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L’Icyp fait son itinérance

Le Président Poincaré fait étape à Puycity en 1913 − © Collection privée

Depuis beaucoup de siècles, les chefs en chef de la France se fendent d’une tournée en Plouquie profonde, pour se faire bien voir de leurs sujets, tâter le cul des vaches ou quand leur cote de popularité sent le naufrage. Tournée, ça fait vieux monde alors le petit dernier a opté pour l’itinérance. Le petit dernier en pince pour le nouveau monde qu’il a dans sa tête. 

Alors pour célébrer l’itinérance, rien de tel que de changer de serveur : l’autre jour en consultant la page des locations chez Kimsufi.com[1], j’ai repéré le bon plan : genre vingt fois plus puissant que le serveur actuel et deux balles par mois moins cher, en outre. J’ai fait ni une, ni deux et sorti les sous pour m’offrir ses services, car le but d’un serveur est de nous servir, pardi. Merci aux généreux donateurs qui ont permis ce changement, d’ailleurs. Et merci tout plein à notre bonne fée Lady pour ses très sérieux coups de main dans la salle des machines. L’Icyp étant un site totalement indépendant, entièrement bricolé à la main et d’un âge respectable − dix-sept ans ! −, son transport et son installation sont délicats, d’autant plus cette fois[2] que le moteur Linux, variante Ubuntu, est ancien : son support technique prendra fin en janvier. Je passe donc de la version 14 à la 18, ce qui n’est pas une mince affaire pour ensuite tout raccommoder et que ça reparte comme en 40. 14-18 : Poincaré-la-Guerre comme dans la vieille photo illustrant ce billet. Sauf que dans le cas de l’Icyp, les tranchées du front sont tout de même moins mortifères… sauf pour les vilains bugs. 

Tout étant dit, la manœuvre a déjà commencé : pratiquement tous les logiciels ad hoc ont été installés sur la nouvelle bécane, une copie travail de l’Icyp y tourne déjà, qui nous a permis Lady et moi, de repérer les plus gros bugs dans la machine et de les zigouiller impitoyablement. Le plus gros est fait. 

Après la mise en ligne de ce billet, les choses sérieuses vont commencer. Ça se passera ainsi : tout bientôt − demain ou après −, je figerai l’Icyp : fermeture des commentaires, etc. Pendant quelques heures, voire une bonne journée, il vous faudra poireauter patiemment. J’annoncerai chaque étape de l’itinérance dans ce billet. Si vous voyez disparaître l’Icyp pendant un temps indéterminé en cours de route : pas de panique, c’est normal.

***

  • Lundi 5, 10h00 : début de la manœuvre. 
  • 12h38 : on est sur le nouveau serveur.
  • 14h46 : ça a l’air tout bien marcher, chic !
  • 15h45 : il doit sans doute y avoir encore quelques bugs planqués quelque part, mais en faisant le tour du propriétaire, ça a l’air de tout bien gazer pour l’instant. Ça c’est de la migration itinérante de pro, digne d’un ingénieur en informatique tel que moi (rires). En tout ca c’est ainsi que me qualifiait la caisse de retraite l’autre jour − la rubrique « dépanneur informatique » ne devant pas figurer dans leurs tableaux Excel à la noix ;-)

© Cyprien Luraghi - ICYP - 2018

 

…et la nave va, olé !

  1. Une filiale d’OVH []
  2. C’est sa sixième migration depuis 2001. []
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Pnutres et putricules

© Impression 3D : un copain de Nono - tritouillage : Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Quel bordel, mes amis. Quelle confusion globale. La pensée politique, de nos jours, tient à la fois du gang bang et du micmac. C’est vrai un peu partout et en France aussi. Affaire Benalla, magouilles lepénistes avec les sous de l’Europe, etc. Et puis en ce moment Mélenchon vitupérant et postillonnant, face caméra, sérieux et congestionné comme le Monsieur cramoisi du Petit Prince. Et partout sur l’internet, pnutres et putricules[1] y vont de leurs commentaires à la con, surinterprétant des shrapnels d’informations souvent bidons, happés par leurs sens, abrutis par l’épouvantable vacarme de ce fatras dégoulinant. Le brun se mêle au rouge, le rose au bleu au vert et toute autre couleur du spectre, formant bouillasse et vilain barbouillage sur la Toile. Pas un pour racheter l’autre. Ne participant plus aux Jeux, j’observe gentiment consterné et amusé aussi. À l’instant[2] le tout premier vol de grues cendrées vient de survoler la maison, tout trompettant. Tout à l’heure j’ai fait une petite flambée dans le poêle à granulés de bois :[3] la première depuis le printemps. Ça fait du bien, réchauffe la couenne et le bout des doigts frappant prestement le clavier. Au même moment des myriades de salauds finis sont au grand bal masqué à l’usine d’équarrissage qu’est l’internet, projetant le contenu de leurs viscères empoisonnées, sans retenue aucune. Ayant chacun son adversaire caché, innommable, innombrable, à abattre. Se sentant assaillis de partout par des hordes hostiles d’envahisseurs nuisibles, à éliminer. Qui les pauvres trop coûteux, qui ceux qu’ils regroupent dans leurs esprits malsains comme bougnoules, youpins, assistés, négros, francs-maçons, satanopédophiles, et qui cathos de gauche, etc… ; qui tout ce qui n’est pas ce qu’ils pensent être eux-mêmes, dur comme fer. Enkystant leurs solitudes terrifiques dans la lueur bleutée des écrans communiquants. Ceux que j’ai coutume depuis longtemps d’appeler les requins du Net[4] sont grandement responsables de ce déferlement de folie furieuse. Goebbels, McCarthy et Staline auraient adoré Internet : leurs successeurs crèchent à la Maison Blanche, au Kremlin et dans la Silicon Valley. Et derrière les Murs rouges à Pékin, et à Ryiad, Istambul, Rome, Budapest, etc. Manipulant marionnettes aux palais et parlements, et petits soldats de plomb. Pendant qu’ici le calme règne au dehors pour je ne sais combien de temps encore, seulement rompu par le passage des grands oiseaux du nord, les joyeux enfants des écoles allant au stade, les déambulations de l’Apache dont j’ai déjà parlé icy et qui ressemble de plus en plus à Raspoutine, de madame Muller perdant gentiment la boule, promenée par son vieux chien, de la factrice enjouée taillant la bavette avec une voisine et du cri de ponte des poules de l’Anglais du coin. 

(© Pierre Auclerc-Galland)

…e la nave va…

  1. Pnutre = © ma pomme et putricule = © Spleenlancien. []
  2. On est le 21 octobre et l’horloge affiche onze heures et quart du soir. []
  3. Que les aminche(tte)s de l’Icyp connaissent sous le nom de Marcel Granule. []
  4. Plusieurs billets leur ont déjà été consacrés ces dernières années : suivre les mots-clés « trouducosphère », « gniasses », et quelques autres… []
Publié dans Spectacle, Trollogie, Trouducologie | Mots-clefs : , , , , , , , , , , | 3081 commentaires

Fruits et légumes

Illustration © Cyprien Luraghi 2018 - ICYP

Ce matin notre voisine Carmella a dit à Annie qu’elle avait vu passer des grues cendrées, signe indubitable de froid polaire imminent. Connaissant Carmella, qui n’y voit goutte du haut de son petit mètre cinquante et de son âge canonique, ça ne m’étonnerait pas qu’elle ait confondu avec une escadrille de cormorans. D’ailleurs Annie en a aperçu un vol en revenant à la maison. Pourtant sur le site de la météo ils disent que ça va cailler dans les jours à venir, mais c’est dur à croire tant il fait doux. À tel point que, moi le plus frileux du monde, j’ai tombé les lainages. Les légumes sont chers cette année, les fruits aussi : ils sont tout petits à cause du mauvais printemps et de la grande sécheresse ensuite. C’est dû au gros bordel dans le climat global. Je remercie le pétrole brut et le gaz naturel du fond du cœur : moi qui depuis tout petit ne déteste rien tant que la froidure, me voilà chauffé gratis par de simples courants d’air. Grâce à leur sacrifice altruiste dans les chaudières, les bagnoles et toutes sortes d’autres appareils, les hydrocarbures saoudiens, iraniens, américains et russes (entre autres) réchauffent agréablement la couenne de sept milliards de bipèdes. Avec un raisonnement d’une rigueur scientifique irréprochable, je me dis qu’il s’agit sans l’ombre d’un doute, d’un complot bienveillant ourdi par les dirigeants éclairés de ces contrées hautement civilisées. Un plan génial consistant à réchauffer l’atmosphère en entier afin, à terme, de diminuer drastiquement les dépenses énergétiques de manière automatique et prolongée. Car le jour béni où la Terre sera devenue un four, l’Humanité pourra enfin vivre toute nue dans le jardin édénique décrit dans les grimoires antiques rédigés sur des peaux de chèvres. Il y aura bien sûr des ruisseaux de lait et de miel, car l’eau du robinet se sera toute évaporée dans l’éther intersidéral et les pommes auront la taille des cerises. Faisons donc confiance à nos dirigeants car comme qui dirait, ils savent comment et où nous diriger, eux. Et ils y voient plus clair que notre bonne voisine Carmella. 

*

…et la nave va… 

Publié dans Billet Express, Déconnologie, Spectacle, Trouducologie | Mots-clefs : , , , | 2079 commentaires

Bonjour les technorats !

Rupshu 1989 - photo et tritouillage © Cyprien Luraghi 1989 / 2018 - ICYP

Sur le sentier souvent j’étais tellement dans un paysage et ce paysage était tellement comme un rêve, que je me ressassais des vieilles histoires, sac au dos. C’était à Paris tout en haut de la rue de Charonne. En ce temps-là je vivais dans une cité ouvrière délabrée, promise à la démolition, avec deux bon amis : Rachid et Benoît, dont j’ai déjà pas mal parlé icy.[1] Derrière chez nous il y avait un grand terrain vague bordé de buissons bordéliques peuplés de chats sauvages, appréciés du voisinage pour leur efficacité à la chasse aux rats hantant les caves. Deux dames gantées de rose et en tabliers se chargeaient de les nourrir et les faire stériliser. Le centre du terrain était asphalté : les enfants du quartier venaient y taper dans le ballon et faire les andouilles. On ne se serait pas crus dans une ville. Les soirs d’été les pipistrelles venaient becter les moustiques autour de l’ampoule au plafond de notre grande pièce, fenêtres grandes ouvertes et seul le joli carillon de l’église du coin pour rompre le silence. Et la nuit les miaoulis déchirants des matous se collant la peignée pour une fumelle. Juste au loin en tendant bien l’oreille, le grondement sourd de la flotte automobile.

Et puis un matin un petit bulldozer au milieu du terrain. Avec un bonhomme ventripotent debout à côté, fumant sa clope avant d’attaquer sa journée. Un employé de la municipalité, débonnaire ; ce que nous sûmes vite fait Benoît, bibi et les dames des chats en allant l’interroger sur le pourquoi du comment. Or donc la municipalité avait décidé de tout raser : immeubles avoisinants et la petite jungle du terrain vague et ainsi le monsieur était chargé avec son bull, de tout foutre en l’air sur le terrain. Mais étant un brave type compatissant à notre malheur à venir, dont il n’était qu’un instrument involontaire, le pépère nous annonça qu’il allait faire la grève du zèle, n’ayant rien à perdre de toute façon : la retraite approchante et le poil dans la main faisant bon ménage. Or donc son bulldozer serait en panne illimitée dorénavant, et son gros pulvérisateur à désherbant ne contiendrait plus que de l’eau du robinet. Le subterfuge tarderait à être découvert, ses supérieurs étant retranchés dans leurs bunkers administratifs, loin du terrain. Ça nous laissait quelques mois de répit avant l’anéantissement. Le temps pour les dames gantées de récupérer un maximum de chats afin de les disséminer ailleurs, et à nous autres de préparer nos armes et bagages et de nous exiler dans des banlieues sordoches ou des plouquies riantes.

Histoire de marquer le coup, Benoît et moi on avait acheté un gros bidon de peinture noire et deux rouleaux : avec ça on avait été barbouiller en lettres de deux mètres de haut, un slogan géant sur le mur d’un grand atelier désaffecté au coin du boulevard, face à la sortie du métro : ADIEU LES CHATS, LES RATS, BONJOUR LES TECHNORATS. Ça ne servait à rien mais peu importe : la réalité réelle se devait d’être affichée en grand aux yeux de tous et puis c’était marrant de le faire. On s’était appliqués, en tout cas : ça avait de la gueule. C’était resté là des années, jusqu’à la démolition du grand atelier.

*

Il y a très longtemps que j’ai posé le sac à dos une bonne fois pour toutes. Je ne rêvasse plus sur les sentiers, quatre mille mètres au dessus du niveau de la mer, à de vieilles histoires parisiennes, happé par les paysages irréels de mondes lointains, tout au bout du monde. Il n’y a plus de bout du monde, de nos jours. Je ne transcris plus mes songes éveillés sur un petit carnet de notes le soir à la bougie sous la tente, mais directement sur l’internet, au clavier, calé sur ma chaise à la cuisine, et pourtant la sensation est même. Ce vieux slogan qu’on avait peint Benoît et moi, on pourrait le tartiner sur bien des murs, maintenant. Car les technorats courent les rues et tiennent fermement les rênes du pouvoir. Il n’est pas pire engeance, j’en suis fermement convaincu. En attendant la chute de leur règne abominable, je vous laisse en compagnie de Didier Super, qui en trois petites minutes à peine dans sa dernière vidéo, les décrit bien mieux que moi, à sa manière :

…e la nave va… !

  1. Cliquez sur le mot-clé « Charonne » au pied de l’article. []
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Les maux te manquent ?

Far West Nepal - © Cyprien Luraghi 1990/2018 - ICYP

« Vous avez besoin d’écrire ? »
« J’ai besoin d’écrire. »
« Est-ce important ? »
« C’est très important. »[1]

Ils ne veulent pas le bien des pauvres gens, ni la joie des fillettes. Le malheur et le désarroi accroissent leurs finances. C’était vrai tout à l’ouest du Népal il y a vingt-huit ans quand j’avais pris cette photo et ça l’est partout ailleurs aussi, de nos jours encore. Il eut fallu peu pour qu’elle vive heureuse, mais dans son pays sévissaient disette et sécheresse, et le gouvernement d’un méchant roi soucieux seulement de ses propres affaires en son palais. Il n’y avait rien à manger ni à acheter dans son pauvre pays, en ce temps. Ni à boire, ni à pouvoir se laver, et pas à se soigner non plus. La police elle-même, qui était partout, triait les cailloux dans le mauvais riz fourni à sa cantine et devait s’en contenter, s’estimant heureuse. Et vingt-huit ans plus tard c’est pareil, j’ai vu ça dans le journal et ouï les nouvelles fraîches colportées par mon ami Olive, qui y va une fois l’an. Il n’y a plus de méchant roi depuis longtemps, mais toujours d’aussi mauvais gouvernements. Et ce n’est pas près de changer, du moins pas en bien.

S’ils le voulaient tout irait mieux, mais ils ne veulent pas le bien des pauvres gens, pour commencer. Et pourtant tout part de là ; le bonheur, s’entend. Les pauvres gens ne sont pas uniformément aussi pauvres. Ici par exemple ils ont l’eau chaude au robinet, dans le meilleur des cas. Ils n’ont pas de cailloux dans leur riz, non plus. D’aucuns par contre dorment sous les ponts du métro parisien ou dans la boue glacée du Calaisis. D’autres encore nourrissent les poissons en Méditerranée. 

Alors le pauvre monde se console comme il le peut, avec un bracelet en toc pour la fillette de la photographie ou pour d’autres, d’une cigarette sous le crachin et dans l’océan d’hostilité glaçante des gens bien nés. Qui ne veulent pas le bien de ces pauvres gens. Pour leurs raisons à eux et à eux seuls.

E la nave va.[2]

  1. Edgar Hilsenrath – Fuck America []
  2. …et merci à t0rdrelordre pour le titre. []
Publié dans Himal, Humain, Népal, Pilotique, Spectacle | Mots-clefs : , , , , , | 2120 commentaires
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