Archives par catégorie : Spectacle

La liberté d’expression c’est la haine

Illustration © Cyprien Luraghi 2015 - ICYPAlors que le monde est mené à sa perte par un copilote paranoïaque, l’Icyp fend le fluide peinardement, piloté de patte sûre par un kondukator de service à l’équanimité proverbiale,[1] visant le cap Nirvana aux confins de l’océan Octétique. La haine déferle librement tout autour de sa petite coque ballotée, mais dont le bois de table encaisse sans broncher la furie des éléments extérieurs.

Autrefois, les fous naviguaient dans une nef. De nos jours c’est l’océan qui est devenu fou. Les monstres marins sont de sortie : leur liberté d’expression est absolue et d’aucuns − la foule compacte des décervelés − s’en réjouissent. Pas moi. Pas eux ainsi que de plus en plus de gens sensés. Mais je ne me fais aucune illusion : à lire les avis de hordes de connards de tous bords sur ce délicat sujet, je sais que c’est pas gagné d’avance et que la raison, la sensibilité, le sens humain, ne sont plus de mise dans ce monde de cinglés livrés aux mafieux faisant régner leurs lois sur le réseau. La loi du fric, la loi du plus fort, la loi de la haine. Cette haine qui est la liberté d’expression des ordures. Masquées, bien entendu.

À l’abusion opposons la désabusion !

(et merci à Spleenlancien pour ses liens si souvent pertinents)

e la nave va !

  1. lol []
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Mardi 29 Baisakh 2072

pierre-auclerc-icyp-24-02-14-2DAlors bon, je serais censé m’intéresser à tout ça et puis en fin de compte, non. Le 11 janvier tout le monde ou quasi était Charlie et le 5 mai la même foule était contre la loi sur le renseignement : dans les deux cas c’était gauchos, fachos, bras dessus bras dessous, tous ensemble, ouais, ouais. Et au suivant. C’est pas bien parce que ça m’intéresse pas. Je devrais m’intéresser, pourtant. Parce que c’est important. Le sort du pays dépend de l’intérêt que je lui porte, n’arrête-t-on pas de me seriner sur tous les tons et tous les forums. On est en pleine révolution numérique, en plus. Et je m’en fous complètement. À ça aussi faudrait que sois intéressé vu que je gagne mon pain à la sueur des ordinateurs en panne de mes clients. Mais même pas.

Tout ça me laisse de glace. Ce qui m’échauffe le cœur est tout autre chose. Les toutes petites choses de rien du tout, justement : elles seulent suscitent mon intérêt. Les petites choses du cœur. Là je peux y faire quelque chose éventuellement. Alors que pour les grandes c’est impossible. Un petit mec comme moi ne changera rien aux désordres du monde et ne pourra pas empêcher les plaques tectoniques de se heurter brutalement comme elles viennent encore de le faire au Népal tout à l’heure. « There is no alternative » : elle savait de quoi elle causait, l’infâme Thatcher. La veulerie basale de la nature humaine elle connaissait sur le bout des ongles. Elle savait qu’il n’y a rien à attendre du troupeau. Et moi je sais qu’il n’y a que de soi qu’il est possible de tirer éventuellement quelque chose de pas trop mal. Et pas des autres agglomérés en masse se partageant une cervelle commune à défaut de penser par soi-même. Et non pas contre soi comme il convient de faire de nos jours. Où il s’agit de se conformer aux différents conformismes, abdiquant le chatoiement mirifique qui fait de notre élixir humain le plaisir des sens.

Le spectacle continue, donc. Constitué de catastrophes naturelles, d’insurrections à venir, de flux émotifs considérables, de retombées de soufflés, d’oblitérations mnémoniques et de passages à l’événement suivant. C’est un spectacle captivant. L’important est de ne pas tomber dedans…

…e la nave va… ! 

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Froid gras de canard

Népal 1982 - photo et tritouillage © Cyprien Luraghi 2015Le canard fait coin coin coin quand ça caille à mort auprès de la mare. Celui de la salle de bains fait bzzz bzzz bzzz, bien au chaud. Et moi je me les gèle en caleçons longs molletonnés en attendant des jours meilleurs.

Les douches c’est pas mon truc. Mais les bains, oui. C’est en marinant façon hippopotame dans la baignoire en fonte, les narines affleurant et en apesanteur, que la muse daigne seulement radiner sa fraise pour me susurrer toutes les conneries que je raconte ensuite aux gens avec les doigts, après avoir extirpé le corps plongé dans le liquide et ébroué icelui.

Ce coup-ci la mumuse m’a dit que le monde allait de traviole et je la crois sur parole. Ça va de guingois et tout craque aux entournures. Chacun pour soi va clopin-clopant, se planter la gueule dans le réverbère à l’aveuglette. La froide solitude anesthésie. Pour s’échauffer l’âme alors tout un chacun se rejoint sur le réseau où ça grouille de chaleur humaine. Et ça s’y échange des fluides et des grandes émotions, toutes choses impossibles à réaliser chez soi, seul comme un con. Le monde s’inonde donc sous les douches communes, dans ces thermes contemporains où le flux du réseau circule dans d’épais tuyaux transocéaniques. Et ça s’y monte le bourrichon : un coup tout le monde est ci et un autre ça.

Tous ensemble, tous ensemble à penser pareillement selon la mode et le sens du vent : je reste dans mon bain à faire mumuse avec la muse, et des bulles, et chanter faux à décoller le carrelage. Loin de tout ça. À tapoter dans l’eau du bout des doigts ce que j’écris, là…

…e la nave va…

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Prêchi-prêcha

Photographie de Paul Grély  - 1972 - © fonds Alain Auzanneau - tritouillage : Cyprien Luraghi 2015Tout le monde prêche pour sa chapelle. N’étant pas tout le monde je n’en ai pas. D’ailleurs je ne prêche rien du tout à personne. Prédicateur est une activité trop fatigante pour un comme moi, aimant bien se la couler douce. Et puis je n’ai nulle camelote à fourguer. Pas de verroterie clinquante, pas de lunettes miraculeuses, pas d’utopie paradisiaque, pas de panacée remédiant aux maux du pauvre monde. Rien de rien. N’ayant ni la science infuse ni un QI de 250, je me contente d’absorber les sucs suintants du monde comme l’éponge grattante au soir quand je fais la vaisselle en gambergeant gentiment sur le Ci et le Ça ou quelles bêtises écrire dans le prochain billet, et comment les emballer convenablement.

Non et puis alors c’est un métier à risque, sermonneur. Suffit de voir les missionnaires morts au combat de ces derniers jours pour vous faire passer l’envie de convertir le populo à vos idées géniales. Le genre de truc à refroidir les convictions les plus bouillantes. En chaire ou au pupitre, n’importe quoi peut vous arriver en pleine gueule, de plein fouet : une poignée de farine ou douze balles de kalach. Alors que pas de blabla, c’est la santé assurée et de bons vieux jours à se faire chier paisiblement en perspective. Pour vivre heureux, vivons muets.

…e la nave va…

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VILAIN CHARLIE

Composition légumière : Annie. Photo et tritouillage : Cyprien Luraghi. © ICYP 2015

Passée la stupeur affligée de ce midi, et un après-midi de boulot où j’ai pensé à autre chose, je me sens envahi par une sorte de mélancolie poisseuse ce soir.

C’est autre chose que la tuerie de l’école de Toulouse, qui bien qu’atroce relevait du fait divers, et était dirigée contre des victimes prises au hasard, par définition « innocentes ». C’est autre chose aussi que le 11 septembre, qui était si spectaculaire, et si clairement orienté contre l’arrogante puissance des USA que ça avait une dimension épique, d’autant plus que les victimes avaient beau être innombrables, elles étaient anonymes, et beaucoup moins spectaculaires que les avions entrant dans les tours puis les tours qui s’effondraient.

Là, on massacre à l’arme de guerre des gens qu’on connait tous, qui font partie de l’imaginaire collectif français, quoiqu’on pense de leurs dérapages à répétition sur l’Islam. Des gens qui dans le fond sont partis jeunes de l’idée qu’il ne fallait pas les prendre pour des cons, et qui ont choisi le rire, la provocation et l’outrance pour se moquer du monde tel qu’il va et peut-être, de temps en temps, dessiller les yeux d’un quidam hébété, voire décoincer un sourire d’un cul-serré pète-sec congénital.

Cabu avait beau être à moitié gâteux, et Charb à moitié facho, et coupable de participer à la malsaine ambiance de chasse aux bougnoules en France depuis quelques années, rien ne peut justifier cette horreur. Mais ça me fait penser à la scène finale de Impitoyable, quand Gene Hackman s’est fait tirer comme un lapin et qu’Eastwood se prépare à l’achever. Hackman déclare « je n’ai pas mérité ça », et Eastwood lui répond « le mérite n’a rien à voir là-dedans », avant de le buter. Ces tueurs, c’est une sorte de bande de William Munny.

C’est terrible à dire, mais du 11/9, on se souvient des avions et des tours et de Ben Laden, pas des 2000 morts. De la tuerie de Toulouse, on se souvient de Merah, pas de ses victimes. Alors que là, on ne se souviendra pas des tueurs, mais des victimes et du nom de leur journal, à cause de ce qu’ils représentaient en bien ou en mal pour les gens.

C’est ça qui fait que c’est différent des attentats « habituels », et que n’en déplaise à lifka[1] qui glapit sur rue!ç, ça a bien une autre dimension que la tuerie de Toulouse. La France avant et après Merah, c’était pareil, tout comme la France avant et après les attentats parisiens de 86 et de 94. Là, il me semble que quelque chose est cassé ; c’est un des rares lambeaux d’innocence collective qui subsistait encore qui s’est détaché et qui disparaît.

Saloperie de merde…

(note du soutier en chef de l’Icyp : ce billet est un commentaire commis par Hulk dans le fil de discussion précédent.[2] Il est publié brut de décoffrage)

…e la nave va…

  1. Une commentatrice de Rue89 []
  2. accessible directement aux membres de l’icyp uniquement ici : CLIC. []
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