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Mythe au logis

© Annie, Shanti Devi et Cyprien Luraghi 2013

Fantômes, ovnis, esprits en conciliabules, complots, réseaux occultes. Anxiété, speed, flux continu torrentueux. Antenne oscillant fébrile, fil tremblant au vent coulis. Images en masse. Amplification de l’idéel tonitruant. Pulsations et fracas à l’huis du pavillon auriculaire. Prise de chou, palpitant à cent quarante. Foule de périls au portillon. Tourbillon vortex happant tout. Astéroïde inéluctable en chute libre. Sourde terreur de l’inconnu juste là, si soudain. Des inconnus envahissants aussi, aux mœurs aliènes. De tout : la peur en vrille au dedans. 

De tout ce qui est et de ce qui n’est pas, surtout, la peur. Le monde rondement gronde sur son axe révolutionnaire, meule broyant tout grain sans souci de l’agitation cérébrale : en rotation continuelle. Indifférent aux ectoplasmes de passage, total furtifs.

Petits éclairs au coin de l’imaginaire, lucioles et mosaïques scintillant sous les cils enlacés des yeux clos. Qu’il suffit d’ouvrir pour apercevoir que sous le drap c’est Shanti qui fait l’andouille pendant qu’au journal à la radio les horreurs du monde déferlent comme la mousson sur l’Inde en 2013. 

E la nave va…

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Rentre dedans

Noce inconnue © Paul Grély 1971 - fonds Auzanneau - animation : Cyprien Luraghi 2013

C’était une photo de mariage de 1961 en noir et blanc. Sur le rouleau numéro 12. Que j’étais en train de numériser à l’atelier photo du Barbu à Puycity.[1] Le fonds de son prédécesseur, qui le lui avait cédé avec la boutique. Des dizaines de milliers de clichés : une vie de photographe. Avec des flopées de noces dedans, évidemment. J’étais en plein dans une, justement. Un mariage chez des notabliaux campagnards graisseux du portefeuille. Et là une vieille cliente est entrée, s’est approchée de l’écran et celle en robe de mariée affichée dessus, c’était elle. Exclamations : elle n’en revenait pas que le photographe de l’événement en ait conservé copie. Dont le boss pouvait lui faire des tirages sur bon papier dans son labo, bien entendu. Son salaud d’ex lui avait tout détruit avant le divorce. 

− Hou, la belle-mère, là : je ne veux pas la voir. Faudrait pouvoir la gommer, cette pourriture.
− Je peux faire ça. Au pixel près : vous ne verrez pas les raccords. 
− C’est combien ?
− Tant et tant madame (pas donné mais vu le boulot)…
− Hé bien allons-y.

Virer une belle-mère dans les règles de l’art de la retouche numérique, ça peut prendre une bonne paire d’heures. Parfois bien plus, pour combler les vides sur des fonds complexes. J’ai viré des belles-mères très récalcitrantes sur des fonds effroyablement complexes. Le pire c’est les belles-mères qui descendent les marches de la mairie après la cérémonie civile, au milieu d’une grappe de monde. Hé bien même là on ne voit pas les raccords à la sortie, tellement je me fais chier à tritouiller à mort avec le logiciel idoine. Le nez collé sur l’écran par moments, carrément. Là tu le vois gros, le moindre pixel rebelle de la beldoche à la cliente. Que ça réjouit toujours énormément quand elle voit le résultat. Elle signe le chéquot, radieuse, et puis s’en va. 

***

Depuis des années je conte et rêve avec les doigts sur un clavier et ça file en ligne directement sur l’internet. Sans intermédiaire. Comme au premier jour je trouve ce support de la pensée écrite merveilleux. Il est dur et exigeant aussi. Mais il me plaît trop. C’est un rituel vital : penser au billet suivant et à sa place dans l’architecture de la chose. Parce que dans ce désordre il y a de l’ordre. Des histoires à rallonge et à tiroirs qui se lient, se suivent et s’emboîtent et sont les épisodes d’un feuilleton. Avec des chouettes illustrations comme dans les gazettes. Des inédites bien sûr. Comme tout le reste : l’Icyp est entièrement cousu à la main. 

Mon kief : une illustration, un texte scandé sur tel ou tel mode, en fonction de l’humeur du temps qui passe par la fenêtre comme la brise et le couple d’hirondelles en amour qui vient nous squatter le plafond de la cuisine depuis que le printemps a daigné se pointer. Clic clac c’est dans la boîte.

 

© Cyprien Luraghi 2013 

Ça peut durer longtemps encore et d’ailleurs j’en ai bien l’intention. Samedi on a entendu les klaxons du premier mariage de l’année, retentissant comme les grues cendrées. L’amour est là. Et cætera. 

 

…e la nave va…

  1. Lire le billet lié « Un mec bien ». []
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Bien parti pour

Illustration © Annie et Cyprien Luraghi 2011

Chaud devant. Le poste de commandement de l’Ici-Blog bourdonne comme une ruche : trois abeilles charpentières inspectent les poutres du plafond pour y forer leur trou et une paire de mouches se donne bien de la joie sur le rebord de la table en bois d’arbre.

Rien n’est plus délicat que de manœuvrer entre les essaims de martinets et d’hirondelles : le pilotage demande du doigté et une longue expérience à la barre : pas question d’abîmer les flancs de mon petit navire, ou de froisser le plumage de ces délicats zoiziaux.

Le rostre fier de l’Ici-Nef fendant la mer de Fiel évite les écueils de l’archipel des Atrabilaires, préservant sa pointe en morille aciérée pour l’éperonnage des coques ennemies en vue. Pour les faire s’ouvrir, il faut bien plus que des chatouillis : valves serrées comme des mâchoires saisies d’un trismus tétanique, ne laissant s’échapper que des excreta secs de manière sporadique. Une spore ne s’y immiscerait pas tant elles sont encoquillées, ces coques cons.

Tristes mollusques musculeux tout en masséters crispés : bientôt vous serez écalés, faut vous faire une raison. Au court-bouillon, les sinistres ! C’est que j’ai des ventres à remplir : dans les soutes ça s’agite et crie famine ; vivement la prochaine armada, qu’on puisse s’en coller plein la lampe et regarnir la cambuse.

Sans ces mornes coques, que serions-nous ? On ne pourrait même pas sucer des roudoudous.

***

Soudain j’ai faim. Des coques aux morilles juste avant le bouquet final du feu d’artifice de la Fête Gniassionale, vite !

E la nave va…

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Tout un plat

Photo tritouillée par Cyp d'un plat de maquereaux préparé par Annie © Luraghi 2010

 

On fait tout un plat de tout ; l’époque veut ça. La polémique bat son plein à grande échelle et s’étale à la une des journaux les plus sérieux. Des morceaux de matières plastiques provoquent des émois planétaires et la façon dont tel ou telle se revêt le corps fait pousser des haut cris comme au temps des croisades.

Je suis sûr que le sang a coulé à propos du dernier combiné téléphonique de poche en vogue ; on s’étripe bien pour des femmes ensachées et des plumes ou autres accessoires ostensiblement plantés dans des parties charnues.

Ça passe son temps à se friter la gueule sur des broutilles, le populo. S’entend : il ne faut plus dire ce mot qui fait tache, mais le peuple, la Nation ; et il est d’usage en ce pays de  compléter ces expressions par française ou français parce que ça la fout bien et ça en colle plein les mirettes de l’Ennemi. Qui est partout et n’attend que la perte de notre proverbiale vigilance pour frapper un grand coup. Au cœur de notre force de dissuasion. Boum. Sirènes des pompiers.

Comme l’Ennemi ne vient pas ou si peu, le peuple français monte le guet et se relaie par quart et finit par virer bredin comme le lieutenant Drogo dans Le Désert des Tartares de Dino Buzzati.

Devenu fou comme un lapin, le peuple français gauchement engoncé dans sa Nation s’entredéchire pour des futilités : le pape par exemple. Aucun intérêt, le pape, si ce n’est qu’il est un excellent combustible pour conversations enflammées. Pareil pour les imams farouches : qu’est-ce que j’en ai à foutre, de ces insignifiants agités ?

Polémique, polémique… qui dit agités dit agitateurs. De peuples. « On régit un grand état comme on fait cuire un petit poisson ». Lao Tseu voyait juste, mais pas nos grands bergers. Bush II avait trop remué la poêle, Adolf tout cramé le poiscaille au chalumeau et des petits Berlus et autres Sarkolas de pacotille s’efforcent à merder lamentablement leur tambouille et ne parviennent qu’à l’insipide surimi au bout du compte.

Le surimi : je suis sûr que le sang a coulé à propos du surimi. Des tas de gens n’ont pas dormi la nuit à cause de la guerre du surimi.

Autant que chez les aficionados et les anti-corrida, les pro et les anti-burgers…

La guerre du surimi n’a pas encore eu lieu ? Qu’à cela ne tienne : lançons-là ! 

[buccins, sang et poussière de cohortes en marche dans le lointain]

 

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Fut glace fugace

© Cyprien Luraghi 2008Tout est pris, soudé, en bloc. Mais n’allez pas croire que ça fait bloc : c’est des glaçons chacun dans leur coin, qui se les pèlent et s’épient en chiens de faïence loin de l’un, de l’une.

Des blocs de chair fondant en se frottant le lard aux autres larrons dans de trop éphémères raouts, en de lointaines capitales. Et qui passent à la casserole et puis au four et se flambent aux alcools capiteux pour se finir aux digéros fulminants et décapants chez la mère Dodu, pourquoi pas donc ; quelle belle et bonne idée de se dégeler par les temps qui courent : c’est une époque à griller au chalumeau tellement elle est glaciale.

Dégeler ou se coller des dégelées ? ou les deux ? ou rester tout glaçon comme les passants gris des rues marmoréennes où le moindre pas résonne et fronce les sourcils des résidents. Tsk, tsk : très peu pour nous.

Ah et puis c’est trop court le temps d’un grand réchauffement, toujours. Si c’est trop long, c’est pas une fête. C’est comme un billet de blogs : court et jouissif, si possible. Sinon il y a les volumes de la Pléiade dans la bibliothèque, à portée de main.

On y entre cru et on en ressort cuit. On n’a qu’une seule envie : remettre ça sur le gaz en rentrant chez soi plein gaz sur le verglas.

Frottons-nous la couenne !

***

Touillé sur la gazinière de la Maison de l’Horreur avec deux idées de Marina et Sambucus, que vous lirez ici : CLIQUEZ DUR (la page est longue à charger).

 

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