Archives par catégorie : Pilotique

Globul électron ami

Illustration © Pierre Auclerc 2013

Plus con qu’un ordinateur il y a ses adorateurs. Pourtant rien n’est plus stupide qu’une puce électronique, a priori. Auprès de ce fruste parpaing, la puce animale est une cathédrale gothique. Des ordinateurs, ça fait une quinzaine d’années qu’il m’en passe des centaines par an entre les pattes : comme autrefois le petit horloger de quartier dépannait les tocantes en carafe, je répare les bécanes vérolées des braves gens du canton. Alors pensez donc si je les connais intimement, ces pupuces à la con qui sont mon gagne-pain. 

Comme pas mal de mes collègues j’en ai souvent jusque là, de ces saloperies de puces pleines de bugs qui nous pompent une bonne moitié de nos capacités cérébrales toute la sainte journée. Certains jettent l’éponge pour de bon et il m’est arrivé de le faire il y a quelque temps, mais bon : faut bien remplir le frigo et payer les factures alors j’avais fini par reprendre du service quelques mois plus tard. 

Alors puisque c’est le sort qui m’est échu, autant retrousser les manches et me coller le nez sous le capot de ces bestioles de façon à m’instruire. À la fois des circuits empruntés par les électrons parcourant le minéral et de celui baladant ces mêmes particules dans nos circonvolutions organiques.

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Entre les outils de silex de nos ancêtres et l’ordinateur le lien est évident : leurs nucléus sont composés des mêmes roches. L’outil est le prolongement de nos extrémités depuis la nuit des temps et la signature de notre espèce. 

L’outil exauce nos besoins élémentaires : il remplit nos panses, bâtit nos bicoques, anéantit nos ennemis, grave nos pensées sur des supports. L’outil est téléguidé et conçu par nos cerveaux dictant à nos mains la bonne façon de s’y prendre pour le confectionner. 

Et puis il y eut l’ordinateur, brillamment élaboré sur des bases mathématiques par des têtes bien faites pour des motifs guerriers et dans la foulée, assister les comptables et divertir le populo. C’est sur l’ENIAC, machine de guerre, que fut programmé le premier jeu électronique de l’Histoire, aussi.

Donc un objet mathématique à cœur de pierre est fabriqué massivement depuis un quart de siècle et plus de la moitié du monde s’en sert comme outil, sous une forme ou une autre. Le couteau suisse peut aller se rhabiller. Comme sur ce dernier, seules quelques fonctions de l’outil informatique servent au particulier. Par exemple je ne sais absolument pas me servir du tableur inclus dans la machine qui me sert à écrire présentement. Une foule de logiciels inutiles est là, tapie sur la surface sensible du disque dur planqué sous le clavier. Je ne me sers même pas du traitement de texte, ayant pris pour habitude d’écrire en ligne directement. Pour moi, l’écran n’est qu’une page et rien d’autre, et le disque dur un gros tas de feuilles, vierges ou pas. Comme au temps de la machine à écrire mécanique, tout part de ma petite cervelle, se dirige via l’influx nerveux jusqu’au bout de mes doigts. Rien ne voyage en sens inverse, sinon la vision des caractères d’imprimerie. 

Les vieux tromblons dans mon genre fonctionnent invariablement comme au temps des machines à écrire et des stylographes. C’est ce qui nous épargne l’insoutenable intrusion, pourtant glorifiée à outrance, de ces outils inanimés avec le vivant qui est en nous. 

***

Vint le temps où ces machines ont commencé à tisser leur toile autour du globe. Dirigées de main de maître par les nouveaux maîtres du monde globul. Les gentils architectes du plus petit dénominateur commun des masses populaires : l’objet de la consommation. Deux brillants mathématiciens, ça va de soi. 

J’ai toujours été archi-nul en maths et compte bien le rester, étant convaincu que les mathématiques sont les pires ennemies de l’humanité. 

 

E la nave va…

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969 : fatal Bouddha

Illustration © EulChe 2013 - tritouillage : Cyprien Luraghi

 – 969 –

Un nombre qui semble anodin comme ça.
Juste cet égrillard 69 qui semble partouzer avec un autre 9.
Halte là.

 

C’est un code.
Porté par des religieux.
Des moines.
Des moines d’une religion comme les autres qui s’appelle le Bouddhisme.
Qui embrigade les moutards dès le plus jeune âge sous prétexte de les éduquer.
Et pour qu’ils soient bien éduqués, on commence par leur faire mendier leur maigre pitance dans la rue.
De porte à porte.
Pieds Nus.
Tous les matins.
365 jours par an. Sauf les années bissextiles.
Qu’il fasse 40° ou qu’il pleuve.
Qu’il vente ou qu’il neige.
Le coup de chance, c’est qu’il ne neige jamais.

Pour en revenir au 969, c’est religieux donc.
Et quand c’est religieux, on ne rigole pas avec le sexe.
Et donc le 969 ça n’a rien à voir avec le sexe ou l’amour.
Parce que c’est lié à une religion comme les autres.
Une religion qui bade la souffrance et l’insatisfaction.
Une religion qui sous couvert de promouvoir l’amour, en fait promeut la haine de celui qui n’est pas de la même secte.
Le 969 c’est le code que promeut Wirathu.
Que les médias étrangers appellent le Nazi Bouddhiste.
Mais lui préfère se définir comme le Ben Laden Birman.
Parce que le bouddhisme, c’est une religion comme les autres.
Une religion dont les adeptes ne tueraient pas une mouche.
Une religion avec ses extrémistes complètement cons qui veulent tuer ceux qui ne pensent pas comme eux.
Enfin, quand je dis qu’ils pensent…

Ceux qui en prennent plein la gueule, pour le coup, ce sont les Rohingyas.
Qui sont musulmans.
Du coup ce sont tous les musulmans du pays qui tremblent.
Parce que le bouddhisme c’est une religion comme les autres.
Que le gouvernement manipule pour ses propres intérêts.
Quand on a 135 ethnies à pacifier et unir, c’est plutôt utile d’avoir un ennemi commun.
Un ennemi qui se remarque car il se tourne vers l’Ouest pour célébrer son Dieu.
Un ennemi facilement reconnaissable car plus bronzé.
Depuis des décennies on apprend à tous les enfants qu’en fait, ces bronzés, ils viennent envahir leur pays. Que les colons anglais les ont fait venir du Bangladesh. Alors qu’il est avéré qu’ils sont dans le pays depuis plus longtemps que beaucoup d’autres ethnies.
Mais les enfants, devenus adultes, ils y croient à ce qu’on leur a appris.
Et ils ont beaucoup moins de scrupules à tuer cet ennemi qu’à écraser une fourmi, par mégarde.
Puisqu’il n’existe pas en tant qu’Ethnie, ce n’est pas grave, n’est ce pas.
A force de les tuer ça commence à se voir. Et à se savoir.
Au point qu’Human Right Watch a parlé d’épuration ethnique, quand même.
Mais pour épurer une ethnie faut qu’elle existe, cette ethnie.
Les Rohingyas, eux, ils n’existent pas.
Même Aung San Su Kyi, la Prix Nobel que le monde entier admire, ne sait pas quoi dire quand on lui demande si les Rohingyas sont Birmans.

969 c’est la solution.
Finale et imparfaite.

 

E la nave va…

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Triangle Gore

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Jusque vers 2008 c’était le royaume du pavot.
Pas le gentil coquelicot que l’on trouve dans nos campagnes, non.

Le méchant.

 

Le Papaver Somniferum, plus connu sous le nom d’Opium Poppy.
Celui que le Monde Libre voue au gémonies.
Mais dont la production explose dès que ses armées, au Monde Libre, foule les terres du Pavot.

Et puis un jour, vers 2005, surement parce que cette production là tombait dans les mauvaises poches, on a envoyé les Nations Unies.
UNODC ça s’appelle. United Nations Office on Drugs and Crime.
Bien qu’ayant un siège à Vienne, on sent bien l’influence derrière un nom pareil.
Et l’UNODC, ils ont eu une idée fantastique : et si on remplaçait le pavot par du Caoutchouc et du Thé ?
Et ils ont financé tout ça.
Auprès de qui ? ben des autorités pardi.
Parce que c’est quand même plus facile.
Et puis cultiver le caoutchouc et le thé ça demande des structures, de plus grandes surfaces.
Pas un truc qu’un petit paysan peut faire.

 

Depuis ?

Officiellement il n’y a plus de culture de pavot.
Bon, suffit de pas aller bien loin en dehors de cette zone pour en trouver, hein.
Pis le Thé et le Caoutchouc ça rapporte beaucoup plus.
À ceux qui ont déjà les poches pleines.

Les autres ?

Ils sont devenus encore plus dépendants de leurs maîtres.

Qui se sont reconvertis et sont passés maîtres dans l’art, outre de faire la guerre, de produire toutes les saloperies chimiques qui inondent l’Asie, et un peu plus loin.
C’est que le Triangle d’Or, c’est peut-être surfait à première vue aujourd’hui, mais personne n’a vraiment envie d’en changer le nom.

 

E la nave va…

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dérisoire territoire

Illustration © Annie et Cyprien Luraghi 2013

vains mots

pas plus

pour dire

on est

antennes au vent

suspendus

face aux biomormons de gauche

et aux fafs

 

e la nave va

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Chez Walt Disney

Illustration © Pierre Auclerc 2013

Chez Walt Disney, tout est bien qui finit bien, la méchante est punie.

Dans sa folie, elle s’est appliquée à pourrir la vie de cette pauvre Blanche Neige, l’a livrée à une colonie de nains, l’a démontée aux yeux d’un père qui n’a pas levé le petit doigt pour la défendre.

C’est mal. D’ailleurs, pour qu’on comprenne bien, la reine, vexée d’avoir été ravalée au rang de dauphine de Miss Royaume, se transforme en horrible sorcière. Comme si une apparence normale était incompatible avec la gniasserie, comme si la coquetterie était incompatible avec la folie.

D’ailleurs, ce n’est pas la société qui punit la sorcière de Blanche Neige, c’est la foudre, même pas divine. Pas de châtiment, l’accident de l’orage en montagne pour se débarrasser de la harpie. Loin du conte traditionnel et de la version recueillie par les Grimm :

« On n’oublia pas d’inviter la méchante belle-mère à la fête. Lorsqu’elle se fut parée de ses plus riches atours, elle se mit devant son petit miroir et dit

« Petit miroir, petit miroir,
Quelle est la plus belle de tout le pays ? »

Le miroir répondit :

« Madame la reine, vous êtes la plus belle ici,
Mais la jeune reine est plus belle que vous ! »

La méchante femme se récria de fureur ; dans son trouble, elle ne savait plus que faire. Tout d’abord, elle ne voulait plus aller à la noce ; mais bientôt elle changea de résolution et n’eut point de repos qu’elle ne fût partie pour voir la jeune reine.

Et lorsqu’elle entra, elle reconnut Blanche-Neige et resta immobile de terreur et d’angoisse.

Mais on avait déjà mis des pantoufles de fer sur un feu de charbons ardents, et on les apporta toutes brûlantes : il lui fallut chausser ces pantoufles rougies au feu et danser avec, elle fut condamnée à danser jusqu’à ce qu’elle eût les pieds consumés et tombât roide morte. »

Pas de justice en action, donc, chez Disney.

Waltdisneysation des sorcières et des dragons du Net.

Quand présenter bien et savoir rédiger correctement est le sésame de l’impunité.

Quand les gniasseries toujours recommencées se font obsédantes et pourrissent la vie.

Quand le harcèlement sur le web n’existe pas légalement, mais que des gosses meurent de n’en pouvoir plus d’être soumis à la vindicte de quelques crétins impunis. 

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume.

 

E la nave va…

Également publié dans Billet Express, Humain, Trollogie, Trouducologie | Mots-clefs : , , , , , | 1306 commentaires
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