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Vivre ensemble au plat du jour

Affiche du film "Invasion of the saucer men" tritouillée par Cyp Luraghi - © 2011À la cantoche c’est Cantat ou burqa selon les goûts, les couleurs et la température extérieure, ces derniers temps : l’identique rata à ingurgiter chacun le nez planté dans son assiette ; c’est le vivre ensemble tel que défini par la charte régissant le conglomérat d’individus constituant la civilisation moderne.

La civilisation moderne a inventé le vivre ensemble chacun pour sa gueule : c’est nouveau. Je frétille de vivre pareille époque et j’ai presque honte de participer à cette nouvelle aube qui se lève sur la vieille Humanité. Alors je baisse la tête et repique du nez dans mon assiette… Cantat, burqa… heureusement, la gastronomie japonaise vient parfois rompre la monotonie de ces deux sempiternels plats du jour, quand les éléments se déchaînent au dehors et que ça dépasse force 9.

Sinon, quel l’ennui papillaire on se farcit le plus clair du temps.

Ceci dit, avec un peu d’imagination on peut varier ce fruste menu à l’infini : en conjuguant le Cantat à toutes les sauces, des arômes complexes et délicats finissent par s’en dégager : le Cantat extrapolé évoque le doux suc des gibets et la suave senteur du pavé rougi au pied du rasoir national.

Et de la fade burqa béchamelle, ragougnasse informe et insipide, se dégage soudain une odeur Marine, murine et mutine. Primesautière pour tout dire. Et quand le chef annonce au menu des épinards à la Fukushima et que les nez se lèvent à l’unisson, là on ressent bien le vivre ensemble. Là on est bien. Estomacs calés, hurlant sa joie en canon à trois voix.

Je peux encore pousser le plat du jour plus loin, plus haut, plus fort ; jusqu’à la plus haute marche du podium, au sommet de l’État en ses palais. Il y a tout ça dans mon assiette, pas plus loin que le bout du nez : exotisme, frisson et opulence sont à portée de ma fourchette. C’est là qu’on sait être dans un pays civilisé, policé, bien à l’abri des invasions et des raz de marée bigarrés.

Et quand je songe seul au mitan de la cantoche bondée que des myriades de coreligionnaires sont à divaguer tout pareil et regarder droit ensemble chacun son bout de nez, je me dis que nul autre sentiment n’est plus rassérénant, que celui de vibrer ainsi au diapason d’une si fière nation.

E la nave va…

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique | Autres mots-clefs : , , , , , , | 529 commentaires
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