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Social Circus

15 septembre 2001

Je ferme ma gueule, il vaut mieux. Quatre jours sans téloche. Déjà qu’on la regarde quasiment jamais. Je dirais des conneries, comme tout le monde, alors je me la boucle. Maintenant l’Amérique braille, c’est bon, je connais le mode d’emploi : mon ex se prénommait Deborah, elle était made in California, et nous vécûmes d’ombrageuses amours à Bodhnath, au Népal autrefois − il y a presque vingt ans… Après de longs sanglots leurs fronts se plissent et, les yeux serrés, les lèvres minces, ils se sentent prêts à tout… et font n’importe quoi…

Mais quoi, les Romains n’étaient guère plus finauds et nous les admirons. Les Jeux du cirque, hein. Bientôt à la télé, je vous promets… Quelle belle arène que le globe ! En attendant des gens se meurent sous nos yeux, un peu partout, et c’est bien triste.

C’est ainsi qu’il vaut mieux se réjouir.
Chez nous, dans le Lot, j’en connais qui se font des réserves : huile, sucre, farine…
Les marchands de mazout sont débordés et l’automne en vue n’y est pour rien.
L’autre matin, au bar de Pouliviac, les papys n’ont causé que tiercé et pas du tout de cul…
À mon avis c’est grave.

*

Avec Annie on est allés chez l’A.S. hier matin. Mon chômedu est arrivé à terme. Un petit bonheur s’achève, mais je ne pleure pas. C’est marrant, en fait je n’ai pas peur. Le maelström, c’est dans six mois et pas avant. Le Cyp en a vu bien d’autres, Annie et les enfants c’est tout kif. On est une sacrée putain de bande, à nous quatre ! Et puis qu’est-ce qu’on peut faire à ça, hein ? Ce qui nous tombe sur le pif…

L’A.S. était du genre buvable, pour une fois. Agralante même, comme on dit en Poitou. Mais elle n’est là qu’en tant que renfort provisoire, et c’est hélas. Car il faut avouer qu’à Pouliviac, l’artiste et le romanichel − qui sont assimilés − sont plutôt très mal vus. On souhaite des RMIstes calibrés, au centre médico-social. De la grosse fille étripant du canard gras en hiver et du trognu timide, du qui bosse dans la vigne quand ça se trouve, des qui viennent pleurnicher quand vient la fin du CDD, des qui suent, des qui n’ont pas droit à l’Assédic. Et qui viennent tendre la main poliment. Le gitou d’origine ou d’adoption faisant peur, on le saque. Ça n’a rien à faire ici. Idem pour les pris de passion : notre voisine Caroline en a très longtemps fait les frais. La dondon moralisante qui fait office d’A.S. à Pouliviac en temps ordinaire, porte haut ses cent quinze kilos, mais là n’est pas le propos. Sauf que sa connerie à soi, on se la porte autant dans son cœur que dans le corps. Et là c’est trop : c’est une grosse qui est une conne. La rombière, quand vous êtes convoqués à neuf heures, se pointe à passé trois-quarts, papote un peu encore avec les collègues à l’accueil (c’est normal, vous n’êtes qu’un citoyen de seconde zone, alors la ponctualité, vous pouvez vous la foutre au cul). Malheur à vous cependant si vous vous pointez en retard, car ce n’est pas permis. Le pauvre se doit de poireauter, cela fait partie de son lot. S’il ne travaille pas, du moins doit-il attendre.

Après son petit purgatoire, il passe, le pauvre. Au suivant… Monsieur, si vous voulez bien me suivre…

Notre A.S. aime à nous conter ses bobos, et il nous faut l’entendre. Ah, l’on est servis, quand enfin on se pose le cul sur le skaï gris du siège face à la guenon. On souffle et elle pouffe. Ensuite, on déballe son chose et on s’agite un peu, en face. Elle vous écoute. Elle se lève, trotte à l’accueil (mais pourquoi donc les formulaires ne sont-ils pas dans son bureau à elle ?) et après un palabre long de cinq minutes elle revient munie de l’imprimé CERFA qu’il faut. Ensuite elle fait sa petite cuisine. Et, bien plus tard on apprend au courrier que la demande de secours d’urgence a été rejetée, ou qu’on a l’extrême indulgence de bien vouloir nous accorder un demi trimestre de tickets de cantoche pour les enfants…

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