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Couacs Machines

Illustration originale © Cyp Luraghi 2011 (intérieur d'un magnétophone Revox E36 de 1961, collection personnelle)

J’étais peinard dans mon petit atelier, à nettoyer les circuits imprimés d’un vieil amplificateur du début des années 80 et Shanti[1] me regardait faire, il y a quelques années. 

— C’est marrant papa : on dirait des chemins dans la campagne sur une carte. 

Bien vu. Plus tôt encore ça ressemblait au fruit de l’accouplement hasardeux d’un vaisselier breton avec un métier à tisser Jacquard : l’esprit humain pénétrait lentement le bois du meuble après des millénaires de tâtonnements au ciseau et à la gouge. 

Maintenant c’est tout rectiligne, dans les machines à amplifier notre pensée. Fini le bois : c’est métal ou plastoc. Dedans, quand on observe les circuits au compte-fils, on voit de tristes nœuds autoroutiers menant à des buildings pas beaux. 

Ça va, ça vient, ça pulse ; ça ressemble à la vie mais sans les nôtres ça ne serait que mort. Pourtant une foule de gens pensent que les machines à brasser les électrons ont leur propre vie ; qu’elles sont des sortes de déesses idéales alors qu’elles ne sont que poupées. 

Leurs seuls mystères sont ceux que nous projetons et propulsons dans leurs circuits. Elles ne peuvent que se mettre en résonance et amplifier, comme un archet sur son violon. Si ton voisin joue du crin-crin, prie pour qu’il soit prompt à l’apprentissage et ait l’oreille musicale en harmonie avec ses mains, sinon deviens assassin ou déménage. 

Là, tout n’est plus qu’écho et tintamarre : on dirait un troupeau de poulets becquetant sur des claviers et des télécommandes,  frénétiques comme des pics verts. Tout le monde a des violons de nos jours ; des vaisseliers, des métiers à tisser et tant d’autres objets utiles encore et si peu savent s’en servir, que c’en est pitié. Regardez sur l’internet : ces dépêches d’agences de presses qu’on retrouve partout à la une des gazettes en ligne, agrémentées d’infographies débiles : zéro de chez zéro. Ces dizaines de millions de blogs qui se pompent l’un, l’autre comme des bouses malodorantes constellées de paillettes. 

Le jour où tout ce monde aura compris qu’il faut toute une vie pour garnir les étagères de son vaisselier, de longues années avant de faire résonner un violon harmonieusement et que programmer les cartes perforées d’un métier Jacquard requérait un savoir-faire prodigieux, les ordinateurs auront des dents. 

E la nave va…

  1. Notre fille. []
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L’ÈRE DU VERSO

Illustration et animation : Cyprien Luraghi © 2011

clic dans l’image pour voir l’animation

Autrefois, il était d’usage de se questionner sur l’envers du décor : dans les loges et les coulisses il y a quoi donc ? et que cache le nez rouge du clown ? où va le tigre quand il a fini son petit tour de piste ?

Et sous l’édredon : est-ce que papa-maman s’agitent ou piquent un roupillon, et pourquoi ?

Tout était façade dans l’Ère du Recto : réduits à subodorer les dessous du monde, vous viviez dans l’ignorance.

Maintenant vous savez tout sur l’envers du décor : les machineries ont révélé leurs secrets ; derrière la glace nul n’ignore plus qu’il y a le tain ni que sous la couvrante des fluides hormonaux s’échangent à foison : vous voilà bien avancés.

Dans la loge, sous le nez rouge du clown c’est plein de comédons et le tigre arpente sa cage aux épais barreaux nickelés.

Tout rutile et scintille dans l’Ère du Verso : c’est le nouvel âge tant attendu ; applaudissez, louez qui vous voulez : tout est à vendre à tempérament et faites une croix sur ce que vous avez quitté d’un pas décidé : la beauté, le rire, l’amour, la joie de vivre et le rêve… le rêve…

Il faut vive avec son temps : très peu pour moi. Pour nous : on n’est pas bien nombreux mais je ne me sens pas tout seul : ça froufroute et pépie gaillardement dans les buissons, au Recto ;-) 

E la nave va…

 

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NI VELUS NI SOUMIS

Illustration originale de Pierre Auclerc - © 2011

En exclusivité pour l’Ici-Blog j’ai l’honneur de vous présenter le Manifeste des « Ni velus ni soumis », face au poids grandissant de la société matriarcale, les récentes avancées du mouvement mâliniste© sont mises à mal par les femmes et leur tendance clitocrate avérée.

Regardez donc les pauvres hommes, contraints de regarder précautionneusement le sol pour éviter le regard inquisiteur d’une femme, de peur de passer pour de gros libidineux la bave aux lèvres.

Désolé mesdames mais les mâlinistes refusent d’être cantonnés à ce statut de bourrins reproducteurs, et assimilés au comique de comptoir de fin de soirée avec ses blagues graveleuses devant son pastis et un bol de cahouettes.

Vous y avez cru hein ? Pourtant rien de tel qu’un plaidoyer absurde pour démontrer l’absurde.

P’têt bien que nous aussi nous en avons assez d’être jaugés, mesurés, décortiqués, analysés, scrutés comme des souris de laboratoire, classés par catégories, du « mec bien » en passant par le « salaud » ou simplement le « bon coup » pour la soirée.

Les mâlinistes se réservent le droit de ne pas rentrer dans le « penser contre soi »,[1] si cher aux tenants du gloubiboulga ambiant de la non-pensée du vivre ensemble entre schizophrènes.

Alors donc, pour le bien-être commun, il faudrait ne serait-ce qu’un instant, se mettre dans la peau d’une harpie frustrée élevée dans un monde de poupée qui n’a jamais existé que dans l’esprit pervers d’une mère supérieure ou celle de son mec anéanti à la base par son éducation testorestonée, qui ne l’a mené qu’à la misère sexuelle et à un besoin de domination incontrôlable qu’il ne pourra jamais vraiment satisfaire, tout englué dans ses frustrations glauques qu’il sera.

Est-ce vraiment ça le message des féministes, les vrais, celles et ceux qui ont fait avancer la société, qui ont offert des droits véritables à la femme, et donc à l’homme ?

Parce que la femme est un homme comme un[e] autre, et inversement.

E la nave va…

  1. Lire le billet lié « Les déconcombres ». []
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RÉSIGNEZ VOUS !

Photographie : © Cyprien Luraghi 1989 - Himalaya indien (Garhwal)Les culs terreux la tête dans les étoiles, c’est fini. Il faut se faire une raison, le monde : l’époque est aux têtes enfoncées dans des culs récurés. Des trous de balles de mormons morts obturés de calebasses hébétées.

Que faire sinon baisser les bras devant ces légions de museaux enfouis dans des régiments de fions désinfectés ? Le spectacle affligeant de ces masses populaires inertes n’incite à rien. Alors rien, tant qu’à faire.

Les seuls qui remuent encore faiblement le font en vain : manifs, grèves, castagne encagoulée : zéro résultat. La lutte des classes c’est fini et nul matin ne prélude plus à un grand soir. Les pontifes de tous les partis de la gauche sont d’accord sur ce point depuis des lustres.

L’Insurrection qui vient n’est pas pour demain : vous pouvez dormir tranquille.

Inutile de vous révolter, damnés de la terre. Croquez plutôt des chips en matant TF1 et et pianotez sur Facebook et OverBlog : vous nous rendrez service en nous foutant la paix ; restez anesthésiés par vos médocs et surtout ne bougez plus : le petit oiseau va sortir.

Cui-cui.

[envol de kondukator de pacotille tout guilleret sur la rive nord du Lot]

Billet hyper express de délestage sur une idée de lamorille.

E la nave va…

 

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…e la nave va…

Illustration de Pierre Auclerc - © 2010

Il y a neuf ans bien sonnés j’ouvrais le Sitacyp en braillant : « les éditeurs, c’est de la merde ! » dès la page d’accueil. Ma machine à écrire avait soudain une imprimerie accolée au bout de la page : l’internet. Comme l’infâme boîte à rythmes et les radios pirates des années 70 avaient un son dégueulasse mais l’immense mérite de coûter que dalle et de permettre la naissance de nouvelles manières ; la littérature y perdait tout autant qu’elle y gagnait.

Elle y perdait en langueurs et en longueur, puisque rien n’est plus chiant que se manger un pavé sur l’écran. Et y gagnait considérablement en fraîcheur. En écrivant sur l’internet en lieu et place de papier, l’écrivain devenait véritablement public. En 2001 nous étions douze, pas un de plus, à balancer la purée en français sur le réseau et s’il n’en reste qu’un je suis celui-là.

Maintenant tout le monde fait ça : deux millions six cent mille scripteurs rien que sur Overblog ; voyez-vous ça. Sans parler de Facebook. Rien que des gros machins où tout un chacun raconte ses petits machins du jour. Et se fait ses mélis-mélos, ses embrouillaminis. Complots et prises de bec, bécotages et mamours.  Ragots et bruits de chiottes.

Agora devenue place de Grève : voilà l’internet de 2010.

Cet internet n’est pas le mien : je n’y étais venu que pour écrire, rien d’autre. Et puis je me suis fait happer par les forums. Un piège mortel : tu fous le doigt dans l’engrenage et tout le reste suit et passe à la moulinette.

En 2005 déjà, j’avais coupé toute communication avec le public sur le Sitacyp : en ce temps on correspondait par mail et hors le cercle restreint des lecteurs au long cours ça ne présentait que peu d’intérêt. J’avais viré l’adresse de contact. Simple. Il y avait toujours autant de monde, mais on me foutait la paix. J’écrivais et c’est tout. Après tout c’est la raison d’être de notre race : écrire.

Et puis il y eut le Blogacyp l’année suivante et jusqu’à l’an dernier. Un blog. Pas un site. C’est-à-dire que sur un site, non seulement tu écris, mais en plus tu te farcis un travail pas marrant du tout de mise en forme à chaque page. Alors que sur un blog, tu te défonces un bon coup la caisse au moment de la mise en ligne, et puis après c’est très simple : tu écris ton texte, tu vas chercher l’illustration et tu la places et tu envoies. Zéro maquette.

Alors évidemment, le blog est livré avec un système de commentaires : c’est la règle. Tu les actives ou pas. Comme à partir de ce billet où il n’est plus possible de commenter : clic, fini.

Au début il y en avait très peu et tout baignait dans l’huile. Je me fous totalement que les gens commentent ou pas mes billets. Oui : rien à branler. Je n’écris pas pour qu’on me passe la pommade ou qu’on me balance des parpaings dans la gueule : j’écris parce que j’écris et c’est pas autrement. Faut pas chercher plus loin : c’est ni pour la gloire ni pour le fric, mais pour le plaisir.

Et j’écris aussi sur le Net parce que le Net, c’est l’écriture. Devise longtemps et fièrement proclamée sur mon site et mon blog. Juste devise ; du moins je le pensais jusqu’à peu : parce que oui, les ordinateurs sont avant tout des machines à écrire, et oui j’ai parfois croisé de merveilleux artistes du clavier sur de simples forums, mais non : parce que le grand raz de marée des médiocres a tout noyé dans l’entre temps.

Ce temps que j’ai passé à me dégourdir les papattes sur les forums. D’abord sur celui du défunt site de campagne de DSK en 2007, puis dans les catacombes de Rue89 (dm). Hé oui, parce que quand tu lis une phrase mortelle d’un comme lamorille, tu n’as qu’une seule envie : t’embaucher dans l’escadrille et chatouiller le Roger Velu dans la joie et l’ébullition.

Mais ce n’est pas possible : les forums-boulevards sont super fliqués. Bien que j’aie un ami (simple) flic, je me méfie de la police. Le flic de base est plutôt très con en moyenne, aussi bien sur le pavé que sur les grandes artères de l’internet.

Alors petit à petit, le Blogacyp est devenu l’exutoire, le troquet d’en face où on se lâche après une rude journée de taf bien chiant. Depuis un an et demi, ça ne débande plus au comptoir : je ponds un billet toutes les deux, trois nuits et c’est deux cent coms par jour sinon rien.

Cent mille coms au bout du compte. 102857 précisément.

E la nave va…

Sauf que la nave n’était pas prévue pour ça au départ. Alors j’avais eu l’idée de créer un multi-blog. Un genre de magazine sans les actualités avec chacun sa case à remplir : Hors-Sujet. Avec Dul on s’était lancés dans l’aventure l’an dernier, et puis Dul a jeté l’éponge en cours de route et je me suis retrouvé tout seul dans la salle des machines[1] et à l’écritoire.

La Déconnologie Pilotique (lamorillienne) était lancée dans la Joie, pourfendant le tristos, surenculant le biomormon au Poteau 62.[2] J’en étais le Kondukator Kosmoplanétaire et les disciplettes[3] m’adulaient en se tordant les poignets.

C’est ainsi que le Blogacyp est devenu l’Ici-Blog l’an dernier. Passer d’écrivain en ligne à kondukator n’est pas une mince affaire. D’abord on se retrouve avec une variété craignos d’hémorroïdes collés au cul : trolls malveillants, gros jaloux, fous véritables et furieux, qui tous vous vouent aux gémonies. À trop fréquenter les grands forums on chope des bêbêtes. Qu’on peut même ramener Ici.

Avec l’intrusion de Facebook[4] la contamination de l’Ici-Blog devenait inévitable… et elle n’a pas été évitée. C’est pour cette raison et elle seule que j’ai clos les commentaires. Les miasmes de Facebook Ici, pas question. Rien à foutre de cette chiasse. L’Ici-Blog n’est la succursale de rien du tout.  Facebook, c’est bon pour ceux qui n’ont pas d’idées propres. Tout le monde y fait à peu près la même chose : copier la moindre idée originale et se faire mousser avec en l’exhibant devant ses zamis.

Vous pouvez êtres sûr que d’ici peu les idées originales de l’Ici-Blog seront photocopiées sur Facebook. Je vois ça d’Ici : un groupe « Déconnologie » sur Facebook. Ha ! Ha !

Rien que d’y songer je rigole.

N’empêche que j’ai pas trouvé d’autre moyen d’échapper à la facebookisation des esprits, que de verrouiller les commentaires Ici et de reprendre possession de ma créature : mon écritoire. Peut-être qu’un jour je rouvrirai les commentaires, mais j’attendrai pour ça qu’on soit en comité réduit. Je continuerai à écrire Ici comme ça me chantera ; comme ça me chantait avant. Avant la mi-août de l’an passé… avant les 167 derniers billets.

Et je n’aime pas la routine, et là c’était bien parti pour. Les derniers billets étaient trop faciles à pondre : mauvais signe. Dans ces cas-là je fais toujours pareil depuis toujours : je passe à autre chose. Je casse ou je me casse.

Alors autre chose il y aura mais pas Ici.

J’ai déjà une idée. Toute fraîche, toute neuve et toute con. Vous verrez. Dans pas longtemps. Gardez l’œil et le bon ;-)

Maintenant le kondukator de l’Ici-Blog sort de la petite scène. Le spectacle est fini. Le Spectacle est partout.

L’amitié aux vrais amis et le Poteau 62 dans le cul des faux-culs !

E la nave va…

***

Ce billet est dédié à Captain Beefheart qui s’est tiré ailleurs l’autre jour.

  1. L’Ici-Blog est hébergé sur un serveur indépendant et je me tape l’entretien. []
  2. Han, han ! []
  3. Mes groupies agralantes. []
  4. Le cancer de l’internet. []
Publié dans Éditorial, Humain, Spectacle, Tout Venant | Autres mots-clefs : , , , , , , , , , , , , , , , , | Commentaires fermés
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