Archives par tag : François Roustang

Les lauriers dans la poire

Léopardo - fétiche tharu - Népal - photo © Cyp Luraghi - lauriers du jardin d'Annie - 2010La Déconnologie Pilotique avance à toute berzingue sur l’internet et sillonne les routes goudronnées sans relâche avec sa flottille de chars à pneus : les uns vont chez les autres rien que pour se faire la bisouille bavoteuse et constater une fois de plus que derrière les écrans on est pareils que les pieds sous la table et les yeux dans les yeux. Bien et bons vivants ; dans le jus.

C’est ça, le truc : tous autant qu’on est, il n’existe pas le moindre décalage entre ce que nous écrivons sur les forums et nos personnalités réelles. C’est pas le cas de la majorité des autres blogueurs, engoncés dans une panoplie en fer blanc couinant aux entournures, ce qui engendre forcément chez ces gens-là une fracture intérieure les entraînant invariablement vers les abysses de la paranoïa.

Nous, on rit. Eux, ils flippent ; sur ci et ça et bien plus encore : ils ont la peur aux trousses et se chient dans les chausses en montrant les dents.

***

Léopardo, fétiche animiste népalais en bois peint, n’a pas plus la gueule dans sa poche que chacun d’entre nous : il ne mâche pas ses mots : il les rugit, les feule, les éclate, les brasse et les déride. Il ne se contente pas de moyens ou petits mots : il lui en faut des gros, des gras et des dodus.

Des qui zigouillent la paranoïa qui règne en vile maîtresse sur les esprits bifides depuis quelques trop longs lustres. Parce que la paranoïa est l’ennemie jurée du bel et bon art de vivre des grands singes debout.

Toutes les phobies actuelles qui peuplent les unes des journaux, sont des émanations de cette paranoïa : les fumisto-fascistes se frottent les paumes.

Sauf qu’on les aura par la rigolade et la beuglante, non mais !

***

Je ne suis pas le seul à penser ça… c’est pourquoi je recopie un petit extrait d’un bouquin de François Roustang − Comment faire rire un paranoïaque (Éditions Odile Jacob – Poches – 2000 ) qui écrit ça très bien :

 

Nous sommes tous des paranoïaques en herbe qui se soutiennent tous du ressentiment ou de l’attente, exaspérés d’une reconnaissance et d’un pouvoir, à moins que nous soyons déjà des paranoïaques exercés qui jouent du fouet dans le minable royaume qu’ils ont réussi à se forger. Dans ces conditions, si nous voulons nous soigner et aller à la racine du mal, il faut soigner le paranoïaque en nous.

Mais comment ? Par le rire. Mais de quel rire s’agit-il, il y en a tant de sortes ? Évidemment le rire en soi. Mais pourquoi serait-il une médecine ? Il pèse si lourd dans sa légèreté qu’il approche tout ce qui se meut pour en accentuer les contours, qu’il se coule dans nos réalités pour en animer toutes les parts, qu’il fortifie ce qui est faible et réduit la prétention.

Il ne juge pas, il n’impose rien et se contente d’épouser ce qui est,en espérant le transformer peu à peu. Avec la paranoïa on avait tout le pire, avec le rire de soi tout le meilleur : la distance dans la proximité, la tolérance par le réalisme, la finitude dans le désespoir, l’horreur avec l’humanité, et aussi l’incertitude qui aiguise l’attention, les hasards de l’étonnement, et la vie et la mort.

Car le rire de soi ne possède rien, ne capte rien, ne s’affole de rien : il considère et s’amuse.

E la nave va…

 

Publié dans Billet Express, Déconnologie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , | 681 commentaires
Aller à la barre d’outils