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Débarras du choix

Népal oriental 1988 - © Cyprien Luraghi - ICYP 2017

Bon voilà, je me suis bien fait chier à tout retourner dans les caisses d’archives pour remettre la main sur cette foutue diapositive. Deux jours, à temps perdu, ça a pris. Et puis merde et remerde : elle est sous-exposée à mort et vu l’ancienneté, le magenta a pris le dessus sur les autres couleurs. Et elle est pleine de rayures et de pétouilles, en plus. J’ai considérablement râlé en la numérisant et encore bien plus en la restaurant et puis le résultat est là, vous l’avez sous les yeux. Et maintenant j’ai l’air parfaitement nouille avec ma mémé népalaise complètement dingo qui fait rigoler les frangines. Je cale, là, depuis des jours et des jours. J’avais un sujet pour le nouveau billet et il s’est évaporé en cours de route à cause de tout ça. Alors j’ai mis la tambouille sur le gaz une fois, puis deux, trois, quatre et même plus et à chaque fois au bout de quelques lignes, je foutais tout à la poubelle. Râlant comme un pou et tournant comme un lion en cage. Pas facile de parler de soi sur Internet, surtout après un billet comme le précédent. C’est beau, le progrès et tout le tralala, mais quand même : nous autres scribouillous on était vachement plus libres autrefois en écrivant des livres en papier d’arbre. Bien sûr, les éditeurs étaient un peu crapuleux sur les bords parfois, le copinage était la norme, les pourcentages et les à-valoir minables. Mais on pouvait y aller franco sans craindre les représailles. Les lecteurs savaient que c’était du roman.

Il n’y a pas de récit objectif, même dans les rapports de police. La mémoire est heureusement sélective et elle arrange toujours la réalité à sa sauce. Et c’est mieux ainsi car les hypermnésiques sont rarement des gens fréquentables. Qui voudrait taper la causette avec une espèce d’insecte à circuits imprimés rabâchant toujours les mêmes conneries objectives en vrac et sans intérêt, sur un ton péremptoire ?

La mémé sur la photo, donc. C’était en 88 tout à l’est du Népal dans les collines un peu avant Ilam et Darjeeling, dans une gorge bien paumée. Elle vivait là dans sa petite cabane et quand un piéton passait par là − très rarement −, elle entamait une petite danse à tous les coups. Et les frangines qui étaient de sa famille, venaient parfois lui rendre visite. Personne ne savait pourquoi elle était devenue folle un jour et personne n’avais songé à le savoir, ni à savoir de quelle sorte de folie il s’agissait. C’était comme ça et pas autrement. En tout cas elle n’avait pas l’air d’être malheureuse dans son joli petit monde perdu tout au bout du monde.

Son bonheur apparent cachait peut-être un gros malheur, mais ça on ne le saura jamais. Et c’est tant mieux. Restons calés sur le bonheur, les aminches…

…E la nave va… !

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LES DÉCONCOMBRES

Illustration originale de Nono - © 2010 - Cliquer pour agrandir.

L’une des beautés de Rue89 est de « penser contre soi ». Même si certains Riverains préfèrent souvent « penser entre eux ».

Blandine Grosjean, rédactrice en chef adjointe, ici : CLIC sur le fil de discussion de l’article dont je causais Ici : CLIC.

***

 

J’explique : un Riverain, dans le jargon de ce journal, c’est un commentateur : un rat de catacombes comme nous disons Ici, vu que ça reflète mieux la réalité ; un véritable riverain étant tout autre chose que cette escroquerie langagière.

Dans ces deux courtes phrases que la madame a écrites, se concentre le résumé parfait des décombres de la pensée dominante.

La cheftaine nous dit plein de choses en même temps : d’abord que son journal est beau de multiples manières. Une espèce de diamant taillé à facettes diaprées. Je compatis à sa fierté collective : ce journal est aussi brillant que l’écran d’ordinateur sur lequel je le lis et que le papier glacé de tout magazine normalement constitué.

Ensuite, la madame dit que dans son beau journal, il est d’usage de penser contre soi. En bon rat de catacombes malicieux, j’ai essayé de faire ça : il en est résulté un mal de crâne atroce, suivi d’un dédoublement de personnalité des plus calamiteux. Soudain, j’étais tout gniasse, à lutter avec mes pensées contre elles-mêmes. Un truc de fou.

D’ordinaire, je pense en phase avec mon soi et les engrenages de mon carter cérébral baignent dans l’huile alors que là, ça grinçait méchamment dans la boîte. On ne dira jamais assez l’immense souffrance à laquelle sont soumis les combattants de leur propre pensée. Il faut l’avoir vécu comme je l’ai fait un temps − bref, mais suffisant − pour ensuite revenir dans le monde en missionnaire de la pensée coulant de source et se frayant naturellement son chemin jusqu’à l’embouchure.

Penser comme dit la madame relayant l’opinion de la rédaction d’un journal pensant contre soi, n’est pas mon fort. Une pensée contredite par elle-même s’annule et il en va de même pour une opinion, puisque l’opinion est l’expression d’une pensée particulière sur un objet ou une idée. De facto, la rédaction d’un journal qui pense de telle manière, indique qu’il ne s’agit pas un journal d’opinion.

Pourtant cette gazette si bellement brillante, a bel et bien une opinion : celle du penser contre soi qui en est une cependant. Tout comme le vivre ensemble n’est qu’un ensemble de deux mots ne reflétant aucunement la réalité de leurs significations associées. Prônée par les journaux d’opinion contre soi, le vivre ensemble est une étrange manière de glorifier l’individu, monarque absolu de cet agrégat d’égoïsmes régnant depuis de longs et lugubres lustres, sur  les administrés de la Ligue Marchande de Gloubiboulgalia.

À l’ensemble de ces contradictions entraînant forcément des pans entiers de son lectorat vers l’insanité mentale, la rédaction elle-même devenue paraphrénique à force de lutter contre son opinion, rentre dans le chou de l’opinion des rats de catacombes, qui en ont une bien conformée, eux.

Ces mauvais Riverains dont je suis et sommes Ici quelques uns, qui ont l’outrecuidance non seulement de penser en accord avec leurs idées, mais d’avoir des atomes joliment crochus et de papoter ensemble, voire pire : de festoyer joyeusement en se foutant de la triste mine de ces concombres sous serre de la pensée contre soi, que sont ces journalistes sans opinion autre que l’admiration de l’engrais à la merde contaminée qui les fertilise et les rend si brillants aux yeux de l’opinion des penseurs contre soi bien rangés dans leurs cageots ; pauvres cornichons. 

E la nave va…

 

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C’est trop dingue…

Illustration de ToRDReLoRDRE tritouillée par Cyp Luraghi © 2010

C’est grâce à ce grand cœur que fut Philippe Pinel en son temps si le locataire de l’Élysée actuel ne croupit pas au cabanon les fers aux pieds, disons-le tout net.

D’un côté c’est regrettable, surtout en constatant le ravage causé par les quatre interminables années de son règne. De l’autre, mon petit cœur opte pour un traitement humain de l’aliénation des esprits, comme ce brave docteur Pinel, qui le préconisait bien avant le reste du monde.

Car il en va des fous comme des scélérats : si on voulait tous les coller au gnouf ou à l’asile, il faudrait ériger un mur de huit mètres de haut autour de la planète, puis embaucher la petite minorité des gens sensés comme matons et infirmiers psychiatriques afin les empêcher de nuire ; or comme c’est pas envisageable, on fait avec. Mieux que ça : la majorité des fous vote pour ce qui lui ressemble.

Mais bon : une foule compacte de personnes prétendument sensées croit aux miracles, déjà. Le pape de Rome lui-même est persuadé que les hallucinations collectives des foules ainsi que les visions individuelles de quelques nonnes hystériques, sont aussi tangibles que du radium. Pourtant, personne ou presque ne croyait au radium : Marie Curie a longtemps été vue comme un peu toquée avant de démontrer brillamment par son irradiation mortelle, son éclatante santé mentale.

Le plus drôle, c’est quand les fous se traitent de fous entre eux : par exemple quand les dirigeants du monde traitent Khadafi de dictateur paranoïaque. Là, je ne peux réprimer un sourire, voire un fou-rire : quand on voit le sapajou national affligé de tics et comme pris en permanence d’une envie de chier, prendre la pose et faire ouististi-sexe aux côtés du guide de la Révolution libyenne devant les caméras, il y a de quoi.

Encore qu’il est possible que je sois fou, moi aussi. Publier un billet sur ce sujet à la veille du jour des fous,1 c’est pas normal. Allez savoir ce qui me passe par la tête, parfois…

E la nave (dei pazzi) va…

 

  1. Dans pas mal de pays anglophones, le premier avril est le « Fool’s day » : CLIC (en anglais) []
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