Archives par tag : Chasseurs

Plan de boulet

5 octobre 2001

Je dois remplir mon dossier de demande d’aide sociale : l’AS de la SGDL me l’a rappelé hier au téléphone. C’est pas bien, j’aurais dû le faire avant. Cyp, tu laisses traîner les choses et puis après tu te plains que ça foire… Non, non madame ! Objection : j’étais super malade. Oui, voilà madame : j’étais avant-hier chez Jean et Marie, qui sont charcutiers à Pouliviac et je leur bricolais quelques améliorations sur leur ordinateur, de façon à ce que ça ne plante plus. Tout un truc. Dans ces cas-là je me fais payer en nature : trois heures de réglage contre un gros tas de saucisse sèche. Impeccable, mon garçon, faut bien vivre après tout. [NVDF du 20 août 2015 : peu de temps après je devenais dépanneur officiel avec ma petite asso 1901.] Je rentre à huit heures et voilà que je me sens mal. Très très MAL, madame. Une gargantuesque gastro des familles, tenez : c’est la spécialité du grand Sud-Ouest. Et puis hein, juste avant, les yeux dans le sable à me scanner des trois cent pages et des pour vous offrir un Sitacyp encore plus beau. Un ex-chômeur en cours d’inscrip’ au RMI qui bosse comme ça, c’est louche. Un peu mon ami que c’est louche. C’est le statut de l’écriveur moderne. Tant mieux, comme ça on coûte pas cher et on fait pas chier. En revanche, il n’est pas interdit de mordiller la main qui nous nourrit. Non ?

Si.

J’aime pas les Friskies® au lapin, je préfère le Sheba® sauce chasseur. Comme avant-hier, je continue à dresser le portait de l’ami Serge Tassopardo. [NVDF du 20 août 2015 : un billet lui a été consacré pour célébrer sa mémoire quelques années plus tard : CLIC]

6 octobre 2001

C’est samedi, ça passe et ça repasse sous les fenêtres ; les poulets piaillent, effrayés par le trafic et le barouf : les chasseurs sont de sortie. Ça m’énerve et en même temps je m’en fous. C’est depuis qu’ils ont construit un cabanon de chasse dans les bois du père Roudy, à trois cent mètres de la Cazelle. Mais ils se sont calmés; depuis trois ans c’est le gendre à Roudy qui fait la police; il a des enfants, il sait ce que c’est. Avant, ils fonçaient par grappes de dix bagnoles à 80 à l’heure et maintes gallines se sont retrouvées laminées…

− C’est vos poules, ça, monsieur ? dit l’automobiliste.
− Ah non, les miennes sont pas si plates…

Justement, ce soir on assassine. Deux coqs au moins. Ils sont tout petits, nos coqs, pas plus de 900 grammes à l’arrivée, mais alors ils sont trop bons. Leur chair a le goût du gibier. Elle est sombre et ferme, pas filandreuse du tout, les os sont recouvert d’un périoste très bleu. C’est étrange, on a l’impression de manger du dinosaure miniature. Mais les poulets sont des petits dinos, en fin de compte. C’est con, j’ai pas de magnéto, sinon je vous collerai une séquence sonore qui vous ferait comprendre de quoi je cause. Les poulets, quand ils se parlent c’est tout un truc. Rien que la ponte, c’est toute une affaire. Ah ! le cri de ponte ! [on peut, bien sûr, m’offrir un enregistreur mini-disc doté d’un bon micro, ça n’est pas interdit… tout le monde en profiterait, non ?]

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Des prédateurs

Illustration © Cyprien Luraghi 2001

9 septembre 2001

89 frelons dégommés en fin de soirée, hier, sans compter les centaines d’autres qu’on a retrouvé un peu partout sur l’escalier et dans la cour… Un essaim avait choisi de s’ancrer juste au dessus de la porte d’entrée. J’ai vidé deux bombes en pleine nuit. Annie a passé la balayette et voilà le résultat. Ça y est, on est au calme. Enfin, pas tout à fait. Ce matin, c’est l’ouverture de la chasse. Chic, j’adore les chasseurs, surtout en brochettes.

10 septembre 2001

Les chasseurs n’ont pas eu de bol, hier : il a fait moche à crever ; le morne ronron des bagnoles sur la petite route, les mecs transis au coin des bois, l’air farouche et pas un seul coup de feu à tirer. Seul le fiston du voisin a fait éclater quelques pétards dans la forêt, histoire de…

Comme dirait André, le père à Caroline, en les virant de ses bois :

− Ce que je comprends pas, c’est que quand on les prend un par un, ce sont de braves types, mais dès qu’ils sont en troupeau…

Il y a huit ans pile, un 12 septembre, jour d’ouverture. Shanti, qui avait alors un peu plus d’un an, jouait sur la terrasse, quand ça s’est mis à péter fort. Elle s’est mise à hurler : je n’ai fait ni une ni deux et j’ai foncé : deux mecs en treillis se faisaient un carton à cinquante mètres de la maison, dégommant les garennes dans le roncier. J’ai chopé la minette sous mon bras et j’ai couru vers eux.

− Mais ça va pas, non ? Vous vous rendez pas compte ? Vous avez pas honte ? Vous entendez la petite crier et vous continuez quand même ? Bande de SALAUDS ! POURRITURES ! Pouvez pas foutre la paix aux lapins ! En plus vous avez pas le droit de tirer à moins de 150 mètres d’une habitation !

Le moustachu maigre à poil noir me dévisage, prêt à me casser la gueule.

− Et ton grillage, hein, ton grillage !
− Ben qu’est-ce qu’il a, mon grillage ?
− Il est à moins d’un mètre cinquante de la chaussée, alors je pourrais porter plainte et le faire arracher… et puis on est à plus de cent cinquante mètres, qu’il gueule avec tout l’aplomb qui sied aux madrés Crassacois. Je manque de m’étouffer.
− Hé connard, c’est moi qu’ai posé le grillage la semaine dernière, y en a quarante-cinq mètres et pas un de plus… et toi, le gros (le blondinet le jouxtant est du genre ogre blond), tu me vires tes cartouches et tu plies ton fusil. Et toi aussi.

Le moustachu s’exécute en me maudissant, mais l’autre ne bronche pas ; il a un fusil à pompe. J’entends du bruit dans les buissons. Instinctivement les deux chasseurs relèvent leurs armes. C’est le vieux Roudy, le beau-père au moustachu.

− Hé, qu’est-ce qui se passe là ? Faites pas les cons ! Videz vos fusils, et toi, le gendre, tu m’écoutes, hein : je ne veux pas d’histoires. Toi, Alacoul, t’as intérêt à bien te tenir. T’as pas vu qu’il y avait un bébé ? Non, je vous connais, vous êtes venus tirer pour faire chier les nouveaux locataires ! Allez, maintenant vous dégagez.

Ce qu’ils font, la tête basse. C’est de ce jour que date notre complicité avec le père Roudy, un vieux sec à moustache et grand pif, notre voisin du dessus. Le pépé est sympa, pas de doute ; et puis j’aime sa ferme, ses belles vaches qui se barrent tout le temps (je vous dis pas les clôtures bricolées…) et qu’on ramène au pré. Des comme Roudy, bientôt y en aura plus. Et là, la pampa française sera morte. Plus d’écoles, plus de mairies, juste un cimetière, une église vide. Et des retraités plein de fric, des Hollandais radins… et des piscines, des piscines… Des gîtes ruraux de mon cul à 10 000 balles la semaine et des maisons qu’on laisse tomber en ruine vu que les héritiers s’engueulent.

*

En attendant, je bosse sur la Transe Himalayenne. [NVDF (note venue du futur − 19 août 2015) : cette rubrique du Sitacyp est déjà en partie intégrée à l’Icyp et on peut la suivre en cliquant sur les catégories « Himal » et « Népal » ou les mots-clés « Transe Himalayenne« . Certains sujets déjà traités dans le vieux Sitacyp seront repris au fur et à mesure dans l’Icyp.]

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