Archives par tag : Fruits et légumes

C’est bon blet

© Cyprien Luraghi 2008

 

 

Oui, parce que c’est âcre, sinon.
Qui a goûté des nèfles vertes en 2008,
en France ?

Mûr aussi, c’est nul et granuleux
comme le coing.

Ça se mange tout confit,
presque pourri.
Et même là c’est pas terrible ;
qu’on croit.

C’est qu’on sait pas :
à suçoter c’est drôlement bonbon
quand on s’y laisse aller
seul au bois.

La nèfle est comme les vieux humains :
tout miel à l’arrivée
ou bien tout fiel.
Pas se gourer de fruit.
Bien renifler sous les aisselles.

*

 

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D’amour et de fraîche

© Annie Luraghi 2008

 

La fraîcheur, on n’a qu’elle par les temps qui courent… mais la fraîche, pardine, elle ne court pas les rues !

Je me laisse imprégner par le vent qui passe, comme les filles de l’air accrochées à ma porte.
Sous l’eau fraîche et nourries par les éléments en suspension, sont les palourdes et les moules, qui se gavent d’un rien et en font tout, jusqu’à leur coquillage.

L’amour et l’eau fraîche sont deux mots qui, tels poètes et maudits, s’entendent comme larrons en foire alors qu’ils disent des mensonges : l’amour et l’eau peuvent se tarir, se tarifer, et les poètes sont la plupart du temps de joyeux drilles.

Les larrons courent les foires, par contre, et se font leurs choux gras des bourses des passants, qui n’amassent plus mousse, du coup.

 

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Rien n’attend jamais

© Cyprien Luraghi 2007

 

Tout pousse tout le temps ; on ne le croirait pas pourtant.
Pourtant aussi c’est évident.

À Katmandou et dans tout le cosmos des hindous, la fête de Dashaïn vient de s’achever. Juste avant, on sème des grains de riz dans un pot de terre scellé, dans une pièce sombre, habituellement sous les combles. Il n’y a pas de caves dans ce pays. Le dernier des dix jours, les pots sont ouverts et puis mis au grand jour, en grande cérémonie.

Les pousses sont ensuite offertes au panthéon, puis on les porte comme une paire de cerises au dessus de l’oreille.

Et là, même si ce n’est pas raconté par la multitude de livres très anciens qu’ont les Hindous, tout un chacun sait désormais que l’an qui meurt est faribole. Ces pousses blêmes en sont la preuve.

***

Je n’avais pas de riz, mais la jacinthe a fait l’affaire. La différence qu’ont les fleurs sur les plantes à grains, c’est qu’en poussant elles perdent leur viridité, n’adoptant le teint de l’endive que le temps de se préparer à nous faire chatoyer les yeux. 

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LA PORTE LOUIS XIV

© Annie Luraghi 2007

 

 

C’est en la franchissant
qu’Annie et son amie
se jettent à pleins gants de jardinier
dans les épines qu’elles ratiboisent
en dégageant les arbres étouffés,
les fleurs plantées depuis la nuit des temps
sur ce banc de limon perché
à trois cent pas
de la maison aux portes rouges.

 

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IL S’EN TROUVE !

Chic et chouette ! je viens de tout piger. Le langage HTML, c’est terrible au premier abord. J’ai mis une petite semaine à m’y mettre et à concevoir le site et là, ça me démange de me bouffer de la page.

Je bosse sous le toit, il fait 29 sans un poil d’air et ça sent le cèpe grillé dans toute la maison. Annie bricole une tarte aux pêches et Gaspard s’emmerde − Game Boy confisquée pour cause de délire vespéral : des gnons à la frangine, non mais j’t’en mettrais, toi ! Shanti est chez sa pote Nono, à Pouliviac. Le tracteur au père Roudy passe et repasse sur le goudronnet, à moins que ce ne soit le Relou avec sa tronche de fouine. Thiéfaine se sent coupable sur la chaîne, dans la cuisine en bas, et pas moi.

C’est la saison des cèpes.

IL S’EN TROUVE !

IL S’EN TROUVE !

IL S’EN TROUVE !

C’est le cri de guerre en vigueur.

Et du coup c’est la guerre. C’est comme ça dans le Périgord.

Rencontre au bois, hier matin. Je me suis levé avec l’odeur du mycélium aux naseaux, je me suis fait un caoua et hop, panier sous le bras, me v’là en route. Je suis pas le premier, ça saute aux yeux : les bois ont été battus de bottes et de bâtons fouisseurs, les fougères aplaties et faut vraiment connaître pour s’en dégotter la douzaine, mais je dois dire qu’ils sont mimis. Deux têtes nègres et le reste en bolets. Je sifflote des chansons à la con, très mal − avec un dentier, la chose n’est pas gagnée d’avance − quand j’aperçois le fils Alacoul, son bide et sa moustache en plein milieu de chez moi. Chez les Alacoul, y a la mère et le fils, surtout ; le vieux on le voit pas. la vieille, elle peut plus arquer sans peine, alors maintenant c’est le fiston qui ratisse. La vieille, je te l’avais jetée un jour de juin, sous la saucée, avec ses deux poches pleines de girolles, qui m’avait foutu le souk dans mes filons à retourner les lits de feuilles comme une laie. Je croyais être à tout jamais débarrassé des Alacoul et voilà que je tombe sur le fils. Dans la famille Porcachon, je demande le fils et on me refile une grosse merde teigneuse… Gras, con et gascon, le fils, et que je le tance :

− Hé monsieur, z’êtes pas chez vous, que je sache…

− Ouais mais moi je paye mes impôts…

− Moi aussi je les paye, que je dis. Il me mate, l’air mauvais.

− Mais moi je paye des impôts sur mes bois.

− Mais c’est pas vos bois, c’est ceux de Papillon Bleu (notre proprio − honni soit son nom !).

− Ah mais moi je fais ce que je veux, je suis de Crassac, moi. (Il est entendu que le Cyp et sa bande ne sont que de sales estrangers, hein…)

 

Il a le panier plein, il continue comme si de rien n’était, je marche à trois mètres de lui, en parallèle ; il se dirige vers la châtaigneraie ; je le charrie en l’accompagnant. On se sépare. On trouve encore des pithécanthropes de nos jours, surtout dans certains recoins du Lot. Mieux reconstitués qu’au Museum, même. Vivants.

Je suis dans le pré, je vois une vieille, panier au bras, des cèpes dedans. C’est Annette, une cousine de Papillon Bleu.

− Pas la peine d’aller plus loin, Alacoul junior a tout raflé, je gueule (elle est au loin). On se rapproche.

− Oh ! mais vous en avez trouvé deux beaux ! Des têtes noires, ça crée de l’envie. Il faut dire que c’est bon, et pas qu’un peu.

− Et alors, Cyprien, comment vous allez ?

− M’en parlez pas, Annette, avec ces salauds qui vont nous foutre dehors, j’ai la haine vissée.

− Mais vous allez bien vous trouver quelque chose à louer, non ? C’est quand, que vous devez partir ?

− En mars prochain, mais pour ce qui est de trouver à louer, c’est niet. Y a plus que des gîtes et des maison à vendre pour les Hollandais plein de fric. Nous autres, on peut aller se faire voir. On peut payer deux mille cinq de loyer et pas plus et y a rien à moins de trois mille, dans le coin… Ah, putain que je les hais ! Mais je me laisserai pas faire, Annette, si je trouve rien je reste, et merde ! et qu’ils m’envoient les huissiers, ces empalés, je les attends !

 

Je sais pertinemment qu’Annette joue tout sucre avec moi. Pas de vagues, dans le Lot, c’est l’inflexible règle de ce département cliniquement mort. Crassac n’est qu’un cimetière entouré de résidences secondaires et de gîtes. L’école a fermé il y a neuf ans (avec 17 élèves, un instit génial et personne pour oser lever le petit doigt ou s’indigner…) et la municipalité a fait retirer le panneau « traversée d’enfants » à l’entrée du bled. Un village sans école n’est plus un village.

Annette s’en prend plein les oreilles et je sais qu’elle va s’empresser d’aller raconter tout ça à notre voisine Radegonde, la fille de Papillon Bleu.

C’est que Radegonde a dans l’idée, avec son homme (Monsieur Pivert) de nous bouter dehors et de s’installer chez nous. Pour ce faire ils ont imaginé une magouille vraiment peu ragoûtante.

1) Profiter d’une fin de bail prochaine (pour nous, c’est à la mi-mars prochaine) de façon à ce que Papillon Bleu et son homme puissent prétendre récupérer notre maison pour y revenir habiter.

2) Faire les travaux (c’est-à-dire saccager ce qui fait le charme de notre vieille maison).

3) Installer Fifille et son con de mec à notre place en douceur. 300 mètres carrés pour deux personnes, c’est pas mal vu, hein ?

Légal, mais parfaitement dégueulasse.

 

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