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Mardi 29 Baisakh 2072

pierre-auclerc-icyp-24-02-14-2DAlors bon, je serais censé m’intéresser à tout ça et puis en fin de compte, non. Le 11 janvier tout le monde ou quasi était Charlie et le 5 mai la même foule était contre la loi sur le renseignement : dans les deux cas c’était gauchos, fachos, bras dessus bras dessous, tous ensemble, ouais, ouais. Et au suivant. C’est pas bien parce que ça m’intéresse pas. Je devrais m’intéresser, pourtant. Parce que c’est important. Le sort du pays dépend de l’intérêt que je lui porte, n’arrête-t-on pas de me seriner sur tous les tons et tous les forums. On est en pleine révolution numérique, en plus. Et je m’en fous complètement. À ça aussi faudrait que sois intéressé vu que je gagne mon pain à la sueur des ordinateurs en panne de mes clients. Mais même pas.

Tout ça me laisse de glace. Ce qui m’échauffe le cœur est tout autre chose. Les toutes petites choses de rien du tout, justement : elles seulent suscitent mon intérêt. Les petites choses du cœur. Là je peux y faire quelque chose éventuellement. Alors que pour les grandes c’est impossible. Un petit mec comme moi ne changera rien aux désordres du monde et ne pourra pas empêcher les plaques tectoniques de se heurter brutalement comme elles viennent encore de le faire au Népal tout à l’heure. « There is no alternative » : elle savait de quoi elle causait, l’infâme Thatcher. La veulerie basale de la nature humaine elle connaissait sur le bout des ongles. Elle savait qu’il n’y a rien à attendre du troupeau. Et moi je sais qu’il n’y a que de soi qu’il est possible de tirer éventuellement quelque chose de pas trop mal. Et pas des autres agglomérés en masse se partageant une cervelle commune à défaut de penser par soi-même. Et non pas contre soi comme il convient de faire de nos jours. Où il s’agit de se conformer aux différents conformismes, abdiquant le chatoiement mirifique qui fait de notre élixir humain le plaisir des sens.

Le spectacle continue, donc. Constitué de catastrophes naturelles, d’insurrections à venir, de flux émotifs considérables, de retombées de soufflés, d’oblitérations mnémoniques et de passages à l’événement suivant. C’est un spectacle captivant. L’important est de ne pas tomber dedans…

…e la nave va… ! 

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VILAIN CHARLIE

Composition légumière : Annie. Photo et tritouillage : Cyprien Luraghi. © ICYP 2015

Passée la stupeur affligée de ce midi, et un après-midi de boulot où j’ai pensé à autre chose, je me sens envahi par une sorte de mélancolie poisseuse ce soir.

C’est autre chose que la tuerie de l’école de Toulouse, qui bien qu’atroce relevait du fait divers, et était dirigée contre des victimes prises au hasard, par définition « innocentes ». C’est autre chose aussi que le 11 septembre, qui était si spectaculaire, et si clairement orienté contre l’arrogante puissance des USA que ça avait une dimension épique, d’autant plus que les victimes avaient beau être innombrables, elles étaient anonymes, et beaucoup moins spectaculaires que les avions entrant dans les tours puis les tours qui s’effondraient.

Là, on massacre à l’arme de guerre des gens qu’on connait tous, qui font partie de l’imaginaire collectif français, quoiqu’on pense de leurs dérapages à répétition sur l’Islam. Des gens qui dans le fond sont partis jeunes de l’idée qu’il ne fallait pas les prendre pour des cons, et qui ont choisi le rire, la provocation et l’outrance pour se moquer du monde tel qu’il va et peut-être, de temps en temps, dessiller les yeux d’un quidam hébété, voire décoincer un sourire d’un cul-serré pète-sec congénital.

Cabu avait beau être à moitié gâteux, et Charb à moitié facho, et coupable de participer à la malsaine ambiance de chasse aux bougnoules en France depuis quelques années, rien ne peut justifier cette horreur. Mais ça me fait penser à la scène finale de Impitoyable, quand Gene Hackman s’est fait tirer comme un lapin et qu’Eastwood se prépare à l’achever. Hackman déclare « je n’ai pas mérité ça », et Eastwood lui répond « le mérite n’a rien à voir là-dedans », avant de le buter. Ces tueurs, c’est une sorte de bande de William Munny.

C’est terrible à dire, mais du 11/9, on se souvient des avions et des tours et de Ben Laden, pas des 2000 morts. De la tuerie de Toulouse, on se souvient de Merah, pas de ses victimes. Alors que là, on ne se souviendra pas des tueurs, mais des victimes et du nom de leur journal, à cause de ce qu’ils représentaient en bien ou en mal pour les gens.

C’est ça qui fait que c’est différent des attentats « habituels », et que n’en déplaise à lifka[1] qui glapit sur rue!ç, ça a bien une autre dimension que la tuerie de Toulouse. La France avant et après Merah, c’était pareil, tout comme la France avant et après les attentats parisiens de 86 et de 94. Là, il me semble que quelque chose est cassé ; c’est un des rares lambeaux d’innocence collective qui subsistait encore qui s’est détaché et qui disparaît.

Saloperie de merde…

(note du soutier en chef de l’Icyp : ce billet est un commentaire commis par Hulk dans le fil de discussion précédent.[2] Il est publié brut de décoffrage)

…e la nave va…

  1. Une commentatrice de Rue89 []
  2. accessible directement aux membres de l’icyp uniquement ici : CLIC. []
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T’as peur, tu meurs

 

© Cyprien Luraghi 2008

 

On se rassemble, mais pas comme des moutons. Et nous ne sommes pas cuits non plus. Alors qu’en face, ça se défait tout doucement, ça se décante comme une mayo tournée : les huiles rances flottent au dessus des jaunes d’œufs pourris.

Première bonne nouvelle : Siné Hebdo est dans les kiosques et sur la table de la cuisine. Il finira aux pluches, mais en attendant on se l’est siroté, tous autant qu’on est. Et ça vaut son gigot, mais pas d’agneau. Siné Hebdo est à la presse ce que la serviette est à ce torchon de Charlie. Je hais Val et sa coterie de pleutres collabos tout autant que Sarko et sa cour de coquelets cocaïnés et de poulettes arrogantes et infiniment connes.

Le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais la peur. Donc je hais, et je choisis mon camp et je connais mon ennemi. Comme ça c’est clair. Et je lis Siné Hebdo, comme ça j’ai pas à aller voir ailleurs pour me faire mon festin de plumes bidonnantes et dramatiques.

J’ai toujours dit que Charlie était devenu un canard d’extrême-droite, mais c’est mon côté rital qui me fait tout exagérer : en fait c’est une gazette moralo-hygiéniste. Charb et Val sont mûrs pour le baptême évangéliste. Mais que fait l’entarteur ? Il écrit dans Siné Hebdo, tiens…

La vraie extrême-droite est ailleurs : en taule comme cette ordure fasciste (j’ai le droit de le dire, contrairement à Val qui l’a fait avec Siné) de Christophe Picard, alias Henri de Fersan, qui vient de se prendre cinq mois fermes pour apologie de crime de guerre et compagnie. J’avais croisé le fer avec ce petit con sur les blogs il y a deux, trois ans et il avait été jusqu’à téléphoner à la maison. Un pauvre type, comme tous les nazis. Mais un pauvre type méchant, comme le sont trop souvent les pauvres cons.

Mais n’est pas pauvre con qui veut. Le notre, de con en chef, est immensément riche. C’est un riche con qui traite les citoyens de pauvres cons. Et qui n’ira pas en prison, pas plus que son prédécesseur Chirac, ou Bernard Tapie. Mais Henri de Fersan ira au trou, lui. Pour avoir écrit ce que Hortefeux fait au quotidien avec sa milice. Les Croix d’Hortefeux, qui sont nettement plus efficaces que les écrits débiles et tintinesques de cette ordure fasciste de Christophe Picard. C’est vrai que Tintin était rexiste, lui aussi.

On peut lire la prose de ce pauvre connard tant que ses blogs ne sont pas fermés.

  ET LÀ AUSSI

 

Le riche con, c’est pas dur à trouver. Tu ouvres la radio, il est toujours dedans. Son nom est prononcé des millions de fois chaque seconde, même qu’il remonte dans les sondages.

***

Mais revenons à nos moutons, justement. Une brebis pour l’occasion, et pour le méchoui dans la foulée. Arrachée de haute lutte par le David de la photo à une meute de chiens courants toutes babines retroussées et les crocs projetés sur son mollet droit, plantés dedans, le jour de son achat. Trou net et sans bavure, pommade antibiotique idoine, bande de gaze et une  réduc’ sur le bestiau, décrétée par le paysan, qui lui offrit un verre de prune. Quarante euros, la belle affaire… que lui fit mon David, au coutelas tranchant le cou de l’animal, qu’il mit ensuite à cuire écartelée sur les grilles d’acier et sur un feu de ceps, après avoir convoqué le raout de la raïa pour fêter le faîtage de sa ruinasse ressuscitée, qui n’avait pas revu de toit depuis la guerre avec Hitler.

 

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Siné qua non

Dessin de Siné paru dans l'Express en 1960 - © JJ Pauvert 1965

 

 

HA VAL !

Ainsi donc, Philippe Val a lourdé Siné.

Nous sommes en 2008 et les idées pilotiques sont mixées au sanibroyeur comme de la merde : les deux extrêmes se sont rejointes et pour le pire, comme dans les années 30 du siècle mort.

Val a viré Siné pour antisémitisme.

HA HA !

Dieudonné a pris pour parrain d’un de ses enfants Jean-Marie Le Pen.

HA HA !

Soral écrit les discours du même Jean-Marie.

HA HA !

Le Figaro est plus à gauche que Libération, c’est pour dire…

Je vais de ce pas marabouter l’esprit du Professeur Choron pour qu’il enfume le gang d’usurpateurs comme des blaireaux dans leur terrier.

Lisez l’excellent papier que lui consacre le non moins excellent Fabien de Ménilmontant sur son blog, ici : CLIC !

 

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Écoutilles

© Cyp Luraghi 1989 - Inde - Himachal Pradesh - village de Malana

 

À force de me durcir la feuille
je me boulonne les écoutilles
je ne vois rien non plus
plus rien du tout.
Qu’on croit, mais non.

C’est là que j’entends mieux ce qui se passe dans le monde ; à travers un filet ténu. J’ai bouclé la radio depuis des jours et des semaines, je ne lis plus que les grands titres de la presse en diagonale, je suis très loin de tout et plus proche que jamais. Il y a trop. C’est notre époque ; un gonflement des choses au détriment des idées, une oppression des méninges ; alors tout est confus, fatras, chaos et marigot.

Comme maintenant, exactement. Un temps aussi troublé qu’une avant-guerre, où tout est mélangé.
Nous avons des personnages publics tout à fait similaires à Doriot, tiens-donc…
Et un peuple toujours aussi bête et même plus.
Animal, plus machine.
Et puis des termitières immenses en béton, ça c’est nouveau. Et l’internet, l’eau chaude à volonté, tout plein de choses qui font de nos clapiers des hôtels chics.

Vaut mieux regarder ça en tirant une bouffée, le cul posé sur une poutre. C’est mieux ainsi.
Je ferais rien comprendre à personne, d’abord. Faut que je me me le martèle, d’ailleurs c’est déjà fait.

Je peux penser que c’est Vichy, mais je ne peux pas l’écrire sinon je me fais condamner, donc c’est Vichy. C’est aussi simple que ça.
Je peux penser que Philippe Val est un facho et Charlie un journal d’extrême-droite, mais je ne peux pas l’écrire ni le dire à haute voix en public, sinon il m’en cuira.

Alors je pense, tranquillement, comme une vache rumine.
Et je ne dis, ni n’écris.
Tiens : je pense depuis dix ans au moins que la Betancourt est une pisseuses grand-bourgeoise à la Carla Bruni, et depuis qu’on nous les broute avec son enlèvement, je me fais mal voir parce que j’en ai vraiment rien à secouer de cette bonne femme. Mais alors rien du tout, parce que quand tu as touché le fond pourri du monde comme je l’ai fait, t’en as vraiment rien à branler de ces babioles. Nelson Mandela, c’est d’un autre calibre, non ? Ça méritait qu’on se remue… alors que là, hein, faut pas trop m’en demander.

Je vous dis : c’est Vichy. Y a des zazous et des vieux dans mon genre qui s’en foutent en écoutant leurs chansons. C’est mieux que la TSF.
Je coupe. Ah ! ça va déjà nettement mieux.

La gauche, c’est la droite… Vous ne me croyez pas ? Et pourtant.
On en parlait avec Myel qui part au Cambodge demain pour rejoindre son Gilbert, ce soir, au café.
Elle trouve qu’il y a de plus en plus souvent des articles plus à gauche que ceux de Libération… dans le Figaro. J’avais remarqué. Étrange, mais vrai.

Et tout le reste à l’avenant.

La gauche, c’est la droite !
Un vrai slogan novlangue.

 

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