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Radical Imago

© Pierre Auclerc - Tritouillage : Cyp Luraghi 2010Après le mûr vient le blet et nous y sommes. Un certain fripement, prélude à la chute en mollesse ; un roidissement avant la fonte ; le monde que nous connaissons : tombe compost.

Ça ne trompe pas : tout s’exacerbe, gêné aux entournures, craquelant.

C’est clos et dans un pot, devenu sourd et effréné, à tombeaux ouverts vers l’étroiture : droit dans le mur.

Aux idéaux a succédé la bête idéation : production des pensées comme sucs épigastriques ou saucisson.

Il reste des cultes de tous ordres, pas seulement religieux ; les partis politiques mués en temples à fétiches alors que les églises se barrent en figues pétrifiées : mythes et mites dans le même sac.

Dans l’ère de l’Objet chaque chose est d’abord étripée de son sens, dorée à l’or fin et sacralisée. Nous hissons aux podiums : le Général, Jaurès, Proudhon, Maurras, Trotski, Bénabar et le yaourt au lait reconstitué en promo chez Leader Price. Les classes supérieures sacrifient à Danone.

Écoutez un socialiste chanter l’Internationale et voyez son poing levé.

Entendez les hauts dignitaires du panthéon chanter les louanges de l’amour.

Voyez comment partout on se saigne aux quatre veines pour des vieux dieux, la démocratie, le veau élevé sous la mère pour tous, le droit à la croûte et l’encroûtement au bout du compte.

J’allais oublier la race − on dit la souche désormais − : cul de tronc sec aux racines cariées, sans suc et sans sève. Des branlotins secouant hargneusement leur sexe face à l’armoire à glace en admirant leur teint de lait (ou d’ébène, ou leurs pilosités auriculaires).

Hé oui, nos civilisations sont en grand danger : le joli printemps plonge ses racines au cœur de ce tas de fumiers.

Entre nous : il n’y a pas de quoi pleurer.

Butinons les décombres !

 

Billet pouvant contenir de vrais petits bouts de papote du coin du zinc dedans.

 

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Enculé culte

Le bûcher de César - © Hulk - avec son aimable autorisation.

 

Tout est prétexte à rituel : nous y sommes sensibles, car les objets de notre adoration nous ressemblent tant. En déposant des fleurs à l’emplacement d’un bûcher funéraire d’imperator, nous nous rendons culte.

Jules César fut le plus modeste mégalomane de tous les temps connus ; c’est pour ces deux qualités que 2050 ans après sa mort, les gens vont toujours déposer des offrandes à l’emplacement de sa crémation, qui donna lieu alors à des scènes de démence orgiaques dans lesquelles tout ce qui pouvait brûler ou pas fut projeté sur le cadavre sanglant. Suétone, ce merveilleux petit rapporteur des bruits de chiottes de l’Empire, raconte ça très bien ici : CLIC.

Tout le monde pouvait et peut encore se reconnaître en César, bien plus facilement que dans un Jésus quelconque et indigne du moindre intérêt ; la fascination que ce petit charpentier exerce encore m’a toujours étonné… quelle mièvrerie… Alors que le grand Jules, lui, est d’un tout autre calibre.

Il fut le plus parfait des faux-culs : trompant son monde à tour de bras, comme il le fit pour ses femmes, ses amantes et amants avec sa bite. Aucune hésitation : épée de chair ou braquemart d’acier, il encule et se fait enfiler dans un but unique : Rome et sa pomme, qui ne font qu’un. Or Rome, c’est nous, le monde occidental. Ne cherchez pas plus loin : les Gaulois, c’est de la blague ; nous ne sommes en aucun cas les descendants d’un peuple ingéré par la puissance commerciale romaine – bien avant la guerre des Gaules, qui ne fut qu’habile propagande. C’est un mythe rassurant repris par le Maréchal pour apaiser la France envahie, rien d’autre.

Nous sommes les descendants directs du peuple inventeur des HLM pourries avec de la racaille dedans – les insulæ – et pourvus de vide-ordures, abondamment salopés de graffiti obscènes et d’un type de gouvernement que nous pratiquons toujours : la démocratie impériale.

Mon unique nostalgie est que les jeux du Cirque bien saignants aient été remplacés par la fade débauche télévisuelle. Sinon, notre monde romain du vingt-et-unième siècle après César me convient bien : on y retrouve les mêmes enculeurs enculés, quoique plus minables que notre bon vieux Jules.

Sa recette : paraître très modeste et tempéré en public, mais en public seulement. Et puis tout faire pour plaire au populo. Très important, le populo : bien lui montrer sa superbe en érigeant de grands bâtiments mastocs et ravir ses vils instincts en humiliant les représentants de la république.

Toutes choses perpétuées de manière abâtardie par nos Mitterrand et sa Grande Arche merdique, sa Grande Bibliothèque hideuse ; Chirac et sa mocheté kitsch de musée des Arts Premiers et autres merdicités.

Sarkozy, lui, n’a pas encore coulé de gros pâtés de verre et de béton pour édifier la postérité : il se contente de cumuler les tares de César sans présenter la moindre de ses qualités ; et il insulte bien la république. Car on peut reprocher tout ce qu’on veut à Jules, sauf son manque de courage. Dans les batailles, il ne s’est jamais débiné comme un roquet tout aboyant.

 

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