Archives par tag : Désabusède

Le bétail de l’histoire

Illustration © Cyprien Luraghi 2017 - ICYP

Contempler. Ce qui se passe à l’extérieur et au dedans ensuite assimiler, en puiser le suc et l’essence. Et puis finalement en conclure que tout va très vite comme dans un tremblement de terre avant que tout s’écroule. Ou s’écoule, allez savoir. 

Je ne suis pas du genre catastrophiste, même en plein cataclysme. Les millénaristes hallucinés de tous genres sont des poulétos[1] ridicules depuis l’aube de l’humanité et ils le resteront jusqu’à la fin d’icelle. Qui n’est pas au programme vu la ténacité morpionique de notre espèce de singes debout. 

Pourtant il y a de quoi flipper sévère : près des trois quarts de l’espèce s’entasse désormais dans des villes tentaculaires. Dehors, les guerres battent leur plein comme jamais un peu partout, et ce sont de nouvelles sortes de guerres ; diffuses, larvées, perverses, sournoises. Et tout ça sous un cagnard infernal, noyés sous la trombe ou encore crevant de soif. Qui dit guerre dit clan et les plus méchants des clans sont de sortie aussi, du coup. Du Ku Klux Klan au clan nationaliste turc, à celui national-frontiste bien d’cheu nous, en passant par les cliques de barbus tarés de Daech et compagnie. C’est jusqu’au cadavre de la gauche qui se laisse contaminer par cet exécrable esprit de frontière. Ainsi les troupes du Chon[2] sont devenues cocardières en diable, lol. Soudain des gauchistes hirsutes entonnent la Marseillaise le poing levé, lol et relol. Pendant ce temps-là, le président Ali Baba et ses quarante voleurs nous font les poches à la Thatcher. Voler les pauvres, c’est tout ce qu’ils savent faire, ces technorats

Je ne comprends pas et ne cherche plus à comprendre. Je contemple en mâchonnant et plutôt que de gâcher mon plaisir en vaine consternation, j’en rigole un peu et même beaucoup parfois, de tout ce merdier. 

*

C’est la fête du mouton et la fin des vacances. Alors soyez pas cons et collez vous-en plein la panse. Carpe diem. E la nave va, les aminches…

  1. Tout savoir sur le pouléto en lisant ce billet : CLIC []
  2. Jean-Luc, pour les intimes. []
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Continu Homme

Illustration © Cyprien Luraghi 1998 (Inde - Bhimbetka) - 2016 - ICYPIl y avait moins de monde dans le monde et pas la moindre machine. C’était pourtant le monde tel qu’il est. Capturer le cheval sauvage, l’entraver avec des lianes tressées, revenir en paradant, flèches pointées au ciel et bite en avant, direction fumelle et gamelle.

Rien n’a changé depuis ces ères reculées : acheter des grosses bagnoles sauvages − ou tout autre objet de frime −, revenir en paradant au volant, la bite en avant, etc.

Rien ne change jamais, fors le fait qu’on est de plus en plus de singes debout à s’entasser sur la planète. Et que par conséquent les tares inhérentes à notre espèce se révèlent, rédhibitoires, obscènes, insupportables.

Le cirque politique continue sa tournée, exhibant ses animaux tristes, les grues cendrées ont survolé le vieux bourg, poussées au croupion par la bise du septentrion, les masses populaires lèvent ou abaissent le pouce sur les réseaux comme l’empereur aux Jeux, les ilotes se tuent à la tâche au bout du monde pendant que des panses se distendent à l’autre bout et la guerre bat son plein un peu partout, comme d’hab’.

Nous attribuons généralement à nos idées sur l’inconnu la couleur de nos conceptions sur le connu : si nous appelons la mort un sommeil, c’est qu’elle ressemble, du dehors, à un sommeil ; si nous appelons la mort une vie nouvelle, c’est qu’elle paraît être une chose différente de la vie. C’est par le jeu de ces petits malentendus avec le réel que nous construisons nos croyances, nos espoirs — et nous vivons de croûtes de pain baptisées gâteaux, comme font les enfants pauvres qui jouent à être heureux.

(Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquilité – éd. Christian Bourgois 1988)

 …E la nave va…

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L’appeau lytique

Illustration © Cyprien Luraghi 2015 - ICYPJ’en vois dans la salle qui n’aiment pas les betteraves. Pourtant ils devraient. Car cette racine charnue participe activement à l’accomplissement de notre devoir de consommateurs de cinq légumes et cinq fruits par jour, décrété par le ministère. Il en va ainsi de la politique : manger cinq partis et cinq politiciens par jour fait de nous de braves citoyens pétant la forme.

C’est ce que nous faisons icy depuis des lustres[1] et c’est à cet exercice salutaire que nous devons nos pelages lustrés et nos yeux brillants. Ce n’est pas le choix qui manque et notre gourmandise proverbiale sera satisfaite pour longtemps encore, vu que le politique croît et se multiplie comme chiendent au potager. À tel point que les scientifiques les plus sérieux ont remis sur le gaz l’antique théorie de la génération spontanée.

Entre le politique et la betterave, le lien est direct et évident : ces grosses légumes sont bourrées de fibres, d’aspect chatoyant, fadasses au dedans et difficilement condamnables bien que leurs corps mêmes constituent le corps du délit. Un autre élément de comparaison majeur est que ces choses malfaisantes prétendent vouloir notre bien. Manger ses betteraves à la cantine, c’est faire plaisir à notre ministre de la Santé. Voter, c’est satisfaire sexuellement la République toute entière. Car là aussi les similitudes sont nombreuses et épatantes, à cause des vitamines mais pas que. Une bonne dose de betteraves vaut toutes les pilules d’amour, et des hordes d’esprits pervers se sont déjà chargés avant moi de voir dans la fente urnaire un puissant symbole lacaniculaire.

Je dis tout ça parce qu’il convient de se préparer mentalement : ça commence à sentir la campagne − électorale itou. Les récoltes sont en cours et bientôt ce sera le festin, puis la fête aux intestins. Ça va chier dans moins de deux ans, je le sens…

…e la nave va…

  1. 14 ans au compteur : bientôt trois lustres, donc. []
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En bande de bande

Photographie de Paul Grély - 1954 © fonds Auzanneau - ICYPSalut bande de bande ! À l’heure où j’écris ce petit billet, le 444 444ème commentaire s’apprête à être pondu icy. Comme les malheureux lecteurs ne peuvent lire que les billets, je vais me charger de leur filer quelques nouvelles de nos petites pommes. Histoire qu’ils ne soient pas trop frustrés, car la frustration peut mener tout droit à la folie furieuse. Donc d’abord : tout va bien à bord de notre petit navire. C’est encore l’été alors on se la coule douce en en foutant le moins possible à traîner des savates. Certains d’entre nous sont rentrés de leurs vacances et ils turbinent en tirant peu ou prou la gueule. C’est d’un banal, mais il convenait que ce fut su. Pour ce qui me concerne, j’ai passé l’été à réparer les ordinateurs de mes clients : c’est super original. Pour l’anecdote − totalement croustillante − : d’ordinaire au mois d’août c’est le calme plat mais grâce au nouveau Windows qui a planté plein de machines, les clients se sont pressés au portillon. Je remercie donc Bill Gates une fois de plus : ce bienfaiteur de l’humanité m’aura encore fait gagner plein de sous-sous cette année. Je remercie aussi les orages de la fin du mois dernier, qui ont eu la gentillesse de carboniser quelques ordis de mes clients adorés.

Sinon pour le reste, nous ourdissons toujours des tas de complots pas croyables, à l’abri de vos yeux indiscrets et de vos oreilles poilues : les déconnologues de la Franc-Limaçonnerie ne sont jamais en reste pour ce genre de conneries : entre l’invention du levier à renverser le monde et celle du jeu de mots ultra pourri capable de transformer en cake aux nouilles le plus robuste des militants national-fiontiste. On a aussi créé plein de nouveaux slogans démoralisants : c’est toujours bien d’en avoir quelques uns d’avance pour monter au front. C’est qu’on ne se bat pas avec des manches de pioches ou des kalachnikovs, nous autres, mais en balançant des bêtises à la tronche des fâcheux. Qui sont de tous bords de nos jours tant la confusion est à son comble…

La Grande Désabusion approche ! Rajoutons-en !

…E la nave va, les aminche(tte)s !

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La liberté d’expression c’est la haine

Illustration © Cyprien Luraghi 2015 - ICYPAlors que le monde est mené à sa perte par un copilote paranoïaque, l’Icyp fend le fluide peinardement, piloté de patte sûre par un kondukator de service à l’équanimité proverbiale,[1] visant le cap Nirvana aux confins de l’océan Octétique. La haine déferle librement tout autour de sa petite coque ballotée, mais dont le bois de table encaisse sans broncher la furie des éléments extérieurs.

Autrefois, les fous naviguaient dans une nef. De nos jours c’est l’océan qui est devenu fou. Les monstres marins sont de sortie : leur liberté d’expression est absolue et d’aucuns − la foule compacte des décervelés − s’en réjouissent. Pas moi. Pas eux ainsi que de plus en plus de gens sensés. Mais je ne me fais aucune illusion : à lire les avis de hordes de connards de tous bords sur ce délicat sujet, je sais que c’est pas gagné d’avance et que la raison, la sensibilité, le sens humain, ne sont plus de mise dans ce monde de cinglés livrés aux mafieux faisant régner leurs lois sur le réseau. La loi du fric, la loi du plus fort, la loi de la haine. Cette haine qui est la liberté d’expression des ordures. Masquées, bien entendu.

À l’abusion opposons la désabusion !

(et merci à Spleenlancien pour ses liens si souvent pertinents)

e la nave va !

  1. lol []
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