• Il faut être inscrit et connecté pour accéder au système de commentaires et aux parties privées de l'Icyp.

Hé mec !

Illustration © Pierre Auclerc - ICY - 2013

Deux heures au téléphone avec un ancien d’une des boîtes de voyages pour laquelle j’ai pas mal turbiné dans les années 80 à guider du monde à pied sur les chemins de l’Himalaya. Il était bien bourré quand il a raccroché, hoquetant. C’était hier au soir et il ne me rappellera jamais : je lui ai dit les choses en face comme je le fais toujours avec n’importe qui, ce qui n’est pas fait pour plaire. Je n’écris pas non plus pour plaire, mais pour transcrire ce que je vois et quand c’est pas plaisant, c’est le même prix, mec. Parce que justement c’est un mec qui m’appelait hier depuis pas loin de Tarnac, d’où il revenait après un raout de putains d’insurgés de mes couilles. 

L’Insurrection qui vient : hi hi. Ils chient pas la honte ces guignols, sans déconner. 

Le mec ça faisait des jours qu’il me bassinait comme un témoin de Jéhovah à me balancer ses tracts par e-mail et à me demander mon avis dessus. Franchement : j’en ai strictement rien à foutre, de tout ça. J’ai pas fait mes humanités, pour commencer. La branlette collective, les prises de têtes groupusculaires et le maniement de concepts hautement intellectuels, c’est pas mon trip du tout. J’suis un homme de terrain, les pieds plantés. La Révolution dans le salon, à d’autres. J’ai déjà donné. Finalement, le mec il a tellement lourdement insisté que j’ai lu son tract : CLIC. Le genre bien emballé, donc. Avec des gourous, de quoi pieuter, se rassasier et faire ses petites et grosses commissions. 

Le mec, il avait commencé à guider des touristes en Asie quelques années avant moi et puis il s’était retrouvé dans les bureaux, vendeur de rêves tarifés. Payé douze mois sur douze. Moi et les copains, on était restés simples guides : payés à la journée et au lance-pierres. Pendant dix ans, le mec était voisin de bureau de Machin, dont je dresse le portrait dans le billet « Tendre démon » − le lien est au pied de celui-ci. Pendant dix ans, donc, le mec comme tous les autres mecs et nanas bossant dans ces boîtes à touristes, n’a pas levé le petit doigt pour faire que nous autres, guides précaires, ne le soyons plus et ayons droit à une retraite décente. Pas plus qu’ils ne se sont battus pour améliorer le sort terrifiant échu aux porteurs de trek1 : misérables esclaves pouvant crever la gueule ouverte, que nous n’étions alors que deux en tout et pour tout à défendre bec et ongles contre les négriers d’Orient et d’Occident : un certain Denis et ma pomme. Et personne d’autre.

Or donc le mec me draguait, un quart de siècle plus tard, hier soir au téléphone, passablement pété et quand c’est l’alcool qui parle, le tréfonds de la tripaille se révèle et là, j’écoutais, j’écoutais… et puis je l’ai putain envoyer chier, le mec. Qui jouait les héros avec sa bande de charlots branchés Tarnac. 

Tarnac, j’en ai rien à foutre pour tout dire. En 2009 sur Rue89 on avait été quelques uns ICY à gueuler contre l’injustice faite à Julien Coupat et ses copains. La prose pompière de ces foutricules me colle les pustules, mais bon : ils s’étaient retrouvés dans la panade pour rien du tout et là, je dis toujours présent. J’étais pas dupe : lisez mon vieux billet « Du visible à l’invisible » datant de cette époque. 

Le mec, il est comme les résistants de 1946 : il a besoin de reconnaissance. Manque de bol pour lui, il était super mal tombé hier soir. Quand les lâches jouent au héros, je suis impitoyable ; déjà qu’en temps ordinaire la pitié m’est notion absente… 

Le mec, il est fan des émissions de Mermet et je suis sûr qu’il cause dans son répondeur. L’an passé il est venu passer quelques jours à la maison et il couinait sur sa retraite. Moi j’aurais droit à rien ; enfin : au minimum-vieillesse comme on disait autrefois. Parce que ce grand révolutionnaire en carton qui bande devant les bannière de l’Anarchie et se vante d’être de toutes les manifs où ça castagne, n’a pas bougé un petit doigt… comme tous les autres. 

Le mec, il voulait que je rejoigne sa mouvance : le gag. Inutile de tenter de lui expliquer que je suis objecteur de conscience et par conséquent opposé à toute forme de violence physique : autant déclamer du Platon à une brique. Et puis le mouvement c’est nul. L’immobilisme railleur convient mieux à ma nature profonde ;-)

Le mec a raccroché et j’ai repris ma correspondance avec un autre mec dont je vous entretiendrais un de ces quatre car ce mec-ci ne vaut pas mieux que ce mec-là. 

E la nave va…

  1. J’en parlerai dans d’autres billets. []
Publié dans Humain, Népal, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , | 3774 commentaires

Globul électron ami

Illustration © Pierre Auclerc 2013

Plus con qu’un ordinateur il y a ses adorateurs. Pourtant rien n’est plus stupide qu’une puce électronique, a priori. Auprès de ce fruste parpaing, la puce animale est une cathédrale gothique. Des ordinateurs, ça fait une quinzaine d’années qu’il m’en passe des centaines par an entre les pattes : comme autrefois le petit horloger de quartier dépannait les tocantes en carafe, je répare les bécanes vérolées des braves gens du canton. Alors pensez donc si je les connais intimement, ces pupuces à la con qui sont mon gagne-pain. 

Comme pas mal de mes collègues j’en ai souvent jusque là, de ces saloperies de puces pleines de bugs qui nous pompent une bonne moitié de nos capacités cérébrales toute la sainte journée. Certains jettent l’éponge pour de bon et il m’est arrivé de le faire il y a quelque temps, mais bon : faut bien remplir le frigo et payer les factures alors j’avais fini par reprendre du service quelques mois plus tard. 

Alors puisque c’est le sort qui m’est échu, autant retrousser les manches et me coller le nez sous le capot de ces bestioles de façon à m’instruire. À la fois des circuits empruntés par les électrons parcourant le minéral et de celui baladant ces mêmes particules dans nos circonvolutions organiques.

***

Entre les outils de silex de nos ancêtres et l’ordinateur le lien est évident : leurs nucléus sont composés des mêmes roches. L’outil est le prolongement de nos extrémités depuis la nuit des temps et la signature de notre espèce. 

L’outil exauce nos besoins élémentaires : il remplit nos panses, bâtit nos bicoques, anéantit nos ennemis, grave nos pensées sur des supports. L’outil est téléguidé et conçu par nos cerveaux dictant à nos mains la bonne façon de s’y prendre pour le confectionner. 

Et puis il y eut l’ordinateur, brillamment élaboré sur des bases mathématiques par des têtes bien faites pour des motifs guerriers et dans la foulée, assister les comptables et divertir le populo. C’est sur l’ENIAC, machine de guerre, que fut programmé le premier jeu électronique de l’Histoire, aussi.

Donc un objet mathématique à cœur de pierre est fabriqué massivement depuis un quart de siècle et plus de la moitié du monde s’en sert comme outil, sous une forme ou une autre. Le couteau suisse peut aller se rhabiller. Comme sur ce dernier, seules quelques fonctions de l’outil informatique servent au particulier. Par exemple je ne sais absolument pas me servir du tableur inclus dans la machine qui me sert à écrire présentement. Une foule de logiciels inutiles est là, tapie sur la surface sensible du disque dur planqué sous le clavier. Je ne me sers même pas du traitement de texte, ayant pris pour habitude d’écrire en ligne directement. Pour moi, l’écran n’est qu’une page et rien d’autre, et le disque dur un gros tas de feuilles, vierges ou pas. Comme au temps de la machine à écrire mécanique, tout part de ma petite cervelle, se dirige via l’influx nerveux jusqu’au bout de mes doigts. Rien ne voyage en sens inverse, sinon la vision des caractères d’imprimerie. 

Les vieux tromblons dans mon genre fonctionnent invariablement comme au temps des machines à écrire et des stylographes. C’est ce qui nous épargne l’insoutenable intrusion, pourtant glorifiée à outrance, de ces outils inanimés avec le vivant qui est en nous. 

***

Vint le temps où ces machines ont commencé à tisser leur toile autour du globe. Dirigées de main de maître par les nouveaux maîtres du monde globul. Les gentils architectes du plus petit dénominateur commun des masses populaires : l’objet de la consommation. Deux brillants mathématiciens, ça va de soi. 

J’ai toujours été archi-nul en maths et compte bien le rester, étant convaincu que les mathématiques sont les pires ennemies de l’humanité. 

 

E la nave va…

Publié dans Binosophie, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , , , , | 1581 commentaires

969 : fatal Bouddha

Illustration © EulChe 2013 - tritouillage : Cyprien Luraghi

 - 969 -

Un nombre qui semble anodin comme ça.
Juste cet égrillard 69 qui semble partouzer avec un autre 9.
Halte là.

 

C’est un code.
Porté par des religieux.
Des moines.
Des moines d’une religion comme les autres qui s’appelle le Bouddhisme.
Qui embrigade les moutards dès le plus jeune âge sous prétexte de les éduquer.
Et pour qu’ils soient bien éduqués, on commence par leur faire mendier leur maigre pitance dans la rue.
De porte à porte.
Pieds Nus.
Tous les matins.
365 jours par an. Sauf les années bissextiles.
Qu’il fasse 40° ou qu’il pleuve.
Qu’il vente ou qu’il neige.
Le coup de chance, c’est qu’il ne neige jamais.

Pour en revenir au 969, c’est religieux donc.
Et quand c’est religieux, on ne rigole pas avec le sexe.
Et donc le 969 ça n’a rien à voir avec le sexe ou l’amour.
Parce que c’est lié à une religion comme les autres.
Une religion qui bade la souffrance et l’insatisfaction.
Une religion qui sous couvert de promouvoir l’amour, en fait promeut la haine de celui qui n’est pas de la même secte.
Le 969 c’est le code que promeut Wirathu.
Que les médias étrangers appellent le Nazi Bouddhiste.
Mais lui préfère se définir comme le Ben Laden Birman.
Parce que le bouddhisme, c’est une religion comme les autres.
Une religion dont les adeptes ne tueraient pas une mouche.
Une religion avec ses extrémistes complètement cons qui veulent tuer ceux qui ne pensent pas comme eux.
Enfin, quand je dis qu’ils pensent…

Ceux qui en prennent plein la gueule, pour le coup, ce sont les Rohingyas.
Qui sont musulmans.
Du coup ce sont tous les musulmans du pays qui tremblent.
Parce que le bouddhisme c’est une religion comme les autres.
Que le gouvernement manipule pour ses propres intérêts.
Quand on a 135 ethnies à pacifier et unir, c’est plutôt utile d’avoir un ennemi commun.
Un ennemi qui se remarque car il se tourne vers l’Ouest pour célébrer son Dieu.
Un ennemi facilement reconnaissable car plus bronzé.
Depuis des décennies on apprend à tous les enfants qu’en fait, ces bronzés, ils viennent envahir leur pays. Que les colons anglais les ont fait venir du Bangladesh. Alors qu’il est avéré qu’ils sont dans le pays depuis plus longtemps que beaucoup d’autres ethnies.
Mais les enfants, devenus adultes, ils y croient à ce qu’on leur a appris.
Et ils ont beaucoup moins de scrupules à tuer cet ennemi qu’à écraser une fourmi, par mégarde.
Puisqu’il n’existe pas en tant qu’Ethnie, ce n’est pas grave, n’est ce pas.
A force de les tuer ça commence à se voir. Et à se savoir.
Au point qu’Human Right Watch a parlé d’épuration ethnique, quand même.
Mais pour épurer une ethnie faut qu’elle existe, cette ethnie.
Les Rohingyas, eux, ils n’existent pas.
Même Aung San Su Kyi, la Prix Nobel que le monde entier admire, ne sait pas quoi dire quand on lui demande si les Rohingyas sont Birmans.

969 c’est la solution.
Finale et imparfaite.

 

E la nave va…

Publié dans Pilotique, Trouducologie | Mots-clefs : , , , , , , | 826 commentaires

Attendus au tournant

Illustration © Pierre Auclerc 2013

Attendu qu’aux termes de l’article 62 du code de procédure banale, tout ça c’est du pipeau, de la poudre aux yeux, un décor de cinoche ;

Attendu que les vaillants citoyens peuvent aller se faire empapaouter à la grecque par les requins de la finance en vertu d’un article quelconque du code machin ;

Attendu que les requins sont les maîtres du monde, God is on their side et le menu fretin n’a qu’à numéroter ses abattis en souriant bêtement ;

Attendu qu’en vertu de l’article  0 du code sivil, le fretin est excellent grillé au barbecue après avoir été vidé et plumé jusqu’à l’os, ledit fretin n’aura pas à se plaindre étant donné que de fait il ne le pourra point ;

Attendu que God, dans Son immense mansuétude et avec le sens aiguë de la justice qu’on Lui connaît, a eu la bonne idée de coller l’accusé et ses complices dans la catégorie 4, inférieure à celle du fretin N°3 selon les Normes ;

Attendu que le fretin N°4 est livré vidé par nature et imbouffable par essence, l’article 42 stipule qu’il ne sera pas la proie des requins, lesquels se contenteront de faire mumuse avec ou de le rejeter à la flotte ;

Attendu que le fretin N°3 constituant l’écrasante Majorité, est doté d’un cerveau de poulet par God, et est élevé, nourri, dressé, employé, distrait par la télépoubelle et les réseaux sociaux de l’internet, dirigé d’une main de fer par le fretin de la classe collabo et dominante,1 la Loi Informatique et Aliénation stipule qu’il se doit de révérer les squales qui le croqueront quand le jour de la Casserole sera venu tout en honorant God et son copain Gold et qu’il n’aura ni l’un ni l’autre au jour du Jugement ;

Attendu qu’en l’espèce les fretins (appelés parfois « citoyens ») des catégories 1, 2 et 3 l’ont dans le cul de toute façon ;

Attendu que les fretins des deux catégories supérieures sont appelés à s’entrebouffer à cause de la rude loi de la Nature sous l’œil amusé de God ;

PAR CES MOTIFS

Le tribunal statuant publiquement, en premier ressort et contradictoirement à l’égard de M. Cyprien LURAGHI, kondukator kosmoplanétaire de la Déconnologie Pilotique et mécano en chef de l’ICY, QG du fretin de classe 4 inconsommable ;

Le déclare coupable de tout et n’importe quoi en vrac, conjointement à ses complices déconnologues de la Meute ;

Le condamne à tremper son clavier dans l’acide satirique et à dresser des portraits saignants des gniasses du Spectacle jusqu’à son dernier souffle ;

Et qu’ça saute ! Attendez-nous au tournant !

E la nave va…

  1. Plus communément connu en tant que « petit requin N°2 et N°1″ []
Publié dans Déconnologie, Édits Vespéraux, Spectacle | Mots-clefs : , , , , , , , , | 949 commentaires

Triangle Gore

mong-maw-tea-plantation-3-eulche-1200px-2

 

Jusque vers 2008 c’était le royaume du pavot.
Pas le gentil coquelicot que l’on trouve dans nos campagnes, non.

Le méchant.

 

Le Papaver Somniferum, plus connu sous le nom d’Opium Poppy.
Celui que le Monde Libre voue au gémonies.
Mais dont la production explose dès que ses armées, au Monde Libre, foule les terres du Pavot.

Et puis un jour, vers 2005, surement parce que cette production là tombait dans les mauvaises poches, on a envoyé les Nations Unies.
UNODC ça s’appelle. United Nations Office on Drugs and Crime.
Bien qu’ayant un siège à Vienne, on sent bien l’influence derrière un nom pareil.
Et l’UNODC, ils ont eu une idée fantastique : et si on remplaçait le pavot par du Caoutchouc et du Thé ?
Et ils ont financé tout ça.
Auprès de qui ? ben des autorités pardi.
Parce que c’est quand même plus facile.
Et puis cultiver le caoutchouc et le thé ça demande des structures, de plus grandes surfaces.
Pas un truc qu’un petit paysan peut faire.

 

Depuis ?

Officiellement il n’y a plus de culture de pavot.
Bon, suffit de pas aller bien loin en dehors de cette zone pour en trouver, hein.
Pis le Thé et le Caoutchouc ça rapporte beaucoup plus.
À ceux qui ont déjà les poches pleines.

Les autres ?

Ils sont devenus encore plus dépendants de leurs maîtres.

Qui se sont reconvertis et sont passés maîtres dans l’art, outre de faire la guerre, de produire toutes les saloperies chimiques qui inondent l’Asie, et un peu plus loin.
C’est que le Triangle d’Or, c’est peut-être surfait à première vue aujourd’hui, mais personne n’a vraiment envie d’en changer le nom.

 

E la nave va…

Publié dans Pilotique | Mots-clefs : , , , , , , | 944 commentaires