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Six sept de suite

Illustration © Cyprien Luraghi 2008/2018 - ICYP

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Sept cent soixante-dix-sept mille

Sept cent soixante-dix-septième

Commentaire en dix ans et des poussettes icy

Un incertain septain s’impose

Comme les martinets le soir au ciel d’été

Matés par le matou gris vautré

Sur la muraille

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(e la nave va)

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Au pied du mûr

Illustration © Cyprien Luraghi 2016 - ICYPC’est pas nous qui marchons pas droit
c’est le monde qui va de travers
Et on a beau aller devant soi
On s’retrouve souvent sur le derrière
(la Rue Ketanou)

C’est peinard, c’est l’été. Pendant à peu près un mois et demi, je ne claquerai pas des dents à cause de la froidure, chic. C’est que nous autres vieux oiseaux des tropiques revenus se poser sur une branche au pays du saint-nectaire, on est des grands frileux. C’est la fête. Tous les étés c’est la même chanson : feu d’artifice, course cycliste, bagarres dans les bals aux petites heures, et la jeunesse défilant sous nos fenêtres dans la ruelle en beuglant des chansons paillardes, les mêmes qu’au siècle passé. Avec des essaims de petits cœurs roses en peluche au dessus de leurs têtes. L’été appartient à l’amour. L’hiver un peu aussi mais sous la couette avec une bouillote. L’été, les soirs ont beau être longs, le Grand Soir n’est pas à son horizon. La Révolution exige un temps de merde, sinon elle loupe son coup et tourne court. Ainsi, pendant les grands soirs d’antan, le révolutionnaire vespéral allait en escouade choper le Cupide pour l’accrocher à un réverbère. Tout était simple en ce temps-là : on connaissait le nom et l’adresse du Cupide. Alors que là, pour dénicher le Cupide, tintin. Il se planque bien. Personne ne sait rien de lui, de nos jours. Le Cupide fauche son blé en catimini. Alors, le révolutionnaire du XXIème siècle erre lamentablement dans le vide avec sa corde de pendu inutile et si peu décorative que c’en est pitié.

Le monde va de travers et l’Icyp avance droit, conservant fidèlement son cap. L’équipage scrute le rivage à la lorgnette et y voit les mégalopoles entretissant leur extrémités jusqu’au cœur des continents. Étouffant le vieux monde. Qui a de beaux restes tout de même : Puycity par exemple. Nous autres puycitiens avons la belle vie encore et probablement pour les siècles des siècles. Dans le Cantal aussi ils seront peinards et si un biomormon normomane décidait d’interdire le saint-nectaire moisi de la croûte, nous n’hésiterions pas à lui agiter des gousses d’ail sous le nez, voire à brandir la menace du terrible Poteau 62 à sa face de stérilisé UHT.

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Il est minuit maintenant et à l’horizon se dessine une lueur qui annonce l’aurore. Vous regardez intensément et tout d’un coup vous voyez sortir le soleil. À minuit ! ça, ça ne vous étonnerait pas ?
− Non, répondis-je, ça ne m’étonnerait pas le moins du monde.
L’horloger barcelonais s’est écrié :
− Eh bien, moi oui, ça m’étonnerait ! Et même tellement que je me croirais devenu fou.
Alors Salvador Dali a laissé tomber une de ces réponses lapidaires dont il a le secret :
− Moi, c’est le contraire ! Je croirais que c’est le soleil qui est devenu fou.

(Salvador Dali – Journal d’un génie – Gallimard 1994)

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Nous ça va bien. Mais alors y en a d’autres : complètement jetés, ils sont. Pour eux, tout va de travers tout le temps. Alors ils en veulent au monde entier. Et après, on s’étonne qu’il aille de travers, le monde qu’ils ont dans leurs pauvres têtes que nul petit cœur en peluche rose ne survole.

 

…e la nave va, love, love…

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Le temps qu’il fait

Népal de l'Ouest 1990 - Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP 2016

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autour d’un feu en bois d’arbre ou d’une table de la même essence
c’est de saison
c’est tout le temps la saison
à croire qu’il n’y en a plus
comme la jeunesse
quand il n’y en a plus il y en a encore
au fond, mine de rien
en grattant bien
petit, grand : tout le temps
en même temps
au chaud, à l’abri, ensemble
le ventre plein
on sait où on va
loin
vers l’été dehors
e la nave va

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Au Grand Guignol

Capture d'écran du film Zatoichi de Kitano - 2003 Un peu d’air frais enfin ! On est à l’estive et les rus à l’étiage. Sacrée canicule.

Le gouvernement, dans son immense sagesse, a ordonné l’exécution des vieux débiles dans les maisons de retraite. Nos petites infirmières se sont mises à la tâche avec ardeur : il ne sera pas dit qu’on a laissé claquer nos aïeux de déshydratation, ce coup-ci. Une fois, pas deux.

Le Trou de la Sécu leur dit merci.

On vit dans un pays formidable. Eau et gaz à tous les étages : fini tout ça. C’est d’un ringard.

Du passé table rase a été faite. Sauf que c’est pas les cocos rouges qui l’ont débarrassée, mais les partisans de la tsarine. Voyez-vous ça : le monde entier nous envie notre régime unique. De quoi qu’on se plaint ? Simple : on ne se plaint pas.

Heureux comme Dieu en France : buriné profond au fronton de nos bâtiments officiels, partout. Alors forcément c’est vrai : à force de voir des devises si belles, elles se gravent au tréfonds de notre citoyenneté… tout aussi innée que le gêne du crime détecté dès trois ans par un décret dont la bienveillance ne cessera jamais de me combler de ravissement.

S’ils le disent, c’est que c’est vrai. Nous vivons au mitan d’un élysée, même que le gouvernement a décidé d’abolir les paradis fiscaux. Les niches fiscales aussi. Comme ça, d’un coup de sceptre magique.

Sarkolas est même parvenu à faire rigoler les Allemands, des gens réputés si sérieux en temps ordinaire.

Fini l’ordinaire !

Hé : j’ai rallumé le chauffage à l’atelier ce soir, juste pour emmerder l’été et sa triste banalité : un peu d’amusement ne peut pas nuire à l’humeur générale, qui est au beau fixe. Trente degrés il fait en France : quinze le matin et quinze le soir.  Plus fortiche que les islandais nous sommes.

Bon : les Islandais nous ont grattés pour la Crise, c’est vrai.

Mais nous les aplatirons en finale du Mondial, ces bouffeurs de poiscailles !

E la nave va…

 

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boucherie

© Shanti Devi Luraghi 2008

 

l’été, c’est rouge et blé
les filles sont déchaînées
elles ont trop vu de films
trop gores
et de zombies pourris
de présidents en exercice

alors c’est viande hachée
à partir de juillet

dès l’août, c’est la purée
de blonde on passe à rouge
pour la rentrée
où qu’on dit que ça va charcler

mais non

juste une petite teinture

rouge

 

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