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Dans le grand blanc

Benoît à l'atelier de Charonne - © Cyprien Luraghi 1985 - ICYP 2017

Automne 1980[1]

Retour de mon premier trek en tant que guide (lire ce billet).

J’ai un franc trente en poche et je triche dans le bus qui me ramène d’Orly, et je saute le portillon du métro dans la foulée. Je fonce dans le Marais à l’Aquarius.[2] Tout le monde est content de me revoir. C’est le coup de bourre et je file la main à la plonge ; on me donne à manger. J’ose pas leur dire mais je ne sais pas où dormir. Je tourne en rond avec mon sac à dos et finis par me retrouver à Bastille, où j’enfile le Faubourg puis la rue de Charonne. Les gens passent, aussi glacials que le temps l’est aujourd’hui. J’ai l’impression d’être en pays étranger, ou plus exactement étrange. J’hésite un temps au niveau du foyer de jeunes travailleurs où j’avais largué ma chambre juste avant le trek, puis je m’enfourne dans l’ascenseur. Au dixième étage je pourrai au moins étendre mon rouleau de mousse et me faire la nuit, vu qu’elle n’en finit plus de tomber. Devant la 1005, mon nid abandonné, j’étale ma mousse au fond du couloir. Je n’ai le temps de rien d’autre, la porte de la 1013 s’ouvre pour laisser passer mon ex voisin d’en face, que je connais à peine. Ça fait peu de temps qu’il est là. Je sais tout juste qu’il s’appelle Benoît et qu’il est bien parti pour aller aux douches tout au bout du couloir, serviette sous le bras et tongs aux pieds.

− Salut Benoît ! Je reviens du Népal et je vais roupiller dans le couloir. Demain je descends à Strasbourg en stop. Tu diras rien au gardien ? Fait pas bien chaud, dehors…
− T’as qu’à venir chez moi, en se poussant y aura bien assez de place.

Et je suis resté trois mois pleins. Et jamais reparti à Strasbourg.

Benoît sort tout juste du cocon familial et ça se sent : il n’est pas trop dégrossi. Ça lui fait un sacré contraste avec sa banlieue lorraine, et puis faut avouer que le foyer de Charonne, c’est plus ce que c’était. Ça s’y suicide allègrement, de nos jours. On y assiste à des scènes bizarres. Ainsi juste avant de partir il y a six semaines, en rentrant à trois heures du mat’, une jeune antillaise serpillant le plafond du couloir en chantant lentement, comme en rêve. Et la petite Jocelyne à l’éther, hésitant à sauter, debout et chancelante sur son rebord de fenêtre, au quatrième, cramponnant son coton imbibé. Assafa et bien d’autres réfugiés éthiopiens ayant pété les plombs depuis bien longtemps, il ne restait plus que le désespoir criant des Antillais en métropole. De minuscules chambrettes de neuf mètres carré, la taille d’une cellule, bourrées à mort de matos inutile et voyant. Télé géante surmontée d’un gros napperon de laine rose crochetée, et au choix par dessus : c’est nounours ou poupée. Bien rose la poupée et toujours blanc le nounours. Chaîne stéréo surdimensionnée, armoire à fringues de trois cent kilos, frigo joufflu. Rien de tout ce fourbi chez Benoît : c’est très austère bien au contraire.

L’horizon des murs peints coquille d’œuf satiné finit par porter sur le système, d’autant que Benoît bosse en intérim et que je me retrouve seul au long des jours. Et puis Benoît n’est pas loquace, c’est un Lorrain, un Vosgien presque, et ça se tait, ces gens-là.

Assafa en 78 au FJT de la rue de Charonne - © Cyp Luraghi(Assafa après une ixième tentative de suicide, en 78 au foyer de jeunes travailleurs de la rue de Charonne.)

 

***

Printemps 2017

Benoît est passé à la maison trois fois en quelques semaines. Ça faisait bien douze ans qu’on ne s’était pas revus. La dernière fois en coup de vent. On n’avait plus grand-chose à se dire depuis longtemps. Des années on avait vécu et voyagé ensemble, nous deux. D’abord ces trois mois au foyer, puis huit autres au Népal et en Inde. Des années à l’atelier qu’on avait repris à Miguel et Maria[3] dans une cité ouvrière un peu plus haut dans la rue de Charonne,[4] et enfin dans le Lot à partir de 85. D’abord chez moi à la Ramounette, puis chez et avec Edith, quelques bornes plus loin.

Benoît et moi on a le même âge à peu près. Cinquante-neuf ans. Benoît, maintenant il ne sait plus très bien qui je suis, ni les autres, ni lui. Ni où il est. Il voulait me rencontrer à tout prix pour voir des vieilles photos du temps de Charonne et de la Ramounette. Voir les têtes des vieux copains, voir les lieux. Se souvenir. Tenter de se souvenir. Par moments ça lui revient. Il a ses jours avec et ses jours sans. La première fois qu’il est venu au début du printemps, c’était un jour sans. Il avait une de ces têtes : osseuse, les orbites comme enfoncées ainsi que les tempes, les joues, tout. Comme s’il était aspiré de l’intérieur. Mais c’était mon Benoît tout de même. Avec du kilométrage au compteur tout comme moi, mais pas que. Je le savais déjà par des amis. Ce jour-là il me l’a dit, à la table en bois d’arbre. Sourire en coin, un peu gêné mais déterminé. Cette phrase qu’il avait dû répéter déjà comme un mantra à bien d’autres que moi auparavant.

− Tu sais, j’ai Alzheimer.
− Je sais. Approche-toi de l’écran, je t’y ai calé plein de vieilles photos…
− Mmmmm… cette tête, elle me dit quelque chose… et cet endroit je l’ai déjà vu quelque part… Mmmmmm… Mmmmmm…

Au bout d’un petit quart d’heure j’ai rabattu le capot de l’ordinateur. Je venais de lui montrer une série de clichés peuplés de nos plus chers amis, avec lesquels on avait vécu des années : Rachid, Miguel, Maria, Victor et compagnie. Même l’atelier de Charonne − dont on voit un bout sur l’illustration de ce billet −, ça ne lui disait rien de précis. On a parlé d’autre chose. Tenté, du moins, parce que discuter avec un absent plein d’absences n’est pas une mince affaire. Il voulait parler du Népal aussi. Il avait dans l’idée d’y retourner un de ces quatre. Je ne l’ai pas contrarié. Après tout moi aussi je rêve d’y retourner vivre, sachant que ça ne se fera jamais. Benoît, lui, a le désir posé au dessus d’un grand blanc.

Trois jours plus tard Benoît entre à l’improviste. La porte était ouverte. C’était un jour avec et il se rappelait de tout un tas de vieux monde sur mes vieilles photos, soudain. Il avait l’air là, ce coup-ci. Et puis du bon monde est venu papoter à la cuisine, et puis il n’y avait plus de Benoît. Physiquement, s’entend : il avait disparu. Pour atterrir heureusement chez une voisine chez laquelle sa compagne Edith est venue le récupérer. Edith récupère souvent son bonhomme égaré un peu partout, et de plus en plus fréquemment depuis que le mal s’est déclaré, cinq ans plus tôt.

La dernière fois − et il n’y en aura sans doute pas de suivante −, il y avait encore moins de Benoît dans le Benoît. Il était ailleurs et d’ailleurs il était reparti très vite, arpentant le plancher comme un somnambule. Franchissant le seuil et s’évanouissant dans le grand blanc dehors. À tout jamais.

***

Tout tient à très peu de choses : un kilo de graisse pleine de flotte calée dans une boîte osseuse surplombant un empilement de vertèbres. Si tu tapes dessus un peu trop fort, il n’y a plus d’abonné au numéro demandé. Et si la chimie interne déconne, idem. Alors je comprends que des tas de gens préfèrent se bercer d’illusions et croire à des fadaises, imaginant des âmes immortelles, des mondes parallèles, des panthéons mirifiques, des paradis neuneus et des enfers super flippants. Croire à rien du tout, c’est difficilement supportable en n’admettant pas qu’on n’est soi-même qu’un drôle de petit funambule fugace et pis c’est tout…

Latcho drom, Benoît !

Le funambule Tibul -Jacques Faizant 1945 - DR

…et la nave va…

  1. Cette première partie est un extrait remanié datant de 2002 de mon premier site : le Sitacyp []
  2. Un resto végétarien tenu par des copains, qui depuis cette époque s’est déplacé du côté de l’Opéra. []
  3. Maria Cabral (sa page Wikipédia), dont je causerai dans d’autres billets à venir. []
  4. La Cité Delaunay, rasée en 86 et remplacée par un ensemble immobilier chic, laid et mort. []
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Mondiablisation

Illustration © Cyprien Luraghi - 1985-2017 - ICYP

L’anxiété est à son comble et comme c’est plus facile de casser de l’islamigré que de lutter contre le bouleversement climatique, la foule planétaire tape du poing dans la gueule, se tartine les yeux de merde et se colmate les oreilles à la truelle. Ce même outil lui servant à s’emmurer avec des parpaings tout moches.

La fin du vieux monde est proche, mais bordel, il n’en finit pas de crever en exhalant la puanteur de toutes ses tares accumulées au fil des millénaires. Il est déjà peut-être mort, mais ses grosses pattes s’agitent encore, moulinant dans le vide.

Il y a très longtemps, la première tribu est partie arpenter à pinces jusqu’au bout des horizons. En cours de route elle s’est dispersée et perdue de vue. Quand il arrivait à une tribu paumée au milieu du rien béant, d’en croiser une autre, elle lui foutait sur la gueule. Normal. La normalité étant comme disent les psys, la réalité communément partagée. Sur l’Icyp depuis bien quinze ans il existe une rubrique intitulée « psychopathologie de la réalité ». C’est un peu de ça qu’elle cause. L’éloignement des autres, l’isolement, le repli, tout cela rend bredin. Fou comme un lapin. Comme un coq sans poules.

Le monde est un seul pays peuplé d’une seule tribu, mais il ne le sait pas encore. Ça viendra. Peut-être au XXIème, ou au suivant. Allez savoir… Le plus vite sera le mieux. Quand on gratte, sous la peau c’est toujours rouge (proverbe tibétoïde).

*

En attendant mieux, les citoyens de la tribu du cru qui votent, en pincent pour Alfred E. Neuman,[1] j’ai l’impression ;-)

 Image libre de droits

 

…e la nave va…

  1. Le génial Mandryka propose un voyage au doux pays d’Alfred E. Neuman à partir de cette page de son génial site concombrifère : CLIC []
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De la neige sur les tulipes

Illustration © Cyprien Luraghi 1989-2016 - ICYPÀ Paris le plus dur c’était le temps. Le climat je veux dire. Qui conditionne le temps de l’horloge aussi. Plus il fait moche, moins les aiguilles tournent. Et à Paris putain qu’est-ce qu’il peut faire moche. Tout devient très laid alors. Et il ne reste que la loge de Chico, le gardien de nuit du foyer de jeunes travailleurs, pour se réchauffer le cœur jusqu’à pas d’heure en compagnie de la brochette des noctambules créchant ici. C’était en 1978 et à six heures du matin le premier à pousser la porte de verre du hall, c’était Christian Farid. En pyjama estampillé de l’Hôpital Saint-Antoine, la bite à l’air avec un bout du tuyau de perfusion sparadrapé sur l’avant-bras, tout hébété, narquois, gazeux, hilare. La veille il s’était fait une OD de 12 sur l’échelle et il ne savait plus qui l’avait traîné jusqu’aux urgences en suivant le sens de la pente dans la rue de Charonne. Et là il était là, rayonnant, heureux de son coup et de nous le conter en en rajoutant à la louche. On était bon public et lui le meilleur comédien de l’arrondissement. Des salades de Christian Farid il y a de quoi en remplir un pavé king size. Son double prénom c’est parce que sa maman était bourguignone et son papa algérois. Aucune des langues de ces deux pays ils ne parle bien, mais il arrive à faire comprendre son baragouin en moulinant des mains. Un petit mec fluet avec des gros sourcils, une tronche d’arabe et les yeux gris d’acier tout doux. Du genre que quand il t’énerve trop − et il peut vite porter sur les nerfs du plus placide des bonshommes −, c’est pas possible de le baffer comme un Romain tellement son regard te désarme vite fait. Comme celui d’un cocker battu, un peu.

Jusqu’à ce que Chico finisse son service à huit heures du matin, Christian Farid est resté en pyjama, la bite à l’air et le tube de perfusion pendouillant. Puis il est allé s’effondrer chez je sais pas qui dans je sais pas quelle piaule à je sais pas quel étage, jusqu’à sa nouvelle tentative d’en finir avec la vie et en beauté, tant qu’à faire. Rachid et moi on se faisait du mouron pour lui : les chats ont neuf vies mais Christian Farid en avait déjà eu bien plus. Quelques mois plus tôt on s’était rencontrés à la cafétéria du foyer : Rachid était un os. On l’aurait dit échappé d’un stalag. Il venait de se taper dix-huit mois de service militaire en Algérie. Et les petits gars ayant poussé en France n’y étant pas bien vus, il s’était retrouvé dans une caserne disciplinaire, à charrier un sac à dos plein de caillasses en plein cagnard avec des sous-offs sadiques. Et à son retour à Paris, l’armée française voulait de lui aussi. En ce temps-là il n’y avait pas d’accord entre les deux pays : si Rachid avait refusé de faire son service militaire dans tel pays, il ne pourrait plus y remettre les pieds. Il était donc déserteur, présentement. D’où sa grande maigreur : il ne mangeait plus et ne fermait plus l’œil, dormant chez les uns, chez les autres et rasant les murs. Je l’avais invité à s’installer chez moi en attendant de trouver une solution. Neuf mètres carrés à deux, lavabo compris : le luxe. Ça avait duré bien six mois, le temps d’arranger le coup avec un psychiatre pour que Rachid soit déclaré inapte au service et puisse enfin jouir du plaisir de se faire contrôler par les bleus plusieurs fois par jour à cause de sa gueule d’arabe.

Vivre avec Rachid sans se foutre sur la gueule, ça doit être possible même dans quatre mètres carrés. Il est très vivable, le compère. On lisait beaucoup. On se faisait du thé fort et des parties de Scrabble avec nos règles et en trichant comme des cochons. Et comme Rachid ne pouvait pas sortir, c’était le défilé des hôtes des autres piaules. L’entraide était de rigueur au foyer : un bon quart des occupants étaient des réfugiés éthiopiens qui avaient fui la mort après l’avoir vue de près au pays. L’autre gros quart était constitué de filles des Antilles venues bosser en métropole et qui s’y morfondaient terriblement. Le reste était du tout venant : jeunots tout timides des gros bourgs gris de plouquies moroses, zonards zombies improbables et mutiques échouant de foyer en foyer, toxicos et autres agités du ciboulot comme notre Christian Farid… et nous autres objecteurs de conscience[1] squattant joyeusement une partie du dixième étage, tout là-haut. Cent quarante piaules en tout.

L’époque était à l’héroïne, cette merde qui allait envoyer une bonne moitié de nos connaissances six pieds sous terre. Rachid, ma pomme et les objecteurs, on était aux antipodes de ce trip mortifère. Pourtant, il faut bien reconnaître que c’est souvent parmi les pires junkies qu’on trouve les êtres les plus attachants qui soient. Christian Farid en était et on n’avait pas du tout envie qu’il en finisse avec sa pauvre existence. Mais en dehors de sa foutue shooteuse il avait quoi ? Rien. Pas même sa famille de merde dont il n’avait plus de nouvelles depuis des ères. Et aucune racine. Juste le cul entre deux cultures dont il ignorait tout. Même pas de religion pour s’y cramponner dans des certitudes naïves. Rien de rien.

Des fois on se disait Rachid et moi qu’il aurait eu mieux fait d’être cul béni, voire témoin de Jéhovah, plutôt que de se massacrer de manière aussi opiniâtre alors que la Mort ne voulait pas de lui. Pourtant la religion n’était pas notre fort. Rachid, fallait pas lui dire qu’il était musulman, par exemple. Il vous aurait mordu. C’est qu’il bouffe de l’imam comme je bouffe du curé. Mais de fait Christian Farid avait désespérément besoin d’une bouée plus fiable que sa salope de seringue.

*

Depuis trente-huit ans maintenant Rachid et moi sommes les meilleurs amis du monde. Évidemment on se voit moins souvent qu’au siècle passé. J’ai vécu mon rêve d’enfant dans les plus renversants paysages du monde, loin du gris glacial et des plantes de serre. Et Rachid aussi, dans un autre style. Mais on se téléphone régulièrement et pendant des années j’ai pu suivre l’incroyable saga de Christian Farid, qui avait fini par larguer la dope pour tomber dans des plans plus velus les uns que les autres. Il y en a tellement que c’est impossible à raconter dans un seul petit billet. Du genre : il monte en Suède pour piquer la copine d’un frangin de Rachid, puis après avoir arnaqué plein de monde de toutes sortes de manières, il s’enfuit aux États-Unis. Là, après une suite de péripéties dignes des Pieds Nickelés, il se fait embaucher dans une station-service au Nevada. Qu’il finit par braquer pour embarquer la caisse. In extremis il parvient à se carapater et atterrit à Londres. Et là Rachid perd sa trace pendant une dizaine d’années.

Et puis l’an passé, dring dring, salut Rachid, ça va bien ? Alors Cyp cramponne-toi : la semaine dernière je prends un taxi à Londres. Le chauffeur avait son petit camembert[2] brodé rivé sur l’occiput et la barbe au henné. Le Coran bien en évidence sur la plage arrière. Et les yeux gris doux sur sa tronche d’arabe. Christian Farid !

…E la nave va… !

  1. J’ai fait mon service national en tant qu’objecteur de conscience de fin 77 à l’été 80, affecté au ministère de la Culture. []
  2. La petite calotte des musulmans pieux, appelée « camembert » par les Kalash du Pakistan depuis le passage d’un anthropologue français rigolo dans les années 70. []
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Deborah lovely

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 1983 - 2015La vie est magique. Le hasard fait les choses, bien ou mal. Inutile de s’encombrer de pensée magique pour ça : la magie de ce monde est partout, tout le temps. Dans le placard du petit salon il y a cette vieille boîte de diapositives avec marqué « RATÉES » dessus. Les bonnes photos loupées je les garde. Elles en disent souvent plus long que des clichés tirés à quatre épingles.

1983. Népal central, dans un hameau au pied d’un grand col après des semaines de virée sur nos quatre pinces. Avec Deborah qui trouve une vignette par terre, représentant une star nattée de Bollywood et que ça fait rigoler. Deborah rôtie par les ultra-violets : tout-là haut on voit les étoiles en plein jour parfois.

Deux ans plus tôt. Paris, chez nous à l’atelier dans une impasse maintenant disparue des hauts de la rue de Charonne.[1] Je sors d’une saison de trek au Tibet indien et dans une semaine je remets ça sur le gaz au Népal. Charonne. Rachid, Benoît et leurs copines dans le grand atelier repeint à neuf pour forcer un peu la lueur pâle de Paris à entrer jusqu’au fond de la pièce. J’appelle les PTT d’une cabine, je leur demande l’ouverture d’une ligne téléphonique. Comme ça plus besoin de devoir arpenter pour voir du peuple.

Les types en bleu sont passés ce matin, on regarde le téléphone comme un cadeau sous le sapin. Grand luxe. À peine branché le voilà qui sonne. On me cause en anglais dans l’oreille. C’est une amie de Maria chez qui elle loge provisoirement. C’est tout petit chez Maria juste derrière le Père-Lachaise. Maria elle est portuguaise et bouddhiste. Une des toutes premières à suivre les lamas tibétains en France dès le début des années 70. Et donc Deborah, l’Américaine du téléphone, voudrait bien nous voir pour qu’on lui donne le mode d’emploi de la capitale de notre beau pays de France. Elle débarque de sa Californie. Je lui explique tout : l’itinéraire en longeant la muraille du cimetière, qu’il faut prendre une lampe de poche à cause des lampes grillées dans l’impasse, qu’ensuite c’est en suivant le fumôt de matou[2] qu’on tombe sur la bonne cage d’escalier, que c’est au troisième, facile, oui tu verras Deborah : vraiment très facile.

Une demie-heure plus tard, téléphone : c’est Deborah dans la cabine face à l’impasse. Elle a vu l’entrée, enfin elle a vu le trou noir. Elle a peur, c’est un coupe-gorge. Mais non, allez on est sympas on vient te chercher. Bouge pas, on arrive. Aucun problème c’est bien elle. Tu parles. L’Américaine repérable à trois bornes, inimitable. Grande blonde, les yeux bleus et tout le reste fourni avec. La quincaillerie d’une bonne bouddhiste qui lui pendouille de partout : chapelets et badges du dalaï-lama. Des comme elle on n’en voit plus depuis bien vingt ans, en France. Bien roulée la môme, me souffle Benoît à l’oreille. J’ai remarqué, je lui fais remarquer. On lui fait du thé et encore du thé, ça n’a pas l’air de la déranger. Elle n’a pas faim, tant mieux : garde-manger en cote d’alerte ces derniers temps.

Elle nous conte son histoire et ça n’est pas banal. Elle n’est pas venue en France pour faire du tourisme, Deborah. Un jour de l’an dernier alors qu’elle sert des repas végétariens − c’est son boulot −, elle assiste à l’enseignement d’un grand lama bouddhiste très populaire en Occident et résidant en France ; le type assis à sa droite l’impressionne fortement : il a le type de l’amant latin étalon et comme de bien entendu elle craque sur le french lover. D’un regard de braise il la séduit et elle de se pâmer et le lama de leur donner sa bénédiction dans la foulée. Le Français repart quelque temps plus tard. Il lui écrit chaque jour pendant un an. Il veut qu’elle le rejoigne en France. Il insiste à mort. Alors elle largue son boulot, vend ses petites affaires et son vélo et se paie un aller simple pour Paris. Elle a vingt dollars en poche et un dictionnaire miniature pour apprendre la langue. Elle fonce droit vers la Dordogne où le bonhomme tient boutique face à un temple bouddhiste. Elle frappe, elle entre, il est au pieu avec une copine. Il la jette comme une merde. Elle pleure énormément. Quelques disciples compatissants lui payent le séjour dans un autre centre bouddhiste en Provence. Elle y rencontre notre Maria qui l’invite chez elle à Paris. Et là elle nous téléphone.

Elle est si fatiguée, Deborah. Elle ne comprend pas ce qui vient de lui arriver. Elle veut retourner chez papa maman. En attendant elle est heureuse de pouvoir causer un peu, de voir du monde, de se confier à des étrangers bienveillants et de s’épancher sur ses malheurs, d’autant plus facilement qu’elle ne nous reverra probablement plus jamais. On cause, on cause. Les diodes rouges de l’horloge clignotent, marquant le milieu de la nuit. Trois heures et la chouette au grenier émet son cri par intermittence. Un cri mat. Benoît roupille. Bouteille vide. Du rhum blanc. Cendrier au complet. Il ne reste que la petite lampe de chevet allumée : je la touche des yeux et elle s’éteint avec la moitié de l’arrondissement. Panne de jus générale. Il ne reste plus que le bruit de nos deux respirations et les ronflements de Benoît. Elle me touche du bout du doigt et c’est parti, les amis. La vie est magique je vous dis. Faut pas chercher à savoir pourquoi ci et ça. Jamais. Profiter de l’instant, qui est à l’amour et puis c’est bien.

Dans une semaine : huit clients à guider dans le massif des Annapurnas. Dire que j’avais hâte de partir et que moins maintenant. Juste envie de rester ici, au chaud.

Trois jours encore : deux clients de plus se sont inscrits pour le trek. Qui a dit qu’il était moche et gris, le trottoir de Paris ? Moi j’ai dit ça ? Même pas vrai. Enfin si mais je devais avoir perdu la raison. Non parce que je n’en suis plus si sûr que ça maintenant. Racler les sous au fond des poches pour deux paires de chaussettes neuves et des godasses solides. Préparer le sac. C’est-à-dire étaler mon bordel autour en attendant de tout fourrer dedans au dernier moment − c’est mon rituel. Et traîner au lit avec Deborah. Rien d’urgent : la regarder avec mes lunettes à rayons X déambuler en robe de chambre, boire elle du thé, moi du café, fumer des clopes.

Demain matin à sept heures : Orly, moi et mes dix clients. C’est comme si ça faisait déjà très longtemps. Vraiment, c’est vraiment demain ? Pas fermé l’œil de la dernière nuit avec Deborah.

C’est aujourd’hui matin. Là sur le boulevard de Charonne il y a Deborah qui me regarde partir en pensant qu’on ne se reverra plus. Je pense pareil et ça me fait drôle, quelque part dans le ventre. J’enfile le métro sac au dos et laisse filer la machine vers Denfert. Bus pour Orly. Deborah, con que je suis ! Voilà que je m’engueule et que j’ai raison de le faire. Fallait pas se tirer comme ça, con de Cyp. Ton groupe de trekkeurs tu l’emmerdes. T’as autre chose à faire de bien plus palpitant, con de Cyp. Le sentiment d’être passé à côté de quelque chose de très important. Du coup je ne vois pas les banlieues aligner leurs barres laides, le périphérique en éruption, les ouvrières aux yeux défaits dans la rame, qui partent bosser dans leurs usines de merde. Tout est flou.

Orly Sud. C’est la voix du chauffeur qui m’extirpe de mon rêve tiède. Dans le hall. Ça va, ils ont l’air plutôt gentils les gens de ce nouveau groupe. Nous autres guides de voyages au long cours on sait tout de suite à qui on a affaire et jamais on ne se trompe. Le troupeau humain on connaît bien.

*

Gris sur les montagnes vertes, tiède sous les nuages. Les flancs de schiste savonneux s’effritent au long des marches du sentier escarpé. Odeur de viande de mule macérée dans l’urine. J’ai revu le cerisier du Japon en fleur au dessus de Gandrung. Le trek se finit doucement, cet octobre était doux, tout en douceur, en mollesse et en routine. Le groupe a joué au groupe autant qu’il l’a pu : les clients se sont défoncé des mollets, ils sont heureux, ils ont passé de bonnes vacances. Ils ne m’ont pas fait chier, chic. Un groupe sans emmerdeur c’est trop rare. Ma machine à marcher fonctionne impeccablement : le chemin me porte plutôt que je n’avance. Le col du Thorong est devenu un vieil ami qui m’ouvre gentiment son portillon à chaque fois, se contentant de me congeler un petit orteil ou les lobes d’oreilles au passage, juste pour marquer le coup. J’apprends à anticiper mes pas à l’avance : maintenant je peux en faire dix de suite les yeux fermés sur n’importe quel terrain.

Tout s’est bien passé, le trek est terminé. Mais il y a galère pour les places d’avion au départ de Delhi : la compagnie n’a pas reçu le télex[3] et il va falloir me taper l’aller-retour entre Katmandou et Delhi.

Delhi est gluante comme toujours. Le vent est absent, la ville entière sent le goudron et la suie de l’usine électrique à charbon. J’arrange le coup avec la compagnie aérienne et colle le groupe dans l’avion de retour. Petit sourire fourbe aux douaniers corruptibles, coup de tampon sur le passeport et carte d’embarquement. Poireautage et retard de rigueur. Montagnes et nuages à main gauche par le hublot dans l’appareil. Atterrissage douteux : la tour de contrôle a oublié de signaler le vent de travers au pilote qui doit s’y reprendre à deux fois pour s’aligner face à la piste. Il gueule comme un putois en montrant son poing aux contrôleurs une fois posé, sur l’escalier mobile. Un tampon de plus, un coup de craie mauve sur le bagage à main par le dernier cerbère de service et puis dehors.

Et dehors il y a Deborah ! Je me pose pas de question de savoir pourquoi. Taxi. Direct à la maison jaune[4] de Chini lama à Bodhnath dans laquelle je loue une chambre. Nous roulons sur un tapis rouge de nids de poules, les amortisseurs morts font de leur mieux pour nous adoucir les cahots ; le Népal entier se tient coi, lui si bruyant d’ordinaire. Le chauffeur met la radio à fond pour ne pas nous entendre faire nos petites affaires d’amoureux sur la banquette arrière.

*

− Comment tu as fait pour venir, dis : t’étais fauchée comme les blés. Et tu voulais rentrer chez toi en Californie.
− Alors j’ai été voir le fameux lama dans son temple parisien. Je lui ai tout déballé. Son salaud de disciple − un de ses bras droits − qui m’avait roulé dans la farine ; lui au pieu avec une morue, etc. Je lui ai montré les lettres de ce mec : plus de trois cent en un an. Alors le lama a haussé les sourcils et dit qu’effectivement, le mec avait un peu exagéré et qu’il lui en parlerait. Quelques jours plus tard le mec me payait mon billet de retour aux USA. Juste pour ne plus me voir. J’étais furieuse alors le lama a renégocié avec le type par téléphone et le surlendemain il m’envoyait mille dollars de plus pour compenser. Là je me suis dit que pour rentrer au pays, que je passe par New York ou l’Asie ça revenait au même. Et j’avais tellement envie de te revoir alors direction Delhi et puis trois jours de car jusqu’à Katmandou. À peine arrivée j’ai été voir le correspondant népalais de ton agence de voyages : il m’a dit que ton avion allait juste se poser alors j’ai foncé et me voilà.

Qu’on puisse faire autant de kilomètres rien que pour ma pomme, j’aurais jamais pensé ça possible. Mais avec Deborah tout est possible. On aura l’occasion de s’en rendre compte dans d’autres billets icy.[5] En attendant j’étais tout déboussolé et très joyeux avec ma copie de Laura Ingalls perso : le côté magique de la vie met toujours du baume au cœur…

…e la nave va…

 

  1. Lire le billet lié « Le grognard grommelant ». []
  2. Une colonie de harets en provenance du Père-Lachaise créchait dans les caves de l’impasse presqu’entièrement désertée, promise à la démolition qui a eu lieu en 86. []
  3. À cette époque, tout se faisait par télex et très souvent ils passaient mal à cause des mauvaises lignes téléphoniques transcontinentales : dans ce cas il fallait accompagner le groupe jusqu’à la dernière correspondance avant Paris − Delhi en l’occurrence − pour s’assurer de leur bon retour. []
  4. Lire le billet lié « 2038 BODHNATH » []
  5. Notre aventure commune avait duré plus de trois ans. []
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Esclave chic

Dessin : Roland Perret  © Cyprien Luraghi - ICYP - 1984/2015Moi c’était par passion, comme la plupart de ceux qui se battaient pour obtenir ce statut, à l’époque. C’était en 1980. De nos jours des tas de gens n’ont pas le choix : devenir esclave d’un négrier des temps modernes. Ma passion c’était l’Inde, depuis très longtemps déjà. Depuis trois ans j’étais coincé en France et j’aurais fait n’importe quoi pour retourner au pays. Après mon service civil[1] et six mois à faire le pirate des ondes[2] ça me démangeait de repartir. Et là, pendant une soirée assez épique à la radio, une rousse pas sorcière pour un sou, me refile le bon tuyau : Tu iras voir Roupy de ma part, à Lambda Voyages, il a régulièrement besoin d’accompagnateurs pour l’Asie…

J’étais pas frais ce matin-là. La fiesta de la veille, mais grave. Alors débarquer dans les bureaux de l’agence où un populo dense frétillait frénétique, me faisait tout bizarre. Je n’en menais pas large, aussi : tout tenait à pas grand’ chose. Si ça ne marchait pas, je me retrouvais planté en France pour ixe temps : celui qu’il faudrait pour économiser les sous du voyage. C’est-à-dire à pas demain la veille. J’avais déjà tenté le coup dans une autre agence et c’était bien parti pour. Sauf que comme dans les films, le patron était parti avec la caisse − ça s’invente pas − et que ce plan était kaput, du coup.

Sur une porte dans les étages, c’est marqué « Secteur Asie ». C’est un tout petit bureau en soupente et un type en chemise est assis là-dedans, à faire des additions sur une calculette. Au bout d’un temps il s’aperçoit que je suis là, me plante son regard droit dedans et demande ce que je viens foutre ici, texto. Et moi de lui dire que c’est pour faire le guide et lui de me répondre qu’il y en a déjà tout plein qui attendent, inscrits sur une liste longue comme un jour sans pain, qu’il me colle sous le nez. Il n’y a rien en ce moment, qu’il ajoute, et n’a pas la moindre idée de quand ni qui ni quoi. Il est à la fois totalement speed et pas énervé du tout. Il a l’air dans le gaz, lui aussi. Il me débite que c’est pas les vacances comme boulot et qu’il faut se les coltiner, les touristes et que c’est pas une sinécure. Tout ça pour des picaillons. Il me décourage vivement. Il tente. Ça ne marche pas, je me laisse pas faire, je me cramponne. Je lui expose l’urgence vitale de ma requête, qu’il faut à tout prix que je reparte, qu’ici je m’étiole chaque jour un peu plus, que si je ne repars pas et vite, je vais certainement mourir.[3] Il me coupe.

− Juste une question : t’aurais pas soif ? Fait trop chaud ici. Au troquet du coin de la rue on pourra mieux causer qu’ici.
− Allez, on taille…

C’est une rue peu passante, il y a deux tables sur le trottoir devant le café. Il commande deux kirs, ouvre un dossier et compulse la paperasse, puis le pose et demande tout de go si je fume alors que j’en grille une.

− Non mais du haschich je veux dire. Du shit. Tu en fumes ?
− Euh ben c’est-à-dire que… enfin un tout petit peu parfois. Pas souvent. Quand un copain passe et qu’il en a, genre, quoi… (gêne, gêne)…

Et là sans un mot il sort un gros doigt de shit qu’il pose sur le guéridon. La patronne fait comme si de rien n’était. C’est de l’afghan, dit-il. Jamais vu avant. Joli. Et quel parfum. Et le voilà qu’il te nous roule un cône de deux feuilles et qu’il me le passe pour la troisième taffe. Et que comme dans la chanson d’Isabelle Mayereau, soudain tout chavire. Tiens, il fait soleil. Il n’en faut pas plus pour que les mouches de sortie s’éclatent sur les carreaux du bar, que la fumée des Gauloises tourne au nuage bleu, que les pépés du coin fassent un 421 au comptoir. Le flipper se fait secouer par un lycéen rageur, la radio passe des tubes pour lolitas, fraîcheur concon d’un paradis pour imbéciles heureux. Grand silence à notre table où le kir sèche au fond du verre. Il demande, stylo en main, nez baissé sur un carnet :

− Tu t’appelles comment ?
− Cyprien, facile à retenir.
− Moi c’est Roupy. Tu dit que tu veux partir en Inde du Sud. Le problème c’est que un, c’est pas la saison, et deux : je vais voir dans mes fiches ce qu’il me reste. Éventuellement. Mmmmm. Népal, tu connais ?
− Un tout petit peu. Juste Katmandou.[4]

Une des spécialités de Roupy est d’enfoncer le regard d’en face comme on éventre un lapin : pan, dans l’œil. Je ne cligne pas.

− Bon alors je peux te filer un petit groupe : ils sont juste cinq. C’est du trekking, tu sais marcher ?
− Si je sais marcher ? Je fais que ça.

Ce qui n’est pas faux : j’avais arpenté la France dans pas mal de ses sens pour une association de pèlerins et de médiévistes, les années précédentes.
Re-kirs, et des grands s’il vous plaît madame, il est question que nous nous achevions en beauté. Ça mérite. J’ai le job. Roupy m’explique le truc de long en large : qu’il faut poupougner les clients − les pax[5] comme il dit −, les caresser dans le sens du poil, vivre avec en continu tout le temps du voyage ; qu’il n’y a pas moyen d’y échapper et que c’est insupportable à tel point que la plupart des nouveaux accompagnateurs ne rempilent jamais après leur premier circuit. Que c’est vraiment tout ce qu’il y a de plus ingrat, que de plus il faut marcher huit heures par jour et expliquer tout ce que l’on voit ; répondre tout le temps à des tonnes de questions débiles ou légitimes, incongrues, incroyables, multiples, tentaculaires, indécentes, etc. Et le pire : devoir supporter certains pax caractériels, voire complètement fous, et résister ou non aux assauts des vieilles filles en manque. Et se farcir quelques gros beaufs méchants et racistes, aussi. Bref : que les cinquante balles par jour que l’agence allait m’octroyer généreusement au black[6] seraient bien gagnés.

Le groupe que je vais guider part au Népal, dans la région des Annapurnas. Je savais même pas qu’il existait plusieurs Annapurnas ;-)
On part pour trois semaines dont deux de marche. Dans quinze jours. Je salue Roupy et file à l’atelier pour annoncer la nouvelle aux copains.

***

1984. Je bosse pour une autre boîte. Roupy et Lambda Voyages, je les ai plaqués à Katmandou l’année d’avant − un jour je raconterai cet épisode, qui est des plus croustillants. Je bosse comme un dingue : 11 circuits par an. Treks et voyages organisés en autocar, un peu partout sur le sous-continent indien. Un copain me fait lire un article du Monde intitulé « Accompagnateur : l’esclave chic ». Il raconte impeccablement les galères dues à notre statut bancal. Dans les bureaux de l’agence parisienne, je demande à une secrétaire si elle ne pourrait pas me bricoler une carte de visite à la photocopieuse avec le dessin que l’ami Roland avait fait pour l’occasion et comme j’écris comme un cochon − gaucherie oblige − c’est elle qui me fait le texte.

− Je mets quoi comme profession ?
− Esclave chic, tiens !

Dessin : Roland Perret  © Cyprien Luraghi - ICYP - 1984/2015

Ça n’avait pas plu à mon nouveau patron. Tant mieux : plus ça emmerde les patrons, mieux c’est ;-)

[note : ce billet contient des vrais morceaux de textes très anciens compilés dans un manuscrit jamais publié et intitulé « Moi le guide »]

e la nave va !

  1. Service national − obligatoire alors − en tant qu’objecteur de conscience pendant presque deux ans, de fin 77 à juin 79, au ministère de la Culture. []
  2. Pour Radio Paris 80 d’abord, puis Radio Ici & Maintenant. []
  3. Quand mon ADN rital s’exprime, les gondoles venisent. []
  4. Hou le gros menteur : j’y avais jamais mis les pieds. Mais c’était un cas de force majeure,hein ;-) []
  5. Abréviation de « passenger ». []
  6. Chez Lambda Voyages à cette époque, le premier circuit était payé 50 francs par jour, le second 80 et à partir du troisième ça plafonnait à 120. Au noir. Je serais le premier accompagnateur de cette boîte à obtenir d’être payé au clair, avec fiches de paye et tout le tralala, en 82. En me battant avec un copain guide et sans le moindre soutien des syndicats. []
Publié dans Humain, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , | 4323 commentaires
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