Archives par tag : camelot

Tristrion I, An III

Scan de poupée vaudoue - collec. perso. © Cyprien Luraghi 2010Un an et demi que je l’avais pas ressortie, la poupée vaudou. Planquée derrière un paquet de câbles électriques sur l’étagère au dessus de la table de travail à l’atelier. Elle est moche, ses finitions sont mauvaises, le tissu minable et les épingles sont de la camelote chinoise.

Comme l’original : je veux plus voir sa gueule de camelot vulgasse. Ma poupée a l’avantage sur son modèle de pouvoir me rapporter des sous, parce qu’elle est devenue introuvable et que l’exemplaire en ma possession provient de l’édition originale. Sur les sites d’enchères les collectionneurs se jettent dessus comme des clébards en mai sur le premier trou odorant à portée de queue.

Comme ses électeurs : en rut éruptif il y a trois ans exactement, plus encore que les adorateurs de la hagarde Gogolène ; ce qui n’est pas peu dire car ses sectateurs sont de patentés bredins. C’est pour ça qu’il avait emporté le morceau : les dents plus en avant que l’autre dans la carcasse délicatement faisandée de la Marianne de service cette année-là.

Là, c’est la débandaison : à de rares exceptions près, l’électeur de Sarkolas tire la tronche ; pis : il conçoit une haine sourde envers son héros qui lui a si prestement plumé le croupion à vif pour mieux garnir l’édredon d’Onc’ Picsou et le traversin des Rapetou, ses amis de trente ans.

On récolte ce qu’on a semé, et c’est la haine qui suinte de cet homme : une haine perspirante, fumet de charognard. C’est donc la haine viscérale de pans entiers de la population qu’il reçoit en échange gracieux de la sienne. Haine et mépris, car tout est haïssable en cet homme si méprisant avec son prochain… prochain qu’il met un soin maniaque à conserver à distance de sa personne physique.

Un dangereux maniaque sujet à de fameux caprices.

 

Ce despote si bas, placé si haut par la foule en liesse me fait songer à un autre… 

« La foule, la solitude lui plaisent tour à tour ; qu’on lui demandât quelque chose ou qu’on ne lui demandât rien, il se fâchait. C’est avec une très grande promptitude qu’il s’occupait de certaines affaires, et il en est d’autres qu’il assumait avec une très grande nonchalance.

L’argent, il le dépensait sans compter, mais il thésaurisait aussi de façon sordide. Ceux qui le flattaient, ceux qui lui parlaient librement, il les traitait pareillement avec irritation et joie. Il négligea de châtier beaucoup de grands criminels, et mit à mort beaucoup de grands innocents. Quant à ses compagnons, il en flattait certains sans mesure, pendant qu’il outrageait les autres à l’excès.

Si bien que personne ne savait quoi dire ni comment agir avec lui, et si certains connaissaient quelque succès, il était dû davantage au hasard qu’à leur jugement. »

Dion Cassius, Histoire romaine, 59,4 (texte intégral ici).


 

Publié dans Billet Express, Déconnologie, Pilotique, Trouducologie | Autres mots-clefs : , , , , , , , | 670 commentaires
Aller à la barre d’outils