Archives par tag : Chant de guerre

In vitro veritas

Illustration © Cyprien Luraghi 2017 - ICYP

De nos jours, tout est soumis à condition et réduit à celle de charcuterie sous atmosphère dite conditionnée, bien alignée dans les rayons. Un vrai plaisir des yeux, mais pas touche sinon gare ta couenne. De nos jours tout le monde a tout le monde à l’œil et ça rigole pas. Grâces en soient rendues à cette invention géniale qu’est l’internet. Pas un poil rebelle ne dépasse du bocal. Attention au moindre faux pas qui pourrait t’éjecter du moule. Du nid. Le but du je(u) est de rester confiné, conformiste et de recopier ce que les voisins font. C’est pas nouveau, seule l’échelle a changé. Ce qui autrefois se pratiquait entre commères dans les petits quartiers, se passe aujourd’hui à l’échelle planétaire. Où que tu ailles, tout est pareil. Le décor change en fonction du lieu, c’est tout. Le monde est une photocopieuse à la con. Les Mongols font pareil que les Papous et les Alsaciens, voire les Catalans. Tout le monde a les mêmes mœurs, les mêmes us, des coutumes identiques. Pas encore tout à fait mais c’est en bonne voie. L’eau qu’on boit provient de différentes sources. Les octets du réseau qu’on fréquente coulent de source unique. 

Heureusement, l’Icyp ne navigue pas sur Internet mais fend les flots de l’océan Octétique, ce qui est très différent. Un réseau social quantique, en quelque sorte, voire touticouantique. Car icy, Touti et Couanti se frottent le lard gaiement, tout comme Don Camillo et Peppone[1] . Le surmoi gauchiste hirsute[2] fait fi des bocaux, des bulles et des hautes sphères. Il se fout de la poire des évangélistes glabres, intriquant ses tentacules capillaires jusques au cœur de la tristouillerie la plus tristouille, ourdissant des plans velus auprès desquels le célèbre Grand Remplacement tant choyé par les paranos et autres gniasses complotistes, n’est que pipi de chat. 

Le XXIème siècle sera in vitro ou ne sera pas ! We shall overcome[3] ! Hugh ! Olé ! E la nave va !

  1. Ou Hulk (gros con de droite) et Homère (petit con de gauche) icy-même. []
  2. Lequel est rigoureusement increvable et tout aussi inextinguible que la flamme du soldat inconnu. []
  3. Some day comme le chantait Pete Seeger []
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Entravons sans jouissances !

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2017

Exit la gaudriole, le foutraque, le mal branlé, le guingois, le cradoc familier, les frêles parapets aux passerelles du libre jouir. Place aux liens solides, propres sur eux, calibrés, confortables, rassérénants. Bienvenue dans le principe de précaution. Au départ il y a un corps mammifère bourré d’instincts et de pulsions suspects,[1] dans lequel les fluides les plus variés circulent, drainant désirs et émotions tant qu’à faire. Progressivement il se couvre de pelisses et s’encombre de colifichets. Dont ces chaînettes et colliers symbolisant l’appartenance au corps social : cordes et licols. Puis, plus récemment, des extensions sont apparues. Le smartphone par exemple. Miroir, miroir, dis moi qui est le plus conformiste ? Appuie sur Envoi et compare-toi au monde entier, clic. Sois unique dans le globiglobal. Lequel est l’archétype de l’unicité glutineuse. Le néodieu partagé par tout un chacun en quelque sorte. La Référence de toutes les références. Celle qu’on suit comme un con. Qu’on est si on le fait.

Mais icy, foin de ces conneries merdiques : le conformiste aliéné de l’ère des réseaux miroirs, nous nous foutons de sa poire. Et pas qu’un petit peu. Et dans les règles de l’art. Et en meute cannibale. Partant du principe que rien n’est plus comique et comestible qu’un triste con et qu’il constitue le meilleur aliment pour nos estomacs de francs-limaçons tristophages. Et qu’en ces panses philosophales se distille la bonne humeur : l’arme suprême de notre complot intergalactique d’éradication des sourires à l’envers. Et des manches à balais dans le cul.

Suçons ces sucs sinistres, les aminches ! Sus ! Sus ! Et merci à Zebao pour le titre du billet ! E la nave va, olé !

  1. prononcer « sussepaictes » []
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Au delà du nihil

© Pierre Auclerc 2010 -ICYP - 2016Dix heures quarante-quatre : solstice d’hiver. Lui, il n’y a pas à l’attendre[1] : il tombe à date et heure fixes, lui. Car la mécanique céleste ne souffre que de peu de dérives. Elle est inéluctable et c’est tant mieux. En attendant va falloir se farcir le froid pénible, l’humidité pénétrante et la pré-campagne des présidentielles avec son défilé de tronches de cakes encore plus tartes que celles des miss France. Justement : je me disais que tant qu’à ne plus participer à ce dîner de cons, autant officialiser mon apostasie républicaine comme je l’avais fait il y a trente-neuf ans pour le catholicisme. À l’époque c’était pas banal de faire ça : l’employé de l’évêché avec sa tronche de rat, en blouse grise derrière son comptoir en bois lustré était légèrement interloqué que je puisse lui demander une chose pareille. De nos jours c’est plus facile : il existe un formulaire idoine. Un timbre-poste et le tour est joué. Ça n’étonne plus personne.

J’avais donc décidé de commencer par me faire rayer des listes électorales pour apostasier ma républicanitude française. Manque de bol, après une rapide recherche sur le Net, bing : c’est pas possible. Quand tu es décrété citoyen, tu le restes jusqu’à ce que tu claques sauf si tu fais des très grosses conneries. La république française en a décidé ainsi. Ouais bon. Le problème est que la république, j’en ai vraiment rien à foutre. J’ai pas choisi d’y être ni d’en être. Elle ne m’intéresse pas le moins du monde. J’aime pas ce régime à la con. J’aime pas ceux qui l’ont pensée et créée, cette république de chiottard. J’aime pas les Lumières. Voltaire, Rousseau et compagnie je les déteste tous. La notion de nation me soulève le cœur, les rituels républicains me répugnent tant ils sont ridicules et laids. Je ne me sens aucunement citoyen et français et n’ai aucune raison pour me sentir tel. La devise nationale me scandalise comme toutes les publicités mensongères et autres escroqueries de charlatans.

Il n’y a pas de formulaire de désinscription. Comme c’est dommage.

…E la nave va !

  1. Lire le billet précédent. []
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Photo d’identité heureuse

Illustration © Paul Grély 1972 - Fonds Auzanneau - tritouillage : Cyprien Luraghi 2016 - ICYPLe gars passait par là en 1972. Il s’était arrêté à la boutique photo du regretté Monsieur Paul, à Puycity. Il était peut-être en permission pour alller courtiser sa mie, ou rendre visite à une vieille tante à menton qui pique, faire la nouba avec un copain de chambrée, toucher sa part de l’héritage d’un lointain grand-oncle : nul ne sait. En tout cas sur la boîte où était rangée cette vieille pellicule parmi tant d’autres, Paul n’avait pas inscrit son nom comme il le faisait pour tous ses clients connus, mais simplement « militaire ». Un soldat inconnu, donc.

C’était il y a une bonne douzaine d’années, aux heures perdues à la boutique photo de mon vieil ami le Barbu, successeur de Monsieur Paul, je numérisais le fonds de ce dernier : pas loin de cent mille clichés. J’ai dû en traiter six mille à peu près. C’est long et pointilleux. De la plaque de verre au gélatino-bromure dans les années 40 jusqu’aux diapositives des années 70 en passant par des kilomètres de bobines au format 135. Toute la vie de Monsieur Paul. Et de Puycity et alentours. Noces, communions, fêtes votives, bals populaires, banquets d’anciens combattants et catherinettes. Kermesses scoutes, tournois de pétanque, course cycliste. Foirail, marché couvert. Accidents spectaculaires, remises de médailles par le préfet et le sénateur, commémorations aux monument aux morts, bébés joufflus sur des peaux de bêtes poilues, jeunes filles en tutus, paysan fier de son cèpe géant, posant pour l’articulet dans la Dépêche. Poules au gibier. Festins de conscrits. Militaire de passage.

Au fil des numérisations les tableaux d’un petit bourg apparaissaient : de moins en moins de monde et de boutiques dans la Grand’ Rue, de plus en plus de vieillards. L’assèchement progressif des sourires. L’artificiel remplaçant le naturel.

C’est toujours comme ça : d’aucuns pleurent la perte de ce qu’ils ont assassiné ; de ce sur quoi ils ont tant craché. Ainsi dans de nombreux pays de nos jours, des torrents d’émotions étreignent les meurtriers de leurs émotions. Alors ça fantasme : ça ressort les vieux épouvantails et ça les trouve sexys. Le maréchal pue-la-pisse comme je l’écrivais dans mon billet précédent, par exemple. Le patriote : du modèle bien sanguinolent et un peu septembrier sur les bords, tant qu’à faire. Le gentil bidasse souriant, devenu méchant milicien entretemps. Jeanne la vierge folle qui boutait, boutait, boutait, l’ennemi dans sa tête en la projetant contre des murs capitonnés. Les nationalistes se cramponnent à leurs fantasmes comme des morbacs au pubis d’une charogne.

Peace and love, le monde. Bel automne en perspective. E la nave va !

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Parano-Suiza

Illustration tritouillée par Cyprien Luraghi © Icyp 2016Voiture de l’année : la Parano-Suiza

(huit cylindres en Vé, trente-deux soupapes minimum)


La Parano-Suiza allie tout le raffinement d’une carrosserie blindée à toute auto-critique et le confort douillet d’un habitacle étanche à toutes interventions extérieures. Tout est pensé pour le bien-être de l’utilisateur, ce qui en fait la meilleure de sa catégorie : ordinateur de bord simplifié, absence de volant et de marche arrière. Finis, les spéculations philosophiques sur l’itinéraire à suivre, les doutes intellectuels aux carrefours, les regrets existentiels au fond de l’impasse, la Parano-Suiza vous mène à destination, TOUT DROIT DEVANT, sans varier.

Faire rugir sa Parano-Suiza

(huit cylindres en Vé, quarante soupapes à négocier)

Comme tout véhicule, la Parano-Suiza nécessite un carburant, mais, comme tout modèle grand‑luxe, un carburant spécifique, le « Untelmeuharcèle ». Celui-ci, beaucoup trop ciblé, est fortement soumis aux lois du marché et n’est guère très stable. Il peut disparaître à tout moment pour diverses raisons : malfaçons qui nécessitent des tests en clinique, décision du fabricant de le remplacer par « Unautremeuharcèle », date de péremption atteinte nécessitant une mise au cimetière, etc. Préférez donc l’essence « Legroupemeuharcèle » au taux d’octane beaucoup plus élevé qui vous offre un éventail plus large de possibilités. Vous irez plus loin.

Afin d’optimiser les rendements, il est conseillé d’y adjoindre un adjuvant. Le fabricant « Faitsdivers » a longtemps eu le monopole avec ses produits-phares, « Pédophilie », « Parricide », « Pornographie » et j’en passe. Il est maintenant fortement concurrencé par un nouveau venu, « Terrorisme ». À vous de choisir. Si cela est trop difficile, vous pouvez faire votre petit cocktail personnel : le mélange « Pédopornoterrorisme » a un rendement extraordinaire. Certains préfèrent le lubrifiant « cyberterrorisme », commercialisé tout récemment, mais qui commence à avoir un certain succès.

Le moteur de la Parano-Suiza (huit cylindres en Vé, quarante soupapes, voire plus), comme tous les moteurs, a besoin d’un lubrifiant. Nous avons les huiles classiques, toujours très prisées, « Juifs », « Nègres » et « Francsmaçons ». Si la marque « Communisme » a disparu de la tête de gondole, « Illuminati » revient en force. On note l’arrivée sur le marché d’une holding au comportement commercial très agressif, « Islam », qui nous présente toute une gamme de produits allant de « Arabes » à « Islamofascisme » en passant par « Islamogauchisme », selon que votre voiture a une conduite à droite ou à gauche.

(Il existe une huile parfaitement confidentielle, connue seulement de quelques initiés, la « déconnologie ». Quelques téméraires l’ont essayé et elle pète le feu.)

Nota :

Certains font un mélange de tous les produits précités. Cela demande des connaissances et du savoir-faire ; il faut faire partie d’un club. Le membre du club est facilement reconnaissable à son uniforme protecteur (il a la peau délicate) et à son crâne rasé par souci d’hygiène. Les huiles « Juifs » et « Francsmaçons » sont très connues pour leur pouvoir irritant et de récentes études montrent que l’huile « Islam » ne vaut guère mieux.

Là nous ne parlons plus de voiture de tourisme, mais de formule un. D’ailleurs, ils appellent la Parano-Suiza ainsi « customisée », Sinzano-Suiza (S.S.).

Conseils d’entretien de la Parano-Suiza

(huit cylindres en Vé, soixante-quatre soupapes, ne lésinons pas sur les soupapes)
(Paragraphe inutile)

La carrosserie de la Parano-Suiza ne nécessite aucun entretien ! Grâce à son vernis inaltérable, toute pluie acide d’incertitudes ou orages de doutes ne laissent aucunes traces, aucuns points de rouille existentiel.
Le moteur s’auto-entretient de lui-même ! À partir du moment où on évite cette chaîne de garagistes au sigle HP qui se prétend les uniques concessionnaires de la Parano-Suiza. C’est de l’arnaque ! Ils vont tout vous démonter, vous obliger à revoir vos fusibles… Pire ! Mettre un volant (pour tourner en cas d’obstacle intellectuel) et une marche arrière (pour reculer en cas d’erreur) !

ESSAYER LA PARANO-SUIZA, C’EST L’ADOPTER !
ADOPTER LA PARANO-SUIZA, C’EST NE PLUS S’EN PASSER !

( e la nave va, as usual ;-)

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