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Hors-chatte

© Annie Luraghi 2009

Après deux mois de compétition effrénée au kilomètre sur plancher avec son frangin Cachalot, la délicate Pétunia[1] s’est vue disqualifiée : notre minette possède en effet une paire de coucougnettes velues du plus bel effet. Les juges ont fini par découvrir le pot aux roses avant la sieste sur le canapé ; malgré tous les artifices déployés par le contrevenant : tout dans son attitude nous avait porté à croire que nous cohabitions avec une minette.

Anthropomorphisme, tout connement. Sauf que là, ça ne porte pas à conséquence : Pétunia jouira toujours du même statut de ventre à papattes et ne foutra strictement rien d’autre que les autres chats de par le monde ; c’est-à-dire rien, sinon évoluer dans le décor.

Là où l’anthropomorphisme est plus pernicieux, c’est lorsqu’il s’exerce entre les être humains. Hé oui : ça se peut. Car si dans l’antiquité, l’anthropomorphisme consistait à donner forme humaine aux dieux, de nos jours nous pouvons très bien nous méprendre en confondant la forme habituelle revêtue par un être humain, et la qualité intrinsèque inhérente à l’humanité. Or, c’est un fait hélas : certains cochons longs comme disent nos amis Papous, en sont parfaitement dépourvus.

Ils sont en quelque sorte hors-charte.

Or, la Charte est la grande déesse de nos contemporains ; si l’on y rajoute la Norme, nous voici bien dirigés. La Charte se présente sous forme de document, comme sa sœur en panthéon. Son culte consiste à se retrancher derrière elle : il est pratiqué par la quasi-totalité de l’espèce humaine, nonobstant la religion. Les athées aux-mêmes en sont de fervents adorateurs.

Mais, et c’est bien là où le bât blesse, la Charte est-elle une déesse légitime ? Je dis que non, car à l’instar des dieux défunts, elle provient de notre tréfonds ; émanation de nos peurs sans nom, de notre couardise proverbiale, et quand nous la voyons épinglée partout, tant dans les bâtiments administratifs que sur les forums de l’internet, elle n’est rien d’autre que le reflet de notre veulerie. Humaine, très humaine…

J’en déduis donc que seuls les êtres doués de sens et pratiquant le libre-arbitre sont hors-charte, et je m’estime bienheureux de faire partie de cette fraction infime qui envoie chier ces deux connasses sans qualité.

Allez viens donc mon petit con de Pétunia : un petit ronron et que ça saute !

 

  1. Lire le billet lié. []
Publié dans Binosophie, Déconnologie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , | 294 commentaires
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