Archives par tag : Fruits et légumes

Cinq légumes

© Cyprien Luraghi 2008

 

J’obéis au gouvernement : cinq légumes par jour. Mais je me les garde et les regarde parce qu’au prix où ils sont, je fais comme ma mère qui laissait pourrir son orange de Noël en l’admirant, des mois sans la manger jamais. Elle était toute petite, c’était pendant la guerre avec Hitler.

Je garde mes tomates pour les salauds. Admirez-les, elles sont dodues et rebondies comme des bombinettes et prennent lentement la teinte fonte noire, et leur queue c’est la mèche pour bien les allumer. Oui : allumer les salauds. Il faut, c’est même nécessaire.

Chez nous autres humains, il y a les salauds et puis les cons ; pas grand-monde qui surnage sur le brouet. Bien que nous soyons de parfaits animaux, nous ne sommes pas encore à l’aise dans nos cervelles trop larges aux entournures. Comme des lapins soudain lâchés dans la garenne après des années de clapier. Ça, les salauds l’ont bien compris.

Le salaud n’est pas très malin non plus : il sait juste voler les cons et les faire l’applaudir. Et comme les cons sont très cons, ils se laissent faire en l’applaudissant. Mais là, les salauds ont trop volé tous les légumes des cons. Il n’y a plus un sou en caisse… c’est le président – un fieffé salaud – qui le dit aux cons. Aux pauvres cons.

Il n’y a plus de sous en caisse, et pourtant il y en a, soudain, et les cons applaudissent ; ils sont heureux : ils vont prêter leurs derniers sous à leurs salauds de chef et ça les éclate de bonheur. Le peuple Con va renflouer les banques des Salauds.

C’est sans compter sur celles et ceux qui comme moi ont planqué leur tomates, et qui ne sont ni des salauds, ni des cons. Hé oui, y a du fretin frétillant et matois, du rat sous le plancher, qui n’a aucune foi dans la loi… ou plutôt si : qui vole aux gros salauds les tomates qu’ils avaient chouravées aux cons pour les manger et leur foutre à la gueule les plus pourries.

Évidemment, je suis présomptueux ; je ne le répéterais jamais assez : c’est mon sang rital qui projette mes doigts sur le clavier et me fait pousser de la gueule. J’ose compter les cons et les salauds et je dis haut et clair ne pas en être. En effet, j’exagère un petit peu. À peine cependant, et puis je ne suis pas modeste : c’est une pudeur débile dont je me passe bien. Une pudibonderie qui renifle la religion – encore un truc de cons créé  par des salauds – à plein naseaux. Et puis je sais jauger sur pied : je connais des pas cons et pas salauds non plus : c’est ma tribu.

Oh, nous ne sommes pas des masses, mais comme nous détestons les masses, ça nous va bien comme ça. Nous faisons des choses ordinaires, dans la vie. Mais pas des trucs à la con, ou alors vraiment pour déconner… et pas non plus de tours de salauds : nous ne mangeons pas de ce pain-là, qui pue la mort, mais de la fougasse de maître boulanger avec une tomate à point et des olives noires, parce que c’est rouge et noir comme notre seul drapeau.

En attendant, serrons les miches et les rangs : il faudra savoir sauter loin pour franchir le gouffre béant que les financiers planétaires viennent de nous creuser sous les pieds. En toute impunité.

 

— Par ici la monnaie !

— Bêêêêêêê !

— Schplotch !

 

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C’est bon blet

© Cyprien Luraghi 2008

 

 

Oui, parce que c’est âcre, sinon.
Qui a goûté des nèfles vertes en 2008,
en France ?

Mûr aussi, c’est nul et granuleux
comme le coing.

Ça se mange tout confit,
presque pourri.
Et même là c’est pas terrible ;
qu’on croit.

C’est qu’on sait pas :
à suçoter c’est drôlement bonbon
quand on s’y laisse aller
seul au bois.

La nèfle est comme les vieux humains :
tout miel à l’arrivée
ou bien tout fiel.
Pas se gourer de fruit.
Bien renifler sous les aisselles.

*

 

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D’amour et de fraîche

© Annie Luraghi 2008

 

La fraîcheur, on n’a qu’elle par les temps qui courent… mais la fraîche, pardine, elle ne court pas les rues !

Je me laisse imprégner par le vent qui passe, comme les filles de l’air accrochées à ma porte.
Sous l’eau fraîche et nourries par les éléments en suspension, sont les palourdes et les moules, qui se gavent d’un rien et en font tout, jusqu’à leur coquillage.

L’amour et l’eau fraîche sont deux mots qui, tels poètes et maudits, s’entendent comme larrons en foire alors qu’ils disent des mensonges : l’amour et l’eau peuvent se tarir, se tarifer, et les poètes sont la plupart du temps de joyeux drilles.

Les larrons courent les foires, par contre, et se font leurs choux gras des bourses des passants, qui n’amassent plus mousse, du coup.

 

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Rien n’attend jamais

© Cyprien Luraghi 2007

 

Tout pousse tout le temps ; on ne le croirait pas pourtant.
Pourtant aussi c’est évident.

À Katmandou et dans tout le cosmos des hindous, la fête de Dashaïn vient de s’achever. Juste avant, on sème des grains de riz dans un pot de terre scellé, dans une pièce sombre, habituellement sous les combles. Il n’y a pas de caves dans ce pays. Le dernier des dix jours, les pots sont ouverts et puis mis au grand jour, en grande cérémonie.

Les pousses sont ensuite offertes au panthéon, puis on les porte comme une paire de cerises au dessus de l’oreille.

Et là, même si ce n’est pas raconté par la multitude de livres très anciens qu’ont les Hindous, tout un chacun sait désormais que l’an qui meurt est faribole. Ces pousses blêmes en sont la preuve.

***

Je n’avais pas de riz, mais la jacinthe a fait l’affaire. La différence qu’ont les fleurs sur les plantes à grains, c’est qu’en poussant elles perdent leur viridité, n’adoptant le teint de l’endive que le temps de se préparer à nous faire chatoyer les yeux. 

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LA PORTE LOUIS XIV

© Annie Luraghi 2007

 

 

C’est en la franchissant
qu’Annie et son amie
se jettent à pleins gants de jardinier
dans les épines qu’elles ratiboisent
en dégageant les arbres étouffés,
les fleurs plantées depuis la nuit des temps
sur ce banc de limon perché
à trois cent pas
de la maison aux portes rouges.

 

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