nouvelles têtes sortir de derrière leurs écrans. Et puis ça sent le printemps, enfin : à l’instant le premier matou de l’année vient de pousser son cri d’amour de derrière les hortensias du jardin d’Édith… et la Moutche ne semble pas pressée de rentrer ce soir ;-)

E la nave va les aminche(ttes) !

 

 

 

  1. Pilotique et lamorillienne. []
  2. Le lamorillianisme est l’émanation de l’esprit de lamorille, fritteur en chef de l’Icyp. []
  3. Lequel Trou de nez n’a rien à envier dans un tout autre genre, au Nombril du Monde : Pougne-Hérisson. []
  4. Le pnutre est un genre de gnoutre mais en moins grave. []
  5. Fors ma pomme vu que ne je picole plus depuis des lustres. []
Publié dans Billet Express, Déconnologie | Autres mots-clefs : , , , , , , , , | 2206 commentaires
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