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Froid gras de canard

Népal 1982 - photo et tritouillage © Cyprien Luraghi 2015Le canard fait coin coin coin quand ça caille à mort auprès de la mare. Celui de la salle de bains fait bzzz bzzz bzzz, bien au chaud. Et moi je me les gèle en caleçons longs molletonnés en attendant des jours meilleurs.

Les douches c’est pas mon truc. Mais les bains, oui. C’est en marinant façon hippopotame dans la baignoire en fonte, les narines affleurant et en apesanteur, que la muse daigne seulement radiner sa fraise pour me susurrer toutes les conneries que je raconte ensuite aux gens avec les doigts, après avoir extirpé le corps plongé dans le liquide et ébroué icelui.

Ce coup-ci la mumuse m’a dit que le monde allait de traviole et je la crois sur parole. Ça va de guingois et tout craque aux entournures. Chacun pour soi va clopin-clopant, se planter la gueule dans le réverbère à l’aveuglette. La froide solitude anesthésie. Pour s’échauffer l’âme alors tout un chacun se rejoint sur le réseau où ça grouille de chaleur humaine. Et ça s’y échange des fluides et des grandes émotions, toutes choses impossibles à réaliser chez soi, seul comme un con. Le monde s’inonde donc sous les douches communes, dans ces thermes contemporains où le flux du réseau circule dans d’épais tuyaux transocéaniques. Et ça s’y monte le bourrichon : un coup tout le monde est ci et un autre ça.

Tous ensemble, tous ensemble à penser pareillement selon la mode et le sens du vent : je reste dans mon bain à faire mumuse avec la muse, et des bulles, et chanter faux à décoller le carrelage. Loin de tout ça. À tapoter dans l’eau du bout des doigts ce que j’écris, là…

…e la nave va…

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Mauvais pour les piafs

© Shanti Devi Luraghi 2007


 

Là, la mort est dessus, mais d’ordinaire elle est à l’intérieur… sauf que là, c’est des pieds qu’il y a, derrière la laine des chaussettes ; des bien vivants, et pour longtemps.

Nous nous vêtons de mort car c’est novembre.

Avec la brume dans la rue, sous l’éclairage orange, tu croirais aisément croiser quelques vampires. Pourtant c’est juste le pochetron avec son petit chien.

Mais même les pipistrelles s’encapent dans leurs peaux d’ailes, capsules temporelles. Elles pioncent tout l’hiver, et les vieilles bestioles claquent l’une après l’autre. J’ai cherché le courrier ; sous la marquise d’Onduline et sur le bord de la fenêtre du garage, j’ai vu un très vieux moineau mort, blotti contre un bout de bâche agricole, les yeux serrés, griffes crispés.

 

dead piaf on the rocks

 

Je me suis dit que celui-là le vieux matou d’Edith l’avait pas eu.

D’ailleurs on l’a pas vu depuis longtemps ; peut-être qu’il est mort…
J’aime pas les chats, mais je ne leur fais pas de mal.

Je préfère juste les voir se pavaner, raser les murs, à l’extérieur et depuis ma fenêtre.

À Paris, dans la Cité Delaunay tout en haut de la rue de Charonne (cherchez pas : elle a été rayée de la carte ; y a des immeubles moyens-chics avec des gens mous dedans à la place), on avait plein de chats partout ; des chats sauvages à grosses têtes ; c’était une colonie annexe du Père-Lachaise, qui n’est pas loin et regorge de ces sales bêtes dont l’unique avantage est de tenir chaud aux pieds, une fois pelés.

Les chats lâchés en ville, c’est comme si on vivait dans un grand parc national exotique : y a des tigres, faut faire gaffe. La beauté du félin fainéantant vainement, bâillant ; son ridicule lorsqu’il défèque, queue étirée, très concentré sur l’élaboration de son colombin, les reins arqués… L’attaque des hirondelles en piqué qui font fuir le matou sur la faîtière pour défendre leurs gauches hirondellons nichés sous la gouttière.

Du Kipling. Ou bien du Walt Disney, vu que le chat d’Edith s’appelle Mickey (authentique).

Et comme son chien, c’est Tarzan…

 

En voilà au moins une qui n’est pas morte.

 

Non, en novembre, y a pas que la mort. Les survivants sont légion et se portent fort bien, vu qu’il y a moins de monde à nourrir et que l’ordinaire s’en trouve amélioré. Je suis heureux de me compter parmi eux et d’avoir le ventre plein, du coup.

Et puis novembre c’est sympa pour nous autres dépanneurs d’ordinos : c’est le mois des grosses factures alors les gens sont fauchés et ça se calme un peu à l’atelier ; je souffle. Je bouine gentiment, j’ai assez de sous pour tenir jusqu’au prochain gros coup de bourre, qui démarrera comme tous les ans le jour de la Saint Nicolas, celui-là même qui a été délivrer les pauvres petits enfants mis au saloir par l’affreux charcutier de Ndjamena. 

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