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Surnuméraire Circus

Foire de Kulu - Himachal Pradesh, Inde 1989 - Tritouillimage © Cyprien LuraghiC’est beau et c’est pas cher. Pas trop : juste ce qu’il faut pour mériter d’entrer sous le grand chapiteau. Une fois dedans on s’aperçoit bien de sa petitesse, tassés bassin contre bassin sur ses méchants gradins. C’est le cirque.

Tout se paye au prix de sa sueur ou de celle des autres : rien entre les deux. Le travail d’abord, seulement ensuite vient le plaisir. Tant et tant d’efforts pour si peu de joie. Mais au bout du compte on palpe les bank-notes et en leur rectangulaire compagnie on ira s’en payer une bonne tranche, histoire d’oublier comment on en a chié.

Et ça remet ça sur le gaz, encore et encore.

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Septembre 1989

 

Je donne deux roupies au nain clown et je vais voir les acrobates sans filet, figures enfarinées de fillettes en justaucorps flapis pantinant mécanique sous la toile bise frappée du grand soleil dehors. Étouffé par une lumière grillante sous la toile de tente : plus carcan qu’une prison.

C’est l’endroit le plus triste du monde. Un tout petit cirque indien de misère à la foire de Kulu dans la vallée de la Beas.

Prolongation de visa à la préfecture, je suis là pour ça : prévoir trois journées ouvrables, en Inde. Tout dépend de la préfecture, mais là c’était mort de chez mort comme patelin. Alors aller bader à la foire les bras ballants : y a plus que ça à faire. Une putain de foire minable avec un cirque planté sous le cagnard − Rozilla Circus, ça me revient − usé jusqu’à la corde et tout rapetassé.

 

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Quand la vie est trop dure, fermer les yeux et visualiser la liasse de billets, fruit de notre torture de singes mal tournés : remède souverain, promesse de spectacles chamarrés et de civilisation des loisirs.

Pendant ce temps les orang-outans s’envoient en l’air tant qu’il est encore temps ; tant que leur océan de forêt n’aura pas été dévoré par la planche à billets.


Billet dédié à not’ Dul pour son anniversaire.

 

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Sous le Mont Chauve

Photographie occipitale de Dul par Dul - tritouillage : Cyp Luraghi ©

Photo honteusement retouchée susceptible de traumatiser les enfants sensibles et les ultra-seniors – Éloignez-les de l’écran – Une cellule de soutien psychologique est à votre disposition sur http://icyp.fr (34 centimes d’euro la minute) – Peut contenir des traces de cheveux.

 « qu’est-ce que l’antisémitisme inconscient ? qu’est-ce qu’une pensée ratée ? je m’y perds un peu….il serait un peu temps d’arrêter de tout psychologiser non ? »
lamorille en discussion sur Rue89 aujourd’hui.[1]

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Il y a des phrases de lamorille qui me laissent sur le flanc ; là je gis comme électrisé et béat en plein satori pilotique,[2] le bougre a frappé dur.

Il suffit de poser délicatement une kippa de velours noir brodée de l’étoile à six branches pour faire du crâne de Dul celui d’un philosémite, voire d’un sémite ou assimilé. Et si je la retire et que j’épluche sa calotte, je peux entrapercevoir son antisémitisme inconscient.

Pour ce qui me concerne, j’ai des doutes : je ne connais pas assez de juifs pour me faire une idée précise de mon degré d’antisémitisme. Parfois j’ai des pensées ratées, aussi : je vois un nez busqué quand je me mire au lavabo… un pif presque crochu,  j’ose à peine l’avouer…

Ça, c’est pour l’antisémitisme inconscient dont tout un chacun peut être affligé à cause de sa pensée ratée sans le savoir. Mais la même loi de la Calotte peut-être appliquée à tout : suis-je un raciste inconscient ? Je déteste Sarko comme c’est pas permis, mais peut-être est-ce par anti-magyarisme[3] inconscient…

Tout petit déjà j’avais peur d’Attila, et bien que j’aie lu sa biographie depuis ce temps où je tremblais sous l’édredon en imaginant les Huns féroces nager dans le sang impur des sillons français, et que je sais fermement qu’il fut un prince des plus raffinés, le hongrois me fait flipper. Je psychologise comme une bête : Sarko égale hongrois égale Attila égale LE MAL. J’irais jusqu’à refuser de lui serrer la main, par peur du virus.

Il ne me reste plus qu’à aller me coller la tête droit dans le Mur.

¡ BOUNG !

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Vingt ans déjà, le Mur.

Je vois cinquante étoiles et des rayures sur un oriflamme porté par le vent du désert d’Irak… qui sait : je suis peut-être antiaméricaniste inconscient à cause de ma pensée ratée qui s’écoule au pied du Mur de Gaza ? 

Peace and Love, le monde !

 

  1. Note Venue Du Futur (28 mai 2013) : ce fil de discussion a disparu. []
  2. Nirvana, illumination, panard céleste, épiphanie ; voir ici : CLIC  []
  3. Magyar = Hongrois. []
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Numéro 250

Dul par Dul et amoché par Cyp - © Dulauroy / Luraghi 2009

Le 7 mai 2007, Rue89 démarrait. Dans l’après-midi du 10, Dul y postait son premier message. C’est ainsi qu’il est devenu le deux cent cinquantième commentateur de ce journal, et probablement le plus ancien encore en exercice – jusqu’à ce jour. 

Aujourd’hui, après avoir poireauté sept semaines et relancé les responsables plusieurs fois, son compte est enfin supprimé avec l’appui redoutablement efficace de Hulk, qui l’avait déjà fait pour Banana.[1]

Avec Hulk, ça ne fait pas un pli. Confiez-lui les clefs de votre compte de blogueur à détruire, et son sens inné de la solidarité gauchiste le fera se coller aux manettes pour n’en point décoller jusqu’au parachèvement de sa mission.

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Pourquoi ce rituel ? Après tout, il n’est pas nécessaire ; il suffit simplement de ne plus y écrire, si on ne ne s’y sent plus à son aise. Mais bon : nous autres humains aimons la pompe et le cérémonial. Je déteste me retirer sur la pointe des pieds : quand ça ne le fait plus, je me lève en renversant la chaise et m’arrache en claquant la porte.

Là, ça ne ne faisait manifestement plus du tout pour quelques uns, depuis la mi-août. Chacun pour ses motifs ; l’idée flottait. Pour Dul et les autres je ne sais pas ; la boule de cristal ne montre rien.

Le sentiment de la lente érosion de ce qui m’y avait amené. Et puis ce fumet d’entourloupe, certes ténu mais finissant par imprégner la moelle, à la longue. Le plan classique de la démocratie participative façon Gogolène. L’Info à trois voix, voyez-vous ça…

Je suis tombé dessus ce soir, en me documentant. Lisez-le : son auteur – Michel Lévy-Provençal – a co-fondé Rue89. Il dit ce que je ressens dans ce billet : CLIC.

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Les commentaires de Rue89 sont lisses et policés, bichonnés comme des caniches maintenant. Parfois, une bulle éclate dans le marais. De moins en moins souvent. Comme des jardins à la française : de l’art topiaire pour les humains. C’est la spécialité du temps : taille et calibrage. À la machette s’il le faut, et les pavés rincés soigneusement au nettoyeur à haute pression.

Une fois cela su et bien su et le grand tour des lieux effectué, nous savons ce qu’il ne faudra pas faire : Hors-Sujet sera totalement différent. Il n’y aura pas de salle de rédaction, déjà.

 

  1. Lire le billet lié « Banana banzaï ». []
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Larguer le wagon

© Cyp Luraghi 2009 - tritouiillage d'après un détail d'une photo de Philippe Dulauroy

Le Blogacyp, c’est fini. Ça continue sur l’Ici-Blog : http://icyp.fr

C’est ici, faut pas chercher plus loin. Je ne change pas de cagna comme quand j’avais largué mon vieux site en plein chantier, mais simplement de titre et de devise. Et j’ai supprimé « écrivain » avant « en ligne et à l’œil » en dessous. Un qui écrit sur le Net n’est pas un écrivain ; ça ne se conçoit pas. Il n’y a pas encore de mot forgé pour ce genre de type d’espèce d’engeance. J’avais déjà rendu ma carte à la SGDL, et maintenant je décroche l’enseigne.

Sinon c’est toujours pareil : même tout. Pareil. Et ça méritait un billet, ce peu ? Tout mérite qu’on en parle, tout. Je pourrais écrire des tas de trucs sur des miettes de pain. C’est tout un petit monde, les miettes. Alors changer de titre aussi c’est important, à mes yeux. Les bigleux ont des cristallins loupes ; nous aimons contempler l’infiniment petit. Grands myopes, nous ne connaissons pas l’insignifiant ; tout est énorme ou flou et rien entre les deux.

Changer, c’est laisser quelque chose. Là, je lourde quelques oripeaux et des petits boulets. J’avance plus vite face au vent et ça fait du bien ; de temps à autre je dois changer sinon ça ne va pas. Je prépare la suite, c’est pour ça.

Hors-Sujet – le nouveau « poly-blog » en gestation – est en phase alpha : Dul a entamé les grandes manœuvres et d’ici peu ça devrait avoir une bonne petite gueule. Sur l’Ici-Blog ça a beaucoup bougé depuis l’arrivée ici d’une escouade de blogueurs de Rue89… je ne m’y attendais pas du tout, et encore moins à ce que ça dure. C’est simple : après avoir souvent dépassé les 4000 visites par jour, ça s’est stabilisé aux alentours de 2000, et ça n’en décoince plus. Comme les fils de discussion dépassent largement les 150 commentaires quotidiens et qu’au delà de 300, ça ralentit considérablement l’affichage du blog, ça m’impose de pondre un billet tous les deux jours. Je commence à y prendre goût.

Quand Hors-Sujet naîtra, une grande partie d’entre nous s’y retrouvera, et l’Ici-Blog ne s’arrêtera pas. J’ai très envie de continuer à ce rythme. Mais aussi comme je le faisais avant avec des billets totalement à côté de la plaque, des haïkus longs, de la binosophie à pas cher, des trucs asiates et compagnie…

Le Net, c’est l’écriture !

Et l’amitié !

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Cypish Empire

Illustration © Cyprien Luraghi 2009

Comme pour Charles Quint et la reine Victoria : le soleil ne se couche jamais sur mes domaines : quand Homère se lève sur son îlot paradisiaque dans sa tiède mer thaï, Dul prépare la tambouille du soir à Buenos Aires. Freakfeatherfall se les pèle à Portland et ainsi de suite. J’ai même des poitevins qui me lisent, c’est pas pour dire. Des soviets, des spammeurs chinois, des griots maliens, un bureaucrate luxembourgeois, et plus d’un ermite tibétain profite de mes lumières dans sa tanière.

Et des mabouls. Ça roule, ma boule.

Je dirige ça d’une main de fer avec mon clavier. Tout un rituel : cérémonie du petit lever, présentation de la tronche dans le seau à la cafetière en chef, émergence dans les volutes bleutées de la cigarette, ablutions et boulot. Pauses casse-croûte.

Car il me faut régner : rude métier. Expédier les affaires courantes : eau et gaz à tous les étages pour tous. Et à bientôt sept milliards, mes sujets attendent beaucoup de moi. Faut nourrir.

« On gouverne un grand État comme on fait frire un petit poisson. » – Lao Tseu.

Et nourrir l’esprit, aussi. Ça, c’est le plus dur. Penser au sujet du prochain billet, trouver l’image pour le sujet du prochain billet. Triturer l’image. La servir bien chaude, nappée aux métaphores béchamelles, et sur une pâte fablée abaissée à l’huile de coude et au gros rouleau.

Sacré empire ! Et ces sujets : impertinents et des fois pertinents ; ça leur arrive. Ou légers, irréels. N’importe quel sujet fera l’affaire : j’en ai sept milliards au dedans de ma boule.

Allez : au sujet suivant. À raison d’en sacrifier un tous les deux jours, j’ai de quoi voir venir. Qui je me fais la prochaine fois, comme sujet ? Ginkoland ? Marina ? Ben85 ? Vincent – l’homme invisible ?

Ou un blogueur anonyme pêché sur un blog lointain… Un gros troll dur à cuire. Procéder comme pour un tatou : sous la braise dans sa carapace.

Le soleil peut bien éclairer mon empire a giorno, et moi m’apprêter à me coucher paisiblement, rasséréné et heureux du devoir accompli.

 

LX – 1 – On gouverne un grand Etat comme on fait frire un petit poisson.
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