Archives par tag : gif animé

Rentre dedans

Noce inconnue © Paul Grély 1971 - fonds Auzanneau - animation : Cyprien Luraghi 2013

C’était une photo de mariage de 1961 en noir et blanc. Sur le rouleau numéro 12. Que j’étais en train de numériser à l’atelier photo du Barbu à Puycity.1 Le fonds de son prédécesseur, qui le lui avait cédé avec la boutique. Des dizaines de milliers de clichés : une vie de photographe. Avec des flopées de noces dedans, évidemment. J’étais en plein dans une, justement. Un mariage chez des notabliaux campagnards graisseux du portefeuille. Et là une vieille cliente est entrée, s’est approchée de l’écran et celle en robe de mariée affichée dessus, c’était elle. Exclamations : elle n’en revenait pas que le photographe de l’événement en ait conservé copie. Dont le boss pouvait lui faire des tirages sur bon papier dans son labo, bien entendu. Son salaud d’ex lui avait tout détruit avant le divorce. 

− Hou, la belle-mère, là : je ne veux pas la voir. Faudrait pouvoir la gommer, cette pourriture.
− Je peux faire ça. Au pixel près : vous ne verrez pas les raccords. 
− C’est combien ?
− Tant et tant madame (pas donné mais vu le boulot)…
− Hé bien allons-y.

Virer une belle-mère dans les règles de l’art de la retouche numérique, ça peut prendre une bonne paire d’heures. Parfois bien plus, pour combler les vides sur des fonds complexes. J’ai viré des belles-mères très récalcitrantes sur des fonds effroyablement complexes. Le pire c’est les belles-mères qui descendent les marches de la mairie après la cérémonie civile, au milieu d’une grappe de monde. Hé bien même là on ne voit pas les raccords à la sortie, tellement je me fais chier à tritouiller à mort avec le logiciel idoine. Le nez collé sur l’écran par moments, carrément. Là tu le vois gros, le moindre pixel rebelle de la beldoche à la cliente. Que ça réjouit toujours énormément quand elle voit le résultat. Elle signe le chéquot, radieuse, et puis s’en va. 

***

Depuis des années je conte et rêve avec les doigts sur un clavier et ça file en ligne directement sur l’internet. Sans intermédiaire. Comme au premier jour je trouve ce support de la pensée écrite merveilleux. Il est dur et exigeant aussi. Mais il me plaît trop. C’est un rituel vital : penser au billet suivant et à sa place dans l’architecture de la chose. Parce que dans ce désordre il y a de l’ordre. Des histoires à rallonge et à tiroirs qui se lient, se suivent et s’emboîtent et sont les épisodes d’un feuilleton. Avec des chouettes illustrations comme dans les gazettes. Des inédites bien sûr. Comme tout le reste : l’Icyp est entièrement cousu à la main. 

Mon kief : une illustration, un texte scandé sur tel ou tel mode, en fonction de l’humeur du temps qui passe par la fenêtre comme la brise et le couple d’hirondelles en amour qui vient nous squatter le plafond de la cuisine depuis que le printemps a daigné se pointer. Clic clac c’est dans la boîte.

 

© Cyprien Luraghi 2013 

Ça peut durer longtemps encore et d’ailleurs j’en ai bien l’intention. Samedi on a entendu les klaxons du premier mariage de l’année, retentissant comme les grues cendrées. L’amour est là. Et cætera. 

 

…e la nave va…

  1. Lire le billet lié « Un mec bien ». []
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DUCON, LAISSE PAS BÉTON

 

Ducon doit se représenter l’an prochain. Comme candidat des cons, on ne pourra jamais trouver mieux que Ducon en personne. C’est pourquoi il nous faut le soutenir, car Ducon n’a pas trop le moral ces derniers temps. Des vilains ne font que le salir et ça le rend tout malheureux.

En quatre ans Ducon a bien œuvré pour son pays : les économies de chauffage sont épatantes, depuis que dans les classes les élèves sont serrés comme harengs en caque. Il n’y a plus de racailles dans les banlieues pourries grâce à Ducon. Notre pouvoir d’achat, qu’il a été chercher avec ses dents, est formidable : on s’est enrichis un max depuis quatre ans, tous autant que nous sommes.

Le premier qui dira le contraire sera condamné pour outrage au drapeau à des travaux d’intérêt généraux. Il lui sera interdit de travailler plus pour gagner plus comme tous les autres travailleurs de ce pays où le plein emploi coule comme le lait et le miel depuis que Ducon est aux affaires.

Ducon a beaucoup de mérite : il a éliminé les paradis fiscaux à lui tout seul. Après avoir bombardé le Lichtenstein, Monaco, Andorre, le Luxembourg, la Suisse et tout un tas d’îles aux noms louches, Ducon est un tantinet fatigué. Et personne pour l’acclamer, sinon nous autres déconnologues distingués, et quelques poignées de citoyens pétrolifères de la rive sud. Rive sud vers laquelle il a offert des tas d’allers simples gratis à des flopées de moricauds venus bouffer notre pain.

Ducon est formidable et nous l’aimons, et nous tenons à tout prix à ce qu’il soit à nouveau candidat : il bat si bien la campagne avec son cirque à l’américaine, que c’est un vrai plaisir de tous les sens dont nous ne saurions nous priver.

Jusqu’à Karachi il sera acclamé en mai prochain, de concert avec son irréprochable gouvernement.

Ducon : nous te soutenons grave !

Sur une idée piquée à Samaj dans les coms du précédent billet ici : CLIC

[et tout mon soutien aux enseignants en grève aujourd’hui, nonmais© !]

E la nave va…

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un été à navets…

Gif animé par Cyp Luraghi (extrait de "Green Lantern") © 2010

d’aucuns parmi vous auront remarqué que cet été ne fut pas caniculaire. on appelle ça un été pourri. ben figurez-vous qu’il n’ y a pas que la météo qui est pourrave, le cinoche dans son ensemble nous gratifie de belles daubes. je vais donc évoquer ici différents produits que j’ai testés pour vous. les films pour enfants avec deux, comment dire, fourre-tout de la crétinerie ambiante.

« cars 2 », une histoire de course de bagnoles qui parlent, à l’humour bien épais et aux clichés bien de chez nos amis ricains. en gros des voitures des ex pays de l’est se transforment en comploteurs quasi-terroristes. ça se veut parodier james bond, mais c’est juste moche et long.

l’autre infamie, c’est « les schtroumpfs », historiette mal fichue qui expédie les nabots bleus à new york, suivis par gargamel. en effet, ils ont traversé un tunnel magique. il va leur arriver plein d’aventures, genre une rencontre avec un jeune couple complètement neuneu, des courses pas folles en voiture et des poursuites de hordes de chiards. Acteurs nuls, scénario indigent, techniquement mauvais. c’est cela la dure vie de père qui habite à côté d’un cinéma. 

« super 8 » est un film de science fiction produit par spielberg. je pourrais m’arrêter là. mais non, tiens. des ados tournent un film d’épouvante artisanal quand une catastrophe ferroviaire va libérer un monstre retenu depuis des années en secret par l’armée américaine. super idée ? non ? mais les mioches, avec leur caméra super 8, d’où le titre, vont enquêter. Et découvrir la vérité : ce monstre veut juste rentrer chez lui, mais pas à vélo. donc il fout le boxon en récupérant tout ce qui est métallique pour construire son vaisseau spatial. de bien belles images pour un résultat creux. comme d’habitude chez spielberg, on ne va pas jusqu’au bout de la folie. on s’arrête à de bons sentiments bien sucrés. une fin tire larme ridicule en sus.

« la planète des singes »  est une déception. le film commence lentement par l’évocation du sauvetage d’un bébé singe par un scientifique qui cherche un remède à la maladie d’alzheimer, qu’il recueille chez lui, et qui grandit, grandit, grandit. le héros, [que vient faire james franco dans cette galère ?] découvre un produit miracle, le truc 112, que le singe avait dans ses gènes. ce produit, forcément instable va provoquer des catastrophes en chaîne. ça vire film de prison pour primates, qui se révoltent en suivant le meneur – le singe du début vous suivez ? – puis grosse baston avec fin annonçant l’apocalypse. le seul intérêt du film réside, selon moi, dans la succession d’incidents qui deviennent de plus en plus graves. c’est un peu léger, même si techniquement, c’est plutôt réussi.

« the green lantern » est la bonne surprise. eh oui, les films tirés de comics ne sont pas forcément nuls. c’est la guerre entre le bien, la couleur verte, et le mal, la couleur jaune, dans l’univers. vous allez me dire : c’est n’importe quoi ! et je vous répondrais : effectivement… et c’est ça qui est bon, le film assume complètement un scénario délirant dans lequel le héros va être coopté par un bague verte, faire des ballades dans d’autres galaxies, obtient des super pouvoirs maousses – par exemple il sauve son patron d’un accident d’hélicoptère en improvisant incontinent avec ses petites mains…un circuit de petites voitures géant bien entendu ! – et sauver l’univers intersidéral en allant bastonner le méchant en orbite autour du soleil ! Au moins, ici, le cahier des charges est rempli : acteurs au charisme insignifiant, bons fx1 , de l’humour et des créatures originales. voilà, grâce à moi, jous avez économisé quelques euros que vous allez pouvoir placer illico sur votre livret a pour les plus modestes ou sur votre assurance-vie pour hulk. merci qui ?

à la prochaine :-)

et le navet va…

  1. effets spéciaux. []
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ici la nostalgit

La planète sauvage - Topor / Lanoux 1973 - Animation : Cyp Luraghi © 2011.

minot, je suis tombé par hasard sur l’inquiétant et beau film de laloux et topor « la planète sauvage ». j’en fus tout tourneboulé. le graphisme impeccable et l’histoire anxiogène m’attiraient vers d’insondables précipices, des fourmilières dans lesquelles je me perdais voluptueusement et irrémédiablement. c’était magnifique et moins cher qu’une psychanalyse. vous n’avez jamais songé à vous égarer dans des méandres souterrains à la fois salvateurs et destructeurs ? me faites pas rire, vous, comme moi, y plongeons avec volupté et terreur.

l’histoire est simple : les draags dominent la planète ygam, ils pratiquent la méditation et se jouent de petits animaux, parfois domestiques, les oms, jusqu’au jour où l’un de ces petits êtres se révolte et passe du côté sauvage de la force. graphisme magique, histoire simple et universelle, rythme faussement atone, captivant, même si la bande son peut parfois paraître vieillotte.

tout cela pour évoquer le cinéma d’animation actuel estampillé u.s. que je consomme goulument avec mon fils depuis quelque temps. c’est en général plaisant, techniquement plutôt réussi…et pourtant, une question me taraude : ne participe-je pas au travail de décérébration généralisée en octroyant mes euros aux majors compagnies, disney et dreamworks ?

le propos est toujours très tolérant-compatible, la plupart du temps vaguement écolo. j’ai comme l’impression que les aspérités du conte sont gommées par un discours lénifiant dans lequel les méchants ne le sont pas vraiment, enfin ils finissent en général très gentils : c’est parfois pas mal – « moi, moche et méchant », « toy story 3 » – en d’autres occasion carrément niais – « yogi l’ours », le voyage extaordinaire de samy », souvent vite oublié – « kung fu panda 2 », « planète 51 » – enfin parodiquement vain – « animaux et compagnie », « les chimpanzés de l’espace ». tous ces films procèdent de l’empathie lourdingue que peuvent éprouver les bambins et leurs parents pour des situations, sans réelle mise en contexte. niquer la nature, c’est mal, être intélorant, c’est pas gentil.

et puis la 3d : le scandale. pour deux euros de plus, on se retrouve avec un truc moche et pesant sur le pif. c’est la plupart du temps inutile pour ne pas dire plus. gniée pas belle et toute en relief la société du spectacle ? suis-je juste un peu nostalgique d’ue animation idéalisée ou carrément un vieux con ? je pense sérieusement à éviter les schtroumpfs…

bon, comme je suis sûr que vous n’avez pas vu ces films, je m’arrêterai là. ah non, deux conseils : « fantastic mr fox », une histoire de renard pas nanar et « x men, le commencement », des super héros dans les 60’s, plus un film d’espionnage à l’ancienne avec de très bons fx1 qu’une énième merde marvel, un film assez déconnologique.

e la nave va…

  1. effets spéciaux. []
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L’ÈRE DU VERSO

Illustration et animation : Cyprien Luraghi © 2011

clic dans l’image pour voir l’animation

Autrefois, il était d’usage de se questionner sur l’envers du décor : dans les loges et les coulisses il y a quoi donc ? et que cache le nez rouge du clown ? où va le tigre quand il a fini son petit tour de piste ?

Et sous l’édredon : est-ce que papa-maman s’agitent ou piquent un roupillon, et pourquoi ?

Tout était façade dans l’Ère du Recto : réduits à subodorer les dessous du monde, vous viviez dans l’ignorance.

Maintenant vous savez tout sur l’envers du décor : les machineries ont révélé leurs secrets ; derrière la glace nul n’ignore plus qu’il y a le tain ni que sous la couvrante des fluides hormonaux s’échangent à foison : vous voilà bien avancés.

Dans la loge, sous le nez rouge du clown c’est plein de comédons et le tigre arpente sa cage aux épais barreaux nickelés.

Tout rutile et scintille dans l’Ère du Verso : c’est le nouvel âge tant attendu ; applaudissez, louez qui vous voulez : tout est à vendre à tempérament et faites une croix sur ce que vous avez quitté d’un pas décidé : la beauté, le rire, l’amour, la joie de vivre et le rêve… le rêve…

Il faut vive avec son temps : très peu pour moi. Pour nous : on n’est pas bien nombreux mais je ne me sens pas tout seul : ça froufroute et pépie gaillardement dans les buissons, au Recto ;-) 

E la nave va…

 

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