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Cypish Empire

Illustration © Cyprien Luraghi 2009

Comme pour Charles Quint et la reine Victoria : le soleil ne se couche jamais sur mes domaines : quand Homère se lève sur son îlot paradisiaque dans sa tiède mer thaï, Dul prépare la tambouille du soir à Buenos Aires. Freakfeatherfall se les pèle à Portland et ainsi de suite. J’ai même des poitevins qui me lisent, c’est pas pour dire. Des soviets, des spammeurs chinois, des griots maliens, un bureaucrate luxembourgeois, et plus d’un ermite tibétain profite de mes lumières dans sa tanière.

Et des mabouls. Ça roule, ma boule.

Je dirige ça d’une main de fer avec mon clavier. Tout un rituel : cérémonie du petit lever, présentation de la tronche dans le seau à la cafetière en chef, émergence dans les volutes bleutées de la cigarette, ablutions et boulot. Pauses casse-croûte.

Car il me faut régner : rude métier. Expédier les affaires courantes : eau et gaz à tous les étages pour tous. Et à bientôt sept milliards, mes sujets attendent beaucoup de moi. Faut nourrir.

« On gouverne un grand État comme on fait frire un petit poisson. » – Lao Tseu.

Et nourrir l’esprit, aussi. Ça, c’est le plus dur. Penser au sujet du prochain billet, trouver l’image pour le sujet du prochain billet. Triturer l’image. La servir bien chaude, nappée aux métaphores béchamelles, et sur une pâte fablée abaissée à l’huile de coude et au gros rouleau.

Sacré empire ! Et ces sujets : impertinents et des fois pertinents ; ça leur arrive. Ou légers, irréels. N’importe quel sujet fera l’affaire : j’en ai sept milliards au dedans de ma boule.

Allez : au sujet suivant. À raison d’en sacrifier un tous les deux jours, j’ai de quoi voir venir. Qui je me fais la prochaine fois, comme sujet ? Ginkoland ? Marina ? Ben85 ? Vincent – l’homme invisible ?

Ou un blogueur anonyme pêché sur un blog lointain… Un gros troll dur à cuire. Procéder comme pour un tatou : sous la braise dans sa carapace.

Le soleil peut bien éclairer mon empire a giorno, et moi m’apprêter à me coucher paisiblement, rasséréné et heureux du devoir accompli.

 

LX – 1 – On gouverne un grand Etat comme on fait frire un petit poisson.
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Journal des sports

© Annie Luraghi 2008

 

Les cons pètent comme tout un chacun, mais chacun n’a pas l’esprit compète, ni de conquête : c’est mon cas. Je ne devrais même pas écrire : éventuellement je pourrais concourir à mon insu ; allez savoir à quoi. Et puis c’est jour de grève ; en plus c’est Nouvel An chez les Chinois, où c’est l’année du bœuf, pas du cochon sportif.

Le sport, c’est ni la bulle, ni la grève ; ça n’a donc aucun intérêt. Les sportifs font bien la fête à l’arrivée, mais moi j’appelle pas ça une fête. Le mecs dopé jusqu’à la moelle et tout suant qu’encaisse la prime sur le podium et embrasse la fille au bouquet,  c’est nul.

© Paul Grély - Fonds Auzanneau - 1960

 

Pareil  : je ne déteste rien plus que les présidents de la République sportifs ; ainsi ce Sarkolas me soulève le cœur quand je le vois courir, sur les illustrations.

Le capitalisme, c’est du sport. Mortel. Comme le foie du fugu. Le communisme aussi est mortifère, mais moins : Stakhanov se chargeait à lui seul de battre des records ; les autres pendant ce temps pouvant être à la coule.

Le sport s’infiltre dans nos vies comme le missionnaire chez l’aborigène à pagne de raphia : il chasse le naturel en nous, qui incline à l’indolence et à se tracasser un minimum dès lors que l’essentiel de ses besoins est satisfait. Le sportif, lui, est avide et grand goulu. C’est un qui cultive le muscle à fibre longue et rude, et c’est pour ça qu’il est si dur avec nous autres, car il accapare tout et ne laisse que des rogatons aux mollets ramollos.

Le sport éreinte : c’est à cause de lui si tout va mal : le sport c’est avant tout la guerre. Au boulet a succédé la bille de terre cuite et la ba-balle.

Le football, c’est pas la guerre !

Comme le chantait Zao

 

Mais même si j’aime énormément Zao et mes copains sportifs, on ne m’enlèvera pas de l’idée que le sport, c’est la guerre. Deux types qui se foutent des peignées sur un ring, c’est un sport et c’est de la guerre.

Alors en poussant un peu le bouchon, la lutte des classes, c’est du sport ; et là vous me rétorquerez que je pratique. Mais non, même pas : j’ai beau être une teigne sociale, un excrétat lumpenproletarien revêche, je ne vais à nulle manif et ne suis d’aucune action, directe ou non : je reste coi et n’en fous pas une rame pendant que les autres s’agitent et se durcissent les cuisses en défilant.

L’idéal du prolo est de damer le pion à son patron ; point. Et celui du coureur cycliste de cachetonner un max, quitte pour ça à se gaver de pilules et de cachets dragéifiés. L’idéal des Israéliens est de piquer le troupeau de mammouths de l’équipe des Palestiniens, tant qu’on y est… tout se réduit à ça : au départ il y a le muscle et l’os. Plus tu cours vite et tapes fort et plus tu bouffes. Et les autres, affaiblis, t’idolâtrent et de détestent ; mais ne t’arrivent pas à la cheville.

Après, il y a l’esclave sportif : c’est le pire. Le CRS, par exemple. Avec ses gros muscles costauds, il arbore son os et matraque pour le boss.

***

Le non-sportif cultive sa moelle. Osseuse, cérébelleuse et grise ; sa quintessence. Il sait qu’elle est la vraie nature humaine, qu’elle n’a fait que croître au détriment de la musculature. Elle est l’arme absolue contre ce que les religions elles-mêmes disent malédiction : cette compétition lugubre contre la faim qu’est le travail.

Le travail, c’est du sport. Quarante ans de turbin, c’est un exploit dont le Guinness ne parle pas, pudiquement. Huit longs lustres entiers à guetter la promo, l’échelon du dessus… pour finir en poussière, six pieds sous terre. Ou dans une urne sur une étagère, à côté d’une médaille du travail ou d’une croix de fer gagnée à la bataille dans une guerre.

Un esprit sain dans un corps sain.

Foutaise.

Bonne grève !

Et surtout de beaux rêves…

 

***

Dans les commentaires du billet précédent, Freakfeatherfall m’avait suggéré de traiter du sport. C’est accompli. Mais comme c’est grève, j’ai fait le minimum.

 

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Sujet de société

© www.freakfeatherfall.com

 

Ça va changer, c’est inéluctable ; le calendrier des pompiers nouveau est arrivé, nous allons donc de l’avant, tous ensemble.

J’aime à n’être pas seul, je me sens attiré par mon prochain, je me sens bien en bande autour d’une table et dans un bon café, en société, dont je suis un sujet, bien obligé. 

Nonobstant, mon café de prédilection n’est plus : la bonne chaleur humaine y a fait place à la fièvre et la rage ; des chalands s’y déchirent au comptoir, ou bien s’anesthésient, le nez plongé dans un drôle d’éthanol et chacun dans sa carapace.

Des guerriers soudain taciturnes ne rêvant qu’à leurs mauvais coups avant de monter à l’étage en tirer un avec une putain qui pue la mort en comptant ses euros ; là n’est pas ma place. 

Ça va changer, c’est impeccable ; trois pâtés de maisons plus loin de ce bordel de guerre j’ai trouvé mon repaire, où tous les rescapés, les évadés, les survivants, clopin-clopant, gentilshommes et poètes, se sont rejoints : le Café de la Paix. J’y apporte une rose, un gros bout de pain et du bon vin. 

Bouquet, banquet. 

La bonne année !

 

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