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LES DÉCONCOMBRES

Illustration originale de Nono - © 2010 - Cliquer pour agrandir.

L’une des beautés de Rue89 est de « penser contre soi ». Même si certains Riverains préfèrent souvent « penser entre eux ».

Blandine Grosjean, rédactrice en chef adjointe, ici : CLIC sur le fil de discussion de l’article dont je causais Ici : CLIC.

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J’explique : un Riverain, dans le jargon de ce journal, c’est un commentateur : un rat de catacombes comme nous disons Ici, vu que ça reflète mieux la réalité ; un véritable riverain étant tout autre chose que cette escroquerie langagière.

Dans ces deux courtes phrases que la madame a écrites, se concentre le résumé parfait des décombres de la pensée dominante.

La cheftaine nous dit plein de choses en même temps : d’abord que son journal est beau de multiples manières. Une espèce de diamant taillé à facettes diaprées. Je compatis à sa fierté collective : ce journal est aussi brillant que l’écran d’ordinateur sur lequel je le lis et que le papier glacé de tout magazine normalement constitué.

Ensuite, la madame dit que dans son beau journal, il est d’usage de penser contre soi. En bon rat de catacombes malicieux, j’ai essayé de faire ça : il en est résulté un mal de crâne atroce, suivi d’un dédoublement de personnalité des plus calamiteux. Soudain, j’étais tout gniasse, à lutter avec mes pensées contre elles-mêmes. Un truc de fou.

D’ordinaire, je pense en phase avec mon soi et les engrenages de mon carter cérébral baignent dans l’huile alors que là, ça grinçait méchamment dans la boîte. On ne dira jamais assez l’immense souffrance à laquelle sont soumis les combattants de leur propre pensée. Il faut l’avoir vécu comme je l’ai fait un temps − bref, mais suffisant − pour ensuite revenir dans le monde en missionnaire de la pensée coulant de source et se frayant naturellement son chemin jusqu’à l’embouchure.

Penser comme dit la madame relayant l’opinion de la rédaction d’un journal pensant contre soi, n’est pas mon fort. Une pensée contredite par elle-même s’annule et il en va de même pour une opinion, puisque l’opinion est l’expression d’une pensée particulière sur un objet ou une idée. De facto, la rédaction d’un journal qui pense de telle manière, indique qu’il ne s’agit pas un journal d’opinion.

Pourtant cette gazette si bellement brillante, a bel et bien une opinion : celle du penser contre soi qui en est une cependant. Tout comme le vivre ensemble n’est qu’un ensemble de deux mots ne reflétant aucunement la réalité de leurs significations associées. Prônée par les journaux d’opinion contre soi, le vivre ensemble est une étrange manière de glorifier l’individu, monarque absolu de cet agrégat d’égoïsmes régnant depuis de longs et lugubres lustres, sur  les administrés de la Ligue Marchande de Gloubiboulgalia.

À l’ensemble de ces contradictions entraînant forcément des pans entiers de son lectorat vers l’insanité mentale, la rédaction elle-même devenue paraphrénique à force de lutter contre son opinion, rentre dans le chou de l’opinion des rats de catacombes, qui en ont une bien conformée, eux.

Ces mauvais Riverains dont je suis et sommes Ici quelques uns, qui ont l’outrecuidance non seulement de penser en accord avec leurs idées, mais d’avoir des atomes joliment crochus et de papoter ensemble, voire pire : de festoyer joyeusement en se foutant de la triste mine de ces concombres sous serre de la pensée contre soi, que sont ces journalistes sans opinion autre que l’admiration de l’engrais à la merde contaminée qui les fertilise et les rend si brillants aux yeux de l’opinion des penseurs contre soi bien rangés dans leurs cageots ; pauvres cornichons. 

E la nave va…

 

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GRUNT !

Hache du néolithique trouvée pas loin de notre ancienne baraque - scan direct et tritouillage © Cyprien Luraghi 2010

Ventre Vide n’a pas d’oreilles, mais il a des pattes. Deux précisément, sur lesquelles il se tient debout, scrutant le vaste horizon en quête d’un rôti de mammouth.

Tête Vide résonne juché sur ses deux pattes. Deux précisément, sur lesquelles il se hisse, scrutant les parois de Lascaux, quéquette de m’as-tu-vu en avant.

Gris-de-Peur n’a que ses pattes pour détaler de son pays de guerre et de misère et tenter de trouver le bifteck ou la matraque aux grands confins; c’est selon.

Sapé de fin bleu,Tête Vide arpente lentement son domaine. Sa femelle s’extasie sur le mobilier et l’électroménager : d’époque et dans le jus, et tellement pittoresquement grottesque.

Ventre Vide et Gris-de-Peur ont construit leur cabane sous un pont pourri dans la zone pourrie d’une grande banlieue pourrie : aux grands confins, dans la vallée où coulent lait et miel − qu’ils disaient.

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Penché sur son ordinateur portable, il rapporte la nouvelle à raison de soixante mots à la minute : le journaliste dans la salle de rédaction défend la liberté de la presse en combattant valeureusement le fin sapé Tête Vide et sa femelle en pâmoison dans la grotte de Lascaux avec son clavier-massue.

Le journaliste défend aussi les ventres vides et les romanichels : il défend tout ce qui est défendable aux grands confins, loin de son cul assis au dessus de ses pattes : sauvages voleurs de mammouths, romanichels et assimilés saltimbanques.

Une fois qu’il a fini son article sur la visite du campement de romanichels néolithiques à tags pariétaux du plus bel effet par le chef en chef à tête vide et sa greluche, il passe sa copie au Community Manager qui la cale sur le marbre électronique du pure player[1] − dont il est la cheville ouvrière − et balance la purée aux lecteurs − têtes et ventres avides :

petits ratiocinateurs disséquant les mots doctement
en peugnotant[2]  
de la pointe des dents,
et rats de cale délurés et festoyant
à s’en faire péter la panse
en faisant leurs choux gras,
de cette feuille de chou.

***

Penché sur son ordinateur portable, rat de cale romanichel fait bien du boucan en martelant le clavier aux confins fonds du fond, cliquètement résonnant comme bidons vides frappés violemment, aux tympans fragiles tout pareillement : des doctes ratiocineurs, du Community Manager, du journaliste et du chef en chef Tête Vide et de sa suite.

Qui appellent la police pour que cesse incessamment tout ce barouf et que les paisibles riverains[3] retrouvent le joli goudron nickel qui fait toute leur fierté et nappe leur sommeil de rêves dans les clous.

Ils appellent ça de la musique et font la fête jusqu’à pas d’heure. Je vous parle même pas de l’odeur méphitique de ces trous du cul qui nous pètent au nez en rigolant. On n’est même plus chez nous.

Chauffez les bulldozers, déterrez les haches de guerre : ça va charcler dans les cales. Envoyez la troupe, faut que ça gicle et que ça dégage du paysage urbain !

Voleurs de mammouths et fauteurs de prouts : out !

Grotte de Lascaux, salle de rédac’ : même combat !

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« …le second degré et l’ironie passent, en général, assez mal sur Internet. »

Ce billet est dédié au Community Manager d’un pure player parisien qui a écrit cette monstruosité hier ici : CLIC 

 

  1. Journal en ligne. []
  2. Chichiter. []
  3. Je hais ce mot. []
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Numéro 250

Dul par Dul et amoché par Cyp - © Dulauroy / Luraghi 2009

Le 7 mai 2007, Rue89 démarrait. Dans l’après-midi du 10, Dul y postait son premier message. C’est ainsi qu’il est devenu le deux cent cinquantième commentateur de ce journal, et probablement le plus ancien encore en exercice – jusqu’à ce jour. 

Aujourd’hui, après avoir poireauté sept semaines et relancé les responsables plusieurs fois, son compte est enfin supprimé avec l’appui redoutablement efficace de Hulk, qui l’avait déjà fait pour Banana.[1]

Avec Hulk, ça ne fait pas un pli. Confiez-lui les clefs de votre compte de blogueur à détruire, et son sens inné de la solidarité gauchiste le fera se coller aux manettes pour n’en point décoller jusqu’au parachèvement de sa mission.

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Pourquoi ce rituel ? Après tout, il n’est pas nécessaire ; il suffit simplement de ne plus y écrire, si on ne ne s’y sent plus à son aise. Mais bon : nous autres humains aimons la pompe et le cérémonial. Je déteste me retirer sur la pointe des pieds : quand ça ne le fait plus, je me lève en renversant la chaise et m’arrache en claquant la porte.

Là, ça ne ne faisait manifestement plus du tout pour quelques uns, depuis la mi-août. Chacun pour ses motifs ; l’idée flottait. Pour Dul et les autres je ne sais pas ; la boule de cristal ne montre rien.

Le sentiment de la lente érosion de ce qui m’y avait amené. Et puis ce fumet d’entourloupe, certes ténu mais finissant par imprégner la moelle, à la longue. Le plan classique de la démocratie participative façon Gogolène. L’Info à trois voix, voyez-vous ça…

Je suis tombé dessus ce soir, en me documentant. Lisez-le : son auteur – Michel Lévy-Provençal – a co-fondé Rue89. Il dit ce que je ressens dans ce billet : CLIC.

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Les commentaires de Rue89 sont lisses et policés, bichonnés comme des caniches maintenant. Parfois, une bulle éclate dans le marais. De moins en moins souvent. Comme des jardins à la française : de l’art topiaire pour les humains. C’est la spécialité du temps : taille et calibrage. À la machette s’il le faut, et les pavés rincés soigneusement au nettoyeur à haute pression.

Une fois cela su et bien su et le grand tour des lieux effectué, nous savons ce qu’il ne faudra pas faire : Hors-Sujet sera totalement différent. Il n’y aura pas de salle de rédaction, déjà.

 

  1. Lire le billet lié « Banana banzaï ». []
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