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Le moins pire c’est le plus pire

© Cyprien Luraghi - ICYP - 2018

Plus con qu’un mouton c’est dur à trouver. Même les poules ne leur arrivent pas à la cheville en matière de connerie moutonnière. Un cran moins connes, il y a les biquettes. Qui font leurs malines sautant comme des cabris alors qu’elles ne sont que barbaque de chevreau destinées au ragoût. Comme ces cons de moutons. Tailler bavette à la bique est toutefois plus palpitant que de discuter le bout de gras d’une brebis. Du moins pour ceux dont le plaisir est de dépenser leur temps en babils futiles. Et précieux, bien contournés, ponctués de gloussements entendus comme ceux de ce matin dans le poste à mon réveil, où l’insupportable Augustin Trapenard gloussait de ses bons mots à la con en compagnie du chichiteux Philippe Sollers. Quand la Civilisation se la pète, ça dégaze. 

C’était pas prévu au programme, l’envie de dévorer des livres. Les moutons sont censés brouter paisiblement, museau au ras des pâquerettes. Contrairement aux biquettes de la haute qui du bout des lèvres cueillent délicatement les fruits sur l’arbre. Mais voilà : c’est comme ça et pas autrement, dès tout petit j’ai plongé dans la drogue de Gutenberg. Si j’avais su dans quel sac d’emmerdes j’allais me fourrer, peut-être que je serais resté mouton comme tous ceux de ma race. Peut-être. Et puis au bout du compte c’est très bien ainsi. Foin des emmerdements. Au bout d’un temps on s’y habitue. Tout comme à marcher sur le fil, entre deux. Les gens comme moi ne sont plus jamais de l’un et ne seront jamais de l’autre. On pourrait, notez bien. Comme Eddy Bellegueule qui dorénavant crache sur d’où il a fui. Ce n’est pas mon cas. D’en bas je suis, en bas je reste : c’est chez moi et nulle part ailleurs ne le sera jamais. Parce que je n’ai pas envie de faire le toutou mouton dans les beaux salons. Ça ne m’intéresse pas. J’ai vu comment ça vit, là-haut : aucun intérêt. C’est chiant comme la mort. Tellement chiant que ça cherche à s’encanailler pour tuer le temps. 

La canaille je connais. Normal puisque j’en suis. Elle n’a rien à voir avec l’idée que s’en font les encanaillés en cuir rose et pures soies qu’on voit à gauche de l’illustration. En plein raout avec leurs amis les biquous. Ça cause de canailles à tous les coups, en croquant des primeurs de première classe. Pendant que nous autres funambules renégats commentons ce joli conclave puant le bouc avec des mots épais comme des glaviots projetés à leurs faces. 

Si là-haut ça se fait chier, là en-bas ça en chie. Ça je le vois bien. C’est pourquoi je soutiens à fond les zadistes de toutes les zads, les cheminots en grève et tous les autres grévistes, les étudiants bloquant les universités, le personnel hospitalier sur les rotules, les livreurs-cyclistes payés au lance-pierre, et cétéra. 

J’ignore si ce n’est qu’un soufflé qui retombera vite ou si la contagion se propagera comme la chtouille. Mais vive la contagion !

E la nave va !

 

Publié dans Édits Vespéraux, Pilotique | Mots-clefs : , , | 2163 commentaires

L’art c’est un combat – dans l’art il faut y mettre sa peau

Illustration © Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Le titre est une citation de Jean-François Millet, peintre de paysans. Extraite de la correspondance de Vincent avec son frangin Théo. Dont je n’ai pas encore tout à fait achevé la lecture, redoutant la fin que je connais déjà par les livres d’histoire. J’ai vécu des années avec deux peintres, mais je ne sais pas peindre. J’ai vécu des années avec des comédiens, mais je ne sais pas jouer sur scène. Et des années avec des musiciens sans savoir jouer une note juste. Je ne sais que parler avec les doigts. Oh pas comme les grands maîtres de la chose. Juste parce que je ne peux pas m’empêcher : quand je vois un clavier, je tape dessus comme le guitariste quand il a une guitare entre les pattes. Le guitariste est un artiste comme le fut Van Gogh, mes copains peintres − qui le sont toujours un demi-siècle après notre vie commune dans la mouise −, les comédiens de tous les temps, les écrivains dont je suis un peu à ma manière. La vie d’artiste est spéciale : du réveil au coucher c’est ne penser qu’à notre art. Toutes les pensées sont orientées et focalisées par ça. Chaque mot passant par là est un mot destiné à être couché sur une page, par exemple. Comme l’est chaque note de musique entendue au dehors ou au dedans pour le musicien. Le bloc de pierre pour le sculpteur. Le chapitre suivant pour le romancier. 

Artiste c’est un métier, en fait. Agnès Maillard[1] le dit dans un de ses derniers billets − et dans les commentaires en dessous aussi : CLIC. Van Gogh ne dit pas autre chose et il bossait très dur. Idem pour mes vieux copains peintres : ils n’arrêtaient jamais. Les tâcherons du roman c’est pareil. Heureusement je ne suis qu’un petit rigolo : un poète à deux balles qui pond sa petite prose quand ça lui chante. Et qui sonne sur la page au diapason du temps qui passe et de celui qu’il fait dehors. Il suffit de m’échauffer un peu comme une bouilloire sur le gaz pour que la vapeur s’échappe en chantonnant. Encore faut-il qu’il y ait du gaz et l’étincelle. Souvent je doute, tout le temps je doute. Ce soir aussi. Et puis soudain l’éclair comme à l’instant dans le ciel. Et le premier coup de tonnerre de l’année. E la nave va…

  1. Alias Le Monolecte : la taulière d’un respectable site réellement indépendant. []
Publié dans Binosophie, Spectacle | Mots-clefs : , , , , | 1787 commentaires

Indicible au-deçà

Photographie : Pierre Auclerc-Galland - tritouillage : Cyprien Luraghi © 2018 - ICYP

Personne ne sait ce qui se trouve au delà. Tout le monde ou quasi se le demande. Pas moi. Je m’en tape complètement de l’au-delà. L’au-deçà me convient parfaitement : une longue vie ne parviendra qu’à l’effleurer à peine, déjà. Partir du bout du nez et petit à petit inhaler l’espace alentour en s’aidant des pertuis sensoriels dont nous sommes abondamment dotés. C’est ça, le truc : faut pas chercher plus loin que le bout de son nez. Sachant comme le dit la sagesse populaire, que l’imbécile regarde le bout de son doigt. Quant à celui qui regarde la Lune, la sagesse populaire reste muette à son sujet tant il est tabou. La connerie n’y retrouverait pas ses petits. 

*

Par delà la rosée sur les vitres au matin, il y a le mur tout gris de l’ancienne minoterie droit dans l’axe. Dès le mois prochain la vigne vierge le verdira, ravissant mes yeux picotants d’être si souvent rivés sur l’écran de mon tout petit ordinateur de travail. Dans la venelle parfois quelqu’un passe, un pain sous le bras ou un chien en laisse. Les minots du quartier font les andouilles sur leurs petits vélos bariolés. Au delà rien ne semble exister. Pourtant je sais d’expérience, pour avoir longtemps bourlingué, que le monde ne s’arrête pas à cet horizon bouché. En lisant le journal je vois bien que l’humanité s’agite au loin. Les amis venant du dehors m’en rapportent des nouvelles fraîches. Dont je déduis depuis mon coin de table en bois d’arbre, que le monde est en plein boum actuellement. Ça craque de plus en plus aux entournures. En bien, en mal : drôle de mélange bouillonnant. Drôle de siècle. J’attends la suite, tous sens en éveil, avide de humer l’air du temps. E la nave va… 

Publié dans Binosophie, Spectacle | Mots-clefs : , , , , , | 3938 commentaires

Je les déteste tous

Illustration © Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Tous mais pas tous, en fait. Ça dépend lesquels. D’à quelle catégorie ils appartiennent. Les gens des catégories détestables le sont sans exception. Les militants par exemple : putain qu’est-ce qu’ils sont haïssables, tous. Pas un pour racheter l’autre. Pas que les militants politiques : tous ceux de toutes sortes s’entichant de fantasmes puérils à pas d’âge. Les ultravégétaliens fous, par exemple, tout comme les carnivoraces azimutés. Il en va de même pour les masculâtres et les féminulistes : que le berk les submerge, ces pnutres ! Et je pourrais tartiner les listes interminables de ces catégories d’odieux minables. Heureusement pour vous aussi lecteurs, j’ai trop la flemme de faire chose aussi fastidieuse. Évoquons tout de même le tanguy libertarien antitaxes qui attend l’héritage en bon bernard-l’hermite, chez papamaman. Et puis le petit nazi aussi, qui a le vent en poupe ces derniers temps. Le bren au fion, en fait. Face à lui, le néogarde rouge s’énerve très fort quand le quidam a l’outrecuidance de dire du mal de son mentor cramoisi qu’il appelle Jean-Luc comme si c’était son copain. J’arrête là car un billet de blog c’est court et puis c’est dimanche, d’abord. 

Exécrer les répugnaces c’est bien joli, mais épuisant au possible. Tout comme conspuer le gnière et morigéner la gniasse. Le mieux c’est d’en rire, de ces tristes cires aussi mortellement repoussantes qu’à Grévin. Ça ne les déridera pas, mais peu importe. La seule chose qui compte c’est que leur sinistrose soit l’aliment de nos bonnes humeurs comme la soupe au potiron l’est à nos estomacs avides.

…e la nave va… 

Publié dans Déconnologie, Spectacle, Trouducologie | Mots-clefs : , , , , , | 6834 commentaires

Plus dur sera le chut

Illustration © Cyprien Luraghi 2018

*

Si la boule perd la boule alors tout est perdu.
Des fois je me dis que tout est foutu.
Quelques instants à peine, puis je me ressaisis.
Des fois.
De plus en plus souvent les ans passant.
Et puis les grues cendrées sont de retour.
Invariablement.
E la nave va…

*

Publié dans Tout court | Mots-clefs : , , | 2508 commentaires
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