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TA GUEULE À LA RÉCRÉ

Illustration © Cyprien Luraghi 2011 d'après une photographie de Pierre Auclerc.

En attendant le client on se fait tout beau, sur l’internet. Mieux que ce qu’on est, en réalité. Pas moi, pas nous : on seulement a ces pratiques. On en a à vendre et à revendre au bout de son fil, sur la toile. Et puis en découdre aussi. Et bouffer l’autre. 

Un forum très souvent est une arène : gladiateurs, fauves affamés et vierges martyres déchiquetées. Imperator et petits caporaux. Rétiaire et mirmillon. 

C’est le grand cirque : grimés, maquillés, fagotés dans des habits de lumière à trente euros de connexion ultra-rapide par mois, les petits prédateurs se pressent au portillon du réseau : ils vont briller en société toute la soirée pour épater la galerie. C’est les meilleurs et ils ont réponse à tout, ces petits comptables de jour ripolinés, bourrelés de morgue et tout bouffis dès qu’ils se plaquent le masque sur visage le gris de leurs petites vies. 

***

Pour tout vous dire, c’est pas mon truc tout ce cinoche à la noix. Arène et salle de classe : merci bien. Avec des profs chiants et le petit pion de service à la con : non. J’ai déjà donné il y a bien longtemps et plus jamais[1]

C’est nul à chialer, tout ça. Passer son temps à choper des animalcules en frimant, c’est pas une vie franchement. Peu de neurones frétillants à ce jeu, sinon seuls ceux mus par l’instinct primaire imposant le désir d’être preum’s : meilleur chasseur, cueilleur et enculeur de moucherons. Ou chatoyante papillonne se trémoussant du fion, artiste en pose de chiures pailletées sur blog de compétition.

Sur l’Ici-Blog ça risque pas : nous n’y faisons que papoter de ci et ça, du grand Tout et de petits riens du tout sans fard : francs du collier et va-t-en gueule, coudes calés dessus et pieds collés dessous la grande table en bois d’arbre.

L’Ici-Blog est hors jeu, hors-sujet et hors-toile. 

E la nave va…

  1. Lire la définition de « définitif » dans le Lexique : CLIC. []
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VENGEUR MASQUÉ

Caillou magik - cailloux arrangés et photographie de François Deloncle - © 2009« […] (estimation à la louche : ne me demandez pas de sources statistiques :-) 99% des gens qui ont tué un autre être humain l’on fait … en pensant bien faire en en trouvant cela parfaitement normal et justifié !!! […] »

Xavier de Ligonnès alias Ligo, Chevy et au moins deux autres pseudonymes[1] sur le forum de Cité Catholique le 18 mai 2010 (vers le milieu de la page) : CLIC

 

Depuis une quatorzaine d’années, je pèle les forums de l’internet : c’est le meilleur roman d’la vie du monde. Quand j’enquille un fil de discussion, c’est pour filer d’un bout à l’autre, et si un blog m’intrigue, c’est tout englouti jusqu’à la lie sinon rien.

Alors je ne répéterai pas les mêmes monceaux de conneries et autres saloperies graveleuses que la plupart des journaux ont raconté sur l’affaire de l’assassin très supposé de sa famille. Que les choses soient claires : le forum de Cité Catholique est peuplé en très grande majorité de braves gens et non pas comme des quarterons de pisse-copie l’ont partout claironné, d’intégristes craignos ou de mystiques exaltés fumeux du genre de la Gloglo. Bien que ce soit un fief intégriste, ça y cause de tas de trucs théologiques en tout bien, tout honneur et très paisiblement : point barre.

Mais ce qui m’a surtout intéressé, c’est le fait que Ligonnès soit un troll multicomptes − le seul de ce forum. Phénomène pénible et très peu étudié parce que réputé salissant par les tenanciers de forums, qui se contentent en général de les virer de manière répétitive, misant de manière irréfléchie sur leur lassitude face à ce rejet exprimé d’un clic sec, définitif et tranchant. Sauf que ça ne marche pas.

Tous les trolls multicomptes que j’ai pu croiser en quatorze ans d’internet se sont prouvés être des créatures particulièrement mauvaises et profondément malades de la cervelle.

Alors évidemment, je ne peux pas comparer un Ligonnès avec un Brogilo, la Bouse de Clichy et quelques autres phénomènes de foire du même acabit, dont nous parlons Ici de temps à autre, vu qu’ils nous collent au cul comme des hémorroïdes : cette engeance merdique ne détestant rien tant que les bons vivants à personnalité unique ; mais c’est exactement la même folle mécanique qui les anime, assassins en puissance ou simples gniasses paranoïdes.

Parce que c’est ça qui nous caractérise Ici, tous autant que nous sommes : il n’existe aucune différence entre les pseudonymes qui y écrivent et la chouette brochette en chair et en os qui se réjouit en grands raouts ou petits conclaves, coudes collés dessus et pieds dessous, une bonne vieille table en bois d’arbre et les yeux dans les yeux à papotipoter jusqu’à pas d’heure.

On n’est pas les seuls heureusement ; mais j’ai de plus en plus de doutes sur le fait que nous soyons encore majorité, sur l’internet. Qui prend des airs de nef des fous à toute allure.

Ces transformistes à personnalités fractionnées et fracturées sont tous en quête de quelque chose : Ligonnès d’une caution morale − qu’il n’a pas trouvée − à ses pulsions morbides ; Brogilo du pur plaisir pervers de meubler sa triste existence en menant un wargame atroce, jouant avec la vie des gens[2] ; et la Bouse de jouir de manière malsaine en pratiquant ses sports favoris qui sont ses seules raisons de vivre : la calomnie, la victimisation et le harcèlement à outrance avec ses deux alliées − Jexiste la corbaque de Brest et la coach Gloglo.

Et nous, blogueurs ordinaires et bêtement monoblocs, sommes bien démunis face à ces serial-craignos à faces multiples, qui peuvent porter réellement préjudice à tout un chacun, et que ça peut aller vraiment très loin et jusque dans la vie du dehors.

Parce qu’il n’existe pour l’heure aucun moyen technique valable de les identifier et que nous sommes contraints de naviguer dans leur sphère d’influence néfaste, que ça fout une putain d’ambiance de merde sur les forums… et que ça peut réellement tourner vinaigre et aller jusqu’à nous mettre en danger. Celles et ceux qui ont eu affaire à la gniasse Jexiste − la corbaque de Brest − et à la Bouse savent très bien de quoi je cause.

Les fous rigolos et gentils sur les forums : vous m’en rajouterez une douzaine bien dodue… mais les psychopathes et autres paranoïaques malveillants majeurs, c’est niet.

***

Là, sur le forum de Cité Catholique, tout le monde est correctement secoué en découvrant que le troll multicompte de service a zigouillé toute sa famille : en bons chrétiens ils se culpabilisent alors qu’il n’y a pas de quoi ; qui aurait pu deviner ce qu’il y avait de planqué derrière les avatars de Ligonnès ?

Tout le monde ou presque avait bien senti que le mec craignait de la couenne et le modérateur avait très correctement percuté et pris les mesures idoines ; mais personne ne pouvait prédire que ça se finirait de si affreuse manière. Il aurait fallu lire entre les lignes et prendre un temps considérable… et voir la chose sous un angle différent que celui que leur impose leur credo. Et ce qui est valable pour les cathos, est tout aussi pertinent pour n’importe quel autre forum, de quelque obédience qu’il soit. Faut avoir du recul pour se rendre compte de ce genre de choses, d’abord.

Sur l’internet bien des gens révèlent leurs tripes, dissimulés sous un semblant d’anonymat… jusqu’au jour où ça craque et pète et que les masques tombent. Les mêmes qui au dehors sont si propres sur eux et si polis qu’on leur donnerait le bon dieu sans confession.

Ne cherchez pas : il n’y a pas de signal d’alarme sur internet : c’est le grand shoot’em up et basta !

E la nave va…

  1. Je sais lesquels, mais démerdez-vous pour les trouver, non mais. []
  2. J’aurais bientôt l’occasion d’en reparler Ici plus en détail. []
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Sur le pied de grue

Cliché Lespinard 1913 - l'aviateur Jules Védrines à Prayssac (Lot) - Collection M. Mayssal ©

Une bien belle invention que l’avion : son doux ronron passant au dessus de nos maisons est bien plus harmonieux que le glapissement des grues cendrées. Et puis les avions pérégrinent à toutes saisons, rugissant gaiement des turbines et réjouissant nos cœurs et nos tympans ; et non pas seulement deux malheureuses fois l’an tels ces vils migrateurs trompettants, battant de l’aile.

Et point de fientes immondes : l’avion n’excrète que de très proprettes bombinettes, qu’il largue droit dans l’ mille au commandement des Nations Unies, pour punir rien que les gros méchants. La grue cendrée conchie pareillement les innocents dont elle bousille irrémédiablement les fringues chics.

Une belle salope, la grue cendrée ; interdite de survol au dessus de l’Élysée, ça va sans dire.

***

C’est pas tout ça, mais il y a les actualités. La foule me reproche souvent de ne pas assez en parler. Les grues cendrées, qui s’en soucie encore ? le monde entier roupille quand elles passent les frontières de l’espace Schengen en douce, déjà. Mais le monde entier se fout aussi de pas mal de choses : la dernière tenue de Chaaaaarlène et les retards de livraison du dernier produit de la marque Apple® l’occupent énormément, ainsi que de faire la Révolution en cliquant frénétiquement du bouton gauche de la souris sur les forums.

Or donc la France est partie en croisade contre le vil sarrazin en Libye avec ses beaux avions excrétant leur bombes astiquées exactement là où il faut, faisant couler le sang impur dans nos sillons sans que la moindre goutte éclabousse nos fils et nos compagnes. Cette nouvelle guerre a d’ores et déjà généré un nombre considérable de clics gauches dans l’opinion ; presque autant que le dernier chapeau de Chaaaaarlène, mais moins que le dernier produit de la marque Apple®, dont les sectateurs en manque se dessèchent à vue d’œil en faisant le pied de grue devant les rayons désespérément vides des magasins dédiés.

Ah et puis il y a les actualités politiques : la démocratie se porte bien, je vous assure. Elle va bientôt envoyer des grues aux japonais atomisés pour la reconstruction, à la satisfaction générale des clics de souris.

 

cliquez dans l’image pour lire la vidéo

 

Ce billet est dédié à tous les pauvres travailleurs exilés népalais, indiens, philippins et compagnie, qui se retrouvent abandonnés de tous, au beau milieu des croisades pétrolières.

E la nave va…

 

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…e la nave va…

Illustration de Pierre Auclerc - © 2010

Il y a neuf ans bien sonnés j’ouvrais le Sitacyp en braillant : « les éditeurs, c’est de la merde ! » dès la page d’accueil. Ma machine à écrire avait soudain une imprimerie accolée au bout de la page : l’internet. Comme l’infâme boîte à rythmes et les radios pirates des années 70 avaient un son dégueulasse mais l’immense mérite de coûter que dalle et de permettre la naissance de nouvelles manières ; la littérature y perdait tout autant qu’elle y gagnait.

Elle y perdait en langueurs et en longueur, puisque rien n’est plus chiant que se manger un pavé sur l’écran. Et y gagnait considérablement en fraîcheur. En écrivant sur l’internet en lieu et place de papier, l’écrivain devenait véritablement public. En 2001 nous étions douze, pas un de plus, à balancer la purée en français sur le réseau et s’il n’en reste qu’un je suis celui-là.

Maintenant tout le monde fait ça : deux millions six cent mille scripteurs rien que sur Overblog ; voyez-vous ça. Sans parler de Facebook. Rien que des gros machins où tout un chacun raconte ses petits machins du jour. Et se fait ses mélis-mélos, ses embrouillaminis. Complots et prises de bec, bécotages et mamours.  Ragots et bruits de chiottes.

Agora devenue place de Grève : voilà l’internet de 2010.

Cet internet n’est pas le mien : je n’y étais venu que pour écrire, rien d’autre. Et puis je me suis fait happer par les forums. Un piège mortel : tu fous le doigt dans l’engrenage et tout le reste suit et passe à la moulinette.

En 2005 déjà, j’avais coupé toute communication avec le public sur le Sitacyp : en ce temps on correspondait par mail et hors le cercle restreint des lecteurs au long cours ça ne présentait que peu d’intérêt. J’avais viré l’adresse de contact. Simple. Il y avait toujours autant de monde, mais on me foutait la paix. J’écrivais et c’est tout. Après tout c’est la raison d’être de notre race : écrire.

Et puis il y eut le Blogacyp l’année suivante et jusqu’à l’an dernier. Un blog. Pas un site. C’est-à-dire que sur un site, non seulement tu écris, mais en plus tu te farcis un travail pas marrant du tout de mise en forme à chaque page. Alors que sur un blog, tu te défonces un bon coup la caisse au moment de la mise en ligne, et puis après c’est très simple : tu écris ton texte, tu vas chercher l’illustration et tu la places et tu envoies. Zéro maquette.

Alors évidemment, le blog est livré avec un système de commentaires : c’est la règle. Tu les actives ou pas. Comme à partir de ce billet où il n’est plus possible de commenter : clic, fini.

Au début il y en avait très peu et tout baignait dans l’huile. Je me fous totalement que les gens commentent ou pas mes billets. Oui : rien à branler. Je n’écris pas pour qu’on me passe la pommade ou qu’on me balance des parpaings dans la gueule : j’écris parce que j’écris et c’est pas autrement. Faut pas chercher plus loin : c’est ni pour la gloire ni pour le fric, mais pour le plaisir.

Et j’écris aussi sur le Net parce que le Net, c’est l’écriture. Devise longtemps et fièrement proclamée sur mon site et mon blog. Juste devise ; du moins je le pensais jusqu’à peu : parce que oui, les ordinateurs sont avant tout des machines à écrire, et oui j’ai parfois croisé de merveilleux artistes du clavier sur de simples forums, mais non : parce que le grand raz de marée des médiocres a tout noyé dans l’entre temps.

Ce temps que j’ai passé à me dégourdir les papattes sur les forums. D’abord sur celui du défunt site de campagne de DSK en 2007, puis dans les catacombes de Rue89 (dm). Hé oui, parce que quand tu lis une phrase mortelle d’un comme lamorille, tu n’as qu’une seule envie : t’embaucher dans l’escadrille et chatouiller le Roger Velu dans la joie et l’ébullition.

Mais ce n’est pas possible : les forums-boulevards sont super fliqués. Bien que j’aie un ami (simple) flic, je me méfie de la police. Le flic de base est plutôt très con en moyenne, aussi bien sur le pavé que sur les grandes artères de l’internet.

Alors petit à petit, le Blogacyp est devenu l’exutoire, le troquet d’en face où on se lâche après une rude journée de taf bien chiant. Depuis un an et demi, ça ne débande plus au comptoir : je ponds un billet toutes les deux, trois nuits et c’est deux cent coms par jour sinon rien.

Cent mille coms au bout du compte. 102857 précisément.

E la nave va…

Sauf que la nave n’était pas prévue pour ça au départ. Alors j’avais eu l’idée de créer un multi-blog. Un genre de magazine sans les actualités avec chacun sa case à remplir : Hors-Sujet. Avec Dul on s’était lancés dans l’aventure l’an dernier, et puis Dul a jeté l’éponge en cours de route et je me suis retrouvé tout seul dans la salle des machines[1] et à l’écritoire.

La Déconnologie Pilotique (lamorillienne) était lancée dans la Joie, pourfendant le tristos, surenculant le biomormon au Poteau 62.[2] J’en étais le Kondukator Kosmoplanétaire et les disciplettes[3] m’adulaient en se tordant les poignets.

C’est ainsi que le Blogacyp est devenu l’Ici-Blog l’an dernier. Passer d’écrivain en ligne à kondukator n’est pas une mince affaire. D’abord on se retrouve avec une variété craignos d’hémorroïdes collés au cul : trolls malveillants, gros jaloux, fous véritables et furieux, qui tous vous vouent aux gémonies. À trop fréquenter les grands forums on chope des bêbêtes. Qu’on peut même ramener Ici.

Avec l’intrusion de Facebook[4] la contamination de l’Ici-Blog devenait inévitable… et elle n’a pas été évitée. C’est pour cette raison et elle seule que j’ai clos les commentaires. Les miasmes de Facebook Ici, pas question. Rien à foutre de cette chiasse. L’Ici-Blog n’est la succursale de rien du tout.  Facebook, c’est bon pour ceux qui n’ont pas d’idées propres. Tout le monde y fait à peu près la même chose : copier la moindre idée originale et se faire mousser avec en l’exhibant devant ses zamis.

Vous pouvez êtres sûr que d’ici peu les idées originales de l’Ici-Blog seront photocopiées sur Facebook. Je vois ça d’Ici : un groupe « Déconnologie » sur Facebook. Ha ! Ha !

Rien que d’y songer je rigole.

N’empêche que j’ai pas trouvé d’autre moyen d’échapper à la facebookisation des esprits, que de verrouiller les commentaires Ici et de reprendre possession de ma créature : mon écritoire. Peut-être qu’un jour je rouvrirai les commentaires, mais j’attendrai pour ça qu’on soit en comité réduit. Je continuerai à écrire Ici comme ça me chantera ; comme ça me chantait avant. Avant la mi-août de l’an passé… avant les 167 derniers billets.

Et je n’aime pas la routine, et là c’était bien parti pour. Les derniers billets étaient trop faciles à pondre : mauvais signe. Dans ces cas-là je fais toujours pareil depuis toujours : je passe à autre chose. Je casse ou je me casse.

Alors autre chose il y aura mais pas Ici.

J’ai déjà une idée. Toute fraîche, toute neuve et toute con. Vous verrez. Dans pas longtemps. Gardez l’œil et le bon ;-)

Maintenant le kondukator de l’Ici-Blog sort de la petite scène. Le spectacle est fini. Le Spectacle est partout.

L’amitié aux vrais amis et le Poteau 62 dans le cul des faux-culs !

E la nave va…

***

Ce billet est dédié à Captain Beefheart qui s’est tiré ailleurs l’autre jour.

  1. L’Ici-Blog est hébergé sur un serveur indépendant et je me tape l’entretien. []
  2. Han, han ! []
  3. Mes groupies agralantes. []
  4. Le cancer de l’internet. []
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GRUNT !

Hache du néolithique trouvée pas loin de notre ancienne baraque - scan direct et tritouillage © Cyprien Luraghi 2010

Ventre Vide n’a pas d’oreilles, mais il a des pattes. Deux précisément, sur lesquelles il se tient debout, scrutant le vaste horizon en quête d’un rôti de mammouth.

Tête Vide résonne juché sur ses deux pattes. Deux précisément, sur lesquelles il se hisse, scrutant les parois de Lascaux, quéquette de m’as-tu-vu en avant.

Gris-de-Peur n’a que ses pattes pour détaler de son pays de guerre et de misère et tenter de trouver le bifteck ou la matraque aux grands confins; c’est selon.

Sapé de fin bleu,Tête Vide arpente lentement son domaine. Sa femelle s’extasie sur le mobilier et l’électroménager : d’époque et dans le jus, et tellement pittoresquement grottesque.

Ventre Vide et Gris-de-Peur ont construit leur cabane sous un pont pourri dans la zone pourrie d’une grande banlieue pourrie : aux grands confins, dans la vallée où coulent lait et miel − qu’ils disaient.

***

Penché sur son ordinateur portable, il rapporte la nouvelle à raison de soixante mots à la minute : le journaliste dans la salle de rédaction défend la liberté de la presse en combattant valeureusement le fin sapé Tête Vide et sa femelle en pâmoison dans la grotte de Lascaux avec son clavier-massue.

Le journaliste défend aussi les ventres vides et les romanichels : il défend tout ce qui est défendable aux grands confins, loin de son cul assis au dessus de ses pattes : sauvages voleurs de mammouths, romanichels et assimilés saltimbanques.

Une fois qu’il a fini son article sur la visite du campement de romanichels néolithiques à tags pariétaux du plus bel effet par le chef en chef à tête vide et sa greluche, il passe sa copie au Community Manager qui la cale sur le marbre électronique du pure player[1] − dont il est la cheville ouvrière − et balance la purée aux lecteurs − têtes et ventres avides :

petits ratiocinateurs disséquant les mots doctement
en peugnotant[2]  
de la pointe des dents,
et rats de cale délurés et festoyant
à s’en faire péter la panse
en faisant leurs choux gras,
de cette feuille de chou.

***

Penché sur son ordinateur portable, rat de cale romanichel fait bien du boucan en martelant le clavier aux confins fonds du fond, cliquètement résonnant comme bidons vides frappés violemment, aux tympans fragiles tout pareillement : des doctes ratiocineurs, du Community Manager, du journaliste et du chef en chef Tête Vide et de sa suite.

Qui appellent la police pour que cesse incessamment tout ce barouf et que les paisibles riverains[3] retrouvent le joli goudron nickel qui fait toute leur fierté et nappe leur sommeil de rêves dans les clous.

Ils appellent ça de la musique et font la fête jusqu’à pas d’heure. Je vous parle même pas de l’odeur méphitique de ces trous du cul qui nous pètent au nez en rigolant. On n’est même plus chez nous.

Chauffez les bulldozers, déterrez les haches de guerre : ça va charcler dans les cales. Envoyez la troupe, faut que ça gicle et que ça dégage du paysage urbain !

Voleurs de mammouths et fauteurs de prouts : out !

Grotte de Lascaux, salle de rédac’ : même combat !

***

« …le second degré et l’ironie passent, en général, assez mal sur Internet. »

Ce billet est dédié au Community Manager d’un pure player parisien qui a écrit cette monstruosité hier ici : CLIC 

 

  1. Journal en ligne. []
  2. Chichiter. []
  3. Je hais ce mot. []
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