Archives par tag : Fruits et légumes

Juste retour des choses

Illustration : tomate du jardin d'Annie © Cyprien Luraghi 2011Je m’en prends plein la poire, à en faire péter la panse et la sous-ventrière dans la foulée. J’aime ça, c’est heureux. Les tomates : avant elles, l’Humanité ne valait pas la peine d’être vécue.

Dans le futur il y aura de nouveaux mondes fertiles découverts par les grands singes de notre espèce, sur des planètes lointaines. Des plantes inconnues jusqu’alors exciteront l’heureux jardinier auquel le voyageur au long cours, de retour de son périple de maints parsecs, aura cédé quelques unes de ces graines plus rares et précieuses que l’iridium sur Terre.

Graines de fruits mirifiques dont l’ingestion régulière engendra des êtres suprêmement intelligents et d’une civilité parfaite, démentant leur aspect vraiment repoussant. Choyées par ce vaillant cul terreux terrien, elles épateront la galerie une fois fructifiantes. Il faudra quelques petites années pour que ces semences adaptées à nos climats prospèrent et que leurs cultivars  nourrissent les ventres et satisfassent les papilles.

Car ces fruits aliènes sont dotés d’extraordinaires qualités, à tel point qu’il est vain d’en dresser l’inventaire. À la fois aliment complet et panacée et possédant par ailleurs d’ébouriffantes propriétés psychotropes, bien que d’une totale innocuité. Elle se prouvera vite indispensable. Sa faculté d’épouser tous les goûts l’imposera dans toute assiette et cent mille recettes nouvelles seront inventées, dédiées à son usage exclusif.

La viande sera abolie, jugée barbare et inutile dans le meilleur des cas. Les animaux seront abattus une bonne fois pour toutes et personne ne les regrettera. Les cultures vivrières pratiquées depuis la nuit des temps seront abandonnées à son profit : ciao le riz, le blé, les patates et autres cornichonneries.

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La moissonneuse ressemblait à une espèce de baleine disparue depuis longtemps. La manœuvre d’approche n’était pas aisée : éviter les géantes gazeuses de ce système à ces vitesses requérait du doigté et une longue expérience. Passé son gros satellite rocheux, c’était un jeu d’enfant  : lancer la machine en orbite basse et basculer la manette. Le programme ferait le reste. Normalement, la récolte devrait s’effectuer en moins d’une journée terrestre et remplir correctement les soutes, assurant ainsi l’autonomie alimentaire du Peuple pendant trois à quatre semaines.

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Il y eut une famine mémorable, dans laquelle la moitié de la population périt, qui fut mangée par l’autre moitié, laquelle profita de cette nourriture rustique pour puiser les forces nécessaires à semer et bichonner la récolte suivante, qui fut cueillie en grande cérémonie et dans la liesse générale. Dans les temples nouveaux, des prières s’élevèrent vers l’esprit du Peuple, afin qu’il ne revienne pas trop souvent prélever son impôt.

E la nave va…

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IN OUT

Illustration originale © Cyprien Luraghi 2011La possibilité de se tenir sur le rebord n’est pas assurée : c’est in ou out et rien entre les deux.

Souvent je me suis dit : vas-y mon coco, plonge. Pas si facile. Ça sent bon, la couleur est attrayante et l’ensemble attirant. Ça semble confortable, ça fait envie. Parfois seulement. J’ai de sérieux doutes tout de même, y ayant goûté. Tâter de la chose n’est pas bénin. Pourtant je suis né in la société des mes contemporains. Celle des proches m’est familière et plaisante. Mais celle des lointains, je ne sais pas. J’ai longtemps hésité : est-ce qu’elle en vaut la peine ou bien s’en tenir out ?

Et puis ça n’a pas trop envie de s’embarrasser d’un comme moi, cette chose. Elle s’en passe fort bien et qu’elle se rassure : c’est réciproque.

Ceux du in se foutent de la poire de ceux du out, qu’ils qualifient un tantinet hâtivement de has been ; on ne peut pas être et avoir été : ça tombe sous le sens. Ceux du out matent avec circonspection ce qui se passe dans l’in. Ils ont l’air de pas mal de faire chier là-dedans, qu’ils se disent. Mais ceux-là sont volontaires et j’en suis : la fusion dans le grand in, non merci.

L’intégration : une lente digestion suivie − facile à deviner − d’une sortie peu reluisante après un long cheminement dans les entrailles : dans le in du in ; là où il convient d’être quand on est du monde.

À la pansée générale je préfère la pensée gustative et, penché sur le rebord, plonger ma petite cuiller pour ne chiper que les meilleurs morceaux. Juste de quoi me sustenter, pas plus, pas moins.

Comme me le disait justement Djames qui est out lui aussi et vit en caravane au camp de gitous du patelin d’à coté : « Moi, j’veux bien m’intégrer, mais à quoi ? »

Sur une idée de Numérosix : CLIC 

E la nave va…

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CYPOUCALYPSE NOW

Illustration originale : © Cyp Luraghi 2011Pur diamant dedans ; croûte anthracite : des milliards d’années terrestres de cuisson et de grand gel, projeté à toute berzingue vers une cible à percuter dont il ignore tout et elle itou : l’astéroïde CYP58 trace sa route dans l’éther sans tralala.

En ouvrant les yeux ce matin après la première lichée de café et fumée de clope, ma Poule de Cristal[1] s’est mise à glousser : signe indubitable de grand événement imminent. Grand, il l’est assurément : son diamètre se compte en nombres[2] et sa masse écrasante.

Rangez votre calendrier maya : on va se manger l’astéroïde CYP58 en pleine poire, ça fera pas un pli. Un trou par contre oui, ça fera : extinction des espèces en vue, je vous le dis. Même pas sûr que l’oligarchie du NOM résiste a ce choc. Pourtant elle a prévu le coup, l’oligarchie du NOM : abris souterrains géants enfouis au tréfonds des cratons granitiques, reliés entre eux par un réseau de galeries creusées dans le plus grand secret par des esclaves élevés sous la mère[3] , dûment profanés et martyrisés dès leur prime enfance par des violenteurs satanistes francs-maçons trotskystes islamo-sionistes illuminati[4] dont les réseaux font frémir la trouducosphère©[5] depuis l’an 1 de l’ère Google.

L’oligarchie du NOM crèvera comme des rats elle aussi : ce ne sera que justice. Bien fait !

J’ai donc le pénible devoir de vous informer qu’on va tous y passer : CYP58 entrera en collision d’ici peu : crès crès peu. Nous vivons nos derniers quarts d’heure lotois[6] et seuls les bienheureux lecteurs de l’Ici-Blog sont à présent au jus de ce qui nous pend au coin du bec…

Et seuls les déconnologues distingués seront sauvés.

Les autres assisteront, impuissants, au fabuleux bouquet final que nous promet la pénétration fracassante dans l’atmosphère, de ce boulet mahousse. Bien fait pour eux aussi !

Hé oui chères sœurettes et frérots mignonnets : nous allons trouver ensemble le moyen de nous sauver, car la Déconnologie Pilotique© (lamorillienne) trouve toujours solution à tout, y compris à l’inéluctable collision de l’astéroïde CYP58.

Bon ben c’est pas pour dire, mais allez hop : aux commentaires, les déconnos : y pas une minute à perdre ! Sauvons nous !

Sur une idée de Ginkoland (entre autres). 

E la nave va…

  1. Un jour, je vous conterai son histoire, qui est édifiante. []
  2. Ma Poule de Cristal est aussi nulle en maths que son maître : elle ne donne jamais de chiffres par peur du ridicule. []
  3. Myriam, épouse Thénardier. []
  4. Et compagnie. []
  5. Voir dans le Lexique, tout là-haut. []
  6. Une année gasconne à un lustre près. []
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Les zamis de l’internet

Bal des aveugles à Puycity en 1959 (avec Numebert et ses groupies, déjà) - Photo : Paul Grély - © Fonds Auzanneau - reproduction interdite

Y en a qui sont des amis de plume et d’autres en notre temps qui sont des amis électroniques : on appelle ça des zamis avec un z devant le a. Ou alors des aminautes. Tout ce qu’on n’est pas Ici, tous autant qu’on est.

Pourtant on est de l’internet : c’est des forums pourraves où nous avons affronté le Roger Velu et le museau de chienne de garde en vinaigrette que nous venons ; où nous sommes nés en quelque sorte. Avant il n’y avait pas de mère Dodu, ni de Hulk ni personne : il n’y avait rien, ou alors quelque chose de très compact, opaque comme le bois d’une table de cuisine.

Nos plus distingués savants se perdent encore en vaines conjectures à subodorer l’avant Big Bang. À un moment donné il y eut le Wig Wang Web et ce fut le raout général dans l’expansion exponentielle des radicules du Réseau : un dieu dédié décréta que les octets fusent, et il fusèrent dans les fils de cuivre et la fibre de verre sous forme de photons, véhiculant toutes sortes de sentiments plus ou moins humains.

Les cervelles s’échangèrent tout un tas de trucs philosophiques abscons, et les cœurs chavirèrent à vitesse lumière en pulsant à l’unisson. Les particules agressives se combattirent farouchement, et les furtives mordillèrent en catimini les mollets des paisibles blogueurs en s’affublant de trente-six pseudos à la con.

Il y eut la guerre, puis le football et enfin les forums de l’internet. Et au septième jour il y eut les Réseaux Sociaux. Et les zamis.

Avant la Big Company  il n’y avait que des amis sans z devant. Le z, c’est pour Zuckerberg : l’inventeur du zami.

Évidemment, si la gravitation nous a faits choir Ici, c’est parce que nous n’entrons pas dans la catégorie de Zuckerberg. Pas de bouton Facebook Ici, et ce n’est pas demain la veille qu’on en verra l’ombre d’un, ni de tout ce genre de choses. L’Ici-Blog n’est pas un réseau social. Il n’est même pas relié au reste de l’internet. Lequel est pourtant pétri de relations et dont l’essence même est l’interconnexion.

Les amis de l’Ici-Blog ne sont pas totalement composés d’immatérialité et n’ont pas le moindre z devant. Ils se sustentent de denrées dûment roboratives : gratins dauphinois prétendument véritables, saint-nectaire de buron, betteraves rouges du jardin, poireaux d’AMAP, whiskys antiques et very exotiques…

Les amis de l’Ici-Blog éprouvent le besoin de se frotter le lard très régulièrement, et pas juste de se retrouver quelques poignées de minutes à des apéros monstres et mortellement chiants avec des zamis fugaces au regard vide et au sourire commercial, à siroter mornement des saletés à bulles dans des godets plastoques.

L’Ici-blog est un blog coûteux en calories et au bilan carbone déplorable : les véhicules des déconnologues sillonnent le pays en permanence : l’un va toujours chez l’autre sans relâche, histoire de se coller les pieds sous la table et de papoter au lieu de tapoter sur le clavier. Sans compter les raouts, gros consommateurs en énergie fossile.

Mais si productifs en chaleur. Et vu le temps de merde qu’il fait dehors, autant rester au chaud et se pelotonner douillet, douillet…

E la nave va..

Sur une idée de Numebert, ici : CLIC.

 

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Petit fruit rouge

Pêches et tomate du jardin d'Annie et sa copine - Prunes d'ente de chez Sambucus - © Cyprien Luraghi 2010Les grosses légumes n’ont pas le vent en poupe ces derniers temps… n’empêche que nous autres petits fruits on se prend prune sur prune, en attendant qu’elles arrêtent de nous écrabouiller.

C’est le machin qu’on nous a appris à l’école : l’égalité, ça s’appelle. J’ai toujours pas compris de quoi il s’agissait : je dois être trop con pour ça, faut croire. C’est que je suis tout petit, à tel point qu’on ne me voit même pas sur la petite animation, alors l’égalité ne trouve pas l’espace de quoi se caser à l’aise dans mes pauvres circuits, vous pensez bien…

Les pêches, eh bien elles ont la pêche justement; c’est pas que je les envie mais elles l’ont tellement que ça réchauffe mon infime palpitant. La pourriture les guette pourtant : on le voit bien sur la petite animation aussi.

Les grosses légumes… le dessus du panier. Tout ça pour finir en ratatouille.

Le sort des chefs. Enviable, il paraît

Les pêches : en compote au bout du compte, rongées par les asticots. Toute une vie de travail pour en arriver là.

Destins des serfs, triste dessert.

Et un su-sucre aux prunes mine de rien et hop : en confiture.

Citron Rhum Sucre[1] : flattées, les forces de l’Ordre défendront l’égalité du maître jusqu’à la mort.

 

Finalement gratte-cul c’est pas mal, comme sort échu : rien ne plombe mes épaules et je peux me faufiler entre les prunes pour me carapater après avoir planté mes poils d’akène dans le fion de la grosse légume : trop tentant vous pensez bien ;-)

 

Sur une idée de ginkoland dans un commentaire sous le billet précédent : CLIC (chargement de la page très lent, patience).

 

  1. C’est ainsi que les flics de la Police Nationale désignent les CRS (source : « Hers Vel Gr », flic à Paris et commentateur sur Rue89. []
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