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Les sanglots longs des violons…

Illustration © Cyprien Luraghi -ICYP - 2017

Enfant, fasciné par les virtuoses du piano que je voyais à la télé, j’avais décidé, du haut de mes 8 ou 9 printemps, de me lancer dans la grande aventure.

Il y avait dans le village une petite vieille, bigote et célibataire, qui avait appris le piano avant la Grande Guerre, parce que dans ces milieux-là, il était de bon ton que les filles jouent du piano. C’est elle qui allait faire de moi un nouveau Chopin.

Premier problème: elle habitait dans une toute vieille maison lugubre, avec des hauts plafonds, un lino élimé au sol, une déco presque aussi vieille qu’elle, et un piano qui avait dû passer les Alpes avec Hannibal: désaccordé, des plaques d’ivoire manquantes, des cordes cassées. Et pour couronner le tout, elle avait trois vieux chiens (fille, mère et grand-mère) galeux, pelés et puants, à qui il arrivait de s’oublier sur le lino…

Bon. On commence par apprendre le solfège, en noircissant des portées dans un petit cahier. Une ou deux semaines plus tard, j’égare ce cahier (c’est à cet instant précis que Freud, du fond de sa tombe, a ouvert un oeil inquisiteur et l’a braqué sur moi sans plus jamais me lâcher depuis). Ce cahier n’a jamais été remplacé, ce qui fait de moi, encore aujourd’hui, un analphabète de la musique.

Au diable le cahier et le solfège, on passe directement à l’instrument. Etant, comme je l’ai dit, analphabète en la matière, je devais, pour chaque note, partir du « sol » (que je reconnaissais) et compter chaque degré pour arriver à la note que je tapais sur le clavier. Tout ceci, uniquement avec la main droite. La main gauche, c’est la vieille qui s’en occupait et qui plaçait mes petits doigts sur les touches appropriées. Je n’ai jamais su lire la portée de la main gauche. Quant au rythme, vous aurez compris…

Très vite, j’en ai eu marre et j’ai voulu arrêter. Las, c’était compter sans ma mère, pour qui un enfant ne peut pas faire de caprices. « Tu as voulu faire du piano, tu en feras jusqu’à 40 ans ». Pourquoi 40, je l’ignore, mais vu qu’un enfant croit facilement les adultes, cette perspective n’a fait qu’ajouter à mon tourment. J’ai donc continué les leçons pendant quelques années (3 ou 4, peut-être), ce qui a provoqué en moi un blocage absolu en matière de musique. Ben oui: forcer un gosse non doué au départ à jouer du piano dans des conditions horribles et lamentables, ça ne forme des Chopin que dans les contes de fée…

Bien plus tard, vers 40 ans (c’est là que Freud, du fond de son sépulcre, a eu un début d’érection qui ne l’a plus lâché depuis, ce qui explique le léger déplacement de sa pierre tombale), après avoir traîné mon traumatisme comme un boulet pendant toutes ces années, je me suis remis en question et me suis demandé si j’étais fondalement nul en musique, ou si le blocage en moi induit pouvait s’effacer devant une froide détermination.

Le violon, cet instrument du diable, est mon instrument favori. Il est en prise directe avec mon âme, il me fait fondre en n’importe quelle circonstance.

Mettant toutes les chances de mon côté, je cherche un prof de violon. Je tombe sur une petite vieille (si ma mémoire est bonne, je crois que c’est à ce moment que Freud a fait un léger infarctus), nettement moins vieille que l’autre, et qui habitait une jolie maisonnette très agréable, avec une grande cage et deux perruches.

« Les dieux sont avec moi », me dis-je. Je vais enfin vaincre cette malédiction. À défaut de Chopin, je serai le Paganini 2.0.

Commencent donc les cours. Bon. Il faut dire que le violon a ceci de diabolique qu’il est binaire: il vous élève, ou il vous torture. On sait en jouer, ou on ne sait pas. Il n’y a rien entre les deux extrêmes. J’avais beau m’acharner, il était très difficile de simplement faire craquer les crins de l’archet pour enclencher la vibration des cordes. Mais quand Paganini vous tend les bras, vous agitez les vôtres comme un Tzigane amoureux jouant « Les yeux noirs » devant un feu de camp pour attendrir sa dulcinée. Et pendant ce temps, les perruches chantaient à tue-tête, car les oiseaux aiment la musique.

Un soir, je rentre chez moi, et devant la porte je trouve un petit oiseau blessé qui battait désespérément de l’aile, après avoir malencontreusement croisé la route d’un de mes chats. N’écoutant que mon grand coeur, je le recueille délicatement au creux de mes mains et je l’installe dans ma chambre, après l’avoir placé dans une cage à chat pour le protéger d’une deuxième salve.

Et c’est là qu’Euterpe me souffle délicatement à l’oreille: « Les oiseaux aiment la musique, joue-lui un peu de violon pour alléger ses souffrances ». (Elle l’a dit en grec, mais je traduis)

Fort de ce sage conseil de ma muse bien-aimée, j’empoigne l’instrument et je joue quelques morceaux près de la cage. Puis, je vaque à mes occupations. Je reviens une demi-heure plus tard…

L’oiseau était mort!

Plutôt que Chopin ou Paganini, j’étais devenu le seul être humain capable de tuer par la musique. J’ai regardé mes mains tremblantes, tenté de calmer les orages qui se bousculaient dans ma tête, et j’ai pris la décision la plus lourde de ma vie: j’ai définitivement raccroché mon archet.

Une seule chose me console, pourtant. Si, enfant, je n’étais pas Mozart avec son oreille absolue, je sais que quand je serai vieux, j’aurai au moins quelque chose de Beethoven.

(e la nave va…)

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Chauffe la couenne !

Illustration © Cyprien Luraghi 2016 - ICYP

*

Ingérer, accumuler, profiter.
Les jours rallongent, la sauce aussi.
Ça sent la casserole.
Et la jonquille en attendant les lilas.

*

L’Icyp : 14 ans au compteur et 500 000 commentaires.

…E la nave va !

 

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Par Toutatis !

Illlustration © ICYP - tritouillage : Cyprien Luraghi 2015

Il fait nuit. Vous roulez tranquillement sur une route de campagne. Soudain, dans un virage, quelques sangliers surgissent sous vos phares. Embardée, tonneau, arbre ; vous êtes mort.

Il fait nuit. Vous êtes tranquillement assis à la terrasse d’un bar. Soudain quelques bipèdes armés surgissent devant vous. Rafale, cris, une douleur indicible vous déchiquète l’âme ; vous êtes mort.

Les sangliers, associés à leurs frères d’armes les chauffards et autres bêtes sauvages, tuent et estropient des milliers de gens chaque année en France. Un vrai carnage, qui se répète tous les jours, tout le temps, partout. Et pourtant, curieusement, personne n’envisage jamais de ne plus utiliser sa voiture de peur d’être victime d’un sanglier, d’un ours ou d’un chauffard. Jamais les autorités ne recommandent de rester chez soi de peur qu’un tel drame survienne.

Les bipèdes armés, eux, font beaucoup moins de victimes. Même après la tuerie du 13 novembre, le décompte de 2015 n’est même pas au niveau d’un mois de victimes de sangliers, ours et autres chauffards.

Et pourtant, chacun est pris d’une angoisse à l’idée que lui ou ses proches sortent dans la ville en période d’attentats. Et les autorités recommandent de rester chez soi, c’est plus sûr (même si la ministre aux yeux de velours nous met en garde contre les terribles accidents domestiques qu’on n’attrape que chez soi et pas dans les lieux publics).

Ça n’a pas de sens. Ce n’est pas parce que ces bipèdes armés sont mus par des intentions criminelles qu’ils sont différents des sangliers ou des ours. Ce qui importe c’est le résultat : la tuerie aléatoire, la faute à pas de chance d’avoir été pris dedans, d’avoir été sur le trajet des sangliers ou à cette terrasse de bar ; c’est la même chose. Au résultat, on est mort par hasard sans que personne ait eu l’intention de s’en prendre à nous en particulier.

Du coup, si ce n’est pas de l’inconscience de prendre sa voiture quand on connaît l’hécatombe annuelle des sangliers, des ours et des chauffards, ça n’en est pas plus d’aller au théâtre et en terrasse de bar dès que les salles et troquets seront à nouveau ouverts. Ça n’a rien de courageux de ne rien changer à ses habitudes après un attentat, aussi épouvantable soit-il. C’est tout simplement du bon sens ordinaire, de la sagesse proche du sol, de la dignité, de même qu’on reprend sa voiture après avoir lu le bilan du mois dans le journal. Le bipède armé et le sanglier, c’est la même chose, et cela relève de la calamité naturelle, des choses qui arrivent et auxquelles individuellement on ne peut rien.

Alors c’est vrai, le bipède armé a décidé de tuer, de massacrer, pour des raisons qui ne regardent que son cerveau sommaire et dérangé, manipulé par des cerveaux tout aussi malades, mais loin d’être sommaires, eux. C’est agaçant de se dire que s’il nous tue, c’est parce qu’il l’a décidé, contrairement au sanglier, à l’ours ou au chauffard. Mais ce n’est que pour lui que ça fait une différence, pas pour nous.

Le problème, c’est que ce bipède armé semble proliférer exagérément ces derniers temps. Ça c’est très fâcheux, et de même que les autorités et sociétés de chasse organisent des battues pour liquider le trop plein de sangliers et éviter la prolifération des accidents, les autorités doivent organiser des battues à bipèdes armés pour éviter qu’ils prolifèrent exagérément. C’est le travail de la Police, de la Justice et des Services Secrets, et c’est un travail qui est bien fait, inutile d’en rajouter à l’infini.

Mais tout comme les battues à sangliers n’éradiqueront jamais toutes ces bêtes et qu’ils continueront donc à tuer tout au long de l’année, les battues à bipèdes armés n’empêcheront jamais que des attentats soient commis ; au mieux ils en limiteront le nombre.

Il faut donc s’habituer à vivre avec cela, et considérer que les attentats font partie des calamités naturelles, comme les avalanches, les inondations, les cyclones, les chutes de météorites, les déclarations de politiciennes blondes et les sangliers qui traversent les routes dans les virages. Ainsi on peut les mépriser sans revêtir sa panoplie de Superdupont, mais tout en restant des gens ordinaires, qui se contentent de ne pas vivre dans la peur.

Et c’est pour cela que le combat de ces organisations terroristes est perdu d’avance, à condition que la population garde son sang-froid. L’idéal d’ailleurs serait de ne jamais nommer ces bipèdes armés, de ne jamais leur donner de visage. On ne devrait jamais parler des frères Kouachy ni diffuser leurs portraits et raconter leurs vies. On devrait parler des tueurs de Charlie Hebdo, voire des frères Ducon, et s’en tenir là. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire « j’ai été tué par Marcel le sanglier », au risque que Robert le sanglier se dise « Marcel est un héros, un modèle pour moi, je vais emboîter ses pas et aller me poster dans un virage».

Il paraît que nous autres Gaulois n’avons peur que d’une chose, c’est que le ciel nous tombe sur la tête. Mais ça, c’était vrai dans l’Antiquité. Depuis, le ciel nous est si souvent tombé sur la tête que nous y sommes habitués, et ça ne nous fait plus peur. Ce qui nous permet de montrer notre cul en rigolant à ces bipèdes armés et de leur affirmer qu’ils auront beau massacrer et détruire autant qu’ils le voudront, ça n’y changera rien, on ne peut rien contre les calamités naturelles, et la multitude innombrable des rescapés de près ou de loin poursuivent leur bonhomme de chemin et ont tôt fait d’oublier la coulée de boue meurtrière déposée comme une déjection canine sur un trottoir parisien. Quant à eux, les bipèdes armés, lorsqu’ils se présenteront au guichet des enfers, ils y trouveront leur dieu qui tout comme nous leur montrera son cul en rigolant avant de les précipiter dans la fournaise, tandis que les soixante-douze vierges retourneront à leurs ébats saphiques.

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

…e la nave va…

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Vent de rumeur

Illustration © Cyprien Luraghi 2013

Serge à l’assaut

On dirait pas mais il s’en passe de drôles à Puycity ces derniers temps…  en 2009 on a eu la mante Caroline à la maison, qui frayait avec le petit goret de porcelaine. Elle était tombée dans la cheminée, à côté du pot de pommade Cochon et puis restée quelques jours en notre compagnie avant de prendre son envol au delà de la porte rouge.  

Et puis Serge s’est radiné cette année à la mi-juin avec ses airs de faux garçon, tout speedé et cliquetant des élytres, atterrissant dans les cheveux d’Annie. Puis s’est viandé sur le parquet avant d’entamer l’escalade de mon blue jean avec des intentions que je ne préfère pas savoir. Enfin s’est cogné partout avant d’aller roupiller bien planqué derrière le buffet. Et redécoller après le café, à l’heure des nouvelles du dehors, poussées au vent de notre petit quartier − dit de la Pétaudière par les méchantes langues des péteux du haut bourg. 

***

Après-midi

Le voisin de gauche passe boire un caoua et papoter un brin, et puis à l’atelier un peu plus tard ça cause politique avec un client devenu copain − il est du Front de Gauche et commence lui aussi à en avoir jusque là du furieux bruyant cramoisi de pacotille qui leur sert de grand chef, pour l’heure. Faut croire que l’ambiance atroce du quinquennat d’avant a pénétré bien des esprits à cœur, pour que le Peuple[1] acclame une réplique de son détestable papa national éjecté en mai de l’an passé.

Et les fachos ont une maman d’enfer
tout en viscères.
Dents de murène et haine sourdant aux commissures,
tout en crocs
commerciaux.

***

Trois heures la nuit

Le voisin d’en face se rend au boulot à la boulangerie du coin de la venelle. Il me fait un salut en se tournant vers la fenêtre de la cuisine et je le lui rends : un autre rituel qui rythme mes nuits immuablement. J’aime ce moment. Et le petit quartier à l’entour avec son petit monde bonhomme, déambulant. Et ses petites bêtes qui ne mangent pas les grosses et font escale au gré du vent…

Caroline © Cyprien Luraghi 2009

 

E la nave va…

  1. Putain qu’il est GONFLANT le Chon avec ça aussi… []
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Sujet cochon

Vidéo : © 2010 - BTS Communication Renoir - Paris - Avec Nono.

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On parle pas assez de trucs cochons sur l’Ici-Blog, alors que partout ailleurs ça s’étale en tartines à longueur de colonnes. Ça attire du monde à foison et les statistiques de fréquentation des sites foncent droit au plafond comme juste avant que les banquiers planétaires nous vident les poches.

Or tout est bon dans le cochon et c’est tout à fait déplorable de ne pas en parler plus souvent Ici, vu qu’on en est entourés et que c’est le sujet national. Marine le Pen par exemple, en pince pour le cochon dont elle a chopé quelques traits − par osmose sans doute − ; à moins que ça ne soit son vieux cochon de paternel qui en pince pour elle. Va savoir. Je dis ça pour créer le buzz : y aura forcément une chiée de lecteurs qui se chargeront de répandre la nouvelle de par le vaste monde et qui par effet-boomerang m’attireront des hordes de lecteurs. Ça me fera une belle jambe et mon ego hypertrophié gémira de contentement.

Ceci dit, chez ces gens-là on a des mœurs peu ragoûtantes. Comme chez les de Villiers en Vendée par exemple : empalés sur le crucifix et confits de nationalisme vieille France au salon pendant que les enfants s’enculent dans le cagibi.

Le cochon envahit tout ; jusqu’à la charcuterie halal des mahométans : CLIC. On en voit partout au point que ça gêne la circulation. On se sent plus chez nous à vrai dire, mais dans une porcherie. C’est obscène : on les voit exhiber leurs saucissons, poitrines et jambons en plein milieu de la chaussée ; des socialoches roses-bruns au front-nationalises, bras dessus, bras dessous faisant profession de foi et profusion de foie de verrat en terrine sous la bannière de Riposte Laïque.

L’Axe du Bien est foutu je vous dis : ses mœurs dissolues et galantines le dissoudront comme gélatine à gros bouillon et tout ça finira en eau de boudin.

E la nave va…

 

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