Archives par tag : Fruits et légumes

Coûte que croûte

© Cyprien Luraghi 2009

Annie a été ce matin faire un tour à l’exposition d’art annuelle de Puycity ; elle m’a fait son rapport à mon petit lever, et j’en suis encore tout étourdi. C’est que nous n’avons rien à envier aux cimaises de la capitale, nous autres ; on a l’Art à portée de baskets, et pour pas un rond.

Et on ne s’embarrasse pas de grands principes, à Puycity : c’est rien que de la croûte de bonne facture de niveau CM1 avec des prix qu’on se remet entre soi. Celui qui possède la famille la plus nombreuse et le plus de gênes consanguins a gagné le grand prix : c’est simple.

Comme à Paris ou à New York, il y a de la peinture étalée sur des supports divers, avec des textes en dessous pour expliquer, des fois qu’on serait cons. On se passionne pour les artistes, qui sont des gens pas comme les autres. Et si l’artiste est étranger, c’est encore mieux, vu qu’on le comprend encore moins.

Les trucs aux murs, c’est des peintures, et ceux qu’on peut tourner autour, des sculptures. C’est pas des choses qu’on peut fabriquer en usine ; c’est ça, l’Art. C’est différent de l’industrie. Encore que pour les livres ou la musique, ça se discute. Mais aujourd’hui, je ne parle que de l’Art des trucs au murs et de l’Art au plancher.

Certains artistes poussent le vice jusqu’à accrocher au plafond, soit leurs peintures, soit leurs sculptures. Là, on pousse des gloussements admiratifs devant tant d’audace. Le conseil municipal n’en revient pas. Le correspondant de  la presse locale jubile, tout comme son prestigieux collègue de la presse nationale, à Paris.

Annie a ruiné le ménage il y a quelques mois en craquant pour ce chef-d’œuvre de l’art contemporain ; cette énigmatique carotte qui orne désormais un mur de notre chouette cuisine. Cinq euros avec le cadre sur un vide-grenier. Dans cinquante ans on sera riches, en le revendant à prix d’or. Rien que pour ça, j’ai tout pardonné à ma doudou d’amour.

Et mieux : comme j’écris très souvent sous ce tableautin, il m’est un constant rappel de la monstrueuse fumisterie de l’art contemporain. Parce que le pépé anglais dont nous avons grand-peine à décrypter la signature, en bas à droite de la chose, a mis tout son cœur dans sa carotte, lui, et sans arrière-pensée intéressée.

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Donc c’est comme d’hab’ : on cause de n’importe quoi là en-dessous sans retenue, et tout est autorisé. Hors-sujets bienvenus.

Et banzaï !

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Journal des sports

© Annie Luraghi 2008

 

Les cons pètent comme tout un chacun, mais chacun n’a pas l’esprit compète, ni de conquête : c’est mon cas. Je ne devrais même pas écrire : éventuellement je pourrais concourir à mon insu ; allez savoir à quoi. Et puis c’est jour de grève ; en plus c’est Nouvel An chez les Chinois, où c’est l’année du bœuf, pas du cochon sportif.

Le sport, c’est ni la bulle, ni la grève ; ça n’a donc aucun intérêt. Les sportifs font bien la fête à l’arrivée, mais moi j’appelle pas ça une fête. Le mecs dopé jusqu’à la moelle et tout suant qu’encaisse la prime sur le podium et embrasse la fille au bouquet,  c’est nul.

© Paul Grély - Fonds Auzanneau - 1960

 

Pareil  : je ne déteste rien plus que les présidents de la République sportifs ; ainsi ce Sarkolas me soulève le cœur quand je le vois courir, sur les illustrations.

Le capitalisme, c’est du sport. Mortel. Comme le foie du fugu. Le communisme aussi est mortifère, mais moins : Stakhanov se chargeait à lui seul de battre des records ; les autres pendant ce temps pouvant être à la coule.

Le sport s’infiltre dans nos vies comme le missionnaire chez l’aborigène à pagne de raphia : il chasse le naturel en nous, qui incline à l’indolence et à se tracasser un minimum dès lors que l’essentiel de ses besoins est satisfait. Le sportif, lui, est avide et grand goulu. C’est un qui cultive le muscle à fibre longue et rude, et c’est pour ça qu’il est si dur avec nous autres, car il accapare tout et ne laisse que des rogatons aux mollets ramollos.

Le sport éreinte : c’est à cause de lui si tout va mal : le sport c’est avant tout la guerre. Au boulet a succédé la bille de terre cuite et la ba-balle.

Le football, c’est pas la guerre !

Comme le chantait Zao

 

Mais même si j’aime énormément Zao et mes copains sportifs, on ne m’enlèvera pas de l’idée que le sport, c’est la guerre. Deux types qui se foutent des peignées sur un ring, c’est un sport et c’est de la guerre.

Alors en poussant un peu le bouchon, la lutte des classes, c’est du sport ; et là vous me rétorquerez que je pratique. Mais non, même pas : j’ai beau être une teigne sociale, un excrétat lumpenproletarien revêche, je ne vais à nulle manif et ne suis d’aucune action, directe ou non : je reste coi et n’en fous pas une rame pendant que les autres s’agitent et se durcissent les cuisses en défilant.

L’idéal du prolo est de damer le pion à son patron ; point. Et celui du coureur cycliste de cachetonner un max, quitte pour ça à se gaver de pilules et de cachets dragéifiés. L’idéal des Israéliens est de piquer le troupeau de mammouths de l’équipe des Palestiniens, tant qu’on y est… tout se réduit à ça : au départ il y a le muscle et l’os. Plus tu cours vite et tapes fort et plus tu bouffes. Et les autres, affaiblis, t’idolâtrent et de détestent ; mais ne t’arrivent pas à la cheville.

Après, il y a l’esclave sportif : c’est le pire. Le CRS, par exemple. Avec ses gros muscles costauds, il arbore son os et matraque pour le boss.

***

Le non-sportif cultive sa moelle. Osseuse, cérébelleuse et grise ; sa quintessence. Il sait qu’elle est la vraie nature humaine, qu’elle n’a fait que croître au détriment de la musculature. Elle est l’arme absolue contre ce que les religions elles-mêmes disent malédiction : cette compétition lugubre contre la faim qu’est le travail.

Le travail, c’est du sport. Quarante ans de turbin, c’est un exploit dont le Guinness ne parle pas, pudiquement. Huit longs lustres entiers à guetter la promo, l’échelon du dessus… pour finir en poussière, six pieds sous terre. Ou dans une urne sur une étagère, à côté d’une médaille du travail ou d’une croix de fer gagnée à la bataille dans une guerre.

Un esprit sain dans un corps sain.

Foutaise.

Bonne grève !

Et surtout de beaux rêves…

 

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Dans les commentaires du billet précédent, Freakfeatherfall m’avait suggéré de traiter du sport. C’est accompli. Mais comme c’est grève, j’ai fait le minimum.

 

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Droit du sol

© Cyprien Luraghi 2009

 

Nul ne peut le leur refuser :

ils sont bien de chez nous

et bien chez eux.

 

Encore que…

 

Le poireau, aux feuilles engainantes

comme des cimeterres,

soit moricaud,

et la carotte afghane.

 

Il faut bien ça pour adoucir

la fade amertume du navet,

qui est du cru et n’est rien seul.

Je n’ose évoquer les patates

et encore moins la poule au pot

qui va avec.

 

*** 

Je dédie ce haïku long à tous les légumes hirsutes et pas calibrés qui traînent de par le monde et ravissent tous mes sens.

 

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Cinq légumes

© Cyprien Luraghi 2008

 

J’obéis au gouvernement : cinq légumes par jour. Mais je me les garde et les regarde parce qu’au prix où ils sont, je fais comme ma mère qui laissait pourrir son orange de Noël en l’admirant, des mois sans la manger jamais. Elle était toute petite, c’était pendant la guerre avec Hitler.

Je garde mes tomates pour les salauds. Admirez-les, elles sont dodues et rebondies comme des bombinettes et prennent lentement la teinte fonte noire, et leur queue c’est la mèche pour bien les allumer. Oui : allumer les salauds. Il faut, c’est même nécessaire.

Chez nous autres humains, il y a les salauds et puis les cons ; pas grand-monde qui surnage sur le brouet. Bien que nous soyons de parfaits animaux, nous ne sommes pas encore à l’aise dans nos cervelles trop larges aux entournures. Comme des lapins soudain lâchés dans la garenne après des années de clapier. Ça, les salauds l’ont bien compris.

Le salaud n’est pas très malin non plus : il sait juste voler les cons et les faire l’applaudir. Et comme les cons sont très cons, ils se laissent faire en l’applaudissant. Mais là, les salauds ont trop volé tous les légumes des cons. Il n’y a plus un sou en caisse… c’est le président – un fieffé salaud – qui le dit aux cons. Aux pauvres cons.

Il n’y a plus de sous en caisse, et pourtant il y en a, soudain, et les cons applaudissent ; ils sont heureux : ils vont prêter leurs derniers sous à leurs salauds de chef et ça les éclate de bonheur. Le peuple Con va renflouer les banques des Salauds.

C’est sans compter sur celles et ceux qui comme moi ont planqué leur tomates, et qui ne sont ni des salauds, ni des cons. Hé oui, y a du fretin frétillant et matois, du rat sous le plancher, qui n’a aucune foi dans la loi… ou plutôt si : qui vole aux gros salauds les tomates qu’ils avaient chouravées aux cons pour les manger et leur foutre à la gueule les plus pourries.

Évidemment, je suis présomptueux ; je ne le répéterais jamais assez : c’est mon sang rital qui projette mes doigts sur le clavier et me fait pousser de la gueule. J’ose compter les cons et les salauds et je dis haut et clair ne pas en être. En effet, j’exagère un petit peu. À peine cependant, et puis je ne suis pas modeste : c’est une pudeur débile dont je me passe bien. Une pudibonderie qui renifle la religion – encore un truc de cons créé  par des salauds – à plein naseaux. Et puis je sais jauger sur pied : je connais des pas cons et pas salauds non plus : c’est ma tribu.

Oh, nous ne sommes pas des masses, mais comme nous détestons les masses, ça nous va bien comme ça. Nous faisons des choses ordinaires, dans la vie. Mais pas des trucs à la con, ou alors vraiment pour déconner… et pas non plus de tours de salauds : nous ne mangeons pas de ce pain-là, qui pue la mort, mais de la fougasse de maître boulanger avec une tomate à point et des olives noires, parce que c’est rouge et noir comme notre seul drapeau.

En attendant, serrons les miches et les rangs : il faudra savoir sauter loin pour franchir le gouffre béant que les financiers planétaires viennent de nous creuser sous les pieds. En toute impunité.

 

— Par ici la monnaie !

— Bêêêêêêê !

— Schplotch !

 

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C’est bon blet

© Cyprien Luraghi 2008

 

 

Oui, parce que c’est âcre, sinon.
Qui a goûté des nèfles vertes en 2008,
en France ?

Mûr aussi, c’est nul et granuleux
comme le coing.

Ça se mange tout confit,
presque pourri.
Et même là c’est pas terrible ;
qu’on croit.

C’est qu’on sait pas :
à suçoter c’est drôlement bonbon
quand on s’y laisse aller
seul au bois.

La nèfle est comme les vieux humains :
tout miel à l’arrivée
ou bien tout fiel.
Pas se gourer de fruit.
Bien renifler sous les aisselles.

*

 

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