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Le bal des gens pires

Photographie : Paul Grély 1961 - © Fonds Auzanneau - tritouillage : Cyprien Luraghi

*

Les pipistrelles sont de sortie, c’est de saison.

Enfin j’anticipe un peu, là elles doivent lentement s’extirper de la torpeur hivernale et envisager en leur for intérieur, que la vie n’est pas que rêve comateux.

Les vampires eux, ont le sang chaud et le goût du sang ; c’est en tout temps qu’ils font la sarabande et au gai printemps plus encore, mènent la danse, vent en poupe.

Crocs en avant.

Heureusement, on ira tous au paradigme.

*

E la nave va !

(mercis à Apicius pour le titre et Croûton pour la dernière phrase de ce billet tout court)

Publié dans Billet Express, Tout court | Mots-clefs : , , , | 4294 commentaires

L’HYGIÉNISME PUE

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2017Tant que l’Outre-Atlantique s’astique le cauchemar climatisé entre soi, tout va bien. Faut bien que l’océan serve à quelque chose. Mais il en faut plus pour que cet obstacle naturel salé peuplée de monstres gluants, empêche les ligues d’hygiénisme vertueux américaines de venir nous faire chier jusque dans nos campagnes. Sans parler des villes, dont je ne dirais[1] mot tant qu’à faire. Ces gens-là qui redoutent le miasme, le microbe, le saint-nectaire au lait cru et encore plus son association suspecte[2] avec du pinard, ignorent la sagesse exprimée par tant de mamans bien de chez nous : « les petites bêtes, ça mange pas les grosses ».

Exit tout ce qui a bercé nos belles années : le bon gasoil bien gras, la clope, l’amour sans caoutchouc, les rebords de trottoirs non matelassés, etc. etc. Aujourd’hui en ouvrant le journal je tombe là-dessus : «On a été sauvées par la clope ! ». En résumé un lycéen avec plein de nœuds pourris dans les boyaux de sa tête, a lamentablement tenté de buter plein de monde dans son bahut. Heureusement, c’était un gros nul et personne n’est mort, ouf. Et donc la clope clopée en catimini dans le garage à motos du lycée a sauvé ces deux jeunes miraculées. Alors qu’en général elle tue plein de monde, la vilaine. Comme le fait est patent, l’anecdote est contée dans les journaux, qui pour une fois peuvent le faire sans risque. Mais dans l’ombre, le biomormon veille au grain et au ministère de l’Hygiène, la ministre a écarquillé des soucoupes, tant elle est choquée par cette exclamation joyeuse d’une jeunesse qui pourrait éventuellement se mettre à cloper à mort en suivant le mauvais exemple induit par ladite exclamation.

La ministre de l’Hygiène va se retourner dans son lit toute la nuit, torturée, obsédée, suante, et puis au petit matin vous allez voir : elle interdira les garages à motos dans les lycées.

Il est grand temps de changer de paradigme,[3] les aminches ! E la nave va ! Et merci à Konstadt[4] pour sa précieuse collaboration !

  1. Un débat fait rage dans les commentaires actuellement : s ou pas s à la fin de « dirai » ? []
  2. Rappel utile : nous autres déconnologues prononçons − et écrivons, d’ordinaire : sussepaicte. []
  3. Je HAIS ce mot, berk ! []
  4. Un déconnologue distingué et tamponné sur l’œuf []
Publié dans Billet Express, Déconnologie | Mots-clefs : , , , , | 5148 commentaires

Ô temps pourri, ô Mauresques !

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2017

Quand je ne sais pas de quoi ça va causer dans le prochain billet de l’Icyp, je demande aux copains dans les commentaires ce qu’ils auraient envie au menu. Et je note en faisant scritche, scritche. Après, je prends où pas, c’est selon. Là c’est Tigerbill qui a suggéré d’évoquer « le temps de merde qu’avant c’était la faute des spoutniks, et maintenant c’est de la faute des arabes ». Soit. Et qui dans la foulée nous a pondu le titre. Et maintenant j’ai l’air fin avec la photo de mes deux amoureux déjà calée sur le marbre. Va falloir faire avec, donc.

Les grues cendrées qui viennent de passer au dessus de Puycity se rient des frontières débiles. Comme les grues du bois de Boulogne et les réfugiés de Calais. Comme les vils islamigrés débarquant en masse pour bouffer notre pain national et anéantir notre race. Enfin je peux parler, avec un nom à coucher dehors et ma polenta ancestrale en guise de pain. Il faut bien l’admettre − et c’est moche − : les discours paranoïaques ont le vent en poupe. Un mauvais vent punais, contrairement à l’autan qui nous apporte la bonne chaleur sarrasine, pourtant. Et le printemps. Et l’amour. Et les ébats joyeux dans les buissons et les fêtes à confettis.

Ah oui, on m’a demandé aussi de parler de la campagne électorale. J’allais oublier. Hé bien je ne sais pas trop quoi en dire, sinon que les candidats me font penser à des canassons se speedant pour emporter le tiercé. Ne jouant pas aux courses, ça me concerne aussi peu que possible si ce n’est que ces canassons peuvent être du plus haut comique, ces derniers temps. Jamais je n’aurais pensé pouvoir rire en écoutant Fillon, par exemple. Ni en écoutant Le Pen débiter sa prose hallucinée et encore moins en contemplant le populaire frissonner à son unisson quand elle évoque le Complot. La méchante connerie est contagieuse, faut croire. Un des plus antiques ressorts de l’effet comique est la gestuelle des fous : on est servis de nos jours. La chute est le deuxième ressort de la rigolade : le coup classique de la peau de banane sur le trottoir.

À force de gesticuler, les fous chuteront. Comme en avril 45. Patience, les aminches ;-)

…E la nave va !

 

Publié dans Déconnologie, Pilotique, Spectacle, Trouducologie | Mots-clefs : , , , , , | 6564 commentaires

Entravons sans jouissances !

Illustration © Cyprien Luraghi - ICYP - 2017

Exit la gaudriole, le foutraque, le mal branlé, le guingois, le cradoc familier, les frêles parapets aux passerelles du libre jouir. Place aux liens solides, propres sur eux, calibrés, confortables, rassérénants. Bienvenue dans le principe de précaution. Au départ il y a un corps mammifère bourré d’instincts et de pulsions suspects,[1] dans lequel les fluides les plus variés circulent, drainant désirs et émotions tant qu’à faire. Progressivement il se couvre de pelisses et s’encombre de colifichets. Dont ces chaînettes et colliers symbolisant l’appartenance au corps social : cordes et licols. Puis, plus récemment, des extensions sont apparues. Le smartphone par exemple. Miroir, miroir, dis moi qui est le plus conformiste ? Appuie sur Envoi et compare-toi au monde entier, clic. Sois unique dans le globiglobal. Lequel est l’archétype de l’unicité glutineuse. Le néodieu partagé par tout un chacun en quelque sorte. La Référence de toutes les références. Celle qu’on suit comme un con. Qu’on est si on le fait.

Mais icy, foin de ces conneries merdiques : le conformiste aliéné de l’ère des réseaux miroirs, nous nous foutons de sa poire. Et pas qu’un petit peu. Et dans les règles de l’art. Et en meute cannibale. Partant du principe que rien n’est plus comique et comestible qu’un triste con et qu’il constitue le meilleur aliment pour nos estomacs de francs-limaçons tristophages. Et qu’en ces panses philosophales se distille la bonne humeur : l’arme suprême de notre complot intergalactique d’éradication des sourires à l’envers. Et des manches à balais dans le cul.

Suçons ces sucs sinistres, les aminches ! Sus ! Sus ! Et merci à Zebao pour le titre du billet ! E la nave va, olé !

  1. prononcer « sussepaictes » []
Publié dans Déconnologie | Mots-clefs : , , , , , | 4034 commentaires

58 ans, 6 pieds sous terre

Illustration © Cyprien Luraghi – ICYP – 2017Il ne m’en reste que trois, les autres ont disparu dans le cambriolage du garage chez la mater, il y a très longtemps. Toutes les photos de la famille étaient dans une vieille boîte à biscuits en tôle peinte. Ces cons de cambrioleurs l’ont emportée avec tout le reste. Elle a dû finir à la décharge. Celle-ci était dans le portefeuille du paternel quand il est mort à 58 ans, en 86. Elle constitue mon seul héritage ; je n’aurais voulu rien d’autre et il n’y avait pas tellement plus quoi qu’il en soit. Je ne sais plus où j’ai fourré l’original, donc c’est à partir d’un très vieux scan de piètre qualité que j’ai composé l’illustration de ce billet, en tritouillant un peu pour compenser.

Le vieux, sa religion c’était le travail. Chaque matin avant de partir brasser béton et carrelage, il ouvrait en grand la porte de notre chambre en gueulant debout, tas de feignants. C’était pas méchant : un simple réflexe paternel sans doute hérité du sien. Des tas de paternels faisaient pareil à cette époque. C’était normal. Le boulot était sacré, alors il avait ses formules rituelles. La caractéristiques des croyants est d’invoquer des entités fantasmatiques qui ne répondent jamais présent. En bon disciple, mon pater ne fut pas déçu : non seulement son dieu Travail le récompensait en le payant au lance-pierre tout en entretenant chez lui la gale du ciment et un terrible lumbago. Et, gros lot : un splendide cancer de la plèvre répondant au joli nom de mésothéliome. Dû à l’amiante que le vieux avait respiré à pleins poumons pendant toutes les années où il avait maçonné les hauts-fourneaux à la chamotte. En Lorraine et dans le Nord dans les années 60. La bête avait pris tout son temps, rongeant lentement tout son dedans, le laissant sur le flanc la cinquantaine à peine sonnée.

Entre le vieux et moi ça n’avait pas toujours été rose ( cf le billet « La fuite » ), mais la religion Travail n’avait rien à voir là-dedans. C’était bien plus grave et profond. Un jour je conterai tout ça en mode roman icy-même. Pourtant, le sachant au bout du rouleau, j’allais lui rendre visite au sanatorium dans les Vosges entre chaque voyage en Asie[1] ; pour partie parce que mon cœur n’est pas de pierre, aussi parce que j’avais besoin de savoir pourquoi et puis il était fier de mon boulot de guide : voyager il en avait toujours rêvé et n’avait jamais pu. À cause de son con de dieu le tuant à la tâche.

S’il y a une seule chose que le paternel m’aura appris, c’est que le travail est une maladie mortelle. Une malédiction. Un ennemi de l’humanité. Une servitude dégradante. Une humiliation abjecte. Une injure glavioteuse à la face de notre espèce de grands singes langoureux. Une insulte de harengère claquant aux oreilles de l’Humanité. Un malencontreux dérapage historique. Nos seuls efforts devraient tendre à l’éradication de ce maudit travail. S’ils avaient été entrepris par nos aïeux ingrats et irresponsables, ça ferait belle heurette qu’on se la coulerait douce. Le passé ne se refaisant pas et le Tao étant intemporel, il est grand temps d’inciter nos contemporains à se sortir les doigts du cul, à s’extraire de leur bulle afin d’œuvrer à ce qu’on se coince la bulle en beauté pour les siècles des siècles. Ne plus en foutre une rame, but ultime de l’évolution.

C’est par le non-faire
que l’on gagne l’univers.
Celui qui veut faire
ne peut gagner l’univers.

 (Tao-tö king – XLVIII)

Autrefois, dans les temps sauvages, le droit à la paresse était pure utopie. Maintenant rien ne serait plus facile à réaliser, pour peu que l’on en ait vraiment envie. Sinon avant-hier j’ai eu 59 ans et j’emmerde les pissenlits par la racine en attendant la retraite, paisiblement.

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…E la nave va, olé !

  1. J’étais guide de voyages et de trek, pour ceux qui sauraient pas. []
Publié dans Binosophie, Déconnologie, Humain | Mots-clefs : , , , , | 4961 commentaires
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