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En manque

La prohibition, c’est des mafias et des flics.

La crise aussi ; d’ailleurs tout ça fait bon ménage d’ordinaire et depuis bien longtemps.
La prohibition engendre des monstres : toute frustration fait ça.

Ne pas avoir sa dope rend fou.

La crise, c’est le manque. D’objets matériels ou culturels et de denrées consommables.
La crise, c’est aussi le courroux créé par le manque qui fait descendre le drogué
dans la rue
indigné.

Le manifestant nourrit le flic qui lui tape dessus.
Il lui paye les traites de son appartement.

La prohibition et sa sœur la crise sont les mamelles du servage et du décervelage.
Savoir qu’elles n’existent que si l’on y croit,
et savoir aussi qu’en ce cas vous serez honnis par les serfs décervelés.

E la nave va…

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ÇA PERLE…

Illustration originale © Liger 2011

Saperlipopette ! Le dernier centile sent-il ?

La boulimie bien « involontaire » de la crème des assujettis à l’ISF laisserait-elle place à une période d’anorexie toute aussi « involontaire » ?

Depuis quelques semaines aux États-Unis se succèdent des déclarations bruyantes de Crésus[1] bien en vue, implorant publiquement la rédemption fiscale. Un mouvement vaguement imité en France.

Henri Guaino, l’éminence, crise [2] et Fillon prépare 2017 en remontant son col de blouson.

Le désamorçage trop clairement bidon du bouclier fist-all n’a donc pas suffi. Et l’obsession du scrutin présidentiel à venir pousse chacun à prendre l’initiative, c’est à dire à souhaiter tout haut ce qu’il ne peut empêcher tout bas.

La France héritière, celle qui se lègue tôt (et meurt plus tard) a les chocottes, mais pourquoi ?

Tout fout le camp, et ce que représentait Cuba ou l’URSS pour les activistes de gauche des 70’s, c’est à dire une base arrière idéologique et menaçante, disparaît à son tour pour les gentils des films de Berlin-ouest.

USA c’est plus ça, les paradis fiscaux n’échapperont pas aux conséquences de mesures de rétorsion plus ou moins démagogiques des pays occidentaux en crise, c’est à dire leur totalité. Même la Suisse fait dans l’auto-flagellation préventive avec l’Allemagne.

Preuve de la déconfiture occidentale, les dernières valeurs refuge sont l’Asie et l’or. Le défiscalisé rit jaune, fait volte-face et son front perle à rebours[3] .

Ne nous leurrons pas. Ce ballast est juste une stratégie de déminage social et de survie d’une caste. De la barbaque jetée aux piranhas pour passer le gué.

Mais ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir autant de Rolls en surchauffe, ni autant de crétins manger leur chapeau.

E la nave va…

  1.  Riche, roi de Lydie aussi []
  2. Merci à Homere pour l’info. []
  3.  Pas pu m’empêcher []
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Hope for Happiness

Près de Tournon d'Agenais - Photo © Nono - Tritouillage © Cyp Luraghi 2010

Ça rigole plus : le monde est dans la rue à battre le pavé dans la bruinasse. Pourtant la calorie se conserve au chaud du clos logis par les temps qui courent, où on se les pèle en métropole.

Rien que ceux-là. Sans parler de ceux qui même le cul collé au poêle à mazout s’emmerdent à cent sous de l’heure − et encore : allez trouver cent sous de nos jours, où la jeunesse turbine à l’œil en stage pendant des mois et des années, pour plus tard travailler plus longtemps à cause de l’espérance de vie qui verdoie et de la thune qui merdoie.

Pas de quoi se marrer : tout est moche partout en France, sans déconner. D’ailleurs la déconnologie, c’est fini. La tristologie est de rigueur parce que justement : la Rigueur est de sortie et que ça va chier encore pire que depuis les trente cinq dernières années de crise qu’on se farcit. On n’a rien vu, je vous dis : le pire est à venir.

Parce que la propagande nous fait gober tout ce qu’elle veut : que les juifs-émissaires de la Zone − gitans et musulmans  − égorgent nos fils et nos compagnes, sauf que le péril est jaune comme l’Orient est rouge. C’est pas marrant et carrément flippant : les Chinois à Paris, bientôt… voilà ce qui nous attend avec le gouvernement actuel : quinze heures de boulot avec le chef qui vous postillonne dans la gueule six jours par semaine pendant cinquante ans, sinon pas de retraite. Et fini les congés payés : il faudra rembourser aux actionnaires du royaume la dette monstrueuse causée par le Front Populaire et ses foutus accords de Matignon.

Il y aura encore des décennies de crise; des siècles de Crise avec un grand C qui n’en finira plus d’engraisser à vos dépens. Pas de quoi se réjouir en vérité.

C’est pourquoi j’ai pris les devants en laissant pénétrer une paire de Témoins de Couinovah dans la Maison de l’Horreur l’autre matin[1] et de les inviter à disserter de la tristesse universelle et à leur ouvrir mon cœur à propos des tourments qui me triturent la tripe alors que la Force Déconnique m’a laissé tomber comme une vieille chaussette. Comme le Témoin de gauche me proposait une ristourne d’un tiers sur la cotisation annuelle : j’ai craqué. Soixante six balles je peux; mais pas cent.

C’est sympa chez les tristosses : on couine en se faisant la compète de celui qui tirera la tronche la plus longue. Comme un concours de bites mais en plus soft. Tout est doux chez Couinovah : ouatiné comme un nimbostratus de crachin. On se les pèle pas mal dans leurs temples ouverts à tous les vents, mais pas plus que dans une manif; on s’y tient au chaud tous ensemble tout pareil.

***

[rive nord, cinq heures moins vingt : un kondukator assoupi sur son clavier est secoué par une décharge nerveuse; son petit cœur fait boum, boum : encore cette saloperie d’horloge de la gazinière qui fait ting-ting quand ça lui chante; après s’être ébroué et avoir poussé son gluttement rauque, il appuie négligemment sur la touche « publier » de son billet et hop.]

***

Ce billet-express a été inspiré par un com de Homère sous le billet précédent, suivi d’une longue papote super sérieuse alors que j’écoutais « Hope for happiness »[2] de Soft Machine à fond à l’atelier.

E la nave va…

 

  1. Vers quatorze heures douze, plus précisément… []
  2. Là :  CLIC  []
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Anatomie de l’anémone

Photo © un ami d'Homère - tritouillage : Cyp Luraghi 2010− Passe-moi le sel.
− T’es manchot ou quoi ? plus feignasse que toi tu meurs. Respire un bon coup : le sel viendra tout seul en courant. L’espoir fait vivre.
− Il est bien, le nouveau fauteuil… moelleux et tout…
− …sauf que tu vas encore me le dégueulasser en moins de deux, à bâfrer en en foutant partout. Comme l’autre. Six mois il aura duré avant qu’on le vire à la benne. On n’avait même pas fini de payer le crédit. On va encore avoir les huissiers au cul.
− Faut dire que rose clair c’est salissant. Le poisson gras, ça tache en profondeur et pour le ravoir, tintin. Espérons que bleu électrique, ça résiste plus longtemps… parce que c’est pas avec la crise du plancton qu’on pourra s’en repayer un autre de sitôt…
− Y a quoi à la télé ?
− Comme tous les vendredis : poiscaille au self et Thalassa sur la 3.
− Fait chier. Même pas de câble, dans ce trou. Je parle même pas du satellite. Faut pas rêver. Enfin, je me console en pensant qu’il en a des plus à plaindre : ils en sont réduits à sucer des cailloux, tellement c’est misérable dans leur brousse. À tel point qu’ils viennent  jusque chez nous pour bouffer les restes…
− Il reste des crevettes, au fait ?
− Tiens, prends les miennes… ça me dit plus trop depuis l’émission de l’autre jour.
− An bon ? ils en disaient quoi, des crevettes ?
− Que celles qu’on trouve par ici sont importées par bancs entiers de mers lointaines et polluées, et qu’elles sont bourrées de saloperies chimiques et produites dans des conditions inéquitables et pas éthiques.
− Peut-être… en attendant elles sont pas chères et plus grassouillettes que celles d’avant le déménagement…
− …mais moins goûtues, tout de même… enfin : ça se laisse déglutir. Vaut mieux pas savoir, des fois…
− Quand même, ça me fait souci, tout ça… j’vais p’t’êt’ bien voter pour les Verts, le prochain coup…
− Qu’est-ce que tu crois qu’ils vont faire, tes Verts ? rien du tout, oui. Pas plus que les Oranges, les Roses ou les Bleus. Je te parle même pas des Rouges. Berk. Nan nan ma p’tite bobonne : moi je voterai Brun, rien que pour leur foutre les boules, aux squatteurs qui se sont installés sur le rocher d’à-côté. Vont finir pas nous bouffer, je te dis.

Ici c’est chez nous et qu’on vienne pas nous y emmerder ; du moment qu’on a des crevettes qui nous tombent dessus, je me tape du reste.

J’te jure : j’en ai même vu une qui se baladait en burqa, l’autre jour… on aurait dit un sac… pas une tentacule qui dépassait…

[sirènes de police dans le lointain]

 

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Retaper le monde

Roue de Berliet - © Vincent Montagu (Sambucus) 2009Le moteur du monde est grippé : il faut le démonter pièce après pièce et puis le laisser tremper dans l’huile dégrippante ; remonter le tout et procéder à plusieurs essais avant qu’il ne consente enfin à tousser et cracher du pot, signe indubitable de sa santé de fer retrouvée.

Ensuite il faut mettre les mains dans le cambouis et le nettoyer, puis couronner l’ouvrage en oignant le moyeu de graisse fine. Il en va ainsi de nos sociétés humaines quand elles s’épavisent : pour les ravoir il faut les dépiauter jusqu’à l’os, et puis les reconstruire, sinon on n’ira nulle part sur des roulettes, mais péniblement dandinant sur nos deux pattes frêles.

Il en est qui font tourner la mécanique en faisant fi de l’entretien : alors elle casse, comme c’est le cas en ce moment : la Fistule Financière  appelée pudiquement La Crise s’insinue par une infime lézarde au travers du métal épais et le piston se coince ; la roue tourne un temps encore et puis s’immobilise et rouille à cœur.

Quand je pense qu’il y en a qui persistent à croire que ça peut rouler en l’état. Ils se gourent. Et d’autres qui tapent de toutes leurs forces sur la carrosserie morte. Ils la bossèlent et se fatiguent mais finiront le trajet à pied. Tout le monde à pinces, bande de singes !

***

Décortiquer méticuleusement et bien comprendre à quoi sert le moindre des rouages, d’abord. Après trempette antirouille, n’oubliez pas. Faut décrasser et s’en coller plein les pattes de dégueulasserie. Parce qu’une société ayant beaucoup roulé est dégueulasse. Obligé : elle ramasse de la merde en avançant. C’est sous la couche que c’est intéressant : ça brille et c’est beau.

Entre les deux, le cambouis : j’aime y attarder un doigt ; il est la quintessence du chemin parcouru par une vie de roue. J’aime égrener la rouille entre pouce et majeur : son fer péniblement extrait par des mineurs retourne à la terre d’où il vient. Je ne pense à rien d’autre, ce moment-là ; mes mains continuent machinalement à démonter, démonter encore. Je ne pense pas au temps que ça prendra : il n’y a pas méthode plus valable et je le sais. Rien de fondamental ne se fait rapidement. Les sept jours de la Genèse : foutaise.

Un jour, j’aurais remonté la trapanelle[1] et je fendrais le vent sur mon destrier en épatant la galerie de tous mes chromes rutilants.

 

  1. Une vieille bagnole ou mob pourrave. []
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