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FAIM DE RÈGNE

Illustration © Cyp Luraghi 2011

L’entre-deux est un des trois états du fromage de Cantal et pour les bouddhistes tibétains, c’est l’état intermédiaire entre deux incarnations − le bardo.

Dans les deux cas, le parachèvement du processus est soumis à des règles impérieuses  : tous les affineurs de fromages et les grands lamas vous le diront. L’art et la manière de guider une roue de fromage impeccablement du pis jusqu’à la table ou le mort dans la roue des incarnations jusqu’à son prochain corps, ne sont pas donnés à n’importe qui. 

Pour la Ve République, il n’y a ni bon affineur, ni grand lama : rien que des gougnafiers cupides et malintentionnés laissant pourrir le fromage dans lequel ils se sont installés, et les citoyens errer comme des âmes en peine dans un morne entre-deux bureaucratique.

Fins de race en fin de règne : il n’y a plus rien à en attendre et encore moins à en espérer. Et rien de gai, de neuf à l’horizon. Que du vieux qui sent les vieilles chaussettes flippées, comme l’écrivait Numerosix sur le fil du billet précédent :  

« Un pays entier avec le moral dans les chaussettes. Vous imaginez la TAILLE des chaussettes ? »

Même les morts ont un avenir, mais pas les Français. Ça leur est interdit ; tout leur est défendu et même de rêver autrement qu’en gobant des benzodiazépines. Et ce ne sont pas les élections présidentielles de l’an prochain qui les amèneront à l’orgasme : une fois les petits candidats éliminés au premier tour, il ne restera en lice que deux vieilles chaussettes. 

Tout a une fin : la Ve comme les haricots, et cette fin est proche. Dans une petite quarantaine de quinquennats à peine, la VIe germera et la France aura retrouvé le sourire et l’espoir. Mais il n’y aura plus de Cantal[1] : prohibé par la Fédération Mondiale il sera. Nous serons enfin libérés de ce pénible entre-deux. 

***

Comme c’est pas demain la veille, j’en ai pris mon parti : celui du chien sans collier qui batifole et lève la patte quand ça lui chante − dans une urne, à l’occasion. Faut pas compter sur moi pour expliquer à plein de gens qu’ils ne sont pas des citoyens libres, mais des esclaves chics. Pourtant, deux siècles après la révolution de 1789 ils y croient encore un petit peu alors qu’en 1874, l’éditeur du Dictionnaire Érotique Moderne du grand Alfred Delvau éprouvait déjà ce sentiment en rédigeant l’avant-propos de cet ouvrage, illustrant ce billet. 

Ne pas être dupe, c’est l’assurance de ne pas être déçu et de rester guilleret nonobstant. Et puis nous sommes tout de même des myriades à le savoir : il n’est nul parti politique pour nous représenter. Qui voudrait encore de ces vieilles chaussettes puantes ? À part quelques hordes de méchants et frustes neuneus nationalistes, personne ne votera par conviction en mai prochain. Hulk lui-même n’ira pas scrutiner pour Sarko la fleur à la baïonnette. 

Quant à nous autres gauchos débraillés, il va nous falloir bien du courage pour aller voter socialo… alors un bon conseil : ne lisez plus que les faits divers dans les gazettes jusqu’au joli mois de mai ; éteignez la télé, coupez la radio et déconnez à pleins tubes sur les forums de l’internet[2] et autour de vraies tables en bois d’arbre : le rire est libérateur et prendre ses rêves pour des réalités est chose nécessaire, par les temps qui courent.

Billet rêvassé en partant d’un com de Miss Peggy sur le fil précédent : CLIC

E la nave va…

  1. Ni fromage, ni département ! []
  2. Ici aussi, tant qu’à faire. []
Publié dans Déconnologie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , , , , , , , , , , , | 724 commentaires
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