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Coco dans l’œuf

Dessin de Jacques Faizant - 1945

 

Je cherchais une illustration pour un de mes commentaires dans Rue89 : on parlait du capitalisme.

Une image m’était revenue à l’esprit : celles des Trois Méchants Gros, un des rares livres de mon enfance, avec le dictionnaire Quillet-Flammarion, le tome 19 du théâtre de Voltaire et « l’Arthrose chez les gens du monde », tous bouquins glanés par mon père sur ses chantiers. Le papier du Voltaire m’impressionnait par son toucher, et j’étais épaté par les mots compliqués du traité sur l’arthrose : je n’y pigeais que dalle, mais c’était bien.

Et les Trois Gros. Là je comprenais tout : c’était un conte de fées sans fées.

Le populo d’une petite ville s’en prenait plein la gueule dès le premier chapitre : les Trois Gros planqués dans leur château tiraient à boulets rouges dessus, les morts jonchaient le pavé, les yeux exorbités fixant le ciel ; ça sentait le désespoir et les fleuristes continuaient à vendre des fleurs en maudissant les révoltés qui avaient osé attaquer le château des Trois Gros.

L’armurier Prospéro avait été enfermé dans une cage en fer en haut d’une tour… mais le funambule Tibul courait toujours…

Et il y avait un bon savant : le docteur Gaspard Garneri, et la belle Souok, un petit prince…

Je ne trouvais pas et ça me faisait râler : j’avais la couverture des Trois Gros gravée dans ma mémoire depuis quarante ans et je m’en démordais pas : elle allait illustrer parfaitement l’article. Celle-là et pas une autre. Mais elle n’était nulle part sur l’internet. Rien. Juste une pâle imitation de l’originale dans une réédition de 2003 chez l’Âge d’Homme. Donc j’ai cherché autre chose en me rabattant sur le site de l’Assiette au Beurre : devait bien s’y trouver mon petit bonheur. En effet, une image de Galantara publiée en juin 1907 tomba à pic :

 

Galantara - Capitalisme - 1907

 

Tout en fin de soirée, vers quatre heures du mat, j’allais éteindre la machine et préparer la cafetière pour mon petit lever, quand je vis la page de recherche encore ouverte… ça m’avait titillé : ce bouquin, je l’avais lu trois cent mille fois. Je pouvais le réciter par cœur à dix ans : je n’avais rien d’autre à me coller sous les yeux. Je connaissais le moindre détail de ses illustrations, le grain du papier ; j’étais l’amoureux de Souok : Tibul. C’était mon livre, le seul.

C’était impérieux mais je n’y croyais pas ; pas question de craquer pour la réédition : l’original ou bien rien.

Je n’ai pas eu le temps de me monter le bourrichon : une librairie de Saint-Étienne en avait un exemplaire : vingt-trois balles et des poussières port compris.

***

Quand je l’ai rouvert, quarante ans après l’avoir quitté – je l’avais offert à une fillette dont j’étais épris et qui s’en foutait – tout est revenu d’un coup. Le bonheur. La joie dans la révolte, le rêve, la fantaisie débridée, les grands sentiments, la brutalité des tout puissants. Tout. Comme une bouteille naufragée d’un grand rouge fort de cépage, perdue au fond d’un cellier en ruines, intacte sous les décombres.

C’est ce livre qui a fait de moi une racaille gauchiste : il m’a tout appris et même si Iouri Olecha ne le saura jamais, je le remercie d’avoir posé mes roues sur les bons rails.

Il a toujours été la pierre de touche avec laquelle j’ai pu distinguer une sèche doctrine claquant comme un couperet, de la joie de la révolte des petits relevant la tête face aux grands,  trempés de larmes et du sang des leurs, juchés sur leurs cadavres pour foutre sur la gueule aux gros méchants… et faisant la fête finale, après avoir bien lutté.

Le funambule Tibul

Le funambule Tibul

 

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Même combat

© Cyprien Luraghi 1990

Fait unique dans l’Histoire, le peuple népalais a élu une Assemblée Constituante à majorité maoïste il y a quelques jours, signant la fin d’une dictature immonde et l’avènement d’une république dont il attend qu’elle le sorte de sa misère extrême.

Maoïsme = Pol Pot ou répression sanglante des Tibétains.

Pas sûr du tout, au Népal.

Je vous invite à suivre le fil de discussion suivant l’article que j’ai publié sur rue89 il y a quelques jours, histoire de voir les choses différemment : CLIQUEZ ICI POUR VOUS Y RENDRE

Et à ce soir pour le quarantième épisode de Ver de Notaire.

 

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MAOBADI AK47

 

Jonathan Alpeyrie [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0) or CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Cliquez dans l’image pour lancer la vidéo.

 

Je l’ai regardée l’autre soir avec mon fils Gaspard ; il m’a dit :

— Ça n’a vraiment rien à voir avec les films de guerre.

Chaque balle compte ; c’est des pauvres.

* * *

La guérilla maoïste a déposé les armes l’an dernier, après la Révolution d’avril. Leur chef, Prachanda, siège actuellement à l’Assemblée constituante népalaise, avec une coalition de partis politiques allant de la droite ultra libérale à la gauche socio-démocrate. Les maos gèrent cinq ministères. Le sort du roi déchu Gyanendra se décidera le 22 novembre, par voie référendaire. Sortis définitivement du maquis, les pontes maoïstes se laissent pousser la bedaine et s’amollissent doucement. C’est tant mieux ; un Pol Pot, c’est déjà un de trop.

Dans ce document de propagande pris sur le vif, les maos sont en vert, les soldats de l’armée officielle en gris. C’est avec seulement 35 000 combattants que l’Armée Populaire a forcé le roi tyran à déposer sa couronne. La Grande Bretagne et les USA ont abondamment fourni l’armée régulière, forte de 250 000 hommes, en matériel et en formation militaire.

Le Népal n’ayant aucune ressource naturelle exploitable par les pays prédateurs, ils ont laissé tomber le roi, pour le plus grand bien du peuple népalais, qui n’aspire qu’à une chose : qu’on leur foute la paix. D’ailleurs ils se débrouillent très bien comme ça.

Il est intéressant de noter que l’intégralité des cadres maoïstes sont de bons hindous de haute caste.

C’est le Népal.
Et au Népal, on dit Maobadi pour maoïste. 

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Drôle de coco

 

J’ai toujours été communiste dans l’âme.
Dans le fond aussi, je suis un Rouge.
C’est vachement mieux que le fascisme :
Le communisme, c’est la politique du rêve,
Ça n’a jamais existé, alors on peut l’imaginer.
Ça nous crouicrouite dans l’estomac
Comme l’odeur d’un bon poulet.
Que le fascisme, c’est une tout autre histoire :
Là, non merci, on a déjà goûté : c’est dégueulasse.
Même chez les fachos, y a des cocos.
Dans le chili, et au Chili aussi. Con carne.
Et les cocos fachos ? Ben ils sont proids…

 

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