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Dieu goudron

Transe Himalayenne 1989 - Inde - village dans l'Himachal Pradesh - © Cyprien Luraghi

La route. Il ne manque que la route. Avec elle ce serait vraiment le royaume des dieux sur Terre, notre village.

Ils disaient tous la même chose il y a vingt ans, partout là où il n’y avait pas de route, mais des grands chemins de six pieds de large ou des vires vertigineuses.

Quand on n’a pas, on rêve et l’objet du désir s’accroît en fantasmagorie.

C’est dur de marcher, de le devoir; on n’a pas d’autre choix que de chalouper sur ses deux cannes. Je me disais ça en quittant les villages où ils me disaient ça, tout au long du jour.

Je fermais les yeux pendant dix pas − la limite de mon pilote automatique − en me disant que dans vingt ans des pneus défonceraient le goudron là où mes semelles soulèvent la poussière.

Et maintenant, vingt ans plus tard je sais que ce village est relié comme des milliers d’autres par le ruban de goudron et que je n’y retournerai sans doute jamais. Et assis sur une chaise à la cuisine je ferme les yeux et ressens la scansion étouffée de mes dix pas à l’aveuglette sur le grand chemin. Et j’entends le rugissement des moteurs à explosion abolir le chant des petits oiseaux.

Je savais être à la fin d’un vieux monde et pas encore à l’aube d’un nouveau : l’entre-deux des bâtards.

***

Il y a neuf ans et demi je posais le premier pied sur l’internet,[1] qui n’était alors qu’un grand chemin fréquenté par les ploucs et les bandits.

Maintenant tout est goudronné et très correctement balisé, des milliards de personnes arpentent ce ruban lisse comme une cloche et résonnant tout pareillement : assis sur la chaise de la cuisine je ferme les yeux et tape quelques trois cent mots en silence.

Le vacarme d’une horde de connards à explosion couvre de son insipide modernité le soyeux babil de l’esprit.

***

Ma grève illimitée du commentaire se poursuit : le moral est au beau fixe et je tiens bon. Non mais !

 

  1. En ouvrant le Sitacyp. []
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Roses-bruns & Bleus-bubons

L'ex-roi du Népal Gyanendra, Bobonne et le petit prince Paras, cet enculé - © Nepalnews.com 2006 - cliquer pour agrandir

Sarkolas et clique clinquante vont mordre la poussière demain soir, il y a de fortes chances. Dans le camp d’en face ça jubile. Mais quel camp ?

Pas le mien en tout cas : je n’en ai aucun ; nomade perpétuel immobile planté comme un poteau dans l’égout avec le flot qui se brise au pied, j’observe impavidement les toxicomanes de la peur et de la haine éructer de concert les sempiternelles rengaines du malheur. 

Entre un fumier fumiste de droite et un fumeux fulminant de gauche, je ne fais pas la différence. Éric Zemmour, Philippe Val : notre temps nous offre le choix de deux Philippe Henriot pour le prix d’un.

Elle est pas belle, la confusion générale ?

 

CHANGEMENT DE SUJET


C’est le printemps. D’abord. Et pour le coup je piétine joyeusement le cadavre de cet interminable hiver en remisant au placard les débats politocs à la con qui vont avec.

Ouais : y a la vie qui va bien et les buissons bourgeonnants où les zoizos s’envoient au septième ciel[1] . Hier soir, deux mouches en train de s’enfiler sont tombées sur mon clavier en zonzonnant et Shanti en jetant un œil à l’ordino de son kondukator de père  en train de taper ce billet à l’instant, s’est exclamée en voyant l’illustration : c’est plein de couleurs chamarrées et chatoyantes ; les bubons sont de sortie ; c’est l’printemps !

Le ciel est bleu horizon ; dedans les nuages gris morositeux y moutonnent comme de bons citoyens Français et au sol les roses socialoches blêmes s’épanouissent dans la glèbe brune, réjouissant la fibre maréchaliste .

L’or du Président Soleil illumine nos vies comme un baume émollient ; nous nageons enfin dans une béatitude concon en songeant aux économies de mazout. On pourra s’acheter des tonnes de babioles inutiles au lieu de se serrer la ceinture à cause du maudit poêle[2] qui nous siphonne le porte-monnaie sept mois sur douze pour nous échauffer la couenne ; c’est chic.

Or donc : ma bise printanière à toute la Déconnologie© assemblée, et que dalle pour les autres. Non mais© ! 

Rose-brun = © Numerosix

 

  1. Comme je disais à Banana tout  à l’heure. []
  2. Un Deville des années 70 []
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Cacabouilla

© Cyprien Luraghi 2009

Ce qui frappe, c’est la confusion générale. Tout mélangé dedans, en vrac : le grand n’importe quoi. Ça enfourne à l’ouillette à gaver les oies, et ça régurgite après agitation du cervelesque.

Ça pérore sans savoir et ça l’écrit sans vergogne sur l’internet, vu que nous sommes rendus à une époque dans laquelle tout un chacun peut s’épancher au moyen d’un clavier, et démontrer brillamment et bruyamment combien qu’il est con, confit, confus.

Monde de poulets picorant au hasard du bec les miettes éparses du savoir sans souci de l’abattoir ; monde heureux, béat d’extase et tout fier de roter sa prosette de rosette et pet foireux de cloaque. Qu’est-ce qu’ils sont bien, nos contemporains ; la chouette espèce.

Comme je reviens d’une longue virée sur la planète des forums où ça cause de tout, j’ai bien envie de parler de ce phénomène encore peu étudié, nos grands savants au doigts si délicats n’étant manifestement pas désireux de les tremper dans les innombrables trous du cul des dividus – peut-on parler d’individus en évoquant ces agrégats divers formant humains ?

Le sujet de la discusse est donc la confusion. Il nous est tous arrivés de lire ici où là des messages émanant de ces esprits troublés, souvent incompréhensibles, et qui renvoient le dialogue de sourds au musée.

Nous allons aborder le sujet des monologues autistiques de l’internet.

Comme d’habitude, tout est permis, même les coups les plus bas.

Les copiés-collés des posts les plus débiles provenant d’autres forums sont très bienvenus : nous en disserterons doctement.

 

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Écoutilles

© Cyp Luraghi 1989 - Inde - Himachal Pradesh - village de Malana

 

À force de me durcir la feuille
je me boulonne les écoutilles
je ne vois rien non plus
plus rien du tout.
Qu’on croit, mais non.

C’est là que j’entends mieux ce qui se passe dans le monde ; à travers un filet ténu. J’ai bouclé la radio depuis des jours et des semaines, je ne lis plus que les grands titres de la presse en diagonale, je suis très loin de tout et plus proche que jamais. Il y a trop. C’est notre époque ; un gonflement des choses au détriment des idées, une oppression des méninges ; alors tout est confus, fatras, chaos et marigot.

Comme maintenant, exactement. Un temps aussi troublé qu’une avant-guerre, où tout est mélangé.
Nous avons des personnages publics tout à fait similaires à Doriot, tiens-donc…
Et un peuple toujours aussi bête et même plus.
Animal, plus machine.
Et puis des termitières immenses en béton, ça c’est nouveau. Et l’internet, l’eau chaude à volonté, tout plein de choses qui font de nos clapiers des hôtels chics.

Vaut mieux regarder ça en tirant une bouffée, le cul posé sur une poutre. C’est mieux ainsi.
Je ferais rien comprendre à personne, d’abord. Faut que je me me le martèle, d’ailleurs c’est déjà fait.

Je peux penser que c’est Vichy, mais je ne peux pas l’écrire sinon je me fais condamner, donc c’est Vichy. C’est aussi simple que ça.
Je peux penser que Philippe Val est un facho et Charlie un journal d’extrême-droite, mais je ne peux pas l’écrire ni le dire à haute voix en public, sinon il m’en cuira.

Alors je pense, tranquillement, comme une vache rumine.
Et je ne dis, ni n’écris.
Tiens : je pense depuis dix ans au moins que la Betancourt est une pisseuses grand-bourgeoise à la Carla Bruni, et depuis qu’on nous les broute avec son enlèvement, je me fais mal voir parce que j’en ai vraiment rien à secouer de cette bonne femme. Mais alors rien du tout, parce que quand tu as touché le fond pourri du monde comme je l’ai fait, t’en as vraiment rien à branler de ces babioles. Nelson Mandela, c’est d’un autre calibre, non ? Ça méritait qu’on se remue… alors que là, hein, faut pas trop m’en demander.

Je vous dis : c’est Vichy. Y a des zazous et des vieux dans mon genre qui s’en foutent en écoutant leurs chansons. C’est mieux que la TSF.
Je coupe. Ah ! ça va déjà nettement mieux.

La gauche, c’est la droite… Vous ne me croyez pas ? Et pourtant.
On en parlait avec Myel qui part au Cambodge demain pour rejoindre son Gilbert, ce soir, au café.
Elle trouve qu’il y a de plus en plus souvent des articles plus à gauche que ceux de Libération… dans le Figaro. J’avais remarqué. Étrange, mais vrai.

Et tout le reste à l’avenant.

La gauche, c’est la droite !
Un vrai slogan novlangue.

 

Publié dans Binosophie, Déconnologie, Himal, Inde, Pilotique, Spectacle | Autres mots-clefs : , , , , | 47 commentaires
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